PROLÉGOMÈNES
Manière d'écrire l'histoire.
Ojv parle beaucoup d'hîstoire et l'on en parlera longtemps encore avant que la nôtre seulement soit complète. Il a paru pourtant plusieurs ouvrages partiels dont la forme, renouvelée des Latins, était flatteuse, dramatique, nouvelle enfin à force d'être ancienne. Ces ouvrages ont donné ' lieu à de nombreuses questions sur l'art d'écrire j l'histoire , et l'on a fini par proclamer dans cèrt taines écoles que le meilleur genre de style pour i les travaux historiques était le genre. •• descriptif, je crois. Ce sont là des questions puériles ; la forme est la moindre des choses en histoire; la forme I n'a jamais manqué à une pensée complète ; elle n'a surtout jamais manqué en France. Ce qui i nous manque aujourd'hui, c'est le fonds; ce sont les rudes mineurs de la science historique , qui
S'en allaient d'un bout de leur vie a l'autre taillant dans le roc vif; compulsant, discutant ej annotant avec^une gravité, uiie conscience, une patience qu'on ne trouve pas dans lé monde ^ mais entre les quatre murs d'un couvent Bénédictin.
Lisez la plupart des historiens séculiers qui ont paru depuis deux siècles; on ne se douteraitjamai^ que le Christ fût venu renouveler la face des choses et instituer une société-modèle, une Eglise^ et au centre de cette Eglise une règle de vérité, une base de jugement une et infaillible. Ils raisonnent tous d'une façon diverse ; on ne les trouve d'accord qu'en un point , c'est qu'il n'est pas plus question chez eux de révélation et de tradition que s'il n'en existait pas. Ils ne voient qu'une chose : la civilisation existante. Mais la cause, le principe de cette civilisation, où est-îl? Pas un n'y pense. Que deviendra cette même civilisation y une fois qu'elle se sera franchement écartée de sa base ? Vous leur en demandez trop : après eux le déluge.
Voilà bien de la fatuité ou de l'ignorance ; on prétend néanmoins que ce n'est ni l'un ni l'autre, mais une douce indifférence, un scepticisme commode puisé dans l'étude assidue des auteurs païens qu'on nous impose encore dans nos classes dix ans de {suite.
li n^y a de vrai que la moitié du r^roche fait tkVtK anciens que nous prenons dans nos classesi pour modèles de sentiment et de style ; jamais ils ne traitaient ii^histoîre, deiittérature en général^ sans régler leur» jugements diaprés un système de politique et de mwale qui était à peu près le même partout, et qui partout s'appelait Religion. Mais par malheur l'essence de cette religion était le plaisir : et le plaisir n'est pas toujours orthc^^ doxe. Il est donc très-possible que l'habitude d'é^ tudier les auteurs païens nous ait fait prendre en grippe l'austérité de la littérature chrétienne ; et comme notre éducation libérale ne nous permet guère de croire à Jupiter et à Gupidon, nous rayons de nos écrits les noms des divinités fausses, sans mettre à leur place le nom de la divi^ nité réelle : deux efforts à la fois ce serait trop; Mais, en bons camarades, ceux d'entre nous qui ont une mémoire ou une bonne volonté complète, doivent aux autres quelques leçons d'histoire.
A partir de quelle époque les membres de la société chrétienne dnt-ils cessé d'avoir sur les sociétés étrangères ou barbares une influence de civilisation? Je parle d'une influence directe, car l'exemple de l'Europe chrétienne , la douceur de ses habitudes , l'aisance de ses manières , la coni^ modité de ses produits industriels, seront toujours
Imités plus ou moins imparfaitement par le reste du genre humain . Mais l'action que l'Eglise exerçait sur les gouvernements, cette action puissante qui arrachait le sceptre aux mains des princes injustes, ou incapables de maintenir l'unité parmi les peuples , a cessé (en Occident) depuis trois siècles à peine. Voilà vraiment une belle période !
Cette révolution rétrograde consista pour lors à transférer le suprême sacerdoce au chef du gouvernement , et à faire des prêtres d'une nation, les premiers valets des empereurs. Elle commença en Allemagne sous Charles-Quint* En France elle faillit s'établir sur le trône même du prince qui prétendait l'écraser avec sa révocation de l'édit de Nantes, tandis qu'il souriait à la traîtresse ^ qui pour lui plaire avait pris le masque flatteur des quatre articles. Elle fit enfin un pacte sanglant avec la grande révolution française, qui peut-être fut de bonne foi dans sa première haino contre le pouvoir théocratique. Mais tout à coup voilà ces deux révolutions garottées par l'enfant gâté de l'une d'elles* Buonaparte , oui, lui-même, avança les affaires de rEglisa.sans que ses meilleurs amis s'en doutassent, et sans qu'il s'en doutât peut-être , lui non plus. Les vrais juges de cet homme, et ce ne sont pas ses amis, prétendent savoir positivement qu'il ne tenait qu'en apparence aux quatre articles des libertés gallicanes^
proclamées par Louis XIV , et qu'il espérait en prendre seulement une certaine action publique sur les souverains pontifes, en leur donnant la frayeur, toute charitable, d'un schisme en France. Du reste il n'eût jamais souffert que la France se séparât de l'unité catholique. II connaissait trop bien l'histoire , disent-ils , pour ne pas regarder cette unité comme le plus ferme soutien de la stabilité de l'Europe. En effet, les états dissidents ne peuvent avoir d'alliance nulle part ; s'ils en forment quelqu'une , ils l'appuient sur unç communauté de passions : ôr il faut d'autre base que des passions à une politique qui veut survivre à ses fondateurs ; il lui faut des principes immuables.
