‹ Chronique d'Isaac de PérèsChapitre 2 sur 16 · IV · texte numérisé non relu

IV

Quelle est l'origine d'Isaac d9 Pérès? quel rôle a-t-il joué? quelles furent ses idées religieuses et politiques? comment a-t-il fini? que contient en somme sa Chronique ?

Telles sont les questions qui se posent ou pour mieux dire qui s'imposent, au seuil même de l'œuvre, à celui qui, logiquement, doit commencer par faire connaître l'ouvrier.

En l'anné 1440, c'est-à-dire sous le règne de Charles VII, Roi de France, les Consuls de la ville de Nérac font attacher à un clou d'un pilier de la Halle de cette ville, le tableau du Souchet * et péage 2 delà ville et juridiction de Nérac. En 1750, les Consuls

' SoucheL Impôt sur le vin analogue à notre droit d'entrée. ^Péage.lmpoi de circulation qui se percevait sur les chemins et au passage des fleuves et rivières.

d'alors, reproduisent le tableau do 1440 et le font imprimer et afficher à leur tour. Il reste de cette affiche, à la mairie de Ncrac, un fragment qui forme juste le quart de l'affiche entière.* Ce curieux fragment mérite d'être reproduit en entier. Le voici :

Fragment du tablei^ti du Sonchct et Péag^e de la Yille et juridiction de Nérac

En l'annék 1440.

« Payera l'Etrangervingt-huit deniers, et s'il en porte plus ou moins, « payera à l'équivalant.

- L'étranger achetant du sel à Nérac,payera pour sac, trois deniers.

« Tous Cherciiliers et Chercutiéres ou autre Habitant de Nérac ou « Juridiction , payeront par cochon qu'ils vendront , six sols de t chacun.

« EXTRAIT du dit Privilège, CoUoné au Tableau qui est attaché à « un clou d'un pilier de la Halle de Nérac, par nous Consuls de lad, « Ville de Nérac, soussignés. A Nérac, le premier jour d'Avril, mille « quatre cens quarante. De Pédesclaux, Consul, Gerivet, Consul, Jean « Leprivier, Consul, Izaac de Péréz, Consul, Descamps, Notaire Royal « de cette ville.

« Le Présent tableau du Souchet et Péage a été imprimé à la dili- « gence de Messieurs les Maires et Consuls de la ville de Nérac, « — Capot-Feuillède, Maire, Corréges, Lieutenant de Maire, Dausac, « Premier Consul, André Dausac, Consul perpétuel, Bartouil, Consul, « Joseph Morlan, Consul, Morlan, avocat du Roy de l'hôtel de Ville. »

Comme on le voit par le document ci-dessus qui pourrait d'ailleurs donner lieu h bien d'autres observations, le quatrième consul de Nérac, en 1440, se nommait Izaac de Pérèz, avec deux %, au lieu de deux s comme le chroniqueur. Est-ce la faute de l'époque, d'un copiste, ou plutôt de l'imprimeur? Je l'ignore : toujours est-il que

' Ce fragment a été retrouvé à l'hôtel de Ville de Nérac, dans les Archi^ ves où il est conservé et m'a été communiqué, le 28 novembre 1878, par M. Anatole Faugère-Dubourg, maire de Nérac,

les noms, les prénoms et les fonctions du Consul de 144-0 s'accordent si bien avec le nom, le prénom, et les fonctions du Chroniqueur du règne d'Henry IV que, jusqu'à preuve du contraire, nous dirons que le chroniiiueur du temps d'Henry IV descend directement du Consul de Nérac du temps de Charles VIL

Un siècle s'écoule sans nous laisser d'autres documents publics ou privés relatifs à la famille d'Isaac de Pérès. Mais en 1554, un peu plus d'un siècle après le consulat de 1440, nous trouvons en tête de notre Chronique, le tableau suivant de ki famille du Chroniqueur.

Voici, en effet, les premiers mots textuels de la Chronique. « L'an mil b c 1 iiij le XXIX"^'' de jung ( l'an 1554 et le 20 juin ), décéda feu Odet de Pérès, Concierge du Château du Roy de Navarre, h Nérac. »

Immédiatement après, sur la même page, vient le tableau de la famille du Chroniqueur contenant les noms et prénoms de son père Johannot de Pérès, la date de la mort de la première femme de celui-ci; la date de son second mariage et celle de sa mort; les noms, prénoms et date de naissance des deux enfants du premier lit du père du Chroniqueur ; les noms, prénoms et date de naissance des deux enfants du second mariage dudit père du Chroniqueur, d'oia provient celui-ci; la date de la naissance et du mariage du Chroniqueur en personne ; le tout remplissant la page entière.

