CHAPITRE X
(Année 960-996.) Grégoire, troisième obbé, et premier prince du Saint-Empire.
Les écrivains qui avaient connaissance des titres ren-^ fermés dans la bibIiothè(iue deTabbaye avaoït Hncendie de i577, disent Grégoire fils d'Edouard» prince royal d'An- ^eterre. Mabillon , qui ne retrouve aucune circonstance de la vie de cet abbé rattachée à celle des enfants d'Edouard i se contente de dire qu'il était issu du sang royal. Enfin dans l'histoire de saint Wolfgang, et dans une note du xm* siècle » attachée au manuscrit d'Hermann Con-* tract, Grégoire est qualifié de Nobilissimvs, titre alors réservé aux princes de sang royaU
Les exigences de sa famille l'ayant forcé à se marier , Grégoire exploita cette nécessité au profit de la philosophie chrétienne. Ce fut donc un mariage tout angélique, comme en feraient deux êtres de nature supérieure, qui ne s'allieraient point par les raisons du sang et de la chair, mais seulement pour confondre leurs deux âmes en une seule» et en un seul amour leurs mutuels désirs de servir le ciel et de faire du bien aux hommes. Néanmoins comme le monde n^est pas trop à la hauteur de ces vues là » et que les distractions de ce même monde gênaient leurs pas dans une si noble carrière ; après s'être bien compris l'un l'autre , et s'être promis de se revoir dans les cieux » ils se séparèrent sans avoir enfreint leur vœu secret de virginité , et s'enfermèrent tous les deux dans un cloître. Eh bien, là encore Grégoire ne trouvait pas tout ce qu'il
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aurait désiré, tant il était difficile en fait de perfection» Mais Dieu qui lui tenait compte de ses moindres pensées» lui révéla par trois fois que les solitudes de la ForéûSombre pouvaient seules réaliser ses désirs»
Grégoire quitta son couvent du Mont-Célie , et, guidé par une main céleste , il arriva aux ermites en 9^9. Saint Ëberhard qui en était abbé le reçut à bras ouverts, et la suite de la vie de Grégoire prouve qu'il était digne des espérances d'Eberbard. En 960, sa réputation de sainteté fut $i complète, que ses frères le portèrent au siège abba« tial comme étant le seul capable de succéder à saint Ebei^ bard; Vempereur Othon- le -Grand lui expédia un diplôme dont le texte parlait de Grégoire comme d'un homme accompli, riche de toutes les perfections.
Ce prince croyait alors récompenser la sainteté sur la (erre en i associant à son fardeau de grandeurs terrestres. Grégoire fut donc par lui créé prince du Saint-Empire, et ce titre fut dès-lors attaché à perpétuité à la dignité d'abbé d'Einsidien, avec tous les droits qui en dépendent, tels quefiefe et régales, privilèges, exemptions, etc. En 965, l'empereur vint à Einsidlen , avec l'impératrice Adélaïde , visiter le sanctuaire ainsi que leur parent, le saint abbé Grégoire, dit Hartman. Depuis ce moment la princesse conçut une admiration grande pour tout le monastère, et ne cessa de solliciter pour lui les bonnes grâces du monarque son époux.
Les deux princes du nom d'Othon , qui succédèrent au grand empereur, ne furent pas moins généreux envers Grégoire et ses religieux. Ils confirmèrent les droits sei-^ gneuriaux de l'abbaye et en ajoutèrent d'autres encore. Aussi l'abbaye d'Einsidlen, qui tenait à peu près toutes ses propriétés d'Othon !«', le regarda comme son principal fondateur et lui consacra un anniversaire qui se célébrait
le 8 mai. Ces donations des princes et des simples citoyens ont suscité bien des envieux aux monastères» et pourtant elles avaient pour principe le bon sens, la raison : comment veut-on c[ue des hommes consacrés entièrement à l'apostolat de l'éducation publique puissent acquérir par leur industrie les fonds nécessaires à leur entretien et aux pompes du culte de Dieu ! C'est une chose impossible à moins qu'ils ne doublent le prix des soins qu'ils donnent à l'éducation , et que par conséquent ils ne fassent que celle des gens assez fortunés pour les payer. Alors le peuple en serait exclus; et telle n'est point l'intention des corps religieux enseignants. Voilà cependant où l'on en viendrait en s'opposant aux fondations pieuses. Mais par le principe contraire , en défendant ces fondations contre Tavarice de certains politiques , on multipliera les moyens d'instruction pour toutes les classes, et elle en deviendra meilleure, puisqu'elle sera répandue par des gens de dé<« vouement et de sacrifice, qui n'ont d'autre famille que leurs élèves , d'autres intérêts que ceux de la morale et de la science. Et c'est pourquoi, de nos jours encore^ les che6 de Emilie les moins religieux et les moins monarchiques, comme on dit , envoient leurs fils aux maisons religieuses, surs qu'ils sont d'y rencontrer une éducation essentielle et à bon marché.
Quant à l'abbé Grégoire, qui ne nous en voudra point de cette apparente digression , débarrassé des soucis et des besoins matériels de la vie, il apprit à ses religieux à rendre leur corps serviteur fidèle de leur âme. Parmi ses farères les plus distingués pour la régularité et la tenue sévère , se trouvaient saint Wolfgang et les deux fils de saint Gérold, Gounon et Ulric. Lorsque Gebhard, évéque de Constance, entreprit de répandre dans son diocèse le bienfait de la vie contemplative et studieuse , il ne voulut
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pas d'autres religieux pour commencer sa fondation » qa« des religieux d'Einsidlen* Ces dignes élèves de Grégoire vécurent à Petershausen» dans un état de perfection tel que Tabbayed'Einsidlen, sur qui leur gloire devait nécessairement rejaillir, fut chargée trois fois de suite, depuis la fondation, de leur envoyer un abbé de son choix^^ Ces abbés furent Walther, Sigefroy et Âdelbert.
Enfin après avoir épuré son cœur et son esprit pendant cinquante années de solitude religieuse , et avoir tenu dignement le sceptre abbatial pendant trente-six ans, Grégoire mourut plein de jours et de mérites Tan 996. Wirand son successeur lui a consacré cette épitaphe :
Abbas Gregorius laudum splendore coruscus Fios AnglaD stirpis praecipuus mtM'ilis, idjbus in senis animam reddendo novembris , Spiritui cœlos ossibus hune tumulum Promeruit, digna factis mercede repensa.
Kunc fruitur summo lœtus ovansque bono.
Creditur Angelicis Psyché subvecta mlnistria Gregorii patris sedibus œtherels*