Qu'on en cherche hors du centre de vérité établi par le Christ! !
Buonaparte donc , voulant se faire légitimer par l'Eglise , visait à refonder l'édifice de Charlemagne, le saint empire d'Occident. Par exemple, il en eût pris ce qu'il lui plaisait , et laissé le reste à qui de droit : au pape les consciences , à l'empereur les baïonnettes qui en protègent la lir berté. Malheureusement Buonaparte, au lieu de commencer comme Charlemagne par exercer un droit de protection , porta la main sur une des trois couronnes du Pontife , sauf à la lui rendre plus tard ; il fit en im mot comme ces amant»
désespérés qui croient obtenir plus aisément la main d'une honnête femme ^ en la séparant avec violence de tout ce qui lui est cher. L'enlèvement du pape fut une fatale échaufifourée pour l'em-^ pire. Le pape se laissa traîner captif, mais il re-« cueillit en France même tous les honneurs dus au martyre : la force brutale des conquêtes s'inclina devant le représentant de la force intellectuelle, et l'histoire civile ou militaire dut céder ses plus belles pages à l'histoire ecclésiastique*
Comment font donc ceux qui, s'étant chargés d'écrire l'histoire, en suppriment ce qui peut faire honneur à l'influence de l'Eglise , quand elle est admirée par tant de grands génies? Et d'abord, ne savent-ils pas que tout historien est un témoin, dont la conscience jure devant le vrai Dieu de dire non-seulement la vérité, mais toute la vérité?
Parfois, je le sais , ils se montrent scrupuleux de tout dire ; mais c'est dans le cas où l'intérêt de la vérité simple ne peut qu'y perdre, et l'esprits'éga^ rer. Par exemple, s'il y a un scandale, un secret honteux qu'il faudrait enfouir, ou du moins présenter comme l'abus d'un principe estimable, afin de ne pas donner aux ignorants un prétexte de haine contre ce même principe ; c'est là ce qu'ils prennent pour fixer les regards du peuple , qui sans doute ne les lirait pas sans cela. Ils se soucient bien des convenances , et de l'exemple qu'en a
laissé la Bible à propos de deux fils de Noé ! Quand une ivresse inattendue avait trahi les sens du vieillard , on les vit protester contre le sourire de leur frère; puis s'approchant de Noé en détournant la tète, ils laissèrent tomber sur lui son manteau.
Et ils ont été bénis.
Autre écueil, ou autre ridicule. Les écrivains de l'Ecole précitée affectent de détacher de l'histoire ce qui a rapport au clergé , c'eslrà-dîre au seul corps social qui , pendant notre barbare féodalité , se soit maintenu pacifique et conservateur des sciences et des arts. Je conçois qu'aune époque beaucoup plus avancée, alors que le gouvernement se partageait entre le clergé, la noblesse et la masse plébéienne , alors surtout que les lumières commençaient à se répartir également, comme en 89, il se soit établi entre ces trois corps une lutte d'amour-propre dans laquelle les historiens , qui , pour la plupart sont nés du peuple, visaient et réussissaient à élever leur caste de toute la hauteur de leur génie. Mais à propos de moyen âge ! Il faut avoir bien mal lu et réfléchi , pour placer au-dessus du sacerdoce les esclaves ou les hommes de mainmorte, et les chevaliers qui se faisaient gloire de leur ignorance au point de ne pas même savoir signer leur nom , et qui du reste traitaient le peuple comme de la chair à bataille.
Voilà ce qu*uu opposerait à rarislocratie mona-^ cale, ou plutôt à la c^mocra^^'e monacale, puisque les monastères accueillaient indistinctement les bomnaes de toutes les classes , pourvu qu'ils aimassent la paix et la science, deux des plus beaux attributs de la divinité çt de l'humanité divinisée par le christianisme !
