‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 81 sur 131 · CHAPITRE LXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXV

AngusUn I , trente-neuvième abbé , trente-septième prince.

Plus de vertus encore que de noblesse. Augustin descendait des Hoffmann de Baden. Entré tout jeune au monastère t)ù il reçut une éducation mâle et sévère, Augustin voulut y demeurer toute sa vie, et fit vœu en 1S72. Prêtre en 1579, il devint sous-prieur en 1585. L'abbé Ulric le fit doyen , comme il appert d'une lettre d'Alexis de Milan , provincial des capucins de Suisse. Par cette lettre datée de 1594 , il recevait l'agrégation aux œuvres pies de tous les monastères de cet ordre. Pendant quinze ans Augustin demeura doyen; et, le 16 octobre 1600 , les moines ses confrères admirateurs sincères de ses talents et de sa religion, l'élurent abbé. Le pape Clément VIII lui donna ses bulles le 5 février 1601 , et il fut sacré le 1" dimanche d'avril , par le nonce Jean, comte de Thunn, évêque de Veglia. La même année l'empereur Rodolphe II, en 1614 l'empereur Mathîas, et en 1621 Ferdinand II, lui donnèrent confirmation de ses droits régaliens.

La piété d'Augustin n'était point de ces piétés minutieuses qui enferment la religion de Jésus , si vaste et si généreuse, dans un petit cercle de pratiques, d'emblèmes , de sentimentalités , vides de résultats utiles à la perfection humaine. Mais souvent on le voyait le front contre terre , adorant du fond de son néant la majesté du Dieu fait homme , et le mystère visible de cette incarna-^

tioD , ce sacrement trois fois saint, destiné à perpétuer la mémoire de la réhabilitation du genre humain par le ssh crifice perpétuel d'un Dieu. D'autre fois, au pied des autels où s'élève rimage de la vierge Marie , il exposait à cette mère du Christ les douleufs qui affligent le monde, douleurs dont elle avait été victime» et la priait de vouloir bien s'en souvenir devant le Dieu des miséricordes.

Augustin voulait aussi que le culte eût la solennité et la grandeur qu'il mérite : pourquoi fera-t-on des frais, si ce n'est pour celui à qui l'on doit tout ? Augustin fit don à l'église de superbes ornements , de reliquaires précieux; et dans deux tribunes il exposa à l'admiration publique ui| double jeu d'orgue d'une harmonie profonde. Digne amateur des arts et des sciences, il envoyait ses jeunes élèves aux meilleures académies , et rassemblait de toutes parts des richesses littéraires pour une nouvelle bibliothèque qu'il fonda l'an 1602. G^est lui qui, puissamment secondé par Christophe Hartmann, eut l'idée de faire imprimer les annales d'Einsidlen. A la sollicitation de son brave doyen, Joachim de Beroldingen , il fit une alliance solennelle avec tout l'ordre bénédictin de la Suisse. Le mercredi de la Pentecôte de l'an 1602, il réunit à Einsidlen Bernard abbé-prince de Saint* Gall, Josse abbé de Mûri , et Benoit abbé de Fischingen, et posa avec eux les bases d'une alliance indestructible , à laquelle le pape Clément VIII mit le sceau par un bref daté du 1*' août de la même année. Michaël» abbé-prince de Fa^ vière, vint les joindre le 1 novembre à Pfefficone; et tous six, représentant l'aristocratie savante de l'époque, placée rent leurs congrégations sous l'égide de la vierge Marie. Bientôt ils reçurent l'adhésion de l'abbé-prince de Disentis (canton des Grisons) , puis des abbés de Rhinau , d'Engelberg , et de Beinwil (Notre-Dame de la Pierre),

Augustin s'était &it de la charité une véritable passion; il donnait aux pauvres peut-être plus qu'il ne devait, car il se traitait après cela avec toute la rudesse d'un cénobite ; et sa santé se traînait débile et languissante. Dieu n'en demande pas tant; mais quand on Taime, lui ou ceux qu'il appelle ses membres souffrants , on ne calcule pas si l'amour doit avoir des limites. Libéral de ses propres deniers, Augustin maintenait cependant l'ordre dans les finances de son abbaye; car elle lui doit les acquisitions de Gachnang et de Freudenfels, en Thurgovie.

Augustin était dans les bonnes grâces des personnages les plus augustes : on cite entre autres le pape Paul V, les cardinaux Octave Palavicini, Ladislas d'Aquin, Fabrice Veralla , etc. L'empereur Rodolphe , et ses frères les princes d'Autriche, le comblèrent d'amitié; ils le faisaient assister à leurs diètes solennelles, le consultaient et surtout suivaient ses avis.

Il y avait alors un humble personnage , du moins se (aisait-il petit sur cette terre pour grandir de toute la hauteur de ses vertus dans les cieux : c'était l'abbé Adam,, retiré à Saint-Gérold , et portant dans l'ombre sa croix de vieillesse et d'infirmité : or le prince Augustin n'avait pas de délassement plus cher que d'aller embrasser le vieil ermite , et lui demander ses conseils et ses bénédictions.

" C'est dans cette perfection de vie sociale et monastique qu'Augustin arriva jusqu'à l'âge de soixante-dix ans. Il mourut le 2 mars 1629, après un règne de vingt-huit ans. Cet homme si pur et si plein de sensibilité devait savoir écrire, c'est-4i-dire léguer à la société future quelques-uns des secrets du seul bonheur possible ici-bas. On a de lui quelques œuvres, tant éditées que manuscrites, peut-être

un peu trop mystiques pour le vulgaire. On cite particulièrement son livre sur Marie-Madeleine et Marthe, sœurs de Lazare. Findiciœ S. M. Magd., etc. Cette admiration pour les deux saintes femmes lui donne un dernier trait €(e ressemblance avec le Christ^ son adorable modèle.

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