Hisloire de la liUcraturc grecque, Paris, 1896, 12, p. n
femmes. Pour reprendre une formule célèbre, l'homme a été pour eux la « mesure de tout », et encore ont-ils souvent oublié de purifier et de spiritualiser cet idéal. Rien ou presque rien, qui révèle dans la plupart d'entre eux, au moins d'une manière profonde, quelque chose de ces tristesses viriles que font naître la disproportion entre l'idéal et la réalité, la fugacité de nos bonheurs branlants ou la vue compatissante des douleurs et des faiblesses humaines. Et c'est un déficit, « puisque tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité » (Pascal).
Enfin, quand on se reporte à l'histoire religieuse des autres peuples, même païens, on est surpris de constater combien l'unité de Dieu est restée voilée aux yeux de cette nation intelligente, au point que, sous ce rapport, les Pygmées ou les Négritos d'Afrique eussent pu en remontrer aux Hellènes. La Grèce, pourtant, a connu de merveilleux penseurs, de forte et saine intellectualité, qui ont écrit d'admirables pages sur Dieu, sur la justice absolue, sur le perfectionnement de l'individu par l'imitation de la Divinité. Mais ni Platon ni Aristote ne sont parvenus à modifier profondément l'Athènes de leur époque ; aucun d'eux n'a été un entraîneur de peuples, comme Mahomet ou le Bouddha. Il semble que, sur ce point, les Grecs aient payé la rançon de leurs facultés esthétiques. Préoccupés beaucoup plus d'un idéal de beauté plastique que de justice et de sainteté spirituelle, ils avaient tellement concrétisé et, pour ainsi dire, matérialisé leurs dieux dans le marbre ou le drame, qu'au jour où les philosophes se
s 18 CHAPITRE VII.
présentèrent, qui parlaient de Divinité immatérielle, ils ne purent secouer le joug de la tradition artistique et littéraire : si bien que la philosophie dut se séparer de la religion, lui enlevant ainsi sa force vivifiante et son principe de progrès. Peut-être fautil aussi ajouter, avec M. Faguet ', qu'à cette pensée platonicienne, si fière d'elle-même, il a manqué la bonté qui attire les foules. Il était réservé à une religion, qui serait tout à la fois pensée et amour, de recueillir ce qu'il y avait de vital dans la philosophie grecque, et de l'intégrer dans la synthèse chrétienne.
Joseph HuBY.
Bibliographie.
Il existe trois grands dictionnaires, traitant toutes les questions relatives aux religions grecque et romaine : Daremberg et Saglio, Dictionnaire des anliquilés grecques et romaines. En cours de publication depuis 1873 (Paris). Pauly-Wissowa, Real-Encyclopâdie der classischen Altertumsiuissenschaft. En cours de publication depuis 189i (.Stuttgart).
ROSGHEB., Ausfàhrliches Lexikon der griechischen und rôraischenMythologie. En cours de publication depuis 1884 (Leipzig).
On peut ajouter comme études générales : Gruppe, Griechische Mythologie und Religion s geschichte (dans le Handbuch d'Iwan von Mûller), 2 vol., Mûnchen, 1906. (D'un rationalisme tendancieux, mais prodigieux recueil de faits.) L. R. Farnell, The cuits of the Greelc States, k\o\., Oxford, 1S96-1907.
4. Faguet, Pour qu'on lise Platon, Paris, 1903, p. 231 et sqq.
Preller-Robert, Griechische Mythologie, Berlin, 1894. Degharme, Mythologie de la Grèce antique, Paris, 1879.
— La critique des traditions religieuses chez les Grecs,
Paris, 1904.
J. Girard, Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à Eschyle^, Paris, 1887.
E. ROHDE, Psyché. Seelenkult nnd Unsterhlichkeitsglaube der
Griechen^, Tubingen, 1907.
J. E. Harrison, P/'oieg-ome/ict to the study ofGreek Religion,
Cambridge, 1903. — Religion of Ancient Greece, London,
Toutain, Études de mythologie et d'histoire des religions
antiques, Paris, 1908.
Abbé O. Habert, La religion de la Grèce antique, Paris,
Sur la philosophie des Grecs et ses rapports avec la religion, outre les histoires de la philosophie de Zeller, Ûberweg-Heinze, etc., on peut consulter :
Th. GojÎperz, Les Penseurs de la Grèce (trad. Reymond,
3 vol., Lausanne, 1904-1010).
Abbé Louis, Doctrines religieuses des philosophes grecs,
Paris, 1909.
E. Caird, The évolution oftheology in the Greekphilosophcrs,
Glasgow, 1893.
Sur le milieu hellénique, au moment où parutle Christianisme, on lira avec profit :
J. Lebreton, Les origines du dogme delà Trinité (chap. i*"^),
Paris, 1910.
B. Allo O. p., L'Évangile en face du Syncrétisme païen,
Paris, 1910.
P. Wendland, Die hellenistisch-rômische Kultur in ihren
Beziehungen zu Judentum und Christentum, Tubingen,
J. Kaerst, Geschichte des hellenistischen Zeilalters. 2'" Band :
Das Wesen des Hellenismus, Leipzig, 1909.
Les institutions religieuses sont expliquées dans les manuels d'antiquités grecques : voir spécialement Stengel, Die griechischen KultusaUeriumer (dans le flandbuch d'hvan von MUUer), Miinchen, 1898.
Sommaire. — I. Les origines. — 1. Les numina. — 2. Les grands dieux. — 3. Les fêtes religieuses. Culte des morts, — 4. Esprit de la religion romaine primitive.
II. La religion romaine au temps de la République. — 1. Invasion des dieux, de la mythologie, des rites grecs. — 2. Décadence de l'esprit religieux.
III. La religion romaine sous l'Empire. — 1. Le culte des empereurs. — 2. Les religions orientales : Cultes d'Isis, de Cybèle et d'Attis, d'Atargatis, de Mithra. — 3. La philosophie religieuse. — 4. La fin de la religion romaine. — Bibliographie.