Il y a eu des provinces où l'administration principale reposait sur les ecclésiastiques : c'est à eux qu'on doit les monuments essentiels, hospices, bibliothèques et promenades. Le clergé seul entretenait les relatioAs diplomatiques, la direction même de certaines guerres défensives , la protection armée des privilèges de la cité. Eh bien, tout, cela n'est rien pour ces beaux faiseurs d'histoire., Au lieu du clergé, ils mettent je ne sais quel autre pouvoir qui ne se doutait guère de son an-^ tique origine ; ou s'ils sont absolument obligés de citer l'Eglise , ils en font au public leurs sincères excuses. Viennent après cela des lecteurs candides, qui, voyant le même système appliqué à tant d'histoires contemporaines , en concluent que l'i-i dée de Dieu et le respect pour le sacerdoce în-i stitué par son Christ, ont disparu du sein de la nation. Erreur : toute nation se divise en deuxclasses, majorité et minorité. Vaut-il mieux écrire pour l'une que pour l'autre? c'est là toute la question d'un historien consciencieux*
Dans la minorité $e trouvent les consciences étroites et sévères, les écrivains spirituels et pourtant sérieux , les orateurs énergiques et désintéressés , les savants qui ne lisent rien sans être en état de le juger mathématiquement , les hommes de bonne foi que la mauvaise ne saurait tromper, les hommes de bonne volonté , c'est-à-dire sans prétentions ni préjugés , et bien résolus à reconnaître l'autorité du seul corps enseignant fondé par la divinité même ; ce sont en un mot des ca<tholiques ou des gens dignes de le devenir. Parmi cette imposante minorité , il en est peu qui puissent consacrer leur temps à défendre la vérité; ils mourront pour elle, s'il le faut; mais avant que de publier leur témoignage en sa faveur , avant que de pouvoir écrire à leur aise , et avec toute la pompe que réclame le sujet de leurs convictions , ce qu'il leur faut d'abord , c'est vivre ; hélas oui, gagner le pain quotidien que le travail littéraire ne donne pas, et que les gouvernements ne songent pas souvent à leur offrir. Mais toujours de temps à autre il s'en montre quelqu'un dont les moindres efforts suffisent à renverser l'échafaudage d^une vingtaine d'ennemis : tel est le privilège des hommes dévoués à la vérité : leur parole a quelque chose de sincère et d'hon^ nête qui les fait préférer à tous autres.
Après cela , il est bien inutile de dire comment
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«e compose la majorité. Elle a pourtant un carac* tère de plus qu'il y a une soixantaine d'années ; c'est l'esprit politique, l'esprit départi. On ne con^ naissait pas cela dans les temps classiques , où l'amour de la vérité seule dominait le talent. Mais chez nous autres, barbares ^ façonnés aux habi^ tudes de la féodalité , ayant combattu pendant des siècles pour tel ou tel seigneur , plutôt que pour tel intérêt général, les questions de gouvernement sont devenues des questions de per-^ sonnes, et l'esprit de parti empêche ainsi qu'il n'y ait chez nous un esprit public. Quand Louis XIV, achevant l'œuvre de Louis IX et d'Henri IV, eut ruiné la féodalité, l'esprit de parti sembla mourir en France ; mais ce n'était qu'un sommeil pendant lequel il changeait de forme ; à son réveil ce n'était plus que l'esprit d'opposition : voyez l'histoire des Parlements. Plus terrible que l'esprit de parti , en ce qu'il a l'air de .s'appuyer sur l'intérêt de la vérité, cet esprit-là avait produit en Allemagne l'hérésie, en Angleterre la mort de Charles I", en France il fit tomber la tête de Louis XVL Après le concordat, l'esprit d'opposition ne fit à l'Eglise qu'une guerre de tracasseries, ^'amusant à déplacer les questions, présentant une institution divine comme un moyen de gouvernement, la prêtrise comme une armée impériale ou royale, et les paroles évangéliques comme au-
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tant de bottes secrètes portées au colosse de la raison humaine. Les divers changements de régime gouvernemental, ou plutôt de personnes gouvernementales, ont depuis quarante ans rendu à l'esprit d'opposition son ancienne forme d'esprit de parti, sans lui ùter la nouvelle. Ces deux formes d'esprit combinées ensemble ont enfanté l'opinion : c'est-à-dire la raison individuelle substituée à la raison d'état , et à la raison uni ver^ selle.
L'opinion tue le talent. Aujourd'hui Bossuet ou Rivarol reviendraient au monde pour écrire, qu'ils n'y feraient rien, politiquement, s'ils n'avaient pour eux l'opinion. Le vrai talent n'étant fondé que sur la vérité, l'opinion ne peut s'appuyer que sur le charlatanisme, c'est-à-dire l'art de séduire le public sans autre motif que l'intérêt du charlatan. Cet art étant essentiellement indivi-* duel , l'opinion doit être de la même nature , et tout ce qui est individuel est en opposition avec la vérité , car la vérité est essentiellement sociale.
L'opinion est capricieuse; voyez les journaux qui sont l'expression périodique' de l'opinion; voyez -les changer de couleur et se multiplier comme les hommes. La vérité seule est immuable, une , comme son auteur. Quel est le mobile de l'o-* pinion? l'intérêt: et le mobile de la vérité? lacon-science; non la conscience d'un individu, mais
celle de tous, celle de l'Eglise. La meilleure opi^ nion ne vaut rien, puisqu'elle tend à diviser les hommes, et la vérité tend à les unir. Aviez-vous réfléchi qu'un schisme , une hérésie , ces grandes ruptures de l'unité, ne sont que des opinions? C'est depuis que l'opinion a pénétré dans les rangs du clergé que l'opposition politique lui a fait la guerre comme à un corps politique. A la rigueur , le devoir du clergé propagateur de vérité serait plutôt de neutraliser l'opinion. Les passions du journaliste n'ont rien de commun avec le clergé : il ne doit avoir et former une Opinion publique qu'après en avoir reçu le mandat et s'être assemblé en concile , comme dans les cas extrêmes , ou seulement lorsque la question de religion est aussi une question de gouvernement, comme en Irlande, et même en Suisse. Mais en pareil cas, l'opinion cesse d'être une opinion, c'est un principe immuable comme la loi divine; c'est dans cette même loi divine un article de plus. Le clergé de France et les organes périodi-r ques de sa pensée n'ont d'autre opinion publique que celle de l'église romaine , qui reconnaît les faits et donne in petto raison à qui de droit; quelques-uns de nos journaux religieux sont ainsi d'une sagesse et d'une profondeur qui fait honte à d'autres beaucoup plus anciens. Je sais du reste certains écrivains disciples de la vérité universelle.
