‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 108 sur 191 · I. Archives de TEm pire. Q. i5i · texte numérisé non relu

I. Archives de TEm pire. Q. i5i

Du bord de la rivière qui baignait ses murailles^ la ville montait en amphithéâtre jusqu'aux fossés du château» et^ de sa tourelle, le châtelain élevé au-dessus des toitures des rues basses, avait pour premier plan un péle-méle étrange de combles aigus et de pignons inégaux déchirant bizarrenxent Thorizon.

Sully, qui, après de Sancy, posséda Dourdan, rendit, comme on sait, le donjon inutile au point de vue de la défense en le rattachant par une terrasse au sol de la cour : travail qui employa à la fois la terre des retranchementsdu capitaine Jacques et les bras d'une population mourant de faim.

Le hasard amena Louis XI II à Dourdan : l'agrément du lieu Ty retint, et pendant plusieurs années le château retrouva, par intervalle, une animation et une faveur qu'il ne connaissait plus. Piqueurs, meutes, pages et mousquetaires revenaient, chaque fois, avec le jeune monarque, qui se plaisait aux chasses, aux curées le soir dans la cour, aux parades, aux parties de paume. Le bâtiment de M. de Sancy offrit une hospitalité modeste à une cour tant soit peu enfantine et aux commensaux du roi qu'égayait le brave gouverneur duchâteau de Dourdan, M. de Bautru,ou que distrayaient les audiences improvisées par Louis le Juste en faveur de quelques pauvres diables. Marie de Médicis, dame de Dourdan, y attirait volontiers son fils et faisait à ses frais réparer et recouvrir les deux tours qui flanquent l'entrée, et construire, sur la place, pour les mousquetaires, un petit corps de garde adossé au fossé, à gauche du pont.

Le XVII* siècle n'était encore qu'à moitié, et les séjours de Louis XIII , et le souvenir des relevailles d'Anne d'Autriche, et tout ce passager éclat étaient déjà bien loin. Les troubles delà Fronde, la guerre de i652, avaient fait de nouveau armer les forteresses, et le château de Dourdan, comme un de ces invalides qui redeviennent soldats à l'heure du péril, menacé un instant par les combattants d'Éiampes, recevait de Corbeil de la poudre et des munitions qu'on enfermait dans ses tours. Le bruit de la guerre s'éloigna. Le silence se fit pour le château de Dourdan, silence de tristesse et d'oubli. Dédaigné du grand roi, dépouillé par ses propres gouverneurs, il cessa d'être entretenu, et ses bâtiments demeurèrent à l'abandon. On n'y voyait pas d'autres êtres vivants que le concierge et les deux vieilles demoiselles filles du sieur Récard de Saint- Martin, ancien gruyer ou garde-marteau de la foret, auxquelles on avait accordé un petit logement oti elles se trouvaient près de l'église qu'elles ne quittaient guère. Du reste, c'est encore à un «état de lieux», découvert par nous dans de vieux papiers, que nous empruntons le tableau exact île cette décadence.

Le prince de Rohan-Guéménée ayant été pourvu du gouvernement du château et déléguant la lieutenance à Jean de Lescornay, sieur de For-

tin, celui-ci vint prendre possession, lelundi lonovembre 1664, et voici l'acte qu'il fit dresser :

« ...Voullant entrer au chasteau, le sieur de Fortin a trouvé le corps de garde, lequel est entièrement ruyné par le deffault de la couverture qui a causé la pourriture tant de la charpenté et sollives que des murs et tout le reste, et de là pour entrer dans ledit chasteau, les barrières du pont rompues, le pont dormant tout pourry en ruyne et prest à tomber et sans pont-levis, estant le plancher d'icelluy tombé dans le fossé, ny ayant que deux aiz avec deux autres pièces et la planchette, sans que charrettes ni chevaux y puissent passer. Les flèches rompues et pourries qui sont estayées et soustenues de quelques pièces de bois ; la herse ancienement ruynée.

