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2. Note laissée par Gaumer, commissaire de police à Dourdan au xvin* siècle.
3. Ce bassin, qui était plutôt à l'usage des potiers, dont on a trouré un four sous le pilier de la halle, existe sur la place devant la seconde maison de la rue de Chartres , faisant face à Téglise, à partir du bout le plus rapproché du château.
l'église. Au bout, était la halle sur laquelle les droits du prieur de Saint- Pierre étaient établis dès i3i5. Halle, place et église étaient peut-être, suivant l'usage le plus fréquent, contenues dans la baille du château, sorte d'enceinte extérieure oti le seigneur aimait à réunir sous sa main le centre religieux et le centre commercial de la ville, et surveillait à la fois le mouvement de la population et la perception des droits domaniaux. En tout cas, rentrée du château n*était pas immédiate comme aujourd'hui, et, en avant du fossé, une place entourée de barrières servait à révolution et au groupement des hommes d'armes qui sortaient les uns après les autres par l'étroite passerelle du pont levis.
La formation de l'enceinte des fossés dut être l'objet d'un grand travail. Cette enceinte mesure 178 toises de pourtour; elle forme un carré à peu près parfait d'environ 90 mètres de côté. Le fossé, construit à fond de cuve et entièrement revêtu de parois de grès, a 1 2 mètres de largeur et plus de 6 mètres de profondeur à partir du sol de la ville (i). Le développement de la surface occupée par le fossé est de 34 ares, 40 centiares. L'enceinte intérieure contient 53 ares, 60 centiares. C'est un total de 88 ares pour l'ensemble du terrain consacré par Philippe-Auguste, au milieu de la ville , à sa nouvelle citadelle. L'orientation, parfaitement choisie, est du nord-ouest au sud-est. (Voirie plan, fig. 1.)
Une muraille très-élevée ou courtine forme la paroi intérieure du fossé. Cette muraille, bâtie en grès à peu près jusqu'au niveau du parapet de la paroi extérieure, et continuée en moellons et cailloux cimentés par un indestructible mortier, a une épaisseur de plus de 2 mètres. Elle est flanquée de neuf tours circulaires en saillie. Deux de ces tours, rapprochées l'une de l'autre, défendent l'entrée principale située sur la place et protègent la porte ogivale à laquelle un pont-levis donnait accès. Quatre tours s'élèvent aux quatre angles, et trois autres à la moitié de chacun des trois côtés de l'enceinte. La tour de l'angle nord^ qui surpasse de beaucoup les autres en diamètre et en hauteur, a une position tout exceptionnelle. Complètement détachée de l'enceinte intérieure, elle se dresse isolée au milieu du fossé (2). Le fossé l'enveloppe, échancre sur ce point l'angle du carré, et se renfle du côté de la ville pour conserver sa largeur et décrire une circonférence à peu près concentrique à celle de la tour. C'est le ^on/on , auquel nous reviendrons tout particulièrement.
Ces tours, dont la base, jusqu'à affleurement du sol de la rue, est en
1 . Cette profondeur, qui varie de quelques décimètres, suivant le niveau des rues adjacentes et les apports de terre végétale qui ont été faits en divers temps pour la culture des fossés, est celle que Ton peut constater au-dessous du parapet de la rue de Chartres.
2 . Ou plutôt se dressait, car aujourd'hui le fossé est comblé du côté de la cour, et ce que nous appellerons le premier étage du donjon est devenu en réalité le rez-dechaussée.
grès et s'assied solidement dans le fond du fossé^ ont des murs dont la maçonnerie atteint ou dépasse deux mètres d'épaisseur. Elles contenaient au moins deux étages soutenus par des voûtes à nervures et desplanchers, et éclairés par d'étroites baies ou de simples meurtrières. Un escalier, pris en général dans l'épaisseur du mur, servait pour la communication intérieure. Ces tours, dont cinq sont aujourd'hui rasées au niveau de la courtine qui les relie, c'est-à-dire au niveau du premier étage^ n'avaient point l'aspect massif et surbaissé qu'on leur voit actuellement, mais s'élevaient minces et élancées^ et devaient être surmontées d'un chemin de ronde avec mâchicoulis et d'un haut toit pointu revêtu d'une couverture de tuiles (i). Des souterrains voûtés « et blancs comme neige » mettaient en communication ces tours et servaient de magasins pour les vivres et les munitions. Une autre communication aérienne les reliait toutes à l'extérieur. Une sorte de galerie couverte en bois, avec toit incliné et paroi antérieure percée d'ouvertures pour lancer des projectiles, était accrochée ou fixée aux murailles et permettait de circuler de tour en tour.