quî , pour avoir courbé une fois sous le joug de l'opinion particulière qu'ils voulaient tourner en opinion publique , ont encore aujourd'hui toutes les peines du monde de s'en relever; ils essaient de se réfugier sous l'étendard du catholicisme « mais cet étendard mystérieux ne protège que ceux qui n'en veulent pas d'autre. Saint Paul s'attaquait à l'opinion, à l'esprit de parti, lorsqu'il écrivait avec une simplicité prophétique : Soyez soumis aux puissances, à toutes • Et en écrivant cela, saint Paul savait que toutes les puissances de la terre ne pourraient tuer la vérité : elle , au contraire, tue chaque jour les gouvernants qui la méconnaissent.
Historiens , nos frères ! dirions-nous après l'Apôtre , appliquez-vous au récit des faits , et surtout des faits honorables : laissez là les caractères, oubliez les opinions, publiez les principes, tandis que vous avez encore un peu de cette liberté de la presse, dont les esclaves de l'opinion se servent si bien. Que vous importent les formes humaines des gouvernements présents ou à venir ! Levez le regard plus haut, vers le ciel qui vous attend; ou bien abaissez-le vers la tombe où descendent chaque jour les passions politiques , victorieuses ou vaincues.
Il va sans dire qu'une histoire ou chronique religieuse n'a pas à craindre l'influence de l'esprit
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de parti; Tauteur n*y a aucun intérêt: s'il en a un^ c'est celui de ses lecteurs. En effet , peut-il désirer que MM. tels et tels se convertissent, s'il ne désire leur bien-être? Quant à lui, il peut trèsbien monter au ciel sans en ouvrir la porte aux autres. Ce n'est pas comme un journaliste, qui a besoin de ses abonnés pour vivre , et qui ne peut réussir sans eux : c'est pour cela qu'il lui faut employer bien des artifices. Mais quel artifice, quelle partialité voulez-vous dans le travail d'un catholique, entièrement composé de faits et de dogmes? Quoi retrancher ou ajouter?
Ce que nous disons peut s'appliquer au premier venu de ces ouvrages-là , ne fût-ce qu'à la chronique d'Einsidlen. En vérité, elle se publie dans un biit moral et philanthropique : il s'agit de raconter la vie de quelques hommes de sacrifice, à qui l'on ne fera pas grâce du moindre abus de leur repos : en second lieu on indiquera la source des merveilles dont ces hommes se disent les témoins depuis huit siècles; merveilles produites pour le soulagement ou le perfectionnement de l'humanité.
COTE MERVEILLEUX DE L^HISTOTIlEé
Au temps où Ton ne croyait qu'à ce qu'on pouvait voîr, sous le paganisme enfin, les hommes croyaient aux miracles, et il s'en faisait sous leurs yeux : nous sommes loin de le nier. Moïse luimême parle de prodiges opérés par les magiciens des Pharaons , comme il parle de ceux qu'il opéra lui-même par la vertu de l'Esprit trois fois saint
Maintenant que le dogme de la foi est établi, et que le témoignage des sens doit être peu de chose, nos écrivains les plus spirituels n'abordent l'article Miracles qu'avec timidilé , sinon avec dédain. Des chrétiens niant le miracle, et des païens leur donnant des leçons de la première vertu théologale, voilà qui est piquant, sinon scandaleux. Et qu'en pense la raison universelle, l'Eglise? elle renvoie à l'étude de l'histoire ceux qui l'ont mal apprise , et puis elle pose des principes.
A compter de la venue du Christ, ce monde prend une nouvelle forme ^ il y a nécessairement un nouvel ordre de faits. Le Messie le dit luimême : le règne de l'esprit remplacera le règne de la matière ou de la force, la face de la terre sera renowelée. La nature obéira à des lois extra-
ordinaires. Ce qu'avait produit tout au plus de siècle en siècle un prophète , un patriarche , arrivera désormais chaque jour, à chaque heure, et à la voix du premier venu. Ce qu'on appelait autrefois impossible , le moindre des enfants des hommes , uni à l'Eglise du Christ par les liens de l'esprit nouveau roi du monde, le fera. A sa voix, les malades seront guéris et les morts secoueront leur poussière. Pour lui obéir, les éléments sembleront prendre une intelligence : il calmera les flots, les traversera sans esquif, plongera dans les fournaises sans la plus légère atteinte, foulera aux pieds le lion et le dragon , et chassera devant lui les montagnes comme le vent chasse les nua-
r ges. Il y aura enfin relation intime entre les vœux
de la terre et la volonté du ciel. Jésus-Christ l'a promis lui-même , et je ne parle qu'à ceux qui croient en lui.
