CHAPITRE XIIL
(Année 996-1036.) Wirand, quatrième abbé et deuxième prince du Salut-Empire.
Quand l'abbaye des ermites eut prit l'essor que lui avaient inspiré ses premiers maîtres, elle devint à son tour le rendez-vous de la jeune noblesse qui ne voulait pas seulement tenir ses titres de la bravoure de ses ancêtres, mais de son propre mérite, et surtout des lumières de la science et de l'esprit. Wirand , comte de Wandelbourg, était là étudiant, mais étudiant distingue tout d'abord, par d'incroyables progrés dans les arts et la poésie. Puis il appliqua sa capacité à des sciences plus graves et plus positives, et devint tellement fort en théologie conmie dans la science des affaires administratives, qu'à la mort de Grégoire , sa foi étant mise en balance avec ses talents, on le nomma abbé.
Les empereurs d'Allemagne, qui avaient intérêt à ce que les écoles où se formait la noblesse fussent dignes de la religion qui les avait instituées, avaient continuellement l'œil sur l'abbaye des ermites : ils y gagnaient d'admirables exemples de piété et de savoir. Wirand se concilia l'estime et presque l'amitié d'Othon III, puis celle de l'enàpereur Henri , qui devait se connaître en mérite, puisque plus tard il fut mis lui-même au rang des saints.
L'abbaye doit à ces deux princes quelques libéralités spéciales. L'an 998, Othon envoya de Rome à Wirand des lettres patentes cpii le mettaient en possession d€f
Blishofen, dans le pays de Willisgau. En 1004, l'empereur Henri , qui était alors à Zurich , lui donna quelques terres dans le Brisgau ; et peu après, en 1018, il confirma l'abbaye dans toutes ses possessions par un diplôme solennel. Enfin la même année, partant pour l'Italie, et passant par Zurich , il lui accorda toutes les terres et forêts que l'on voit à Tentour de l'abbaye. L'empereur Conrad y ajouta en 1025 quelques terres près de Steinbrum , dana le Suhtgâw. Outre cela il était échu à Wirand lui-même un héritage considérable dont il donna la propriété à son abbaye, en laissant' néanmoins la haute juridiction sur les vassaux de ces terres là à ses frères , comtes de Rapperswill , protecteurs d'Einsidlen.
Il ne faut pas croire que ses soins pour assurer le pain quotidien à sa maison absorbassent Wirand aux dépens de la discipline monastique : elle était par lui maintenue et perfectionnée aVec un tel art, que toutes les abbayes voisines lui demandaient quelques-uns de ses disciples pour se gouverner d'après sa politique. Après avoir régné avec sagesse et fermeté pendant trente années sur son abbaye, ce petit royaume dont chaque sujet pouvait presque rivaliser avec son abbé de perfections et de talents; il sentit plus que jamais le désir de l'éternité , et la mort vint à son secours l'an 1026<
Embrice , successeur de Wirand , a fait mettre sur sa tombe ces vers qui n'ont d'autre mérite que d'être un * monument historique :
Abba Wirand tumbam sacrîs dîtat ossibus istam , Sanguine sat celsus , moribus œthereus , Ingenio clarus , mitis , pius atque benigmus , Inderiue percelebris regibus et populis.
SextieVhic quinis Herenii pater extitit annis, Valde sibi durus , discipulis placidus.
Idibus ast ternis februi sustollitur astris ; NuDc Sabaoth Domino pangit hosanna poloj