‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 78 sur 131 · CHAPITRE LXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXII

tJlric m, trente-huitième abbé, trente-sixième prince*

Ulric , surnommé Witt^Uor de Roschach , fut un des premiers élèves du fameux Joachim , abbé d'ËinsidIen. Ses vœux furent prononcés en 1549; on l'envoya en 1353 à Fribourg » faire un complément d'études et se mettre de niveau avec les autres bénédictins. Les auteurs du temps remarquent, sans les citer pourtant, le nombre et la forme des épreuves que dut subir Ulric pour être ad<« mis aux académies; elles avaient pour but de démontres au récipiendaire que les sciences étaient impariakes et rétrogrades si elles ne tendaient à propager parmi les peuples l'idée de la grandeur et de là sagesse de Dieu.

£n 1556 Ulric fut ordonné prêtre ; un peu plus tard nommé curé d'Einsidlen; puis en 1575 doyen de l'ab-^ baye en réciolmpense de ses excellents travaux. Ce fut lui que le prince Adam laissa pour administrer Einsidlen, quand il se retira à Saint-Gérold. Il est malheureusement du nombre de ceux qui abandonnèrent un peu la réputa^ tion du prince Adam à la causticité populaire ; c'est la seule faute d'Ulric Wittwiler ; mais enfin c'ea est mie. Elle est plus excusable quand on pense au caractère ferme de Wittwiler, qui s'indignait de voir l'abbé céder à un orage qu'il eût fait taire , disait«-il, en opposant à la malice du siècle les armes vulgaires de l'autorité et de la justice temporelle. Mais Wittwiler se trompait. en cela comme les autres : le caractère d'un homme vrainnent

fort ne consiste pas à lutter contre la calomnie , ce lâche ennemi , mais à laisser se terminer cette épreuve , après iacpielle son honneur apparaît plus éclatant fue par le passé.

Ulric était vraiment né pour commander à quelque grand mouvement social,, tel que celui qui s'opérait alors, l'éducation dii genre humain par Tinfluence religieuse. Il fut élu abbé d'EinsidIen en 1585, qu'Adam résigna sa charge. L'empereur lui envoya la ratification du droit de régale en 1588;

Ulric paya bien vite les dettes de l'abbaye , fit réparer tous les bâtiments incendiés, dont Adam avait commencé la restauration : surtout il fit régner dans sa maison une discipline de fer, ne négligeant pas pour cela ce qui pou-' vait donner de l'avantage et du bien être à ses religieux* n en envoyait aiïx universités d'Allemagne et d'Italie , pour en prendre ce qu'il y avait de meilleur. Trois de ses sujets furent choisis sous son règne pour gouverner les trois abbayes de Favière^ d'Engelberg et de BeinwilK Ulric était parvenu à étendre son crédit et celui de l'abbaye d'EinsidIen près de toutes les puissances toutes temporelles qui Ta voisinaient , lorsqu'il mourut le 10 octobre 1600, après quinze ans d'un règne assurément fort honorable^

Il est auteur de la suite biographique des abbés d'EinsidIen i à partir de Gérold de Saxe. Il remplit de sa propre main les lacunes de la Chronique d'EinsidIen par Tchudi. Un de ses principaux ouvrages est la vie du religieux Nicolas de Flue , imprimée pour la première fois en 1571. Haller, au tome III de la bibliothèque Helvét., cite trois éditions de cette biographie de Flue ; les deux premières de Diliingen, 1571 et 85, la troisième de Constance^ 1597^ qu'Ulric prépara lui-même. Voyez la

préface de 1597. Il appelle son travail une sorte de renoçaiion; voilà pourquoi Haller attribue Toriginal à Salat : mais tout nous démontre que Toriginal est l'œuvré d'Albert de Boiistetten. Haller cite encore d'Ulric III tme Biographie de Zuingle, qui devait se trouver en double manuscrit à Zurich et dans l'abbaye de Rhinau. L'abbaye d'Einsidlen possédait ' plusieurs autres écrits particuliers d'Ulric , des lettres surtout , dont les plus précieuses sont celles qu'il écrivit au sujet de la béatification de Nicolas l'Ermite.

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