‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 37 sur 131 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Rodolphe, deuxième du nom, douzième abbé, dixième prince.

Ce vertueux descendant de la maison des comtes de Loupfen, landgrave de Stuelingen, essuya dès le commencement de son règne les plus cruelles persécutions de la part du comte de Rapperswil , qui s'avisa de vouloir annuler son élection pour n'y avoir pas été présent comme protecteur du monastère. Pour cette raison, et sans doute aussi afin de prouver qu'il était le protecteur du couvent, le comte de Rapperswil vint à main armée forcer les appartements de Vsbhé, faisant égorger sur son passage tous ceux des vassaux de l'abbaye qui tentaient d'arrêter sa fureur , et les moines qui voulaient faire à leur abbé un rempart de leur corps.

Néanmoins Rodolphe eut le temps de s'échapper lui et quelques religieux. Ils arrivèrent à Constance où l'empereur tenait la diète : l'abbé lui demanda justice; mais le voyant s'enflammer d'un trop juste courroux contre le bourreau du monastère , il se crut obligé de changer de rôle; et s'il se jeta une seconde fois aux genoux du monarque , ce fat pour l'apaiser. L'empereur qui venait dfe jurer la mort du comte , voulut bien le condamner à une simple amende , proportionnée aux dommages matériels; il confirma en même temps l'élection de Rodolphe, engageant Théodewin, cardinal et légat du saint Siège, à le bénir selon les formes accoutumées ; cela se fit avec toute la solennité convenable dans l'abbaye de Reichénau, )q dimanche des Rameaux, ii42.

L'abbé revint à son abbaye et y ramena le ealme cënobitique. Il eut pourtant besoin d'une seconde sentence impériale pour contenir les gens de Schwitz dans les limites déterminées par la décision de Henri IV. Encore ne put-il jamais les empêcher d'empiéter sur le territoire d'Einsidlen. L'abbé essaya de tous les moyens qui étaient dans sa juridiction ecclésiastique , laquelle s'alliait alors aux intérêts civils; l'empereur lui-même proscrivit de l'empire ceux qui résisteraient à sa décision. Rien n'arrêta les ennemis du couventi Rodolphe alors se résigna et chercha sans doute à consoler sa communauté avec ce précepte du Maître : Si l'on veut prendre votre manteau» abandonnez même votre tunique. Il mourut après un gouvernement de trente ans, en 1171 , regretté qu'il fiit de ses religieux > comme le meilleur de leurs frères.

Page 1