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VII. - Conclusion

A quelles conclusions nous amène cette étude rapide ?

Partout et toujours, les hommes se montrent à

1. A. DE QoATREFAGEs, Introductwn à V étude des races humaines, p. 278.

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nous rassemblés en familles, et ces familles nous apparaissent reliées par une religion : voilà une première constatation.

A la base des civilisations antiques, comme dans les sociétés à forme primitive qui se sont maintenues jusqu'à nous, sur divers points de la terre, nous voyons en outre que les éléments principaux de cette religion sont, au fond, identiques. Les différences sont dans le revêtement extérieur et adventice, que, suivant son génie, sa nature particulière, son degré de culture, la richesse, la poésie ou Tâpreté de son imagination, les dévergondages de son esprit ou la discipline de son organisation sociale, chaque peuple a su donner à ce fond commun, à ce lot primitif de croyances et de pratiques déterminées.

Et c'est là ce qui nous explique ce fait, déconcertant au premier abord, mais parfaitement compichensibJe à tout esprit qui n'est pas enfermé dans un système préconçu, que les Romains et les Grecs nous apparaissent avec une religion plus chargée, mais moins épurée, que les AssyroChaldéens, ceux-ci avec des croyances moins élevées que les Égyptiens, ceux-ci avec des pratiques plus multipliées et plus complexes, mais moins faciles à pénétrer que celles des tribus hamitiques, nigritiennes et bantoues, et ces dernières, enfin, avec des données religieuses plus diffuses et moins simples, et, dès lors, moins claires et moins pures que celles de nos humbles Pygmées, dont la pauvre imagination n'a rien trouvé pour enrichir — si c'est là une richesse ! — le fond dogmatique et moral qu'ils emportent dans leur vie errante, et qui les a maintenus, quand même, à travers la longue série des siècles passés.

Ce n'est pas, assurément, que ces populations, dans les cinq parties du monde, aient, à proprement parler, une religion commune, pouvant s'exposeren un système cohérent et détini. Mais, si nous enlevons à chacune des formes particulières de ces religions locales ce qui les spécifie et les caractérise, que trouverons-nous, finalement, au-dessous de toutes ces couches, qui, à la manière des dépôts o^éologiques, se sont superposées, fort inégalement d'ailleurs, dans la suite indéfinie des temps, sur la surface nue de Tâme humaine?

Un petit nombre de croyances, de pratiques, d'obligations morales et d'institutions, qui, étant à la base de tout le reste, peuvent être raisonnablement considérées comme les éléments primaires et fondamentaux de la Religion.

Ces éléments, que nous dégageons des superfétations de la mythologie, de la superstition et de la magie, et qui, ici plus effacés, là plus précis, se trouvent néanmoins partout, sont à peu près les suivants :

1** Distinction entre le monde visible ou naturel et le monde invisible ou surnaturel ^ ;

2° Sentiment de dépendance de l'homme par rapport à ce monde supérieur, particulièrement dans l'usage de la nature;

3° Croyance en un Pouvoir suprême, organisateur et souverain du monde, maître de la vie et de la mort;

4** Croyance en des esprits ou êtres nuisibles et

1. Le mot surnaturel esi ici pris dans son sens le pins large.

mystérieux, les uns tutélaires, les autres hostiles ;

b'^ Croyance en l'âme humaine, survivant à la dissolution du corps ;

6° Croyance en un monde de l'au-delà, où nous entrons par la porte de la mort ;

7° Sens moral universel, basé sur la distinction d'un bien et d'un mal; sentiment de la justice, de la responsabilité, de la liberté, du devoir, de la pudeur ; reconnaissance explicite ou implicite de la conscience ;

8** Prescriptions et interdits en vue d'un but moral ou réputé tel; notion du péché, avec sanction appliquée par l'autorité du monde invisible ou de ses représentants ;

9° Organisation cultuelle: prière, offrande, sacriiice, rites, cérémonies, symboles, etc., comme expression de soumission, de pénitence, de reconnaissance ou de supplication;

iO° Sacerdoce, d'abord représenté par le chef delà famille, puis par des anciens, des « voyants » ou des prêtres spécialement chargés des fonctions sacrées, puis par des corps organisés ;

11° Distinction entre le profane et le sacré, -pouvant affecter les personnes, les lieux, les objets, les paroles, etc.

