‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 102 sur 191 · SERVICE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

SERVICE RELIGIEUX

Le Clergé. — L'administration , de séculière qu'elle était avant le XII* siècle, étant devenue régulière, l'abbé de Saint-Chéron-lès-Chartres désignait plusieurs frères de son ordre pour desservir la paroisse; l'un d*eux, comme il a été dit, sous le tire de a frère prieur-curé» jouissait du bénéfice de la cure et de la suprématie pastorale. « Ils vi voient ena semble honnêtement, disait un ancien marguillier dans un mémoire « devant Tofficialité de Chartres. L'un desquels faisoit les fonctions de c curé et étoit supérieur des autres , ce qui l'engageoit de donner « l'exemple à ses confrères soit par l'assiduité aux heures canoniales, la a régularité aux exercices de la religion, la retenue de ses mœurs, et son a zèle pour les fonctions curiales. Les religieux menoient une vie irré- « prochablequi tenoit au bon ordre qui s'observe en communauté. »

Plusieurs prieurs de Saint-Germain avaient su se concilier les bonnes grâces et la confiance des princes seigneurs de Dourdan. On se souvient

de messire Robert Joudouin qui avait obtenu de grands avantages pour son prieuré par son intimité avec Louis d'Étampes et qui, élevé à la di* gnité d'abbé de Saint-Chéron, figure comme exécuteur du testament du prince en 1399. Le duc de Berry, en 141 2, confirmait les privilèges accordés^t donnait au prieur un jardin (i).

Les bâtiments du prieuré étaient, à ce qu'il parait, fort modestes; le prieur y entretenait ses vicaires. Avec le temps, il se relâcha un peu, et à la suite des désastres de la Ligue et de Tappauvrissement de la cure, il voulut faire quelques économies qui ne furent pas du goût de la population. Frère Pierre Duchesne, curé en 160 5, fut condamné, par sentence du bailliage, à entretenir à ses dépens quatre vicaires^ et la vieille lettre IsLline de Goslentis fut invoquée comme pièce judiciaire. Par transaction faite avec les habitants, par devant Richer notaire royal, le 25 juillet 161 2, le nombre de quatre fut réduit à trois. Le^âtimentdu prieuré fut entièrement démoli et reconstruit en 161 5. Le litige recommença en 1691 ; la population accusa de négligence messire Antoine Lebrun, son curé, qui avait pourtant le titre d'official. Les paroissiens rassemblés remontrèrent qu'ils manquaient de confesseurs et que mainte personne était forcée « de monter aux Granges la veille des grandes a fêtes, quand de temps immémorial, il y a toujours eu dix prêtres et au a moins sept ou huit confesseurs pour la liberté des consciences dans la- <f dite église. » L'afifaire alla devant Tofficialité de Chartres, et par transaction frère Antoine Lebrun fut tenu d'entretenir deux vicaires et les marguilliers furent contraints de se charger d'un troisième prêtre faisant à la fois fonctions de chantre, de chapier et de sacristain. En 1704, nouveau procès; les paroissiens tenaient absolument à avoir quatre vicaires et messire Claude Titon ne le voulait pas. Les marguilliers étaient mécontents parce que le curé avait entrepris d'agrandir le prieuré, demandait de l'argent à la fabrique, et s'était séparé de ses vicaires pour vivre seul et « voir le grand monde. » La fabrique donnait alors à chaque vicaire, outre une chambre toute garnie, 40 livres; — au curé, dont le revenu total montait environ à 3,ooo 1. , 224 1. pour ses honoraires et assistances de messes; — à chaque prêtre chantre 200 I. — au maître des enfants de chœur prêtre 70 1. — aux enfants de chœur porte-croix 3o 1. — au chantre laïque 36 1. — au maître laïque 70 1. — à l'organiste 3oo 1. — à chacun des deux bedeaux y 5 1. — au suisse 1 5 1. — aux sonneurs 1 1 5 1. — au serrurier-horloger 5o 1. — à la communauté pour le blanchissage du linge 58 1. — au cirier pour le luminaire 418 1. — aux porte-bannières une gratification annuelle de 3 1. — aux distributeurs du pain bénit une paire de souliers à Pâques, etc.

I. Les prieurs de Saint-Germain avaient leur sceau. Un fragment du sceau du prieur de Dourdan, qui devait être rond et représentait un agneau pascal, mais dont la légende a entièrement disparu, existe aux archives d'Eure-et-Loir {Fonds àt Saint'Chèron) attaché à une pièce de 1444.