a Et estant entré dans le chasteau^ la porte s'est trouvée assez forte^ mais en plusieurs endroits de pièces pourries à cause de sa vieillesse, où est apparu Pierre Perche, portier dudit lieu, auquel le sieur de Fortin a demandé où sont les armes et les meubles du Roy et luy faire démonstration et ouverture des lieux ; lequel Perche lui a faict responce qu'il n'a cognoissance d'aucuns meubles ny armes et qu'on peult s*addresser aux enfifans du feu sieur de Saint-Martin logez es aistrises du dit chas> teau, où se seroit à l'instant ledit sieur de Fortin transporté et y ayant trouvé ces damoiselles leur aurait demandé lesdits meubles et armes et autres choses, lesquelles damoiselles ont dit qu'il n'y avoit aucuns meubles ny armes et que ceux qui y avoient esté ont esté enlevez par ordre de feu monsieur le comte de Nogent lors gouverneur du chasteau, dont elles ont bonne descharge par escript, sinon un grand viel coffre magazin sans fonds ruyné et rompu et trois planches de bois servant de tables de cuysine sans tretteaux de nulle valleur; comme de faict en touttes les chambres, magazins et autres lieux ne s'est rien trouvé, ains seullement les ratelliers desnuez de leurs armes et dans le fond d'une tour dont on n'a pu trouver la clef, quelque petit reste de poudre et plomb dans un poinson, de celle qui avoit esté amenée de Corbeil pendant le siège d'Estampes en i652, et quant aux chambres, greniers et aistrises du château, se sont tous trouvez inhabitables, par le deffault des couvertures toutes ruynées, planchers pourris, lucarnes tombées, croisées pourries sans fermetures ne vittres et les planchers descariés et ruynés, ce que ne menace pas moins que de tomber en une entière ruyne s'il n'y est promptement pourveu. »

Il y fut pourvu, avec économie, lorsque, huit ans après, le château de Dourdan, donné en apanage au duc d'Orléans, fut préalablement «mis en état. » Mais comme le seigneur n'y résidait pas, on se contenta des grosses réparations indispensables, et les appartements demeurèrent inutiles et fermés. Veut-on savoir quels étaient alors les hôtes de ces vieilles murailles solitaires? — Des tableaux de maîtres italiens, de lumineuses toiles vénitiennes ou florentines enfermées sous clef dans l'obscurité,

avec les valeurs mises en dépôt par messire Alexandre de Passart, un des bienfaiteurs de l'hospice de Dourdan, dont nos lecteurs feront la connaissance dans le chapitre suivant. — Par son testament, daté du 3o août 1696^ il nous apprend en effet qu*outre sa maison de la rue des Marets^ faubourg Saint-Germain^ à Paris, sa maison de la Villeneuve et son château de Saint-Escobille, près Dourdan, où sont contenus ses meubles et objets d'art, on devra mettre les scellés « aux chambres du a château de Dourdan où sont ses coffres-forts, meubles et tableaux, » Ces tableaux qu'il paraît affectionner d*une façon toute spéciale, et qui sont a la plus considérable partie de son bien, » il les lègue pour les convertir en argent aux Pères de l'oratoire de Saint-Magloire , faubourg Saint- Jacques, à Paris, a Ils sont de grand prix, dit-il, et des plus grands a peintres tant anciens que modernes : de Raphaël Urbin, du Poussin, « de Paul Veronèse, du Guide, des Carrache, du Parmezan, de TAlban, et généralement des plus grands maîtres; la plupart desquels ont de u riches bordures dorées. »

Mû par un pieux scrupule de chrétien et d'artiste, il ajoute plus bas : a Si parmy mes tableaux on juge qu'il y ait quelques nudités « criminelles, je prie Monsieur mon Exécuteur d'y faire remédier au « plustôt en faisant voilier ou drapper les choses déshonnestes, mais « comme la plus part sont tableaux de prix, je le prie de choisir un « peintre habile à cet effet, affin que leur valeur en souffre moins de di- « minution, et ne pas se servir de peintres communs qui les gasteroient « immanquablement» (i).

