ANQENNES DISPOSITIONS ET DÉCORATIONS INTÉRIEURES
Quand on entrait jadis dans l'église Saint-Germain par la porte principale, on trouvait, sous l'arc latéral de la seconde travée à gauche, les fonts baptismaux dont l'aspect bizarre accusait une antique origine; c'était c une grosse masse de maçonnerie, ayant à peu près la forme d'un puits.» Le xvin* siècle les fit disparaître (1709). Les nouveaux fonts furent placés dans la première chapelle du bas-côté nord, qui appartenait alors à messire Julien Boitet, sieur de Richeville, ancien capitaine au régiment de Navarre, et qui était dédiée à saint Blaife, La seconde chapelle, où se voit un pendentif sculpté du xvi* siècle, avait pour patrons saint Éloi et sainte Julienne^ la sainte vénérée du Val Saint-Germain et l'objet du pèlerinage de toute la contrée. Plus loin était la chapelle de sainte Marguerite^ dont le culte remonte sans doute, dans la paroisse, à la femme de saint Louis , Marguerite de Provence, l'usufruitière de Dourdan, ou à Marguerite d'Artois, la femme de Louis d'Évreux.
Au haut de la nef principale, de chaque côté de la porte du chœur, et
faisant face aux fidèles^ deux autels, élevés d*une marche et entourés d'une grille, s'appuyaient contre les faisceaux de colonnettes qui soutiennent Tare du chœur. Celui de droite était consacré à saint Michel archange, celui de gauche à saint Etienne^ premier martyr, le second patron de la paroisse. Saint Etienne a été vénéré à Dourdan de temps immémorial. On a même prétendu qu'il y avait eu primitivement une paroisse sous son vocable. Saint-Germain possédait de ce saint une relique insigne, une portion du crâne enfermée dans un chef de vermeil. C'était le plus précieux trésor de l'église et Tauteldu pilier de Saint- Etienne était l'autel privilégié de la paroisse. On avait pratiqué dans le faisceau de colonnettes une sorte de niche de deux pieds et demi carrés, garnie d'une forte grille de fer fermant à deux clefs, avec une petite porte au milieu également munie de serrures, pour passer la main afin de toucher à la relique, le tout recouvert d'une massive porte de chêne doublée de fer. Nous avons raconté le vol du reliquaire et la profanation de la relique par les huguenots, lors du siège de iSôy; comment elle avait été jetée dans les fossés du château , recueillie par une pieuse femme et solennellement restituée à Saint-Germain en 1609. Lt parement de l'autel deSaint-Étienne portait encore du temps de de Lescornay, c'est-à-dire en 1624, la représentation de l'église Saint-Germain telle qu'elle était avant les désastres et les ravages du xvi? siècle. C'est dans une autre partie de l'église qu'un nouveau sanctuaire fut depuis consacré à saint- Étienne. L'ancien autel fut dédié à Notre-Dame-de-Pitié dont l'image remplaça la niche du pilier. Cette dévotion était aussi en grand honneur à Dourdan. Les plus pauvres habitants se cotisaient pour faire célébrer presque tous les jours à cet autel une messe pour les âmes des trépassés, et un tronc à cet usage était fixé contre le pilier d'en face (i j.
La grille et la porte du chœur, si l'on en croit la tradition, étaient un chef-<l'œuvre de boiserie du moyen âge. Elles étaient surmontées d'un crucifix, d'une statue dejia Vierge et d'une statue de saint Jean (2}. Comme les portes étaient vermoulues, M. Fougerange, le zélé marguillier qui prit au xvnie siècle l'initiative de toutes les réformes dans la paroisse, les fit démolir (1738), et plaça le crucifix avec les statues contre Tancien pignon, au-<lessus du maître-autel. Une nouvelle grille, de nouvelles portes en bois et fer furent fabriquées à Paris avec couronnement à palmettes, pilastres, corniches, cintres, rouleaux, groupe d'enfants
1. Une image sculptée de Notre-Dame-de-Pitié, déposée depuis assez longtemps, d'une manière provisoire, dans le bas de l'église, attire toujours la vénération et les ofirandes des fidèles. On lui destine un sanctuaire plus convenable.
Les autels et la niche des piliers ont disparu.
