‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 38 sur 131 · CHAPITRE XXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIL

Vernher, deuxième du nom, treizième al)bé) onzième prince.

Le comte de Rapperswil profita de la mort de Rodol* phe pour recommencer sa guerre au couvent. Les frères avaient élu l'un d'entr'eux dont toutes les habitudes annonçaient la maturité; mais les officiers de Tempire^ qui n'avaient pas assisté à l'élection, prétendirent pour cela qu'elle était nulle , et ils en firent une autre de leur côté. L'abbé de leur choix fut un religieux de Saint-Gall , proche parent du protecteur séculier de l'église d'Einsidlen.

Puis ils voulurent forcer les religieux à reconnaître cette élection, et les voyant déterminés à ne pas céder, ils les battirent et assiégètent ces pauvres frères jusque dans leurs cellules, pillèrent les bibliothèques, les ateliers de travail où s'élaboraient alors ces miracles d'art et de typographie, pour la publication desquels il fallait une imagination et une patience toute chrétienne. La populace, dont ces mécréants s'étaient entourés, emporta jusqu'aux bardes des religieux. Ceux-ci, quand la nuit Ait venue, profitèrent de la protection de quelques honnêtes laïcs, et s'enfiiirent : ceux qui étaient restés au couvent déclarèrent qft'ils cédaient à la force brutale et reconnaissaient de fait Tabbé qui leur était imposé. Cet abbé demeura dix-huit mois sur son siège, sans Êûre autre chose que de manger avec quelques intrus les rentes de l'abbaye.

Quant aux frères fugitifs , ils suivirent leur chemin tout en mendiant leur pain de chaque jour , et parvinrent jus-

qu'à Ja résidence de rempereur. Il leur donna audience, et promit justice. En effet , le jour de la fêle de saint Marc, Tempereur étant allé au monastère de Seckingen pour y faire pieusement le jeûne des quatre-temps , manda en sa présence les représentants des deux partis» et cassant les deux élections , nomma pour abbé un jeune diacre nommé Vemher, issu de noble race. Vernher partit pour Zurich , où il prit le complément des saints ordres, et fut reçu convenablement au couvent d'Einsidlen , qui n'eut qu'à se louer de son gouvernement.

II racheta lui-même au prix de deux cents marcs d'argent les meubles du monastère qu'on avait pillés et vendus, se faisant ainsi pauvre pour donner la plus belle preuve de sa vraie vocation au sacerdoce catholique. Il composa des règlements pour établir une sage économie dans la vie des religieux. C'est encore à lui qu'on doit la plantation d'un vignoble au-dessous d'Etzel du côté du lac« et au lieu nommé encore aujourd'hui Weingarten. Au bout de vingt ans de soins et de peines, ne pouvant plus tenir contre les petites tracasseries du protecteur séculier du monastère , il résigna sa charge malgré les instances de ses frères , et mourut dix-huit ans après , en

Page 1