‹ ChristusChapitre 2 sur 284 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le temps est passé où l'histoire des religions était le trésor caché au fond d'une mystérieuse caverne, connue de quelques initiés ; elle en a été retirée, non sans violence; des ouvrages de vulgarisation l'ont monnayée à l'usage du public, grand et petit; elle alimente la littérature des pamphlets. Science complexe et délicate, il n'est que trop facile de la fausser et de s'en armer contre la foi des simples : que peuvent des esprits inexpérimentés pour découvrir les malfaçons qui transforment les analogies superficielles en ressemblances foncières, les hypothèses indémontrées en postulats indubitables ? Le danger n'est pas chimérique, tout observateur attentif peut s'en rendre compte. Malheureusement aussi, un esprit en éveil a vite constaté la pénurie d'ouvrages capables d'orienter les catholiques en ces matières. Nous avons pensé qu'un Manuel^ visant adonner une toute première initiation, valait

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la peine d'être tenté : premier essai que les années pourront aider à compléter et à parfaire.

Le dessein poursuivi était modeste, et cependant, pour le réaliser, nous avons du faire appel à de nombreuses collaborations. Bien rares sont ceux qui peuvent parler des religions et des peuples les plus divers, Grecs, Bantous et Chinois, en toute sûreté de science et de conscience. Plutôt que de risquer une vulgarisation hâtive, nous avons mieux aimé nous adresser à des spécialistes variés i. L'unité de plan en devenait plus difficile : on ne saurait attendre de seize auteurs la même suite et rigueur de composition que d'un seul. Pourtant, tout compte fait, la solidité dans la diversité a paru préférable à l'harmonieuse fragilité d'un château de cartes.

Œuvre collective, ce Manuel est aussi oeuvre de catholiques. Nous ne croyons pas que, sur ce terrain de l'étude des religions, le christianisme mette un historien ou un philosophe en pire condition que le rationalisme expéditif de Voltaire ou de ses disciples attardés. S'il est vrai que pour comprendre jusqu'aux moelles la religion chrétienne, il ne suffit pas de l'avoir regardée comme un palais d'exposition, ni même de l'avoir traversée comme une hôtellerie de pas-

i. Quelques-uns avaient déjà collaboré, sous la direction dé G. Martindale, à la collection Ilisfory ofHeligions, Lcn- ;3res, 1908 sqq. ; nous remercions la Calliolic Triilh Society^ qui nous a gracieusement permis d'utiliser et d'adapter ces travaux.

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sage, mais qu'il faut en avoir fait la vie de sa vie et l'âme de son àme, en revanche le christianisme ne peut qu'affiner le sens historique et psychologique nécessaire à quiconque étudie les autres religions. Le chrétien qui pratique une religion qui est tout à la fois lettre et esprit, corps et âme, raisonnable et mystique, qui sait ce que sa propre psychologie religieuse peut receler de complexité, se défiera dés théories simplistes et des hypothèses unilatérales. Sous le rite externe il cherchera à deviner la signification spirituelle, sous le symbolisme parfois grossier l'inspiration intime, souvent plus haute que son expression; à côté ou plus profond que la magie pure, le fétichisme ou l'animisme, il saura retrouver le véritable sentiment religieux, ici confus comme un instinct, là plus explicite et raisonné, suivre ce que saint Paul a appelé les tâtonnements de l'humanité à la recherche du vrai Dieu.

Il nous a semblé que notre œuvre eût été incomplète, si nous ne l'avions couronnée par une étude de la religion chrétienne. De nos jours, les adversaires de notre foi abusent étrangement des comparaisons entre le christianisme et les autres religions. Par ignorance ou mauvaise foi, on tait les différences, et l'on exagère les analogies avec le dessein secret ou avoué d'arracher à la reMgion chrétienne son auréole divine. C'est là méthode erronée et sophistique. L'erreur porte sur la con-

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