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I. — Les origines

Remonter au delà d'Homère eût semblé chimérique, il y a cinquante ans. On croyait avec Fénelon que riliade et l'Odyssée nous représentaient au vif la simplicité du monde naissant. Pourtant cet inconnu a tenté de hardis explorateurs, et nous savons maintenant que, sous la Grèce des temps homériques, il existait une civilisation mycénienne déjà brillante (environ 1500 à 1100), Les découvertes archéologiques de rallcmand Schliemann à Hissarlik, l'antique Ilios (1871), à Mycènes (1874-1876), à Tyrinthe (1884-1885), nous ont révélé ce passé antérieur à Homère. Sur d'autres points, des re^ cherches analogues ont été entreprises : à Santorin, lalysos, Spata, surtout dans l'île de Crète : le chef de la mission archéologique anglaise, M. Arthur Evans, y a déblayé le palais de Cnosse, et comme les parois en étaient ornées à profusion de doubles haches (en lydien, lahrys), il a proposé d'y reconnaître le « Labyrinthe » ou palais de la Hache, où la fable grecque faisait régner le roi jMinos. Ces

fouilles, et celles de M. Halbherr à Pliaestos, ont permis de remonter dans l'histoire de la civilisation jusqu'au delà de l'an 2000 avant Jésus-Christ ^

De toutes ces découvertes, l'histoire de la religion grecque devait naturellement tirer profit. Les savants ont cherché à fixer quelques traits de ce culte ancien, qui précéda Homère. Dans la Grèce historique, grâce aux fouilles de Délos, Delphes, Eleusis, Epidaure, Dodone, ils ont étudié plus minutieusement les rites locaux, cherché jusqu'où ces usages plongeaient leurs racines dans le passé. 11 faut reconnaître pourtant que « dans la détermination des éléments primitifs de la religion grecque, nous en sommes encore aux premiers essais - ».

Les positions de la critique se sont sensiblement modifiées depuis vingt-cinq ans. De nos jours, les philologues ont, pour la plupart, renoncé aux tentatives de Max Mûller de reconstituer, d'après la grammaire comparée, une religion indo-européenne. « Si l'on met à part, dit M. Meillet, les astres, comme le soleil, la lune, ou les phénomènes naturels, comme l'aurore, le tonnerre, le feu, etc., qui, sous leur nom ordinaire, sont tenus pour divins dans l'Inde et la Grèce antique, pas un nom de

dieu n'est indo-européen commun Tout ce que

la linguistique enseigne sur la religion indo-européenne, c'est l'existence d'une certaine conception de la divinité. » Le nom indo-européen « dieu » ou « divin », qui se retrouve en sanscrit, lithuanien,

1. Les résultats de ces recherches ont été clairement et brillamment exposés par M. René Dussaud, Les civilisations préhelléniques dans le bassin de la mer Egée, Paris, Geuthner, -1910.

2. Chantepie de la Saussaye, Manuel d! Histoire des Religions^, trad. franc., p. 482.

vieux prussien, vieil islandais, gaulois, vieil irlandais, latin et grec, signifie « brillant », et ne saurait être séparé du nom du «jour », du « ciel lumineux » souvent divinisé (grec Zeuç, latin dies). Par opposition aux hommes, qui sont appelés les « mortels » ou les « terrestres », les dieux apparaissent comme les êtres célestes et immortels. Quant aux rapprochements plus précis, tentés entre les dieux grecs et les dieux des Vedas, Hermès et Sarameias, Erinys et Saranyu, les Centaures et les Gandharvas, et même Ouranos et Varuna, ils sont généralement abandonnés, la linguistique indo-européenne ne pouvant apporter à la mythologie comparée « aucun témoignage solide ^ ».

Ceci soit dit, à s'en tenir strictement aux seules données de la philologie, et encore peut-on trouver que, par réaction contre Max Mûller, beaucoup minimisent à l'excès l'apport de la linguistique. On l'a vu précédemment 2, l'équivalence du scr. Dyàus pitar, grec Zsu; 7rar/ip, lat. Juppiter, germ. Ziu, rend extrêmement vraisemblable chez les Indo-Européens la conception d'un dieu de la lumière et du ciel, régent suprême du monde et. des autres divinités. De plus, si l'on compare non plus seulement les noms divins, mais les mythes, les idées religieuses elles-mêmes et les attributs de la divinité, on ne peut nier l'origine commune d'un grand nombre de ces conceptions, remontant aune période ancienne de la race indo-européenne : culte des morts et croyance à la survie, sacrifice, hommages

1. l&ixLLET, Introduction à V étude comparative des langues indoeuropéennes 2, Paris, 1908, p. 363-36o.

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