Or , en voyant le soin que mettent les historiens à écarter de leurs récits les phénomènes dont ces citations sont la preuve, que faut-il penser? Les paroles de Jésus ont-elles donc passé avant que la terre ne passe? non. Il n'y a de moins sur la terre que quelques vérités qui y paraîtront à leur époque , et il n'y a de plus que quelques
^ faux témoins.
L'histoire donc a toujours deux sortes de faits à constater quand il s'agît de peuples unis à l'E-
glise. Ce sont des faits ordinaires » et des faits «irnaturels.
Second principe* Un miracle souffre-t-il la discussion? jamais. On ne peut que le nier où Tadmettre. Il s'agit de miracles qui ne sont pas ar* ticles de foi, car une fois que l'Eglise a prononcé, il n'y a plus de thèse possible^ La foi passe avant toute philosophie.
Prenons le fait le moins généralement adopté : des journaux spirituels en ont ri, d'autres fort impies en ont eu peur, les plus savants l'expliquaient par la physique ; enfin d'autres assez raisonnables se sont tus, soit pour ne pas afficher leur incrédulité accidentelle , soit pour obéir à la recommandation de Jésus de ne pas trop divulguer ces sortes de faits. Quel était donc ce phénomène plus ou moins étourdissant pour les journaux de l'opposition parlementaire? C'était l'apparition de certain corps lumineux en forme de croix , pendant une procession organisée par des missionnaires; c'était la fameuse croix de Migné.
Si la rédaction du fait eût été confiée à l'homme qui se plait à tracer ici sa profession de foi , il n'eût d'abord pas accepté sans être certain de ce qu'il allait avancer , mais surtout il n'eût jamais dit que l'un de ces deux mots s Je crois ou j'ai vu. Vous répondez que l'événement n'est pas possible? c'est précisément l'impossible qui constitue
te miracle. J'ai vu ou je crois. Le miracle était inutile; qu'en savez-vous? Moi j'y crois ou je l'ai vu. Vous ne pouvez ou ne voulez pas le croire ? c'est votre affaire, mais encore et toujours : Je crois ou J'ai vu , J'ai vu ou Je crois. C'est là manière des évangélistes.
Mais si l'historien , isolé d'une autorité puis** santé , veut forcer son lecteur à le croire , et qu'empiétant sur les droits de l'Eglise universelle il ajoute : « Damné soit qui ne croira point ce que j'ai vu ou ce que je crois ; » il perd sa cause avec dépens. Il aura le même sort sans vouloir forcer la croyance du public , s'il encombre son récit de termes propres à ses convictions individuelles* S'il est dévot, on ne croira pas au miracle; s'il est impie, on se défiera de ses fières dénégations. Pour persuader les gens, il ne faut pas leur parler comme s'ils avaient déjà nos convictions ou nos antipathies. C'est là pourtant la faute du commun des narrateurs. Très- certainement, si l'affaire de Migné, ainsi que les plus étpnnanted légendes, eussent été racontées sans éclat et avec le ton de la simplicité évangélique , elles eussent passé dans la croyance des populations avec plus de facilité qu'elles n'en ont été bannies ; elles y passeraient sinon comme miracles , du moins comme faits accomplis , dont le public le plus éclairé ne cherche pas à se rendre compte , par-
ce qu'il n'y a pas à lutter contre un fait. Et Thistoire religieuse n'a pas autre mission que de raconter les faits : c'est au lecteur à en tirer la conséquence. Si l'historien se charge de la tirer lui-même^ il est en même temps juge et témoin. Chose absurde ; car s'il se fait juge de son propre témoignage, pourquoi en appelle*-t-îl au jugement de ses contemporains ? L'oubli de ces principes fait qu'on a rarement de bonnes histoires con<» temporaines : l'auteur écrit et juge des choses qui le touchent encore de trop près.
11 arrive souvent que toute chose étant dite avec convenance, sans passion, sans aucune idée des convictions personnelles du narrateur, rien pourtant ne se fait croire. C'est qu'alors, au mi^ h'eu des faits racontés, la politique se trouve asso-^ ciée aux actes de la religion. Cette religion trois fois sainte a souvent perdu au contact des gouver* nements ; je dis souvent , car dans l'ordre des choses il vaudrait mieux qu'il y eût triple union du prince et du peuple avec les ministres du culte national. Mais dans un pays où il n'y a pas de culte national, toutes les fois que le gouvernement déclarera s'associer aux œuvres d'un sacerdoce plutôt qu'à celles d'un autre, il trouvera dans quelques tribuns du peuple une opposition qui s'étendra non-seulement aux opinions, mais jusqu'aux croyances de ce peuple toujours dîf^posé à
n'admettre ou rejeter que les miracles admis ou rejetés par ces tribuns-là. C'est un malheur sans doute, mais c'est un fait plus d'une fois accompli.
Néanmoins, parce que les plus belles nationalités se sont éclipsées en se séparant de la grande unité des peuples dont l'Eglise est le centre, il ne s'ensuit pas que nous autres catholiques , amants passionnés de la vérité jusqu'à mourir pour elle , nous devions cesser de la proclamer en face du monde , lors même que la raison de ce monde n'est pas à la hauteur de cette vérité sainte. Tant qu'il restera à lui apprendre des dogmes consolants et des faits utiles , l'honneur , le seul honneur possible , le bien des hommes qui tous sont nos frères, nous commandera d'en parler.