Intérieurement, le quadrilatère était occupé par une grande cour qui servait de place d'armes et se garnissait au besoin de baraques pour le logement de la garnison. Sur les quatre côtés de cette place s'étendaient des corps de bâtiments qui s'appuyaient à la courtine et s'enclavaient dans les tours. Ces bâtiments avaient, eux aussi, de hauts toits aux pentes rapides, et prenaient en grande partie leur jour sur l'intérieur. Le principal corps de logis était celui qui garnissait le côté que longe la rue de Chartres et s'ouvrait au midi sur la cour. Au rez-de-chaussée^ dans des salles basses, étaient le puits au large diamètre avec des pierres saillantes comme des degrés le long de ses parois, les cuisines, l'entrée des escaliers et vis montant aux deux étages supérieurs. Dans la tour enclavée au milieu de ce bâtiment, une porte donnait accès à Tescalier des fossés et, presque au pied de cet escalier, une profonde citerne à laquelle on descendait par des marches de pierre , offrait une provision d'eau fournie par l'égout des larges toits.
A l'extrémité de la cour, non loin de la grosse tour, et presque en face de rentrée principale du château, s'élevait la chapelle de Afon52>2ir5â/nN Jehatiy dont Philippe-Auguste avait assuré le service quotidien par un des chanoines de Saint-Germain. A gauche^ en entrant, une grande salle voûtée (qui supporte aujourd'hui la terrasse) s'adossait à la muraille qui regarde le portail de l'église.
Nous avons hâte de revenir au donjon, car c'est en lui que se résumait la défense extrême de la place; c'est lui qui commandait et couvrait le pays, et c'est à lui que se rattachait, comme au centre de la suzeraineté,
I . Cette couverture de tuiles (ou plutôt son renouvellement sans doute) date, suivant de Lescornay, de i^bo, et a été en partie ruinée au siège de 1391.
le réseau féodal de la contrée. Tous les vassaux et arrière-vassaux de la seigneurie de Dourdan étaient dits relever du roi à cause de sa grosse tour duditlieu. (Voir fig. 2, 3, et 4).
Le donjon^ cylindrique^ intact encore aujourd'hui dans toutes ses parties essentielles et décrit par nous d*après son état actuel, mesure du bas des fossés jusqu'à la plate-forme qui repose sur la voûte du second étage par laquelle il se termine maintenant, 25 m. 80 c. de hauteur, ou 18 m. du sol de la cour. Le diamètre, hors d'œuvre, est de i3 m. 5o. La base qui repose au fond du fossé va en s'élargissant à sa partie inférieure, et son diamètre, comparé à celui de la tour, donne environ 0,60 c. de fruit. Cette base est construite en grès taillés et appareillés et s'élève à peu près au niveau du sol de la rue. A partir de ce niveau, la tour est formée d'assises de pierres soigneusement taillées et jointoyées, montées avec un aplomb qui fait encore aujourd'hui l'admiration des hommes spéciaux. Le calcaire de Ëeauce fin et dur qui a servi à cette construction ne se rencontre pas sur les lieux et a dû être transporté de loin, peut-être des carrières qui ont pu existera l'origine de la vallée, au dessus de Saint- Martin, à en juger par la grande analogie de ces matériaux avec ceux de la tour de Saint-Martin de Bretencourt. La pierre est demeurée intacte surtout du côté du nord et du levant.