2. c Tous les ouvriers qui viennent à Dourdan et qui se piquent de se connoître par- < faitement en beauté d'ouvrages tombent en admiration en voyant dans une petitc c ville trois pièces qui, sans contredit, passent pour les plus belles de France, > écrivait, au siècle dernier, un bon habitant de D. urdan.
supportant le blason de la maison d'Orléans surmonté d'une couronne princière et entouré des cordons des ordres du Saint-Esprit et de Saint- Michel, le tout rehaussé d'or et dominé par une croix fleurdelisée (i).
Le maître-autel y plusieurs fois ruiné dans les divers pillages, fut reconstruit en 1648, sous l'inspiration d'Anne d'Autriche, alors dame de Dourdan, et coûta 3,5oo livres. C'était tout un monument, dans le style du tempsj mais nullement dans celui de l'église, avec quatre grandes et belles colonnes de marbre noir à chapiteaux dorés, corniches, architraves, etc. Deux des colonnes étaient surmontées d'anges adorateurs, deux autres de vases d'où sortaient des fleurs. Entre les colonnes se dressaient deux statues : celle de saint Germain et celle de s^int Etienne; au-dessus de l'autel, dans un riche cadre de pierre dorée, un tableau de Jouvenet représentait l'Ascension, et dans un cartouche ovale, par-Jessus le tout, dominait l'image du Père Éternel. On voit aujourd'hui cet autel, moins les tableaux, dans la chapelle de la Vierge où il a été transporté en 1768, alors que lesmarguilliers^curé, habitants, furent possédés de l'idée fixe d'un aulel a à la romaine (2). »
De chaque côté du maître-autel, au fond des bas-côtés, deux autels ont de tout temps existé. A gauche, quand l'église se terminait là, se trouvait la chapelle de la Vierge, à droite celle de sainte Barbe. C'est cette dernière qui paraît avoir été la chapelle du seigneur de Dourdan. De Lescornay raconte que de son temps il y avait derrière l'autel de Sainte- Barbe une espèce de tombeau qui portait les armes de la maison des comtes d'Étampes, apanagistes de Dourdan au xiv* siècle, avec une saillie de pierres de taille, à cinq ou six pieds contre la muraille, « et sur « icelles un empâtement de croix, » reste d'un fort beau crucifix ruiné pendant les guerres de iSôy. On sait d'ailleurs qu'il y avait à Saint-Germain un oratoire du crucifix, par une charte du xni* siècle, qui a été citée en son lieu (3). L'autel de sainte Anne remplaça, au xvn« siècle, Tautel de sainte Barbe, et cet autel de sainte Anne, transporté à son tour du côté gauche où était jadis celui de la Vierge, fit place ù l'autel de saint Etienne. Non loin de ce dernier autel, au-dessous d'une croisée, furent déposées les précieuses reliques dans une sorte d'armoire surmontée d'une corniche, d'un fronton et de guirlandes en plâtre, et fermée par une porte de chêne et une grille de fer (4).
1. Cette grille, payée 2,000 livres à Pichet, fameux serrurier de Paris, a disparu à la révolution.
2. La statue actuelle de la Vierge est un don de M. Roussi neau, curé, en 1806. — On s'occupe actuellement Je Térection d'un maître-autel de pierre, dans le style de l'édifice.
4. Les reliques de saint Etienne ont disparu à la révolution. L'autel du martyr est actuellement dédié k saint Pierre, en souvenir delà seconde paroisse de Dourdan, dont les biens ont été réunis à ceux de Saint-Germain. — L'autel de sainte Anne continue à lui servir de pendant. Ces deux autels vont être totalement renouvelés.
N'oublions pas la chaire, faîte par un habile menuisier de Dourdan, sous Louis XIV, et revêtue aux jours de fête de ses riches parements ; — le banc del'œuyre^ recouvert de son tapis de trois aunes de drap vert, garni de balustres et augmenté, devant le pilier, d'une place réclamée par le curé pour entendre le sermon (1699); — la statue de pierre de VEcce hotno qui se voyait au-dessus du second pilier de gauche en entrant dans la nef et passait pour un morceau de prix; — les orgues, dont les huguenots avaient emporté les riches étofifes en 1 567, et qui, ruinées dans le siège de 1591, rétablies sous Louis XI II, réparées et augmentées en lySo moyennant 2,000 livres, pour être rendues plus harmonieuses a et plus sonnantes, » touchées durant de longues années par le sieur Thévard, furent entièrement refaites en 1770; — Vhorloge dont le timbre historique de 1599 rappelle les malheurs et les espérances de la ville; dont le cadran, du côté des halles, fut inauguré en i665, et le mécanisme renouvelé en 1764 (i).