Pour ce faire , nous n'imiterons pas les anciens légendaires qui à chaque pas de leurs héros voyaient la trace d'un miracle. Nous fuirons avec dégoût récole contraire dont tout le système est une perpétuelle négation du merveilleux. Les premiers ne sont coupables que de poésie ; les autres veulent détruire , non-seulement le beau idéal, mais le peu de beauté réelle qui nous reste après un siècle de destruction. ^
L'école gothique, c'est l'artiste national sculptant ses ogives en manière de dentelle, les garnissant de vitraux d'or et d'azur, et jetant sur les. piliers énormes, sous les voûtes aériennes, dansr
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les niches mystérieuses, des myriades de saiiiu tous puissants et tous bons.
L*autre école, l'école vandale , celle qui accapare tout cela pour le démolir et faire de l'argent avec la vente des pierres et du plomb, c'est la Bande-Noire de la science historique.
Entre ces deux extrêmes nous poserons encore un principe : « En fait de miracles qui ne sont pas articles de foi, n'adopter que ce qui ne semble pas déroger à la grandeur et à la générosité de Dieu ; puis , cette condition remplie , ne publier que ce qui est raisonnablement prouvé. »
TnioRIE DES MIRACLES. ^
Le genre humain condamné à l'esclavage de la terre et racheté pour la liberté du ciel par le Messie, c'est-à-dire par l'envoyé d'un monde supérieur, devait pouvoir correspondre avec ce nouveau monde,' et recevoir quelque gage de la supériorité des lois du ciel sur les lois de la terre. Il devait pouvoir éprouver que tout le système de la nature n'est vraiment qu'un spectacle , et que le grand metteur en scène peut, en soufflant dessus, changer ses personnages, ses tableaux , no«
seûsatioiis et nos pensées, nos délices et nos don* leurs. Ce do^e de la tonte-puissance divine sur les lois physiques , cette théorie par laquelle tliomme le plus simple peut se convaincre de ce qu'on appellerait assez bien la possibilité de l'impossible 9 sert de base à la théorie des miracles* Vous lirez et entendrez dire souvent qu'on ne fait plus de miracles. Mais une première remarque, c'est que les gens qui parlent ainsi n'ont jamais cru entièrement aux miracles, quelle que soit leur date. Ils admettent bien en théorie que l'Être suprême puisse changer quelquefois les lois de la nature; mais dans l'application ils nient ou ils doutent. Du moins ils prétendent douter ; car douter c'est s'abstenir de juger pour pouvoir examiner : or ils n'examinent ni par eux-mêmes ni par les yeux de l'Eglise ; donc ils ignorent.
Les mêmes gens prétendent encore qu'ils setaient les meilleurs croyants du monde s'ils voyaient des miracles- Erreur ou pure défaite. La chose dont il faut tout d'abord se convaincre en matière de mi*racles, c'est que la foi ne dépend nullement de leur existence. Quand le maître de notre doctrine en opérait quelqu'un , il avait grand soin de dire au sujet : Vous voilà guéri , allez-vous-en bien vite sans rien divulguer au peuple ; montre^vous au chef du culte, puisque la loi l'ordonne ; et de-
vant lui témoignez purement et simplement de votre guérison.
Si les miracles eussent été indispensables à la conversion du monde , Jésus aurait au contraire encouragé son homme à crier dans les carrefours et les places publiques le phénomène opéré en sa faveur.
Si les miracles étaient indispensables à la foi , chaque néophyte aurait le droit d'en exiger un avant de se convertir. Il n'a qu'à se mettre à douter de l'Evangile à moins d'un miracle : qu'est-ce qui lui garantira la divinité de cet Evangile ?
Voyez ; tous les gens pour lesquels le Christ a fait un miracle, croyaient déjà. Car il leur dit toujours : parce que vous croyez , je veux bien vous guérir ; ou, ce qui est la même chose , votre foi vous a saucé.
Mais un jour , les Juifs ne s'avisèrent-ils pas de lui demander quelque prodige , là , pour leur propre satisfaction, lui promettant de croire ensuite à tout ce qu'il lui plairait : <^ Hypocrites que vous êtes , leiir dit le Maître , vous n'aurez pas d'autre prodige que celui de Jonas dans la ba-^ leine. » Or le moyen miraculeux dont Dieu s'était servi pour tirer ce prophète du sein des flots, était dès ce temps -là mis en question par les Juifs. Peut-être, comme de beaux esprits nos contemporains, ne voulaient-ils pas croire que Dieu fût.
lissez puissant pour faire passer un homme par Fœsophage d'une baleine , lequel n'a , dans cer^ tftines espèces, guère plus de trois pouces de diamètre. L'objection était stupîde, puisqu'encore une fois rimpossibilité d'une chose est une des conditions de son existence miraculeuse : et puis le fait seul du passage d'un homme par cette ouverture n'a rien qui contrarie les observations des savant?. Le mot de la Bible cete, mot géué-^ rique si mal traduit en français dans le sens particulier de baleine, s'applique à tous les genres de cétacés, depuis les plus énormes connus aujourd'hui, jusqu'à ces races incommensurables dont le type s'est perdu, et qu'on traitait de fabuleuses avant qu'on en retrouvât les squelettes fossiles. T- A|i, vous ne voulez pas de ce prodige-là, dit Jésus, eh bien, vous n'aurez que lui, lui seul, parce que vous n'en voulez pas, et que vous ne l'avez pas vu. Et ceux qui auront cru sans voir n'en auront que plus de mérite.