La base du donjon n'a pas encore été explorée. Nous avons tout lieu de penser qu'elle n'est pas pleine. Une salle ou cave, voûtée en calotte de four, dans laquelle on ne pénétrait que par une sorte de regard au milieu de la salle du premier étage, existe vraisemblablement et servait de silo pour les provisions et de magasin pour les munitions. (Fig. 2. A.) La salle du premier étage était la grande salle, la salle commune. (Fig. 2, B et fig. 3). Tout ce qui est nécessaire à la vie, en temps de siège, s'y trouvait réuni. La voûte de cette salle est portée sur six fortes nervures terminées par des culs de lampe représentant des feuillages finement sculptés. La hauteur du plancher à la clef est de 8 m. 45. Bien que le diamètre de la tour soit de 1 3 m. 5o hors d' œuvre, le diamètre ou vide intérieur de cette salle n'est que de 6 m., les murs ayant une épaisseur de 3 m. yS, c'est à dire de plus du quart du diamètre (i). Trois larges embrasures ou berceaux en ogive forment dans l'épaisseur du mur trois passages ou réduits qui agrandissent singulièrement la salle et se terminent par trois ouvertures sur l'extérieur. Deux de ces ouvertures se regardent. L'une (fig. 2 et 3, C) est une porte ogivale qui donne du côté du château et communiquait par une passerelle avec la cour quand le
I . Cette proportion çie Tépaisseur du mur au diamètre total indique bien la fin du règne de Phi lippe- Auguste. On sait que Tépaisseur des murs des donjons est en raison inverse de leur ancienneté. Les moyens de destruction se perfectionnant, les murs furent de plus en plus renforcés. La proportion, qui est souvent de moins de un huitième dans les donjons du xi» ou du xii* siècle, atteint un quart pendant presque tout le règne de Philippe-Auguste, et le dépasse, souvent de beaucoup, après lui.
fossé entourait de toutes parts le donjon. Au dessus du linteau de grès de cette porte, se voit une baie qui a été agrandie. C'est dans cette embrasure que s'ouvre la porte de l'escalier montant au^ étages supérieurs, dans l'épaisseur du mur (D). L'ouverture qui fait face à cette porte est une autre porte ogivale qui regarde la rue de Chartres et servait de communication avec Textérieur au moyen d'un pont levis dont les corbeaux sont encore visibles au dessous de la porte (E). La troisième embrasure est éclairée vers le couchant par deux étroites fenêtres rectangulaires superposées (F). Sur une des parois, dans un enfoncement ogival (G), se voit le puits de 0,80 c. de diamètre^ cylindrique, monté en pierres admirablement taillées et dressées en même temps que la maçonnerie du mur (H). De l'autre côté de la salle, une grande cheminée (I), dont l'intérieur a plus de deux mètrqs de large, se terminait par un manteau pyramidal de près dequatremètresdehaut dont l'arrachement se voit encore, et dont les deux pilastres subsistent. Au fond de cette cheminée, un four permettait de cuire le pain en temps de siège. Le long des parois de la salle, un enfoncement qui correspond à une fosse servait de latrines (J}. Dans le plancher un large trou (K), qui était sans doute recouvert d'une dalle, est la bouche du souterrain ou casemate qui mettait le donjon en communication avec l'intérieur de la place et très-probablement aussi avec l'extérieur. En effet, ce souterrain que nous avons exploré passe sous le fossé de 7 m. qui séparait le donjon de la cour.