Les cloches, cette voix de Téglise éminemment populaire qui convoquait nos pères à la prière ou aux assemblées publiques, ont eu aussi leur histoire, leurs jours d'éclat et leurs tristes heures de silence. Leur riche métal fut Tobjet de la convoitise des pillards dans plus d'un siège, et, suivant une loi de la guerre, le profit de l'artillerie royale après la capitulation de 1591. C'est en vain que les marguilliers firent le voyage de Chartres pour essayer de les racheter, il fallut fournir une nouvelle matière, et nous avons dit ailleurs (2) les quêtes faites dans les maisons, les dons de ferrailles et quincailleries par les habitants, le marché passé avec Thomas Mousset et ses opérations en plein air, pendant le rude hiver de 1596.
Trois cloches sortirent des moules dressés au pied du clocher. Louis XIII en ajouta plus tard une autre dont il fut le parrain, et à la même époque, en 1624, Guillaume Védye, fils de Pierre Védye, à Toccasion de Tinhumation de sa mère au pied de Tautel Sainte-Barbe, en donna une petite qui portait ces mots : a En fin de l'année 1624 j'ai a esté fourny poisant quatre-vingt quatre livres, par M. GuiUaume Ve- « dye , greffier en l'élection de Dourdan. » Elle fut suspendue dans le petit clocher oîi elle servit à sonner les messes basses, et de commande pour les grosses cloches. Tout le monde la connaissait sous le nom de Guillemette\ mais une fêlure lui fit perdre son timbre argentin et en 1767, Henriette Védye, femme du lieutenant-général Roger, fut marraine de sa remplaçante (3).
Les quatre grosses cloches, dont Tune pesait six mille livres, formaient un superbe carillon. C'était l'honneur de la fabrique. En 1700, les mar-
1. Tout ce qui précède, sauf le timbre de Thorloge, a été détruit et remplacé.
3. Aujourd'hui Guillemette a fait place à Anaîs-Célestine, dont madame Boirin fut la marraine en i85'z et M. De Metz le parrain .
l'église SAINT-GERMÀIN. 203
guilliers, pour mieux faire encore^ désirèrent qu'elles fussent refondues mais ils eurent à s*en repentir. Le fondeur Leguay recommença trois ou quatre fois sans pouvoir obtenir Taccord parfait et on lui intenta un procès. En mai 1778, les habitants décrétèrent une refonte générale et votèrent un crédit de 4^600 livres. Le réprésentant Couturier, envoyé à Dourdan en mai 1793 pour faire fermer les églises et envoyer à l'hôtel des Monnaies l'or et l'argent des vases sacrés, dirigea sur Paris, à la fonderie de canons, trois des cloches de Saint-Germain. La sonnerie de Dourdan est encore fort belle, mais nous sommes loin des splendeurs de nos pères. Ajoutons que Ton vit des temps où Saint-Germain se signala par un vrai luxe de propreté et d'entretien ; il y eut en ce genre des époques bien caractérisées de mouvement et d'élan. Tout le xvii» siècle fut employé à réparer les tristes dégâts causés par le xvi«. Les contributions des habitants, les largesses de Louis XIII, les dons d'Anne d'Autriche, les sacrifices de la fabrique de 1660 à 1672 effacèrent peu à peu les anciens désastres. Un grand zèle de nettoyage et d'ornementation s'empara des marguilliers et habitants vers 1735, à l'imitation de Saint-Arnoult et d'autres églises, et, dans tous les comptes de cette époque, le panier à houssoir l'église joue un grand rôle. Une foule d'achats viennent embellir autels et chapelles, et, au dire des contemporains fiers et émerveillés, c Saint-Germain sent sa cathédrale plutôt que toute autre chose. »