Le 22 octobre 17 lo, par ordre de l'administration des domaines du duc d'Orléans, adjudication au rabais fut faite des réparations à exécuter au château de Dourdan. Entre autres choses il s'agissait :

De faire descendre la charpente de la grange (bâtiment de droite en entrant, donnant sur la place), sauf un espace qui restera pour faire la croupe tenant au corps de logis (sur la rue de Chartres) qu'il faudra faire à neuf.

Faire descendre à la chapelle (une nouvelle chapelle qui avait été sans doute, sous Louis XIII, construite sur la terrasse), la couverture de cinq espaces de bâtiments et la charpente et se servir des matériaux qui seront plus que suffisants pour la réparation des autres bâtiments. Réparer le pavillon au-dessus de la porte du château. Boucher les vides entre la chapelle et le corps de logis (de Sancy) et réparer tout celui-ci, ainsi que son pavillon d'ardoise.

A la grosse tour, faire un escalier des grès provenant des démolitions pour descendre au cachot de la casemate, et boucher l'entrée de devant de cette casemate avec pierre, chaux et sable.

Mettre une grille à la fenêtre et une porte neuve; raccommoder la che-

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minée et à la chambre du premier étage (le faux plancher qui^ on le voit, existait déjà).

A la chambre du deuxième étage (chambre du commandant), sceller deux portes de chêne, des barreaux à la croisée, deux barreaux de fer dans le conduit de la cheminée et boucher la porte qui monte au haut de la tour.

A la chambre basse (rez-de-chaussée), faire à neuf le lambris et une porte en iceluy en forme de guichet, garnie de ses ferrures, serrures et verrouils.

Garnir la porte qui donne sur le pont (en face de la porte de Chartres), de deux longs verrouils et une serrure forte ouvrant en dehors et en dedans; plus^ faire une porte à guichet pour fermer toute l'embrasure.

Rétablir le pont ou passerelle; refaire un massif de maçonnerie sur Tancienne fondation (de quatre pieds d'épaisseur sur sept pieds de large au bas) ; poser dessus quatre poutres prises dans la chapelle, portant sur Tappui du fossé et sur les corbeaux de la porte-fenétre de la grosse tour, avec plancher et garde-fous (i).

Pourquoi tout ce déploiement de force, ce luxe de portes, de guichets, de barreaux et de verrous, et cet aménagement qui sent le cachot ?Cest qu'en effet le donjon de Dourdan allait être converti en prison, comme on voit de braves vétérans devenir porte-clefs sur leurs vieux jours. — Nous consacrons plus loin un chapitre spécial aux prisons de Dourdan, et, comme nous ne voulons pas nous répéter, nous ne dirons rien ici des hôtes misérables ou terribles qui vinrent gémir ou comploter sous les voûtes de la grosse tour.

Nous ne reviendrons pas davantage sur les gouverneurs^ capitaines ^ concierges du château de Dourdan, importants et riches personnages, pourvus d'un titre purement honorifique, et dont nous avons, au sujet des juridictions, suffisamment entretenu nos lecteurs. Nous ajouterons seulement que, bien qu'il n'y eût plus trace de chapelle, le titre et le bénéfice du chapelain ne s'en était pas moins conservé jusqu'à la fin du xviii* siècle. Le coUateur était le duc d'Orléans, et le revenu était de 20 livres. M. Nicolas-Charles Carrey, clerc tonsuré du diocèse de Chartres, s'intitulait « chapelain de la chapelle Saint-Jean du château royal de Dourdan, » en l'année 1775.

Il paraît que le château continua à être régulièrement entretenu, pendant le cours du xvm® siècle, car le duc d'Orléans se plaint qu'il lui a coûté 6,000 livres de réparations en six ans, de 1741 à 1747.

En 1 743, permission fut donnée au comte de Verteillac, gouverneur, de « faire démolir différents bâtiments dépendants du château de Dourdan. a sur la longueur de 35 toises quatre pieds, et d'en employer les maté- « riaux à la construction d'un bâtiment pour l'emplacement et le dépôt

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