‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 4 sur 131 · SI · texte numérisé non relu

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de Chanaan , le même peuple reçut Tordre .de prier à Silo, puis à Gabaa»

La Bible parle de Jérusalem et des hauteurs de Sion sous le nom de ville sainte et de sainte mon-^ tagne.

Dépose ta chaussure , avait dit le Seigneur k Moyse; la terre que tu foules est sacrée.

Quand Élie prétendit aux dons du ciel où il devait entrer de son vivant , il lui fallut marcher quarante jours et quarante nuits jusqu^aU mont Oreb , où il vit Dieu face à face.

David dont tous les sacrifices d'expiation étaient réprouvés, arrive enfin à l'aire de Jébuseé, d'où ces mêmes sacrifices s'élèvent alors comme l'encens le plus pur.

Ainsi de Nas^man qui ne put être purifié que . dans les eaux- du Jourdain. Ainsi de mille autres i et un seul exemple suffisait.

Depuis le règne de l'Evangile , l'histoire de chaque jour est pleine de détails plus éclatants encore ; mais comme c'est précisément de ces traits-là qu'il s'agit de justifier la possibilité, nous ne les citons pas, de peur de faire ce que le langage barbare de la Scolaslique nomme une pétition de prmcipe, c'est-à-dire (si je ne me trompe), prouver la question par la question ^ ou enfin, pour parler français , prouver l'existence d'une chose en supposant déjà qu'elle existe.

Que dit la géométrie , science bornée , maiâ exacte ? « Deux choses semblables à une troisième sont semblables entr'elles. » Or l'établissement des pèlerinages reposant sur le même principe que l'établissement de certains sanctuaires privilégiés chez les Hébreux , et ce principe étant la volonté d'un Dieu qu'ils adoraient et que nous adorons, il s'ensuit que ces deux créations de la piété publique sont aussi rationnelles l'une que l'autre. Certes nous n'avons pas besoin de ce raisonnement pour fixer notre foi; il suffît que l'Eglise ait proclamé l'utilité des pèlerinages ; mab il nous plait d'exposer une des raisons de l'Eglise : une , disons-nous , car elle en a au moins deux. Mais la seconde reposant sur le principe théologique de l'intercession des saints , et cette thèse demeurant indépendante de la question des pè-* lerinages, il suffît de partir de ce point de foi que «Dieu aime à recevoir nos prièrespar l'entremise des justes, dont les âmes ajoutent dès à présent un rayon à sa gloire. »

Mais pourquoi donne-t-on à ces avocats suprêmes le nom du lieu où l'on va réclamer leur se-cours? Pourquoi, par exemple, appelle-t-on la vierge Marie , Notre-Dame d'Einsidlen ? Car elle n'est certes pas plutôt d'Einsidlen que de Nazareth. Question puérile , et que des hommes font souvent. Qu'ils écoutent donc : Celui qui a fait le

monde «t qui le défera , celui qui est partout et qu'on ne voit nulle part , a bien dit : Je suis le Dieu de Béthel, et le Dieu de Sîna, et le Dieu 4'Israe1; ^

La vierge Marie n'est la déesse d'aucun lieu ni d'aucune âme, quoi qu'en disent nos voisins; toais une des récompenses qui lui sont octroyées par le Christ son fils et son Dieu, c'est de pouvoir fixer le théâtre de sa médiation surnaturelle et spéciale en certains points du globe, répartis de manière à faciliter le pèlerinage des diverses populations.

Ce choix de certains sanctuaires que fît de tout temps la divinité , laquelle n'a cependant pas comme nous besoiii de s'astreindre aux lois de l'espace et de la durée, prouve bien évidemment que Dieu a voulu forcer les hommes à se réunir pour prier : c'est dans cet accord de prières que devaient se terminer bien des divisions, et des guerres ouvertes ou secrètes , enfin tout ce qui tendrait à rompre le principe de l'union du genre humain. Sous ce rapport le pèlerinage, et en général toute prière publique, est un acte éminemment social. Aussi la foi catholique qui s'appuie sur l'unité de principes et d'actions , contribuef^Ue à la perfection de la société plus que toute autre religion qui laisserait la décision et le soin de ses dogmes au caprice individuel de ses adeptes. L'unité faisant la force « le principe de l'unité

prévaut sur celui de rindividualité. Qu'on se figure une nation dont la loi fondamentale dirait : « A l'avenir, l'Etat n'aura qu'une même façon d'agir, une et indivisible. » Les ressorts du gouver^ nement seraient d'abord bien simplifiés. Puis, cette nation venant à lier les autres peuples à son système , il s'ensuivrait une ligue toute-puissante.

Or ce système ^ impossible à réaliser dans une politique purement humaine , parce qu'alors il y a des passions particulières, et que l'intérêt particulier y domine toujours l'intérêt de la masse , ce système sera un jour réalisé s'il ne l'est déjà par la religion catholique, qui d'abord tend à ruiner toutes les passions possibles , et à sacrifier l'intérêt particulier à l'intérêt général ; enfin elle tend à faire fraterniser tous les peuples que l'unité de la prière rassemble en une seule famille, dont le père est Dieu.