Quelque petit , quelque infirme que soit un homme, quand il s'agit de former des conjec-» tures sur la divinité, il ne faut pas craindre d'affirmer que si le Sauveur eût aperçu la moindre bonne foi chez ceux qui lui demandaient quelque preuve visible, il ne leur ep eût pas refusé. Témoin son disciple Thomas, qui lui non plus ne voulait pas croire sans avoir vu: le Rédempteur lui prît
les mains et les plaça dans ses cicatrices , comme pour lui dire : « Enfant que tu es, viens donc épui-* ser le témoignage de tes sens; ne sais-tu pas que je puis les troubler en un instant, te faire voir et sentir tout le contraire de ce que tu sentais et voyais? Je suis venu établir sur la terre le règne de l'esprit sur les sens, le règne de la foi sur les sensations; mais viens, car je t'aime et connais ton cœur ; il est pur quoique peu éclairé encore : seulement rappelle-toi cette parole qui résume tout ce que je viens de te dire : Heureux celui qui croit sans voir, d Depuis les temps apostoliques, Dieu n'a jamais refusé l'enseignement des prodiges aux peuples qui manquaient de toute espèce de révélation et de tradition. Pauvres peuples, innocents de leur ignorance, s'ils avaient pour la vaincre la moindre des ressources européennes, ils ne demanderaient pas de miracles. On peut en juger par l'histoire des missions étrangères, histoire encore vivante, que la parcimonie des spéculateurs européens empêche d'arriver à sa fin , la conversion , c'est-à-dire la civilisation de l'univers.
Il s'en fallait de beaucoup que les Juifs fussent gens de bonne volonté comme saint Thomas : ces mêmes Juifs qui demandaient un miracle exprès pour eux, en avaient vu bien d'autres ; et ne voulant pas leur rendre hommage, ne pouvant pas
non plus les nier, ils les expliquaient. Par exem* pie, on est allé jusqu'à dire qu'au moyen de la physique on eût expliqué alors les miracles de Jésus ; les Juifs n'avaient pas besoin de la physique, puisqu'ils remplaçaient ce mot par celui de Béelzébulb. Oui, c'était de par Satan que Dieu exorcisait Satan. • • disaient les Juifs.
Ce n'est donc pas avec la physique que l'on peut déroger à la physique; ce n'est donc pas au moyen des lois qui régissent le monde qu'on déroge à ces mêmes lois. Toute force armée contre ellemême se détruit, répondait le Sauveur ; et ce que l'on vient de lire est la paraphrase de cette vérité.
Comment feront, s'il vous plaît, les personnes qui demandent un miracle pour se convertir à la foi catholique , lorsque Dieu, selon sa promesse, aura permis sur la terre l'établissement des faux prophètes? C'est une promesse embarrassante, au moins , et celui qui ne pourra pas alors puiser sa certitude religieuse au foyer de vérité établi par Dieu même, dans l'Eglise, court grand risque de prendre le change. Le même homme qui disait vouloir se faire catholique , à condition d'un miracle, en verra tout à son aise. Car le prince des ténèbres aura toute liberté de tromper l'œil de l'homme, et de faire des prodiges. Seulement gare à l'estropié guéri par un tel redresseur ; gare aux vivants qui , croyant embrasser leurs frères rap-
pelés à la vie par la baguette de Simon le magi** cien, pourront bien recevoir à leur tour quelque étreinte de sang , et suivre le fantôme dans son étemelle nuit.
Des miracles , bon Dieu ! il s'en fait tous les jours. Il ne s'agit que de les croire. Et pourquoi ne s'en ferait-il plus ? Dieu n'a-t-il pas dit : Celui qui croira fermement en moi opérera ce que j'o«père , et plus encore.
C'est qu'aussi il faut savoir les observer, ces miracles : ils ne se produisent pas toujours de la même façon. De grands criminels, cachés aux yeux du vulgaire par le tourbillon des grandeurs, se prennent tout d'un coup à gémir de leur vie, et cherchent franchement le chemin de la vérité : n'est-ce pas un miraole , et de l'espèce la plus utile, celle des miracles sur l'esprit, dans lesquels il s'agit d'intérêts autrement durables que ceux de la vie actuelle? Voici pourtant comme le monde l'interprète: « Quand le diable devient vieux, il se fait ermite, » dit le monde; et c'est charmant, et il n'y a certes rien de mieux pour rendre la grande idée du repentir, ce dernier et dra^ matique combat de la raison contre la folie du cœur.
La vie du Christ et de ses élus est pleine de miracles sur les sens, sur l'organisation humaine,, que l'art ne saurait guérir , et que la nature^
comme on dit, rend à leur état normal sans aa« cune transition naturelle.