12° Organisation et maintien de la famille, centre religieux et social, cherchant à conserver la pureté de son sang, s'imposant des lois, se distinguant par des marques spéciales, et se fortifiant par des alliances.

Peut-être ce tableau pourrait-il être allongé de quelques articles ; mais il ne semble pas qu'on soit fondé à en retrancher. Tous ces éléments, pareils à des paillettes d'or semées en des tas de sable et de matières

impures, se retrouvent en effet dans toutes les religions de tous les temps et de tous les peuples. C'est un fait, et un fait constamment vérifiable.

En ces éléments essentiels et fondamentaux nous ferons donc consister la religion des primitifs.

A cette religion quel nom donner?

Beaucoup d'écrivains, qui s'occupent des religions surtout pour essayer de les démolir, appliquant à ces délicates matières les lois d'une évolution aveugle en même temps que créatrice, ont voulu que Thomme, sortant de l'animalité, comme l'animalité serait sortie de la matière inconsciente et inerte, ait d'abord été naturiste, puis animiste, puis fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, puis théiste. Malheureusement pour la théorie, les faits sont loin de se présenter ainsi! Qu'il y ait du naturisme, de l'animisme, du fétichisme, et de l'idolâtrie, dans toutes ou presque toutes les religions des peuples non civilisés, et même civilisés, on peut l'admettre : encore faut-il avoir soin de savoir toujours distinguer ici la religion de ce qui est sa contrefaçon, et c'est ce que l'on fait trop rarement. Mais aucune religion n'est totalement, et au sens propre du mot, naturiste, animiste ou fétichiste: il faut trouver une autre dénominationplus exacte et plus juste.

Nous ne nous attacherons point, non plus, à rechercher l'origine de ce que nous avons cru pouvoir donner

comme la religion primitive. Mais, en face des éléments qui la constituent, une réflexion s'impose à l'esprit : c'est qu'aucun d'eux ne dépasse les forces naturelles de notre raison, de sorte qu'il n'apparaît pas théoriquement impossible que cette religion soit un simple produit de l'esprit et de la conscience de l'homme.

Cependant, il faut reconnaître que, en fait, l'hypothèse d'une assistance providentielle, ou d'une révélation divine socialisée dans la famille, expliquerait, de façon plus satisfaisante, l'ensemble, remarquable quand même, de ces croyances, de ces pratiques et de ces institutions, leur universalité, leur transmission, et surtout, si elle était prouvée, leur coexistence avec les premiers groupements humains.

Qu'aurait-il fallu pour cela, et que faut-il encore? — Simplement que la raison et la conscience aient été et restent maintenues et dirigées, à travers toutes les erreurs et toutes les fautes dont l'humanité est capable, par un secours surnaturel ordinaire, en tout homme « de bonne volonté ».

Et plus nous cherchons, plus nous nous sentons ramenés vers cette conclusion finale, que, dans cette grande question, « tout se présente à nous comme si l'Espèce humaine, irradiant d'un point commun sur lequel elle aurait apparu, à une époque que la science est impuissante à fixer d'une façon précise, avait été mise en possession d'un fond de vérités religieuses et morales, avec les éléments d'un culte, le tout prenant racine dans la nature même de l'homme, s'y

conservant avec la famille, s'y développant avec la société, et donnant peu à peu, — suivant les mentalités particulières à chaque race, sa portée intellectuelle, les conditions spéciales de sa vie, — ces formes à surfaces variées, mais fondamentalement identiques, que nous appelons les religions, — religions auxquelles, partout et dès le principe, les viciant, les déformant, les détournant de leur objet, se sont attachées les mythologies, les superstitions et les magies^ ».

A. Le Roy,

évoque d'Alinda.

Bibliographie.

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i. ]\16f A. Le Rot, La Religion des Primitifs, Paria (Beauchesne), p. 484.

Qi CHAPITRE II.

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