L OMBRE
N'as-tu pas trois pasteurs doctes , de bonne vie, Dont la prophète voix au salut te convie ï... Qui, dans les sainct:{ vergers du double testament, Cuœillent pour te repaistre un céleste aliment Et dont le troisième est sort/ de mon eschine. Le figuier est coupé, non toute la racine.
l'église.
Quoy que j'aye ton fil^, je regrette ta mort.
l'ombre.
Quoy!... te desplairroit-il que je suis dans le port L..
l'église.
Non. — Mais, j'estoy contante en voyant ta présence,
l'ombre.
Puis que j'estoy mortel supporte mon absence.
l'église.
Mais, je sens dans le cœur de merveilleux élans.
l'ombre.
L'homme doit desloger quand il a septante ans,^
l'église.
Quelques uns vivent plus par la grâce divine.
l'ombre.
Ouy. — Mais leur vie est triste, importune, et chagrine.
' Ce vers, écho d'un des versets les plus célèbres de la Bible, aurait pu servir d'épigraphe au fameux rapport d'après lequel fut rendu le décret qui mit à la retraite es magistrats septuagénaires.
l'église.
Quand est-ce donc, Mermet, que nous te revoirons!
l'ombre.
Lorsque, au grand jugement, nous résusiterons.
l'église.
Je ne puis exprimer combien ce jour me tarde.
l'ombre.
Le Seigneur viendra tost: faites tous bonne garde.
l'église.
Il vient comme un larron, parquoy, ma lampe en main, J'attendray sans dormir mon juge souverain,
l'ombbe.
Si ton espoux te trouve en ce noble équipage Tes enfans régneront sur l'esioUleux^ estage.
l'église.
Je ne sème, ycy bas, quennuys, peynes, tourmens. Tu moissonnes, là haut, mille contentemens.
l'ombre.
L'homme t'apelle, en terre , Église militante; Au ciel, Dieu te fera Princesse triomphante.
l'église.
Je sçay bien que par peyne et tribulation Il faut escalader le sainct mont de Sion.
* On trouve bien un ciel tout esfellé dans Froissant, une niiict estoiliée dans la Boëtie, mais on ne trouve estoilleux nulle part.