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I. — La Réforme

Li'humanisme païen. — Logiquement, la Renaissance de l'idéal païen eût dû conduire l'Europe droit au naturalisme radical d'aujourd'hui. Mais les masses étaient encore trop profondément chrétiennes pour une telle apostasie. Le mal n'avait atteint qu'une aristocratie d'intellectuels, et l'Eglise se ressaisit. L'humanisme, ici un peu plus tôt, là un peu plus tard, fmit par se vider de ce qu'il avait de brutalement hétérodoxe, et devint un classicisme inoffensif, purement littéraire. Grâce aux réformes pédagogiques de la fin du xvi® siècle, spécialement dans les nombreux collèges des Jésuites, l'antiquité ne fut plus qu'une maîtresse de beau langage, de goût, de composition ordonnée et de raisonnement logique. Les humanités mettaient au service du christianisme ce qu'il y avait d'éternellement sain dans les lettres grecques et latines.

L'esprit de la Renaissance n'était pas mort cependant, — entendez l'esprit rationaliste et naturaliste. La tradition s'en conserve chez les lettrés. De Rabelais à Voltaire et à Renan, la série est ininterrompue des « libres-penseurs » plus ou moins radicaux, plus ou moins logiques, simplement oublieux de leur foi comme Montaigne, ou francs athées comme Vanini, ou simples libres-viveurs comme nombre de libertins du xvii^ siècle. Le courant qui d'abord s'étalait au grand jour, se fera souterrain sous Richelieu et Louis XIV \ mais pour reparaître à la surface du sol sous la Régence, et s'étaler en vaste inondation. La source du rationalisme voltairien et encyclopédiste est au xv^ siècle.

Luther. — Pour le moment ce n'est pas sur ce terrain de la libre-pensée que va se faire la rupture. 11 est vrai qu'en dernière analyse, le protestantisme, avec son principe de la souveraineté du sens individuel, mène à la négation de toute foi. Le vrai luthéranisme, le luthéranisme logique et conséquent, on peut dire que ce n'est pas celui de Luther : sa forme définitive et comme spécifique a mis plus d'un siècle à se dégager : on le trouve dans le protestantisme libéral d'aujourd'hui.

Ceux qui, après quatre cents ans d'une évolution continue, se réclament encore de l'évangéliste de Wittemberg sont les premiers à le reconnaître, leur maître n'avait rien d'un libéral du xx° siècle. « Il était, dit Wernle, fidèle aux bons vieux dogmes, point moderne, on ne peut plus paulinien,... dogm.a-

1. F. Strowskt, Pascal et son temps, Pari'î, 190", t. I, p. ^26-248.

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tique et théologien, disputeur des pieds à la tête ' . » En termes plus abstraits, Harnack porte un jugement semblable : « A la périphérie et même dans certaines parties profondes de son être, Luther est un phénomène vieux-catholique et médiévaP. » Les savants Dominicains Denifle et Weiss, le Jésuite Grisar ont abondamment prouvé cette assertion, et la preuve est accablante. Luther est un hérétique du moyen âge, une réplique amplifiée de Wyclif et de Jean Hus. S'il les dépasse c'est par le tempérament. Il est vraiment possédé par l'esprit de l'antipapisme, par la haine du magistère et de la hiérarchie. Mais précisément cette haine était au fond des précédentes hérésies. Quand il se laisse aller à cette passion, tout lui est bon à dire. Aussi est-il bien inutile de chercher à réduire ses doctrines en système cohérent, d'en reconstituer le développement organique. Devant l'objection, remarque Weiss*, Luther, sans réfléchir, va tout droit à l'extrême opposé. « Saint Pierre n'était-il pas le chef des apôtres? — Pas du tout! au contraire! il leur était soumis! — Le pape n'est-il pas au-dessus de l'Église? — Non, il est au-dessous, au-dessous des évêques, au-dessous des diables, au-dessous des gouvernements civils. » Après cette explosion impétueuse, vient le temps de la réflexion, et Luther, tant bien que mal, s'efforce de relier et d'unifier ces déclarations irréfléchies. En somme, il n'y a pas d'unité originale dans la doctrine de Luther, hors celle qui résulte du tempérament.

1. Wernle, Einfûhrung in das theologische Studium, Tubingiie, 1908, p. 237.

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