Voici maiutenant, en très peu de mots, mais appuyée sur des textes nombreux tirés de la Chronique, d'actes publics et de nos papiers de famille, déposés dans l'étude de ]\1® Truaut, notaire à Lavardac (Lot-et-Garonne), la généalogie d'Isaac de Pérès, Chroniqueur, ascendance et descendance réunies.

Odet de Pérès, Concierge du Château du Roy de Navarre à Nérac, c'est-à-dire de Henry P% grand-père de Henry IV^ mourut le 29 juin 1554.

11 laissa huit enfants, dont deux seulement doivent nous occuper.

Premièrement : Pierre de Pérès, marié avec Jane de Lavallade qui fut Consul de Nérac en l'année 160i et laissa un fils, Jean de Pérès, avocat, marié avec Anne Alespée, desquels descend en ligne directe par les mâles jusqu'en 1729 et par une femme, Anne de Pérès, sœur

des deux derniers Pérès, i\ partir de 1720, la famille Lcsueur de Pérès actuelle.'

Deuxièmement : Jchannot de Pérès, père du Chroniqueur. Jéhanotde Pérès, perdit Agnès Caurreton, de Cours, sa première femme, le 20 avril 1557. Il épousa, en deuxièmes noces,le28 novembre 1557, Jane Evenard, du Port Sainte-Marie, qui décéda le 18 mars 158G. Il mourut le 17 mars 157G, comme nous l'apprend la Chronique. « Jehanot de Pérès mon père, dit le Chroniqueur, fut tué à la porte « du Marcadieu, ^ par un nommé le cappitaine Castelnau, d'un coup « de pistollet, le x b i j mars 157G. » (16 mars 157G). De son premier mariage avec Agnès Carreton de Cours, Jéhanot de Pérès eut deux fils décédés sans postérité, et du second, avec Jane Evenard, il eut une fille, née en 1550 qui fut mariée deux fois, comme son père, et n'a point laissé de postérité. Enfin, le second enfant de Jehannot de Pérès et de Janne Evenard, du Port Sainte-Marie, fut Isaac de Pérès, notre Chroniqueur.

Il naquit le 4 juin 1564 et eut pour parrain Guiraud Durand, jurât de Nérac, mari de Peyronne de Pérès, et, pour marraine, Françoise de Pérès. Il se maria le 2'^ janvier 1584, avant d'avoir atteint sa vingtième année, avec mademoiselle de Pinollé, fille de M. Guillaume

* « Je nomme par mon présent testament, pour mon héritier général et « universel en tous et en chacims mes biens meubles et immeubles pré- « sens et avenir, actions rescindentes et rescisoires, en quoi que le tout « puisse consister généralement, sans en rien réserver ni excepter, mes « dits légats préalablement payés, savoir est le (ils aine né ou à naître de «< D"e Anne Pérès , ma sœur germaine, fille de feu M. Samuel de Pérès, « Conseiller du roi au siège de Nérac et de DUe Sauvage (Elisabeth), demeu- « rant à Verberie, près Gompiègne, à la charge par lui et ses descendants de « porter mon nom. Et, afin de donner à mon héritier une éducation conve- « nable et le rendre capable d'exercer l'office de Procureur du Roy à NéraCj « je veux qu'il soit poussé dans les études et mis à l'Oratoire de Condom « pour le faire pourvoir du dit office. »

(Testament de Jean-Louis de Pérès, Procureur du Roi au Présidial de Nérac, du 16 avril 1720, en faveur de Louis Lesueur de Pérès, fils de Anne de Pérès et d'Etienne Lesueur, déposé chez M« Truaut.)

' La porte du Marcadieu ouvrait sur la roule de Mésin, à l'ouest de Nérac.

de Pinollé. De ce mariage naquirent deux enfants, savoir : 1» Pierre de Pérès, qui fat envoyé à Bordeaux pour étudier le droit cliez un procureur, le 27 mai 1G09 et dont il n'existe aucune trace. 2° Judith de Pérès, mariée le IG février 1604, avec Jean Nagoua dont elle eut trois enfants décédés sans postérité.

Quant à la mort du Chroniqueur, il m'a été impossible, malgré de nombreuses recherches, d'en retrouver le lieu et la date, et je l'aurais vivement désiré, cependant. En effet, mes ancêtres directs ont hérité de sa Chronique, et en 1667, ils étaient propriétaires de la maison Perribère, h Nérac, près du moulin, au Pavé, maison habitée de son vivant, par le Chroniqueur à qui elle appartenait. Chronique, Maison et le reste, sont ainsi entrés dans les biens de notre branche.

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