La perte des anciens titres de Téglise ne permet pas de donner une liste complète des curés de Saint-Germain avant les deux derniers siècles. Voici les noms que nous avons relevés sur des pièces faisant partie des archives de la paroisse :

i38i. Frère Robert Joudouin, — Chan. rég , prieur-curé.

1464. Cantien Favernay.

1493. Jacques Ricoul.

1 524-56. Pierre Prieur,

i6o5. Pierre Duchesne.

16 17. Guillaume Belin,

i652. François Delorme.

1689. Antoine Le Brun. — Officiai.

1697. Louis Forbet.

1700. Roch Claude Titon. — Docteur en théologie.

1727. Antoine Oudard Daquin, —

Maître es arts.

1741. Armand Couturier de Fo-

nonoUe.

1747, Jean-François Verne.

1754. Jean-Guy Desouches.

1780 Louis-Thomas Geoffroy (i).

1800. yiM.Roussineau. — Curé (2).

1827. Rivet (3).

i833. Kollmann.

1843. Gautier, 1867. Gérard (4).

Les OFFICES. — Saint-Germain étant desservi par des religieux, Voffice canoniâ/ complet s'y faisait tous les jours. Les besoins des fidèles et les occupations du clergé firent abréger le service, et dès 1691 , il ne subsistait plus que la messe de ahœur et les vêpres, excepté pendant les dimanches de TA vent et du Carême où l'office canonial se récitait dans son entier. Depuis les fondations faites, au xiv* siècle, par les comtes d'Évreux, la première messe, appelée messe matutinale ou messe des comtes d'Évreux, se sonnait Tété à 4 h. 1/4 et

1 . Une rue de Dourdan porte son nom. C'est sous lui que s'est opérée la réunion de la paroisse Saint-Pierre à celle de Saint-Germain. Il dut se retirer devant la révolution.

2. Le vénérable abbé Roussineau, qui a administré la paroisse pendant vingt-sept ans, et dont le portrait est conservé dans la salle du Conseil de THôtel-Dieu, a rendu à Dourdan de grands services dans des jours difficiles. Curé de la Sainte-Chapelle de Paris avant la révolution, il a sauvé de la profanation la relique de la vraie croix, conservée dans le sanctuaire de saint Louis sous le nom de Croix Palatine. Nommé curé de Dourdan aux premiers jours de la réouverture des églises, c'est à Dourdan qu'il a transporté et gardé plusieurs années son précieux dépôt, jusqu'à l'heure où il fut réintégré à Notre-Dame. Dourdan reçut alors, en reconnaissance, une parcelle notable de la relique.

M. Roussineau a eu pour collaborateur et vicaire l'excellent abbé Charpentier, qui, déjà vicaire de Dourdan et chapelain de l'hospice avant la révolution, a repris son ministère en 1800 et Ta exercé jusqu'en i836.

3. Antérieurement vicaire de Dourdan en 18 19 et 1820, devenu curé de Versailles, et actuellement évéque de Dijon.

4.. Demeuré pendant vingt-deux années (1845) chapelain de THâtel-Dieu avec le plus modeste dévouement, et récemment appelé à la cure de Dourdan par la confiance et la sympathie générales.

Thiver à 4h. 3/4, et était dite tous les jours par un vicaire à 4 h. i/2ouà 5h., suivant la saison, précédée de la récitation de la Passion(i). Quand on a dans les mains les actes oti se traduit la vie paroissiale d*autrefois, on est profondément frappé de la foi et du zèle religieux de nos pères. C*est la population elle-même qui réclame et au besoin exige la célébration de certains offices, l'observation de certains usages. Les Dourdanais tenaient beaucoup à leurs processions. En 1 691, le curé, ayant annoncé au prône qu'on n'irait pas comme de coutume pour les Rogations à Sainte-Mesme et aux Granges, fut interrompu par les murmures de l'assistance et les marguilliers portèrent plainte à Tofficialité. Il y avait aussi procession au cimetière aux Quatre-Tcmps, procession à Louye c à Notre-Dame en mars*, procession à Sainte-Julienne le lundi d'après Quasimodo. Cette dernière était en grande faveur, mais comme la distance à parcourir était considérable, il y avait une allocation de 2 sols pour chaque vicaire et une gratification pour les porte-bannières et porte-torches. Le retour s'effectuait souvent assez tard et Ton devait prendre un repas en route. C'était une dépense d'environ 3o livres par an pour la fabrique. Dans les grandes occasions, comme les jubilés, on promenait la châsse de saint Etienne. SousLouisXIIIj en 1623, le tabellion Thomas Richer fonde par testament une grande procession du Saint-Sacrement dans Téglise aux cinq fêtes de la Vierge et donne un dais ou ciel en velours cramoisi, avec des figures, des armes et d6s initiales en broderie. Lesconfrères du Saint-Sacrement, pendant Toctave de leur fête, marchaient en grande pompe avec leurs insignes. Chaque soir, durant huit jours, assistait, avec sa bannière armoriée, une corporation différente représentée parles maîtres du métier, charpentiers, jardiniers, cordonniers, etc.

