‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 94 sur 131 · CHAPITRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVIII

racolas II , ([aarante-chiqaième abbé, et quarante-troisième prince.

Nicolas Imfeld avait pour ancêtres les personnages les plus éminents du canton d'Unterwald. C'était un beau caractère 9 plein de résolution et de vues fermes. Il jugeait les affaires d'un coup d'œil d'aigle » et dans la conversation il avait cet ascendant que commandent les grandes pensées et les détsdls intéressants clairement exprimés. Il arriva au trône abbatial en passant par le grade de professeur de théologie et de philosophie , puis par celui de sous-prieur.

C'est l'abbé Nicolas qui fit mettre la dernière main à l'église du monastère ; tracer et construire le chœur supérieur , la sacristie au-dessous de ce chœur , les deux superbes mausolées des abbés et des capitulaires , le maitre-autel et six autres dont trois en marbre et trois en stuc; sous la table du maitrerautel il fit placer un basrelief en bronze, représentant la dernière cène. C'est un ouvrage fort remarquable même pour cette époque plus fertile que la nôtre en habiles fondeurs. Sous le même abbé furent construits encore le double portail du monastère et l'esplanade qui mène à l'église.

Nicolas avait toutes les qualités d'un véritable artiste chrétien , et surtout la charité qui en est la base : il la développa largement en 1770 , époque de disette et de malaise universel. Mais quoi qu'on &sse pour certain peuple,il tient toujours quelques mécontents en réserve :

— «01-l'un de ces hommes s'arrête sous les fenêtres de Tabbé un jour c{u'il avait fait plus de libéralité qu'à l'ordinaire, et se met à lui crier mille injures. L'abbé , qui possédait à fond la science dçs hommes « lui jette un écu par la fenêtre en disant : « c'est un pauvre qui demande l'aumône ». — C'est ainsi que dans le monde se calment à peu près toutes les susceptibilités tribunitiennes et parlementaires : mais ici y la différence, c'est que l'abbé au contraire payait les injures et ne cherchait pas à les étouffer.

Un homme comme celui-là avait assez de cœur pour se tirer dignement de plus rudes épreuves : Dieu lui en envoya de terribles. La populace des ^ivirons» c'est-à«dire les gens que Nicolas avait lé plus soulagés dans l'instant de la détresse publique , s'ameutèrent dans le b^t de piller l'abbaye. L'abbé cette fois ne s'amusa point à faire de fk générosité; il prit la Vierge Marie à témoin de cette brutale insurrection , et usa avec succès du droit de légitime défense. Après la guerre , la maladie ; il demeura de longues années sur un lit de douleur : et ce (ut aux prières de ses frères et sujets que la pleurésie le quitta*

Aussitôt qu'il fat libre et cÛspos» Nicolas mit à fin plusieurs projets de fondation ; fit diverses constructions à Gaschnangy à PfefficonejL ftu mont Etzel, et sur le vignoble de Leutsché. I^ monastère se peupla sous sa direction d'hommes forts ^ tels qu'il en fallait pour supr porter plus tard les grandes secousses européennes qui attaquèrent tout d'abord les foyers du christianisme ; et tous ces hommes protestèrent par leur conduite contre l'accusation assez upiversçUe du relâchement monacal.

Quand Nicolas eut rempli sa vocation d'apôtre et dd chef d'assemblée savante, il rendit son âme à Dieu : c6 fut en 1775. Il avait régné trente-neuf ans, et vécu quatre-vingts.

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