Weiss, op. cit., t. II, p. 143, note
Cette sensibilité tumultifeuse qui submerge toute logique, ne laissa pas que de causer aux protestants qui suivirent, quelque embarras, même un peu de honte, et à leurs théologiens systématiques bien des tracas. Mais c'est ce qui fit aussi la force de Luther vivant, ce qui prolonge aujourd'hui encore son influence, non tant doctrinale que mystique.
Luther eut ce que nous appelons aujourd'hui son « expérience religieuse ». Après une douloureuse période de luttes, de doutes, de scrupules, il £utj, nous raconte-t-il, saisi jusqu'au fond parTidée de la miséricorde gratuite du Christ, et de la confiance absolue avec laquelle il faut s'y abandonner. Ce sentiment, où il s'imaginait trouver la paix complète, la joie même, rendit un certain équilibre à sa sensibilité bouleversée. Il l'exprima, dans ses écrits, en termes si forts et si naïfs quepour beaucoup d'âmes sujettes aux mêmes luttes, ce fut comme une libération. « Ce ne sont plus nos œuvres, ce ne sont plus nos pratiques, nos observances et nos mérites, c'est la pure miséricorde du Christ qui nous justifie! » Il l'a dit, presque chanté, sur un ton si inspiré qu'aujourd'hui encore les protestants estiment qu'il a découvert la foi; qu'il a été par là « le seigneur de son âge, passant victorieusement sur mille ans d'histoire' ». Ce qu'en langage théologique il appelait /ws^z/îca^/on, ce qu'il a rendu, croient-ils, aux générations suivantes, ce serait le contact direct a^ec le Christ.
Le contact direct avec le Christ! de là résultait cette conséquence capitale : les œuvres sont indifférentes pour la justice et pour le salut. Non que