Nos pères étaient avides de la parole de Dieu, et en outre de leurs prêtres, il leur fallait souvent des prédicateurs étrangers; on s'adressait à Tévéque qui envoyait des religieux. C'étaient les fidèles eux-mêmes qui souvent pourvoyaient spontanément par une quête aux honoraires. En iSgS, c'est au Croissant que la fabrique défrayait le prédicateur. Au XVII* siècle, elle leur fournissait une chambre dans le nouveau prieuré, les nourrissait avec un frère assistant, payait leur voyage et ajoutait une petite aumône pour le couvent (2). Parfois il y avait station extraordinaire

1. Une fondation de 218 livres était affectée à cette messe. Une ordonnance de révéque, du i5 mai 1668, aUoue 2 sols au vicaire qui dira la Passion avant la messe matinale.

2. Au P. Jean-Marie de Vemon, récoUet^ pour le carême de 1645 et l'octave dix Saint-Sacrement, à raison de 40 sols par jour pour sa nourriture, i3o liv. — Pour ramener le P. Bareau à Chartres, à cheval, après ses stations de 1646, 12 liv. — Au P. capucin, pour l'Avent 1646, 64 liv. — Au P. cordclier, pour les sermons de Pentecôte, 12 liv.— Au R. P. Damasine, gardien de Limours, pour trois sermons, en 1698. 6 liv.— Au R. P. Fabien, pour le carême 1699, i36 liv.— Au R. P. DumouUin, pour l'Avent, 96 liv.— Au R. P. Bernard, pour les deux sermons d'Assomption et de Tous-

l'église SÀINT-GEKMAIN. 2O7

et lors de la mission donnée par le fameux abbé d'Olonne, en novembre 1752, une croix qui porta le nom de « croix d'Olonne » fut élevée sur la route de Saint-Arnoult à la pointe du chemin menant à Sainte- Mesme.

Non contents d'avoir pour église un bel édifice, les paroissiens voulaient qu'il fût orné, habillé aux jours de fête. Le chœur était tendu d'une tapisserie de Flandres y de vingt-cinq aunes de tour, représentant rhistoire d'Esther (i) et sur de longues tringles de fer d*un pilier à l'autre, on accrochait tout autour de la nef sept grandes pièces de tapisseries otise voyaient les actes des apôtres (2). L'autel était recouvert de beaux parements de dentelle choisis par mademoiselle de Lescornay (3), et un grand dais violet, suspendu à la voûte, lui servait de baldaquin. La chaire avait des housses variées suivant les jours; la plus belle était celle de velours de Gènes cramoisi, avec galons et franges d'or fin (169 1). Les célébrants, prêtres et chantres, avaient des ornements à Tavenant. Ceux de velours cramoisi donnés par Anne d'Autriche avaient été complétés par deux chapelles neuves commandées en 1669, l'une blanche, garnie de dentelles d'or de Milan, l'autre verte, frangée or et argent (4). La même année on avait fait emplette d'un dais de velours à la turque, à fond d'argent « garnyde gallon, dentelle et franges d'or, bastons d'argent et « égrettes de plumes rouges et blanches, v

Les vases sacrés et Torfévrerie étaient fort riches et provenaient de dons princiers ou de cadeaux des confréries. Croix, ostensoir, chandeliers, lampes, couverture du livre des Evangiles, etc., étaient en argent massif. Aux grandes fêtes, on se servait d'un calice tout en or, d'une « hauteur extraordinaire, très-bien travaillé et relevé en figures. » 11 y en avait un en vermeil pour les dimanches et trois autres en argent pour les vicaires.

Que de solennités historiques, que d'offices de circonstance, que de joyeux ou douloureux anniversaires, si l'on pouvait interroger la vieille église, depuis les obits des premiers Capétiens jusqu'au service du père de Philippe-Egalité; depuis la messe matinale de saint Louis ou des comtes d'Évreux jusqu'aux trois messes de minuit du duc de Guise; desaint, 4 Hv.— AuR. P. Amiens, jacobin^ pourPAvent 1700, 84liv. i5 sols. En 1749, la fabrique, étant dans une grande pénurie, demanda à Tévêché de ne plus envoyer de prédicateurs qui reviendraient à plus de 5oo livres par an.

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