‹ Chronique d'Isaac de PérèsChapitre 6 sur 16 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

X Monsieur Dutour, controlleur des Tailles du Condomois et jurât de la ville de Aérac estant apréseut

En cour.

« Monsieur,

« Nous avons receu la despéche que nous avez faite par les soins de Castag-non, ensemble les trois que vous nous avez envoyé auparavant. 'Soudain que nous eusmes receu l'arrest du ij-apuril portant l'interdiction aux auditeurs de ceste ville de fére poursuyte ailleurs qu'aux dits Consuls, jusques à ce que autrement par Sa Majesté en eust été ordonné, nous leur fismes promptement signifier, et depuis, nous faut réclamer poursuyte à Castres.* Ceste affaire prendra long- trait , et ne se pourra vuyder pendant vostre séjour par dela.Toutesfois, à vostre despart, vous la pourrez recommander à M. Cauillon , nostre aduocat.

« Nous croyons qu'avant la réception de la présante, vous aurez obtenu la descharge de la partie de sept mille livres, ensemble l'arrest sur la Cassation du Règlement.

« Nous estymons aussy que vous aurez, pour le moins, obtenu révocation particulière du procès que nous avons en la dite Chambre, trouvant bien cstrange qu'on y fasse difficulté, attendu que nous la fondions sur des récuzations qui consistent en cognaissance de cause. Nous eusmes de mèsme façon celle que nous obtînmes contre les Auditeurs. Mais pour oster tout empeschement, nous avons aduisé de vous ennoyer quatre pièces dudit procès incluses dans notre paquet, pour justiffier la litispendance, et fère voir de quoi il est question.

Cella fait, nous sommes d'aduis avec vous, q'uil ne sera besoing que vous demeuriez plus longtemps de pardelà, ny qu'attendiez la définition du procès contre les Auditeurs. Mais, désirerions bien, quà votre retour, vous nous puissiez apporter permission d'imposer les droits consulaires, sans nous rennoyer à Monsieur Martin.^ Ce serait nous mettre en moindre peyne.

Pour le regard du procès contre le sieur Jausselin, il nous a dit avoir fait rétracter l'arrest de forclusion et condamnation de despens, moyennant une pistolle. Nous vous paierons ce qui ea est deu. Vous donnerez ordre au tout avant votre départ, affin que, en votre absance, il ne se fasse rien c^ notre préjudice. Vous avez devers

' Il y avait une Chambre de l'Edit à Castres, comme à Nérac. - M. Martin, fermier général de l'ancien domaine d'Alhret, récemment nommé h ces fonctions à Nérac.

vous des actes de la Jiirade par les quel/ il appert que vostre dépulationa esté faite principallement pour ce procès.

Au surplus, despuis le malheureux parricide commis en la personne du feu Roy, il faut que nous vous disions librement que nous vivons en grande peur, d'autant que nous aprimes, à l'cnviron de nous, plusieurs places, entre autres Sos, cstre fait dos assemblées toutes les nuytz, près de ceste ville, de cinquante et de cent chevaux, et avons divers aduis qu'on nous veut surprendre. Nous craiiznons que tout le mal nous arrive par le Chasteau, à l'occazion de la Chambre qui tient le Palais pour l'exercisse de la Justice dans icelluy, cause qu'il abonde plusieurs personnes dans ceste ville , soubz prétexte de procès. A cause de quoy nous avons aduisé qu'il serait expédiant pour la conservation du dit Chasteau et de la ville, de tirer le Palays hors du dit Chasteau et le mettre en la ville, dans l'auditoire, ou dans la maison de Mademoiselle de Pinollés, qu'on louera pour cet effet. Nous en escrivons à Messieurs les Députés généraux, vous priant leur rendre nostre lettre et fère ensorte que nous puissions obtenir ce que nous requérons et en parler à tous vos amyz pour nous y estre aydans.

Estant la présente à ces fins, nous vous besons très humblement les mains et vous supplions nous croire pour jamais

Monsieur,

Vos très humbles et affectionnés serviteurs,

Les Consuls delà Ville de Nérae,

De Larruffie, Jean de Pérès, Jehan Le Prince, de Barus.

A Nérac, le 28 may 1610.

Pour l'argent qui vous peut estre nécessaire pour noz afféres,vous le pourrez prendre de Monsieur Morissot, ù change, à pa^^er dans quatre ou six mois, affin que nous ayons plus de moyens d'y pourvoir. Monsieur vostre frère, comme Bo'nuaut, y ont toute créance, et Monsieur du Candal, plus que vous connaissez.

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