CHAPITRE CIV
DeBladenz àEtzel.
Le peuple de Bludenz et des pays voisins apprit bientôt que l'abbé d'Einsidlen avait ordonné le retour de la statue; mais on ne voulut pas la laisser partir sans qu'elle fut mise encore une fois en évidence , et qu'on pût se repaitre librement de son spectacle ; il rappelait de trop beaux souvenirs , et si on Teût refusé , il y aurait eu émeute.
Le Si septembre 1805 , l'image fut exposée dans l'église paroissiale de Bludenz, et les deux jours suivants sur la place publique , voisine du couvent. La ville de Felkich réclama le même privilège. L'image y arriva le 25 au milieu d'une foule innombrable, et demeura exposée pendant tout le jour sur la place publique. LeR. P. Béat , abbé-prince d^Einsidlen , célébra la messe sur la place même; le curé de Felkich, M. Meyer, harangua la foule, et la pompe militaire vint ajouter à l'éclat de cette cérémonie.
Pour éviter de nouveaux retards, l'image fut transportée secrètement par le Rhin : puis elle traversa la Suisse , et gravit le mont Etzel , et fit halte à la chapelle de saint Meinrad*
Le 29 septembre , jour de l'arrivée de l'image à sa véritable demeure , à Einsidlen , les habitants et les pèlerins allèrent en procession la prendre au mont Etzel. Tous s'étant d'abord rassemblés dans l'église de Notre-Dame, on les divisa en sections : les petits garçons et les jeunes gens partirent en avant-garde. La 2** division se compo-
sait d^m chœur de jeunes filles couronnées de rose^ blanches ; elles étaient suivies de cent autres de différents âges; parées de mille flèuirs, portant divers emblèmes et des flambieaux ornés de guirlandes ; venait une compa^gniedes grenadiers du canton^ précédant le clergé ainsi que les autorités municipales » que suivait une compagnie de voltigeurs ; et la procession se terminait par un flot immense d'hommes et de femmes.
Sur la hauteur d'Etzel brillait à tous les regards l'image de la Vierge d'Einsidlén , adossée à une sorte de tabernacle. Les enfants qui ouvraient la marche l'ayant vue les premiers ; entoniiéi^ènt un cantique qui trouva bien vite un écho dans tous les rangs : ce fut là le premier encens qui monta vers les cieux et dut plaire à leur Reine , car» selon le psalmiste, la plus belle louange part de la bouche des enfants; La foule semblait le comprendre; l'émotion fut profonde ^ universelle : on en voyait la trace dans des yeux habitués cependant à regarder en face la mort et toutes les horreurs de la guerre;
Après ce cantique, le clergé entonna ce sublime Salçe Regina pour lequel le génie allemand a trouvé de si graves accords; puis quatre capitulaires du couvent chaiv gèrent sur leurs épaules le brancard où reposait l'image de la Vierge i et la procession recommença dans la direction d'EinsidleUi
Pendant sa marche , et dans les courts intervalles de silence, la foret retentissait d'un tonnerre lointain. C'était le canon de Zurich. Cette ville donnait alors une noble preuve de nationalité en prêtant sa pompe militaire à une fête qui pourtant n'était point celle de la ville méme^ Honneur à la ville de Zurich : que Dieu garde chez elle cet esprit de progrès.
A cinq ou six cents pas d'Einsidlen, l'abbé-princc'
tiéat , revêtu de ses insignes pontificaux , attendait avec son clergé l'arrivée de la statue : il la reçut avec tout le respect d'un catholique pour le personnage sacré qu'elle représente ; puis conduisit la procession à l'église entre une double haie d'arbres verts , parés de guirlandes , et sous une série d'arcs de triomphe. La statue fut replacée sur le trône qu'elle occupait depuis tant de siècles, et l'hymne d'action de grâces retentit dans la belle église de Notre-Dame d'Einsidlen.
Ce n'était là qu'une réception^ le peuple voulut une fête spéciale en mémoire de l'événement. Le clergé et le gouvernement s'y prêtèrent de leur mieux : on fixa la fête au 3 ôct(d)re , et le premier magistrat de Schwitz y convoqua les Landammans de -chaque district. Au jour dit la Sainte-Chapelle était éblouissante :. dés quatre heures du matin les flammes de mille bougies formaient une auréole autour de la statue. Il y eut ce jour là messe solennelle , c'est-à-dire luxe complet dans les décors et l'harmonie destinés au service divin. Le journée fut remplie par plusieurs discours solennels et le chant des vêpres.
A sept heures du soir , illumination de la façade entière du couvent ,r des galeries de là place et des pre^ mières maisons du village ; enfin procession et Te Deum dans l'église. L'éclat des flambeaux donnait à cette fête lin air de magnificence et d'animation que n'ont jamais les fêtes de jôur*^