On y descend d'abord, à l'aide d'une échelle, par une sorte de puits perpendiculaire d'environ 4 m. 60 de profondeur. Un escalier voûté forme ensuite un chemin en pente de 6 m. de long sur i m. 10 de large et 2 m. 10 de haut (L). Le chemin, devenu horizontal, s'élargit un peu et mesure i m. 60 sur 7 m. de longueur. On se trouve alors sous le fossé. Une nouvelle pente avec degrés, d'environ 8 m, de longueur, remonte jusqu'à une sorte de plate-forme de 2 m., au-dessus de laquelle se trouve l'ouverture, aujourd'hui fermée de dalles et recouverte de terre, qui ressort dans l'intérieur de la cour. Par cette casemate, la garnison, une fois forcée dans le château, se retirait dans le donjon, et des portes et herses de fer empêchaient l'ennemi d'y pénétrer. Mais pour donner aux assiégés, cernés de toutes parts, un moyen de communiquer avec le dehors, un autre souterrain devait, suivant l'usage, s'ouvrir dans la casemate et se diriger en sens opposé, en passant sous le fossé extérieur, pour sortir à quelque distance. Une tradition, commune à tous les vieux châteaux, donne à ce souterrain une immense étendue et le fait aboutir à Sainte-Mesme, c'est-à-dire à une lieue de là. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au bas de la descente de la casemate, à l'intérieur de la tour, une ouverture, assez grossièrement bouchée et près de laquelle se voient quelques suintements d'eau, correspond à Taxe du puits du donjon, et comme, en comparant les niveaux, ce puits, qui ne contient plus que quelques centimètres d'eau provenant de l'égoût des terres, est
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précisément comblé à cette hauteur, il est présumable qu'on a fait disparaître une issue qui s'ouvrait sur le puits, et qui, franchie à l'aide d'une planche facilement retirée, permettait de s'engager dans un passage extérieur que nous avons l'intention de rechercher, et qui est très-vraisemblablement efifondré.
La salle qui nous occupe, pourvue, comme on le voit, de tout ce qui pouvait permettre de vivre en temps de siège : cheminée, four, puits, moulin à bras, suivant la tradition, parait n'avoir jamais eu d'autre décoration qu'un enduit avec joints de pierre figurés par des filets rouges dont on retrouve quelques traces (i).
L'escalier (D), pris dans l'épaisseur du mur, et faiblement éclairé par deux meurtrières, ne mesure pas moins de i m. 24 de large. Il conduit, par quarante-et-un degrés, à un petit pallier dans lequel un trou carré sert d'orifice à un conduit acoustique qui permet de communiquer avec l'étage inférieur (fig. 2 et 4, M). La salle qui ouvre sur ce pallier (N), est à peu près semblable à celle d'en bas. Elle est, toutefois, plus régulière et son diamètre atteint 7 mètres. On n'y voit qu'une embrasure ogivale terminée par une fenêtre rectangulaire qui éclaire d'une manière un peu incomplète cette pièce à l'aspect austère (O). La voûte est également portée par six nervures, mais n'a pas la hauteur de la voûte inférieure et ne mesure que 6 m. 55 du sol à la clef. Cette clef porte un ornement central et des feuillages décorent les pendentifs des nervures. L'un d'eux figure un homme accroupi et grotesque. Des feuilles trilobées sont sculptées sur les corbeaux des portes. Cette salle était la chambre du commandant. Une ouverture qui a été murée correspond à la cheminée dont le corps passe dans l'épaisseur du mur (P).
Dans l'embrasure de la fenêtre se trouve la porte de l'escalier ou v«(Q), qui monte à l'étage supérieur et au bas duquel s'ouvre un couloir aboutissant par quelques degrés aux latrines et à un réduit largement éclairé par une grande porte (R). Cette porte, qui n'est pas très-loin du niveau des ouvrages de défense, servait probablement pour amener au haut du donjon des engins qu'il eût été difficile d'engager dans la vis étroite du dernier étage. Quoi qu'il en soit, à moins qu'un autre escalier, dont l'existence n'est nullement probable, ait échappé jusqu'ici à toutes nos investigations, le service de la plate-forme ne pouvait se faire qu'en passant par la chambre du commandant. C'est du reste une mesure de
I . Cette salle était naguère encore défigurée et coupée en deut, dans le sens de sa hauteur, par un faux plancher en charpente solidement appuyé sur un arrachement circulaire pratiqué dans les parois. Une porte, ouverte dans l'escalier, y donnait accès, et des latrines existaient aussi à cet étage. Ce faux plancher, que nous avons fait disparaître en 1864, avait une date relativement récente. Il existait, d'après àcs titres, en 1710, lors de Taménagement de la tour comme prison sous les ducs d'Orléans, et avait été créé sans doute pour augmenter la surface habitable du donjon, peut-être à Tépoque des derniers sièges.
