CHAPITRE XLIV
iS9MS26. ) Jean , vingt-unième abbé, et dix-neu^éine prince.
li^ABsé Anselme avait laissé des souvenirs dont l'abbaye crut avec raison pouvoir retrouver la source dans la personne de Jean de Schwanden , neveu de cet homme honorable. Il fut élu aussitôt après la mort d'Henri; et après avoir reçu le serment de ses vassaux, il alla trouver l'empereur Albert à Constance ^ où il reçut l'investiture de sa principauté , le 1^' avril de l'an 1299. Il obtint en*core de l'empereur qu'à l'extinction de la famille de Rapperswill et de leurs hoirs, le droit de protection passât au prince Léopold, fils de l'empereur duc d'Autriche, et à ses illustres descendants. Depuis cette époque l'abbaye n'eut qu'à se louer de pareils chambellans.
En 1505, Jean fit notifier au baron Jacques de Kien*berg que le château et les terres de ce nom étaient un fief des princes d'ËinsidIen. Le pape Clément V accorda à notre prélat que les églises de Meilau et de Samensdorf fussent incorporées à la mense de l'abbaye, parce que la plupart des biens du monastère étant dans d'autres provinces, il fallait, pour en percevoir les revenus, faire beaucoup de frais qui retombaient toujours à la charge des contribuables» et c'est ce que l'abbé voulait faire cesser.
On doit à Jean d'avoir fait creuser des sources dans les montagnes voisines, et les avoir conduites en abondance par différents canaux jusque dans les appartements de
1 abbaye, afin d'en faciliter l'usage journalier et d'offrir un secours subit en cas d'incendie. C'est encore par ses ordres que le château de PfeflScone (ut entouré de nouvelles murailles et de meilleurs fossés. Mais tous ces préparatifs de défense contre les bandes insurgées ne firent qu'irriter leurs jalousies et leurs rancunes > lesquelles dégénérèrent bientôt en une guerre ouverte. Ces mécréants pillèrent l'abbaye, maltraitèrent les religieux, les jetèrent dans les cachots, et il fallut tout l'ascendant de leurs nobles familles pour les tirer des fers. A la suite de ces événements eut lieu la fameuse bataille de Morgarten, où tant de gentilshommes perdirent la vie et furent ensevelis à Einsidlen ^ devant la chapelle saint Jean de la grande église^ Leurs familles firent une fondation à per^ pétuité, en vertu de laquelle on devait offrir pour le repos de leur âme le sacrifice de la messe t cinq fois par semaine.
Quand la défense de ses droits seigneuriaux ^ et les soins pieux du monastère laissaient quelques instants de loisir à l'abbé, il s'abandonnait volontiers à des conceptions d'art. C'est ainsi qu'il fit construire pour l^église un nouveau portail plus en harmonie avec le tabernacle sacré. Il voulut que les louanges de Dieu fussent chantées dans son temple avec tout l'éclat indiqué par le roi-prophète; c'est a cette intention qu'il fit venir les maîtres de musique les plus habiles , afin de former ses religieux au chant, à l'harmonie et à la science des instruments^ Enfin, étendant sa prévoyance jusqu'aux voyageurs qui à leur retour aiment tant à montrer quelque souvenir de leur pèlerinage , il établit sur la place de l'abbaye une galerie ftemi-circulaire, où des marchands font leur fortune à Vendre aux étrangers mille objets de dévotion.
Ses idées d'artiste et d'homme généreux n'avaient ricu
tmî entravât sa vigilance monastique ; il donnait à ses religieux l'exemple du devoir et de l'obéissance à la règle. Sa gravité douce lui avait fait confier la direction spirituelle des deux monastères d'hommes et de femmes à Engelberg. Dans le dernier surtout , l'admiration pour son caractère et l'entraînement à sa parole , furent tels , qu'en un seul jour , jour de gloire pour le Dieu dont Jean était l'organe, quarante vierges prirent en même temps le voile* Il mit le comble à sa réputation en fondant un hôpital , où les petits et les faibles des contrées environnantes trouvaient un abri et tous les soins dont ils manquent dans
le monde*
Ces magnifiques libéralités n'empêchèrent pas que le couvent se trouvât abondamment pourvu de toutes choses a la mort de Jean, qui arriva en 1326, deux ans après qu'il eut résigné sa charge. Avant sa mort, il pria ses religieux de ne point oublier dans leur prochaine élection le mérite d'un des religieux de l'abbaye , Jean , .baron de Hazenbourg , qui avait dignement rempli la charge d'économe pendant son règne , et à la sage coopération duquel l'abbé devait les moyens de ses plus belles fondations.
M" Rodolphe , poète d'Einsidlen , a consacré une de ses classiques inspirations à faire la nomenclature du couvent; nous en donnons le texte, en demandant pardon pour le peu de poésie que la traduction nous inspire.
Hoc in conventu sex sunt, quos
presbyteratus drâo prsemonstrat, sublimât atque
sacrât.
Primus de Schwanden est Otho de-
canus ibidem, conradus Bunburg, cantor erit-
que sequens
« Ils sont six prêtres dans ce couvent : d'abord le doyen , Othon de Schwanden, puis le chantre Conrad Bunbourg, le trésorier Burclcard< et Jean d'Hascnbourg qui a les clefe de la cave...
Ubi Huingan costos Burcharduster-
tius est : Jo.
Sazenburg quartus , qui mera dau-
dit ibh Et quintus Radolph de Winenburg,
qùoque séxtus Segisdorf Ulric nunc colit Ista loea.
Ast in prœposilum, quod non cneri
sed honorù fist sibi , cœnobii de Fabre factus
erat.
Istis sit junctus pater illorum abba
Johanés , Septem presbyteri tune ûumeran-
tur ibi.
Conventus solum sic diaconum te-
net , illi.
Hen. de Winenburg nomen adesse
datur.
Sub se bis binos subdiaconos tenet
iste Conventus, quorum nomina scripta
patent.
Jo. de Reginsberg, Cun. de Geskon,
quoque Thuring Attinghuausen , Bramburg; datur
Ulque dehinc.
Est etiam puer hic Hermannus
Bonsteten, ille lUonsiratur signis indolis esse borne.
5"" Rudolph de Winenbourg, 6* Ulric Segisdorf, présentement à Einsidlen , mais sa place est à la prévôté de Fahr, qui lui vaut quelque honneur et lui donne peu de peine. . .
Joignez-y le père-abbé Jean, et cela
fait un prêtre de plus. Il n'y a
qu'un diacre , on le nomme Henri de Winenbourg; quatre sous-diacres, (mot à mot), dont les noms sont connus étant écrits, ou parce qu'ils sont écrits : Jean de Reginsberg , Conrad de Geskon , Thuring Attinghausen, et Ulric de Branbourg.
Il y a encore ici ie jeune Hermanti de Bonstetten , qui parait être d'un bon caractère ( ou qui m'a l'air d'un bon enfant ).
En général la pièce que nous citons , pour être écrite avec la meilleure intention , n'en a pas moins Tair d'une épigramme continuelle.