X AVANT-PROPOS
ception même du surnaturel. Les uns en nient a priori V existence', d'autres, par une méprise qui rappelle celle de quelques apologistes plus zélés que bien informés, semblent se figurer le monde de la nature et le monde de la grâce comme totalement étrangers l'un à l'autre. Il leur arrive de découvrir entre le christianisme et d'autres religions quelques points de contact, et vite les voilà qui s'applaudissent d'avoir ruiné toute révélation transcendante. C'est ignorer que dans la doctrine catholique l'ordre surnaturel et l'ordre naturel ne sont ni disparates ni contraires, mais que l'un dépasse l'autre en le dilatant et en l'approfondissant, que le surnaturel suppose en nous des capacités radicales et des virtualités foncières qu'il met en acte et perfectionne. Quoi d'étonnant que l'on puisse noter entre ces deux ordres des analogies et des contacts ? Le sophisme consiste à conclure de ces coïncidences partielles, de ces similitudes matérielles, à l'identité totale et vitale : autant vaudrait affirmer l'identité de l'homme et de l'animal, parce que l'on constate en tous deux les manifestations d'une activité sensible. Une méthode loyale exigerait que l'on fit porter la comparaison, non sur des détails qu'on isole et qu'on dépouille ainsi de leur signification dans l'organisme intégral, mais sur des ensembles complexes, le dogme chrétien, la morale chrétienne, le culte chrétien, à tout le moins sur quelque pratique ou doctrine vraiment fon-
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cière ; au lieu de s'arrêter aux gestes et aux mots, il faudrait essayer de pénétrer le principe de vie, l'esprit qui les anime. Peut-être alors apercevrait-on ce par quoi le christianisme dépasse les autres religions, mais, dit Pascal, « il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles comme s'il n'y en avait pas de spirituelles ». Aux croyants du moins, qui s'arrêteront à ce tableau de la religion chrétienne, nous nous sommes efforcés de suggérer quelques réflexions, qui les aideront à saisir plus vivement cette transcendance, à apprécier moins imparfaitement les insondables richesses du Christ. Puisse le lecteur, après avoir suivi la marche à tâtons de l'humanité non chrétienne, s'y reposer enfin dans une vision de lumière et de paix !
Largior hic campos aether et lumine vestit.
En terminant, nous voulons dire notre reconnaissance à tous les auteurs qui ont accepté de collaborer à ce Manuel. S'il rend quelques services, c'est bien à eux qu'il faudra en faire remonter le mérite.
Joseph HuBY.