LE CHATEAU. sSy
prudence tout-à-fait conforme aux usages du temps et aux précautions défiantes qu*on prenait contre la garnison au moins autant que contre Tennemi.
L'étroit escalier voûté qui s'élève en tournant jusqu'à l'étage supérieur amenait au couronnement. Ce couronnement, qui n'existe plus^ puisque le donjon finit maintenant au-dessus de la voûte du second étage, était fort compliqué, et c'est après avoir étudié les règles presque invariables de l'époque et avoir reçu personnellement du maître en cette science, M. Viollet-Leduc, les indications les plus précises, que nous nous hasardons à donner au lecteur un aperçu de ce que devait être le faîte du donjon de Dourdan (fig. 5 et 5 bis). La première zone était celle des mâchicoulis : des poutres posées en travers sur des corbeaux ou pierres saillantes fixées en encorbellement tout autour du sommet, soutenaient la charpente antérieure d'un chemin couvert ou couloir circulaire qui régnait autour du donjon sur une partie de l'épaisseur de la muraille (S). Ce chemin couvert était protégé par un toit incliné à 45% et fermé en avant par une cloison percée d'ouvertures pour lancer des projectiles. Entre cette cloison et la paroi de la tour, dans le vide donné par la saillie des corbeaux, une sorte de fente permettait de laisser tomber des pierres sur les assaillants (T). La muraille contre laquelle s'adossait ce chemin couvert portait elle-même, sur son épaisseur (U), des créneaux derrière lesquels circulait un étroit chemin de ronde qui formait une dernière couronne de défense. Au-dessus se dressait, à 60 degrés, un haut comble pointu surmonté par une girouette (V). Sur la voûte qui termine aujourd'hui le donjon, s'élevait donc une salle haute, plus un grenier.
Ce système stratégique, combiné pour les engins en usage au moyen âge et principalement pour les armes à trait, devait devenir insignifiant et même gênant après la découverte de l'artillerie. Aussi fut-il supprimé sur les anciens donjons. C'est ainsi que celui de Dourdan perdit, au moins en partie, au commencement du xv* siècle, ses ouvrages supérieurs, qui furent remplacés par des clayonnages et des gabions derrière lesquels furent installés les canons et les couleuvrines. Les grands sièges qui eurent lieu à cette époque achevèrent de défigurer ce couronnement.
Aujourd'hui, il ne reste plus rien sur la plate-forme du donjon privé de ses mâchicoulis, qu'une épaisse couche de terre et de détritus devenue le sol artificiel d'un véritable jardin. Des lilas et des églantiers couronnent d'un panache de verdure la cime légèrement écorchée de la vieille tour. Cette végétation parasite ajoute beaucoup à Teffet pittoresque Hu monument, mais, hélas 1 compromet sérieusement son existence. L'eau, en s'infiltrant dans les terres, disjoint les pierres, décompose les mortiers et pourrit les voûtes. Déjà plusieurs claveaux s'effritent et exigent un prompt remplacement. Sur le point de faire exécuter des réparations déclarées urgentes par les hommes de l'art, nous avouons que c'est avec regret que nous nous déciderons à supprimer ce couronnement naturel
donné par les siècles, et que nous le remplacerons par un enduit imperméable aux pluies et par un ouvrage destiné à protéger l'escalier. Mais, avant tout, il faut assurer la conservation de l'édifice et prévenir à temps sa décrépitude.
Tel était, dans ses parties essentielles, le château de Philippe-Auguste. Nous Tavons suivi ailleurs dans toutes les phases de son histoire, et nos lecteurs Font vu tour à tour servant de résidence à saint Louis, dedouaire aux reines Blanche de Castille et Marguerite de Provence, de rendezvous de chasse à Philippe le Bel, d^apanage aux comtes d'Évreux, de prison à Jeanne de Bourgogne — disputé par les factions des Bourguignons et des Armagnacs — pris par les Anglais — ébranlé par de terribles assauts — séquestré pendant trente ans — successivement engagé et retiré par la couronne à des serviteurs du trône, à une belle dame, à de grands capitaines — occupé par les Guise — pris pour un des quartiers généraux de la Ligue — démantelé et meurtri par le canon de Henri IV.
