L OMBRE
Puisque, portant ta croix, je te voy résolue
De suyvre Jésus Christ , ores je vous salue
Par un dernier adieu, tous, mes chers nourrissons,
Que j'ai repu du laid de mes sainctes leçons.
Adieu faniille, enfans ; Adieu femme esplorée !
Adieu le Consistoire! Adieu bande pourprée!
Adieu sages Consul^! Adieu grave troupeau
Des juges sénéchaux et vous, qui le coupeau *
D'Hélicon habités, trésoriers de science.
Adieu Collège!... Adieu maison de sapience !..,
Des art:{ la pépinière, arcenal des vertus.
Adieu peiili et grands!... Soye^, soye\ vestus
De pieuse doctrine. Adieu povres et riches!...
Adieu vieilles, vieillards!... Vierges, ne soye^ chiches
De louer l'éternel ; chante^ len ces bas lieux,
Je m'en vay pour jamais le bénir dans les deux.
Disant ces derniers mots, ceste ame bienheureuse S'envole au firmament, et la dame pieuse Me laissant un pinceau disparoit de mes yeux. Puis, joyeusemont triste et tristement joyeux, Je crayonnoy ces traict:{ de ma dextre foiblette. Quelque autre y pourroit bien appliquer la rosette Et les vives couleurs. Mais, estant commandé Par cette vision, mon esprit s'est bandé Pour tracer ce tableau, quoy qu'en petit volume. Confessant librement qune plus docte plume De Nérac, pourrait mieux chanter ce mort vivant. Mais, humble je te prie, o lecteur bienveillant !... Recevoir en candeur ces postillons de gloire Annonçans de Mermet l'éternelle mémoire.