Si le ciel fait des miracles de bonté, il en fait aussi de colère ; alors qu'après avoir épuisé tous ses moyens de séduction sur un esprit, l'avoir entouré de mille enseignements et de lumières indirectes, et lui avoir fait une part immense de cette liberté , pour laquelle l'homme moderne combat si vivement , il retire tout à coup la lu-^ mière et le verbe à cet esprit rétif, l'endurcit encore contre les tentatives possibles de sa raison individuelle, ou ne lui en laisse l'usage que pour le faire tomber dans les systèmes et les sectes, grands labyrinthes, dont le fil appartient à la raison universelle ; car ce fil libérateur c'est l'unité.
Enfin, à ne prendre que le plus ordinaire des phénomènes visibles, la foudre ; elle éclate et tombe avec un incroyable discernement, respectant certains objets qui, placés sur sa route, devaient naturellement ( toujours naturellement ) succomber à l'électricité. C'est comme si quelque géant invisible, écrasant tout de sa marche, se fut amusé en suivant une ligne droite à varier la mesure de ses pas : tantôt plaçant à peine un pied devant l'autre, et tantôt faisant de furieuses gambades, et franchissant un grand espace sans autre, règle que son caprice ; tout cela pourtant d'un 5eul trait, plus vite que la parole, que la pensée.
Nous ne disons rien des grandes calamités publiques, telles que famines et choléras; monomanies épidémiques ; grandes et lamentables chutes de trônes; certaines guerres où tous les avantages étaient pourtant du côté des vaincus, et dont les vainqueurs eux-mêmes ne s'expliquent pas Tis^ sue ; d'horribles invasions où vingt siècles de lu^ mières , de puissances, de luxe , disparaissent en un jour sous une nuée de barbares.
Grand Dieu , que l'homme est peu de chose !
Par bonheur les âmes de vos saints vous entourent et vous cachent par instant nos pauvres forfan^ teries l
Oui, le genre humain peut reprendre courage^ et voir crouler tous ses principes politiques, diviseurs , au profit du principe religieux de l'unité. Quand toutes les formes de gouvernements s'en*tasseraient l'une sur l'autre comme autant de ruines, cela ne ferait pas que l'enfer pût y joindre les ruines de l'Eglise. Dieu l'a dit, et je sais déjà bon nombre d'hommes nouveaux prêts à signer de leur sang celte parole. Ils n'ont guère de protecteurs que dans les cieux, mais là ils en ont une armée.
Une femme la commande , une vierge , pure comme le génie, et qui ne pouvait avoir d'époux que le génie par excellence , l'Esprit saint. Aussi les écrivains s'en remettent à elle du soin de ré-
parer à leur égard l'oubli de la majorité, et publient en son honneur des choses que la minorité seule apprécie et réclame. Ils n'ont pas grand mé* rite à cela ; d'abord c'est ramasser les perles que les pourceaux dédaignent ; et puis, à considérer la chose sous son côté positif, ne peut-on pas affir^ mer raisonnablement , et prouver, au besoin par des chiffres, que le plus malin dramatiste, le plus pur romancier, le poète le plus riche, le plus haineux et le plus innocent historien municipal, sont moins vrais , moins moraux , moins utiles par conséquent que le dernier des ascétiques , oui , que le plus petit de ces petits qui vont et font aller le monde droit à ce double but : <x Dieu et l'hu-* manité? »
Nous n'atteindrons peut-être pas ce but-là ; mais à coup sûr il ne faut avoir visé ni à la fortune ni à ce qu'on est convenu d'appeler la gloire , pour écrire au commencement du dix-neuvième siècle l'histoire d'un pèlerinage .
DES PELERINAGES^
Ce sont des voyages pleins de poésie et de résultat que fait entreprendre la foi, que l'espérance abrège, et que souvent un miracle couronne.
L'Eglise reconnaît ici un principe qu'elle appuie sur une suite de faits non interrompus, c'est que Dieu choisit certains lieux pour recevoir de préférence les vœux du genre humain et répondre à ces vœux par des manifestations de sa générosité. Pourquoi Dieu, cet être inflniment libre, semble-t-il limiter ses faveurs comme font les hommes pour leurs propriétés ? Je ne sais jusqu'à quel point il serait peroiis de demander compte à la divinité de ses déterminations; toutefois la réponse est: « Précisément parce que Dieu est libre, et non quoique Dieu le soit, il iTait ce qu'il veut. Et il veut ce qu'il fait par cela seul qu'il le fait. Dieu n'est pas seulement libre infiniment , mais aussi infiniment sage. »
Suivent les faits qui témoignent de cette volonté : Abraham fut obligé d'aller sur la montagne pour être béni de la main même de Jéhovah*
Isaac ne put compter sur les promesses divines avant d'être arrivé à Bersabée.
Le Seigneur désigne Béthel pour son temple, et c'est là qu'il veut prodiguer à Jacob d'immua^ blés promesseSé
C'est au mont Sinai qu'il voulait conclure son alliance avec le peuple d'Israël ; et cette alliance une fois conclue, le même peuple dut bâtir un asile aux prières que Dieu recevrait de là, et paierait de ses divins oracles. Après l'occupation