Ici, nous nous arrêterons et, complétant notre récit, nous ramènerons le lecteur dans le château de Dourdan, au lendemain de ce siège terrible de iSqi. a cette époque, les traces violemment effacées du passé sont encore lisibles, et Ton peut en ressaisir les contours, comme après un incendie on retrouve des silhouettes sous la cendre, avant que la main de l'homme ait balayé les débris. Un document, entièrement inédit, permet de le faire avec un certain intérêt.
Nos lecteurs se rappellent sans doute que de Harlay de Sancy, s^étant rendu acquéreur de Dourdan, fit faire, en 1 597, un procès-verbal de Visitation ou état de lieux du château. Suivant ce procès- ver bal, le lieutenant général du bailliage, Pierre Boudon^ accompagné du procureur du roi et de celui de monsieur de Sancy,avec quatre experts maîtres maçons et charpentiers, se présente le i3 mars devant le château. Il trouve d'abord, au devant du pont dormant, la barrière du chastel a faicte de limandes 9 fermant à clef, avec le moullinetà trois pieds de hauteur; puis le pont dormant formé de solives couchées, ayant des parapets de bois de sept pieds de haut; enfin le pont-levis avec sa planchette garnie de serrures, donnant accès à Tentrée flanquée de deux tours. Contre ces deux tours sont accolées deux petites tourelles de maçonnerie « là où se meta toient les gens de guerre du temps que le pont s'abattoit, pour les defa fences dudict pont; et entre le pont-levis et la porte est suspendue la herse qu'on n'abaisse qu'en a poinctdedeffence. x» Derrièrela porte «bien tournante et fermante » se montre le concierge Jacques Louis. A droite et à gauche, servant de corps de garde, sont les deux salles basses des tours voûtées et fermées. Au premier étage, entre ces deux tours, existent deux chambres surmontées d'un toit à haute charpente dont les bois ont résisté, mais dont la couverture a été percée par les boulets.
A main droite, en pénétrant dans la cour, le grand bâtiment de la
LE CHATEAU. sSg
( Grange o s*étend en façade sur la place» Converti en bastion par le capitaine Jacques^ il a beaucoup souffert, et, comblé, à la hauteur de douze pieds, de terre et d'immondices, il est criblé par le canon et mis hors d*usage.
De la tour d'angle, jusqu'à la grosse tour, dominant la rue de Chartres, se dresse, avec ses deux étages et ses combles, le principal corps de logis a long de dix espasses. » Le re:&<ie*chaussée est occupé par les écuries du duc de Guise plus ou moins endommagées et dépouillées de leurs accessoires, par le puits entouré de ses garde*fous, par un escalier à vis desservant les étages supérieurs et par une cuisine basse^ du côté de la grosse tour, dans laquelle ouvre un autre escalier.
Revenant à la porte d'entrée et tournant à gauche, on trouve la plateforme ou terrasse qui regarde le portail de l'église. Au bout de cette terrasse, s'appuie à la tour d'angle devant Saint- Germain, et court jusqu'à l'autre tour d'angle au couchant « un grand corps d'hostel c contenant neuf espasses, dont les planchers sont ruinés de fond en comble et dont les chevrons pendants, les cheminées rompues attestent une attaque à outrance. Un appenti de 14 pieds de long, à toit de tuiles, couvre l'entrée des caves; un poulaslier est au-dessus de l'une des entrées des/bii//erie5 et contre un des murs s'adosse lefournjr qui a trois toises de longueur.
La tour d'angle du couchant, fendue par la mine, est béante d'un côté (i ). Contre eue s'adosse, à angle droit, le dernier a grand corps d'hosc tel, contenant sept espasses » qui se prolonge presque jusqu'à la grosse tour et ferme ainsi le circuit formé par les constructions disposées en carré sur les quatre côtés de la cour. Ce cprps d'hôtel, comme l'autre , a sa toiture arrachée, son plancher inférieur couvert de terre^ ses planchers supérieurs presque tous ronàpus. A son extrémité, près de la grosse tour, se dresse debout un grand pan de muraille de dix-huit pieds de haut et de vingt pieds de large : c'est là que a soulloit estre ung des bouts de la c chappelle Monsieur Saint Jehan, qui est à présent ruisnée et plaine de a terre et immondices. »
Les sept tours qui^ avec les deux tours d'entrée, forment la défense de l'enceinte, ont leurs planchers brisés et leurs salles à demi comblées de terre. Les « garde-fous planchéiés pour aller de tour en tour » sont encore accrochés sur les murailles.