Et voilà pourquoi ce Dieu nous donne rendezvous en certains lieux, à certaines époques ; et pourquoi nous nous y trouvons rassemblés de l'un et l'autre pôle , afin de prier en commun , et d'attendre le résultat de ces prières, universelles comme notre foi.

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BAISON DES PELERINAGES.

Il y a une certaine délicatesse de cœur qui fait qu'on se passerait au besoin de preuve? mathématiques, littérales, pour justifier les actes de la piété publique , et qu'on préférerait peut-être la moindre raison venue de ce cœur même, si haut placé chez les chrétiens complets.

Quand nous revoyons certains lieux, témoins de nos émotions les plus chères, de nos plus sublimes méditations , ces lieux-là exercent sur nous ce qu'il faut vraiment appeler le pouvoir des sou-^ venirs ; et il parait que tel est le caractère des pèlerinages, puisque ceux qui les font les classent au premier rang parmi leurs plaisirs intellectuels^ et qu'ils se plaignent de ne pas les renouveler à leur gré^

Ce serait peu de chose que cet effet des pèlerin nages, s'il ne se produisait que sur les pèlerins aristocratiques» Le monde est couvert de pauvres gens qui ne peuvent éprouver les émotions de luxe, et dont la sensibilité cependant est d'autant plus développée, qu'ils ont plus souffert ; la terre pour eux est un glorieux champ de bataille où ils ont vu tomber leur fortune, leur avenir social^

sans pour cela renoncer à combattre. • . ou à vivre. Dignes frères du Christ, ils pourraient parcourir leur Jérusalem, et dire, j'ai reçu le jour dans ce réduit de misère : ici j'ai fui devant la persécution ; là et partout j'ai traîné ma croix. Rien que pour ces gens-là les pèlerinages seraient une créa^ tien éminemment utile. Ils y apprennent par expérience qft'au delà de cette vie il en est une autre bien supérieure, puisque dès à présent elle exerce une influence bienfaisante , contraire aux lois ordinaires de la nature et aux conséquences de la société actuelle. La nature les avait couverts d'infirmités , le miracle les guérit ; la société les repoussait, Dieu les accueille. Le court voyage du pèlerin est une parabole en action, une similitude du grand pèlerinage de tout le genre humain, qui, une fois arrivé au rendez-vous général, verra s'élever un nouveau monde sur les ruines de la matière.

A supposer que les miracles ne s'obtiennent que d'un petit nombre de pèlerins , ne sommesnous pas tous solidaires de ces faveurs-là ? Car nous sommes tous frères ; car ceux d'entre nous qui sont favorisés, ne le sont pas seulement à cause de leur individu, mais aussi, mais surtout parce qu'ils font partie de la grande famille chrétienne. L'idée de pèlerinage vient tellement du cœur humain, qu'on la retrouve chez tous les peuplest

Nous avons tous lu quelque description de ces visites lointaines que font les Indiens aux tombeaux de leurs ancêtres, la marche de leurs caravanes aux diverses pagodes, celles des Mahométans à la Mecque , tombeau de leur prophète , ou à la Kahaba, demeure supposée d'Abraham, Qu'était-ce déjà que ces voyages entrepris de si loin et en si grande pompe au temple de Delphes, vers ces oracles et ces pythonisses, et ces augures, dont les pouvoirs ténébreux ne subsistaient que pour prédire, eux aussi, l'avènement de la lumière et leur propre ruine? Tout cela, pèlerinages imparfaits, qui préludaient aux pèlerinages réels ; tout cela, simple image de l'avenir, mais suffisante pour exprimer un besoin du cœur humain.

La sagesse couronnée , Salomon, connaissait ce besoin-là, quand il bâtit son temple irréparable, qui devait retentir pendant sa durée des prières et des cantiques de tout Israël. Et Dieu qui forma le cœur de l'homme faisait bien ce qu'il faisait, en consacrant l'arche où les tables de la loi attireraient les hommages des tribus les plus éloignées. Et quand on cessa de venir à ce pèlerinage, quand le cœur des peuples et des rois se fut matérialisé , quand tous* en furent venus à négliger le culte de leur Dieu pour leur industrie et leur bien-être, ce Dieu qui tenait là son prophète tout prêt à publier l'expression de sa colère, sut bien lui inspirer aussi

ridée d^enlevep Tarçhe d'alliance, ^l de l'enfouir 4e telle façon qu'on ne l'a pas encore retrouvée. Chacun sait la suite de l'histoire , et comme quoi les Romains acheyèrent la profanation de ce temple, si dignement commencée par l'indiflférençe religieuse des Juifs.

Ne serait-ce pas ici le cas. d'une note sur les peuples propagateurs de cette i/idifierence au profit du confortable individuel? Chez eux pas de pèlerinage à faire, pas un tableau, pas la moindre image, pour toucher le cœur en y ramenant quelr ques souvenirs. Ou je me trompe bien, ou ils se sont faits iconoclastes, c'est-à--dire, mortels ennemis de tout ce qui peut mettrç dans la religion un peu de poésie et de sentim^Dit. En vérité, comment font-jls pour garder les portraits de leurs amis? L'amitié est aussi une religion ; et le prix d'un portrait est la meilleure réponse à ceux qui ne comprennent pas ce qu'ib appellent le culte des images*

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