CHAPITRE LXVI
Joachimi trénte-siliénie abbé, trente-quatrième prince.
C'est le premier roturier adims au couvent > le premier surtout élevé à la dignité d'abbé ; à quel âge , encore? à vingt-dix ans; le plus jeune de tous les capitulaires.
L'élection de Joachim Eichom date de iSïï; il avait reçu la prêtrise en 1541 ; et depuis 1536 qu'il était entré à Einsidlen^ il n'avait pas quitté l'aile de son abbé qui l'instruisait dans tous les secrets de la perfection monastique.
Le sort favorisa constamment les entreprises de ce jeune représentant de la bourgeoisie. Le premier soin de Joachim fut de recevoir des religieux distingués seulement par leur foi, leur science et leur docilité. Il lui en vint en foule. Mais Joachin consultait aussi bien les charges matérielles que les besoins intellectuels du couvent ; il n'en reçut donc d'abord que vingt et un. Parmi eux se trouvait le célèbre nécrologiste Wittwiler, qui nous a donné leur nomenclature^
La main vigoureuse du jeune abbé amena dans le cou-' vent de sévères mais utiles réformes; il les étendit aux couvents voisins, et jusqu'en Souabe d'où l'on venait admirer ce qu'on peut appeler la résurrection d'Einsidlen^ Joachim paya les dettes qui s'étaient accrues pendant les derniers troubles, et fit réintégrer l'abbaye dans les droits qu'oq lui avait ravis quand elle ;ivait le plus grand
besoin d'en jouir. Il acheta plusieurs terres » éleva quel*-, ques bâtiments, entre autres la chapelle de Sainte-Ikbde-. leine, celle de Saint-Michel, et refit la voûte de la grande église. Le monastère de Fahr, excepté réglise» est encore son ouvrage. On ne compte pas ses nombreuses coun structions à Pfefficone, Fr^enback, Saint-Gérold » etc.
La réputation de Joachim une fois établie par des actes aussi solennels» le clergé de la Suisse catholique, assemblé à Rapperswill, le nomma son Jégat au concile de Trente en 1562. Je conçois que si les protestants eurent à lutter contre des caractères pareils à celui de Joachim, il$ aient; été battus d'une façon cruelle pour leur, amour-propre. On conserve encore à Tabbaye un traité autographe que Joachim publia à Trente même, sur la question du purgatoire. L'abbaye possède tous les actes du concile et toutes, les pièces et correspondances échangées entre le concile ou ses membres et la Suisse catholique; et comme témoignage de l'amitié qui unissait -à l'^bé Joachim les principaux personnages de cette assemblée , deux traités du célèbre cardinal Renaud Polus : De coticilio Tridentino, Rome 1563. — Reformatio Angliœ ex decretis Reginaldi Poli cardinalis sed. ap, legati. Ce fut le cardinal Ck)Qzague qui en fit hommage à l'abbé comme d'un souvenir de ' son affection. Le pape Pie IV lui fit lui-même le précieux cadeau d'une bulle spéciale en 1 56S, Elle doit être comme les autres pièces à la bibliothèque du couvent. Joachim n'était pas encore à Trente lorsqu'il reçut cette t>ulle con^ firmative de tous ses privilèges, mais il avait assez bien mérité du pays qu'il. administrait pour que sa réputation le fit connaître à Rome même.
Ses travaux excessifs, dès les premiers jours de son arrivée au concile , le firent tomber sérieusement malade ; il lui fallut revenir à Einsidlen après s'être choisi pour sup^.
pléants Georges -^HohenwarleEii» snffragiait de Tévéque de Baie, et Aurèle Augustin, alors prieur des Augustîns de Belliuzona. Ses nobles aniis lui écrivaient de Trente de revenir, si possible» avant la dissolution de l'assemblée. Il n^sn eut pas le temps; et tout ce qu'il put faire» ce fut d'envoyer son adhésion à tous les canons dogmatiques et disciplinaires, et d'employer les derniers moments de son empire à faire respecter ces ordonnances sacrées dans toute la Suisse catholique. On peut: consulter a ce sujet les lettres du chevalier Lussi d'Untervald, qui se trouvait avec l'abbé au concile comme député des états disses séculiers , et qui depuis le départ de Joachim l'informait de tout ce qu'il y avait d'intéressant.
Enfin,, au plus haut point de la prospérité de Tabbaye» Joachim mourut le 13 juin i^9, après un régne de vingt-cinq ans.
Le prince Adam, son successeur, s'est cru obligé de laisser à la postérité un témoignage de sa vénéraitioa pour Joachim. On le voit dans un manuscrit de Priscien, côn* serve à la bibliothèque, ainsi que dans les mémoires que François Mader publia en 1587 sur les abbés d'Ein-. sidlen. Trois empereurs ont donné les droits de régale à Joachim. Ce sont en lSi6, Charle&-Quint , Ferdinand I«'» en 1559 , et Maximilien II, en 1566. Mais ce que nous proclamons comme son plus bel héritage , c'est une ar«? mée formidable de vertus et de talents , campée dans le monastère d'Einsidlen, comme en une forteresse pour défendre l'Europe catholique de l'indifférence religieuse çl de l'ignorance qui en est la suite*