La'grosse tour^ solitaire au milieu de ses fossés^ se relie à la cour par sa casemate, cette fameuse casemate qui a perdu le capitaine Jacques. Dans la cour, cette casemate est fermée par c ung huis faict de barres « de fer » cadenassé et verrouillé. Derrière est une descente de vingt-
1. Cette tour, privée de sa toiture, est teUe que l'a laissée le canon de Henri IV, et dépasse la courtine. On peut voir encore, au-dessous d'une ouverture qui regarde l'extérieur, la trace de poutres et de corbeaux qui soutenaient un ouvrage de défense.
240 CHAPITRE XVm.
quatre marches. Un long corridor chemine sous le fossé et aboutit à un autre a huis de fer » qui donne accès à Taide d*une échelle dans le premier étage du donjon. Là sont a les escalliers et vis pour monter au hault c( d*icelle tour^ ung puits et ung four. » Sur le faîte, c les murailles de c pierres de taille sont escorchées de quinze thoises ou environ à cause a du canon, » et il est resté « des courtines d*oziers plaines de terraces «qui journellement, par la pourriture d'icelles^ tombent tant en fossez a que au dedans d'icelle tour. »
Sur le mur de clôture est plantée « une garitte faicte de charpenterie « et couverte en thuille où se met ordinairement une sentinelle regar- « dant à la porte de Chartres. » Les parapets, ou bordages des fossés sont en plusieurs endroits rasés jusqu'au sol de la rue et des pierres de taille <t picquezD gisent dans le fossé au-dessous de la grosse tour (i).
Il estdifBcilede trouver, dans le style d'un acte et dans l'expertise d'un maçon, une description plus complète et'plus saisissante. Nous l'avons dégagée de quelques surcharges'fastidieuses et inutiles, mais nous l'avons citée textuellement, en lui conservant toute son exactitude et sa couleur.
Si l'entreprenant de Harlay de Sancy avait été longtemps maître de Dourdan, il aurait restauré et renouvelé le château. Il en refit le principal corps de logis. Trouvant inhabitable celui qui donnait sur la rue de Chartres, il fit construire un bâtiment entièrement neuf sur l'emplacement du « corps d'hostel » presque ruiné qui s'étendait en face , de l'autre côté de la cour , et s'ouvrait sur la vallée. Appuyée d'un côté à la terrasse qui regarde l'église et de l'autre à la tour d'angle du couchant, l'aile nouvelle enclavait et avait pour centre la tour qui s'élève au milieu de ce côté de l'enceinte. Surmontée d'un haut toit d'ardoise pointu et circulaire, à girouette élancée, cette tour se relia par des noues aux combles de tuile à pentes rapides des deux corps contigus. Deux ou trois grandes salles au rez-de-chaussée, une série de chambres au premier étage regardaient, les unes l'intérieur de la cour, les autres le point de vue delà campagne. Des fenêtres principales, exposées en plein midi, l'œil embrassait, dans un charmant panorama, tout le cours de la vallée et la ligne harmonieuse des collines qui la bordent : à gauche, au seuil du haut plateau de Beauce, la tour carrée de l'église des Granges, la butte de Normont couronnée d'arbres et environnée d'une ceinture de vignes — en face, les champs de blé au milieu desquels serpentent les chemins d' Authon, de Corbreuse et d' Auneau ; plus loin les cimeè de la forêt de Louye et, dans un repli des bois, le vieux monastère — à droite, Potelet et Grillon dans les prés, et au fond, derrière le rideau de peupliers qui laisse deviner le cours de l'Orge, la vallée de Sainte- Mesme et de lointains coteaux baignés le soir dans la lumière du soleil couchant.