‹ ChristusChapitre 27 sur 284 · I. — Les origines · texte numérisé non relu

I. — Les origines

Ce fut vers l'an 3000 avant Jésus-Christ au plus tard, qu'une tribu, venue de l'Occident, fonda dans le bassin du Fleuve Jaune, l'état qui est devenu l'empire chinois. Cette peuplade vint-elle directement des rives de l'Euphrate, apporta- t-elle de la Chaldée sa religion et sa civilisation ? Le fait n'est pas encore démontré. En tout cas, à leur entrée dans l'histoire, au début du troisième millénaire avant Jésus-Christ, les Chinois nous apparaissent comme un peuple distinct, relativement peu nombreux, ayant ses mœurs propres, établi par petits groupes parmi des tribus

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aborigènes de mœurs différentes. Les Chinois vénéraient le Ciel et les Mânes. Les aborigènes étaient fétichistes. Là se borne notre science des origines.

Il, - Avant la dynastie Tcheou. — Religion primitive.

Pour la période historique, qui s'étend du xxiv® au xir siècle avant Jésus-Christ, période des empereurs électifs, puis des dynasties Hia et Chang-Yn, voici les notions que les Odes et les Annales, seuls documents existants, nous ont conservées.

Au-dessus de tout, les Chinois plaçaient un Être supérieur, qu'ils appelaient Sublime Ciel, Ciel, Sublime Souverain ou Souverain. Ces quatre termes des anciens textes sont strictement et parfaitement synonymes, de l'avis de tous les commentateurs. Le Ciel, le Sublime Souverain, donne, conserve ou ravit l'existence. Il est l'auteur des relations humaines, des devoirs et des lois. Il considère les hommes et les juge. Il récompense et punit, selon le mérite et le démérite. 11 régit les événements; de lui viennent la disette et l'abondance, l'adversité ou la prospérité. L'empereur est son mandataire sur la terre. Le Ciel le prédestine longtemps à l'avance, le prépare durant des siècles.

Étant donné ces attributs, il est impossible d'ad. mettre que les anciens Chinois aient considéré le Ciel comme une voûte matérielle, et le Sublime Souverain comme un ancien héros. Cette interprétntion serait inconciliable avec les textes, leurs commentaires, et toute la tradition.

f.e culte qu'on rendait au Ciel, au Sublime Sou-

verain, était simple et expressif. On lui immolait des victimes, ordinairement un bœuf. On Tavertissait des événements plus importants, en allumant un bûcher sur la cime d'une montagne. La fumée qui s'en élevait, était censée porter au Ciel les communications qu'on voulait lui faire. On s'inquiétait fort de savoir si le Ciel était content ou mécontent, favorablement ou défavorablement disposé. A cette fin, on examinait constamment astres et météores, pour en interpréter l'aspect et les mouvements, en bien ou en mal. On flambait des écailles de tortue, et l'on faisait des conjectures d'après la forme des craquelures produites. Le choix de ce dernier mode de divination est significatif. La carapace dorsale bombée de la tortue figurait le Ciel, sa plaque ventrale plate figurait la terre, l'animal placé entre les deux représentait l'humanité. On voulait apprendre la voie du Ciel, disent les textes, ce que le Ciel préparait à la terre, ce que le Sublime Souverain désirait des hommes.

Dès la même époque, certains êtres étaient l'objet d'un culte secondaire. Les textes énumèrent les chen du ciel et les Jd de la terre, spécialement ceux des monts et des fleuves, les patrons des terres et ceux des moissons, etc. C'étaient les mânes d'hommes illustres, anciens bienfaiteurs honorés comme protecteurs : cas particulier du culte général, rendu par les anciens Chinois aux mânes des défunts.

Ce culte des défunts était la grande affaire des vivants, le souci qui primait tous les autres. La survivance de l'âme humaine était l'objet d'une croyance ferme et générale. Un texte célèbre de l'an 1400 avant Jésus-Christ parle au long de l'élysée céleste, de

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l'effet des bénédictions ou des malédictions des ancêtres. En revanche, dans le peu de pages qui nous sont parvenues, aucune allusion n'est faite à un jugement après la mort, à un purgatoire ou à un enfer.

Une tablette en bois servait de médium entre le défunt et ses descendants. C'est devant cette tablette, qu'on offrait au défunt des mets, des liqueurs et des étoffes. Quand tout était préparé, on l'invitait, en déclamant des adresses, en chantant des odes, en faisant un grand vacarme do cloches et de tambours. Ce n'est pas que l'on crût qu'il dût venir manger, boire, s'habiller. On espérait seulement que l'ancêtre, informé de la bonne volonté de ses descendants, leur enverrait sa bénédiction, gage de bonheur. Cependant on parlait et on agissait comme si on avait espéré que le défunt viendrait et goûterait les offrandes. Pure fiction rituelle, disent les commentateurs. Le cœur des fils les pressait de faire quelque chose pour leur père. Mais comment s'y prendre pour lui plaire dans l'autre monde? Ne le sachant pas, ils accomplissaient ce qui jadis lui était agréable sur cette terre. Le cœur est ainsi fait, disent les commentateurs classitjues; quand il sait que ses vœux sont irréalisables, pour se consoler quand même, il se donne l'illusion de se les figurer réalisés. Et pour rendre l'illusion plus complète, dans les Occasions très solennelles, on habillait un descendant direct du défunt avec ses vêtements pieusement conservés. C'est autour de ce représentant muet que se jouait la pantomime rituelle. C'est à ce médium vivant, qu'on offrait les mets, les liqueurs et les chants.

La religion primitive des Chinois, aussi loin que l'histoire peut remonter, fut donc un monothéisme.

C'est au Maître du monde, au Juge des hommes, à Dieu, que s'adressa le culte primitif. Les anciens ne figurèrent jamais le Sublime Souverain ; la Chine ancienne ne connut pas d'idoles. Les hommes qu'elle vénéra, étaient placés dans une catégorie à part, bien au-dessous du Sublime Souverain.

11 est pourtant des ombres au tableau. Dès Torigine, le culte chinois fut un monopole gouvernemental. L'empereur seul communiquait avec le Sublime Souverain, les fonctionnaires vénéraient les êtres transcendants de leur district. Pour les particuliers, pour le peuple, ni adoration, ni prière. Essayer de communiquer avec le Ciel était considéré comme une usurpation, et puni comme un attentat. L'empereur priait pour le peuple, et celui-ci devait se contenter d'honorer ses parents vivants et ses ancêtres morts. Le second déficit de la religion primitive fut le vague de sa morale, son utilitarisme étroit, cherchant le principe de l'obligation dans la volonté des parents et des gouvernants, plutôt que dans celle de l'Être suprême. L'homme doit faire le bien, pour réjouir ses parents, et être bien vu des autorités. Il doit éviter le mal, pour ne pas affliger ses parents, et ne pas s'attirer de châtiments. Sans doute, les textes anciens disent que le Sublime Souverain voit et juge, que les bons seront heureux et les méchants malheureux. Mais ils ne définissent pas ce qui est bien et ce qui est mal; ils ne précisent pas en quoi consistent ces jugements de la Divinité, et se taisent sur la nature de la sanction finale. Enfin, quoique le culte des morts ne fût pas superstitieux à son origine, le réalisme exagéré de ce culte devait fatalement, avec le temps, conduire à la superstition,

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