CHAPITRE CV
Les actes de l'abbaye attestent qu'au quatorzième siècle le pèlerinage à Notre-Dame-des-Ermites était aussi popu-' Jaire qu'il l'ait jamais été aux seizième et dix-septième^ Les différentes bulles des papes vinrent lui donner une nouvelle lumière. Un Vidimux de Henri de Brandis, évèque de Constance , garantit eu XIV" siècle l'authenticité de la bulle primitive : mais ce pieux ami de l'humanité ne se borna pas à éclairer les doutes de la dévotion sur ce point important , il voulut encore rassurer les voyageurs contre les dangers et les inquiétudes de l'éloignement; ce fut lui qui b.itit l'hospice des pèlerins.
Au commencement du XV° siècle, Hugo de Rosenegg, soigneux de la mémoire de ceux qui étaient venus mourir à Einsidien comme en terre sainte , soigneux aussi de la douleur des familles pauvres ou éloignées , fonda le service anniversaire des pèlerins morts.
Il fallait, pour donner lieu à ces fondations et à d'autres non moins utiles, que le nombre des voyageurs religieux fut coasidérable. Un manuscrit de JSlSj conservé long-temps dans les archives du couvent t vient à l'appui du témoignage des actes de l'abbaye que nous avons cités. On y voit que, dès cette époque) c'était une coutume bien étabUe dans le canton de Schwilz, de venir à Einsidien en petites caravanes , et en chantant de pieux et gais refrains. Ce fait est d'autant pins remarquable que les gens de ce canton ne venaient pas
à Einsidlen pour fraterniser comme voisins, car ils étaient en guerre avec le bourg dont ils discutaient le bornage à main armée. En 1557 les soldeurs de Feld- Lirch donnèrent, en considération du prince^béC!onrad» des passeports aux pèlerins qui couvraient les abords d'Einsidlen. Le diplôme de Henri de Brandis, évéque de Constance, daté de 1560, démontre authentiquement qu'on regardait déjà comme fort ancienne la réputation du pèlerinage des ermites. Georges de Gengenbach, dans son histoire de la chapelle, écrite en 1575 , s'exprime ainsi pour peindre Tafluence des pèlerins : Per totum annum continue inçeniuntur peregrini descendentes et iUcenderUes ad Sanctam Mariam. Il ajoute que cette affluence redoublait à Tépoque du lï septembre, celle où Ton célèbre l'anniversaire de la dédicace de l'église et de la chapelle. Les annales de Suisse constatent qu'en i5l>0, on remarquait à cette fête une députation de cent bourgeois de Bàle , et soixante-dix de Strasbourg. Une lettre des Pères du concile de Baie, écrite en 1442, fait foi que, deux ans auparavant, la veille de la fête des saints Simon et Jude , il arrivait à Einsidlen tant de monde de tous les points de l'Europe, que les cantons de Zurich et de Schwitz se mirent en alarme , croyant voir de nouvelles troupes qui venaient les attaquer : on avait pris pour des lances les innocents bourdons des pèlerins.
Loritius Glareanus écrivit au commencement du seizième siècle un pompeux éloge de la chapelle de Notre-Dame -des-Ermites. Trithéme dans sa chronique d'BUrsau de l'an 1507, s'étend avec complaisance sur l'éloge de notre pèlerinage ; et Pelermann Etterlin , autre chroniqueur de la Suisse , contemporain du précédent, parle avec beaucoup de simplicité et d'autant plus de vraisemblance , des merveilles racontées dès lors
sur le même sujet. Le témoignage de saint Gharies Borromée se rapporte plutôt à ses propres émotions qu'à des faits généraux ; il écrit à son cousin , le cardinalprince de Hohen-Embs en 1576 : « J'aurais mille choses à vous dire de mon voyage, et je ne vous en dirai qu'une r j'arrive de Notre-Dame -des-Ermites qui est à deux journées du mont Saint-Gothard; après la maison de la famille sainte qu'on dit avoir été transportée sous d'autres cîeux par la main des anges, je ne sache pas* d'endroit où mon âme ait été , plus qu'à Ëinsidlen , enflammée de pieuses ardeurs: ». Lors du grand schismet de Luther , qui favorisait si bien les passions de certain» potentats , le pèlerinage ne perdit rien de l'assiduité des peuples. Augsbourg y fit une procession solennelle en 1615 , à raison d'un voeu : on a encore les cantiques composés pour cette cérémonie- La ville d'Uberlingen » qui avouait hautement le secours par elle obtenu de U mère du Ghrist , pendant la guerre de Suéde en ^6Zk ^ envoyait à Ëinsidlen, en 1636, une députation de 550 personnes : elles y arrivèrent le vingt-trois octobre , et déposèrent à l'église en Ex'-Voto une bombe du poids à^ cent-ving-sept livres. En 1647, vinrent au-méme lieu le chapitre et la bourgeoisie de Lindau ; les deux années suivantes ce fut le tour de ceux de Feldkireh , et de Fribourg en Brisgau; la ville de Zell près le lac de Gonstance envoya sa députation en 1651. Depuis Tan 1551 jusqu'à l'invasion des zuingliens, la ville de Zurich députait tous les ans sa bourgeoisie à Ëinsidlen , en mémoire de ra£faire de Tettewill. Le canton deGlaris n'avait pas moins de vénération pour le pèlerinage : en 1525 on tenta d'intimider sa dévotion, mais elle tint courageusement. Tchudi, dans une lettre au prince^abbé Joachim ( inter acta concilii Tridentini) datée de 1662 , parlé de
!« procession des catholiques de Glsuris », de manière à faire voir son exacte ressemblance avec la procession des derniers temps. Une lettre d'Unterwald de 1671 , témoigne du même usage renouvelé chaque année. Lucerne, en 1551 et 1655, envoyait à Einsidien des témoins d'une faveur céleste obtenue au nom de la Vierge Marie : il s'agissait en dernier lieu d'une victoire obtenue par l'aristocratie , c'est-à-dire la masse< éclairée du pays, sur les perturbateurs du repos public. Zug établit une procession annuelle en mémoire des deux batailles de Gubelet Gapell : en 1698^c'était spécialement pour remeircier Dieu d'avoir arrêté l'incendie qui allait dévorer la cité, Âppenzel en fit autant pour la même cause. Nous n'adiéverioas jamais la liste des grandes communautés sociales , jadis si fidèles à rendre leur hommage au sanctuaire d'Ëinsidlen ; le canton deSchwitz se plaçait naturellement à leur tête , protestant de tout son courage et de toute ls( force de son exemple , contre Tengourdissenient religieux , que traînait à sa remorque la réforme hérétique. Une autre liste non moins impo-» santé, quoique fort abrégée, est celle de quelques pèleriqs particuliers, qui se séparent entièrement de la foule par leur position dans le monde » et leur empressement à courber leurs têtes chargées d'honneurs., devant la plus humble image de la Vierge , mère du Christ.
965. L'empereur Othon ( le-grand ) et sainte Adélaïde sa femme.
De 900 à 972 , Ulric ( le saint ), évêque d'Augsbourg , prince de Tempire , fils de Burcard II ^ duc de Souabe.
Idem. Volfgang ( le saint ), évêque de Ratisbonne^
/(of. Géro]d(le saint) duc de Saxe.