‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 110 sur 191 · Voir le chapitre: Dourdan en · texte numérisé non relu

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en prison centrale, et nous dirons ailleurs comment ses bâtiments remplis de détenus, ses cours divisées et couvertes d'ateliers, furent aménagés pour la triste destination à laquelle la vieille forteresse se prétait trop bien par les sûretés de son enceinte, dont la force, devenue inutile pour une résistance extérieure, fut tournée tout entière contre ceux qui étaient Jedans.

En 1 8 1 8, la maison centrale de Dourdan fut transportée à Poissy, et le château, dont la tour continua plusieurs années à servir de prison communale, fut mis à la disposition de la famille d'Orléans, à laquelle la forêt de Dourdan avait été de nouveau affectée comme partie d'apanage. La liste civile y installa l'inspecteur des forêts. Messieurs Houssaye, de Violaine, de Lagrave, s'y succédèrent en cette qualité. Cest M. Houssaye qui obtint de faire démolir le bâtiment de M. de Sancy. Il était dans un déplorable état depuis que les prisonniers y avaient passé, et messieurs les inspecteurs n'étaient pas fâchés de supprimer la possibilité d*un retour. A la place, des arbres furent plantés, et les deux tours, celle d'angle et celle du milieu, furent rasées, comme le mur, à la hauteur de la terrasse, et comblées de terre. Le château était devenu un pêle-mêle assez confus. L'administration forestière occupait, en même temps qu'une partie du bâtiment du grenier à sel, les deux tours de l'entrée et le dessus du portail, dont les combles et les charpentes renouvelés avaient été baissés de plusieurs pieds. La grande porte avait reçu une ornementation de circonstance et était décorée des têtes grimaçantes de loups tués dans la forêt. La cour, divisée en deux par un mur, servait d'un côté de jardin à l'inspecteur, de l'autre de récréation à l'école communale. On avait, en effet, affecté aux classes de cette école une portion du bâtiment du grenier à sel, et pour donner aux enfants une entrée spéciale, on avait fait une ouverture dans la tour du milieu, du côté de la rue de Chartres, et construit un pont de pierre donnant accès sur cette rue. Le maître d'école avait une petite maison, non loin de la grosse tour, en face de l'entrée de la casemate convertie en lieux d'aisance, et derrière un autre mur était le préau de la prison. Les fossés, loués à des particuliers des rues voisines qui avaient ouvert une entrée souterraine, ou transformés en terriers, servaient à la culture des légumes ou aux pacifiques ébats des lapins, et de la tour d'angle, disposée en un vaste colombier, en face de l'hôtel du Croissant, s'échappaient des volées de pigeons qui se répandaient sur tous les toits des environs.

L'inspection des forêts ayant été transférée de Dourdan à Rambouillet, le château, devenu inutile à la liste civile, fut par elle mis en vente et adjugé le 24mars i852. La bande noire, quelques spéculateurs avaient déjà calculé les profits possibles d'une démolition qui, vu la nature et la résistance de la construction, les eût à coup sûr ruinés. Un bon citoyen de Dourdan, homme modeste et dévoué, ne recula pas devant la tâche difficile et coûteuse qui s'imposait à l'acquéreur d'une propriété si étran-

gement défigurée et si incommode pour la vie privée. Ill'acheta^ sachant à peine d'abord ce qu*il pourrait en faire, mais voulant à tout, prix la sauver de la ruine et la conserver au pays dont elle est le principal honneur. M. Amédée Guenée employa, pendant onze années, avec une patiente intelligence^ son temps et sa fortune à faire déblayer^ consolider, réparer tout ce qui subsistait d'intéressant du vieux monument et de son enceinte. Il supprima ces divisions factices et ces appentis parasites réclamés par des services transférés ailleurs. Il débarrassa et nivela complètement Taire de la cour, et, faisant rapporter de la terre végétale, y dessina une grande pelouse et des massifs. Les mouvements de terrain attestant et recouvrant d'anciennes substructions furent scrupuleusement conservés. Des fleurs vinrent égayer l'austère paysage. Les festons des lierres^ la verdure des arbres, les cimes des grands platanes et des vieux noyers des fossés encadrèrent, sans les dissimuler, la ligne des sombres murailles et le profil des tours. La promenade pittoresque et curieuse sur répaisseur des murs d'enceinte fut rendue sans danger. La casemate, entièrement débarrassée, put être explorée. Le pont de l'entrée sur la place, nivçlé et baissé, fut consolidé. Les fossés, appropriés, reçurent une culture régulière, leurs parois furent reprises avec soin, et leurs assises solidement jointoyées; un grand escalier permit d'y descendre du côté du midî. Lapartiehabitable, intérieurement remaniée, constitua une demeure modeste mais convenable, oîi tous ceux qui l'ont connue espéraient voir vivre de longues années Taimable et généreux propriétaire. 11 voulait achever son œuvre et en étudiait la partie la plus difficile, la consolidation du donjon. La mort le surprit, jeune encore, le 3o janvier i863.

Les archéologues, pour lesquels le service rendu par M. Guenée a un prix réel, nos lecteurs en général, les habitants de Dourdan en particulier, nous permettront, malgré le lien qui nous unit à lui, de donner un public et dernier hommage à un homme de bien qui aimait tant sa ville natale et lui en a laissé tant depreuves(i). Parmi les souvenirs locaux et les souvenirs de famille, il en est un qu'on doit pardonner aux cités comme aux individus de publier sans scrupule, c'est celui de la reconnaissance.

M. Amédée Guenée, par son testament, laissa en mourant le château à son cousin et ami M. Ludovic Guyot, enfant d'Étampes et de Dourdan. Notre excellent père, après une vie consacrée aux grandes études et aux affaires publiques, ne put jouir, hélas! que quelques mois de cette paisible retraite. Sa veuve demeure, avec ses enfants, héritière et gardienne de ces lieux qu'elle vénère et qu'elle aime.

Que les fervents admirateurs des vieux monuments de notre histoire.

I. M. Amédée Guenée a laissé, par son testament, prés de cent mille francs pour des œuvres charitables ou utiles dans la commune de Dourdan : restauration de Téglise, secours aux malades, livrets d'encouragement aux écoles, entretien des chemins communaux et ruraux, création de lavoir, etc.

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que les savants amis du passé, que nos chers concitoyens veuillent bien en recevoir ici l'assurance: tant que nous vivrons, s'il plaît à Dieu, ce sera notre joie et notre honneur de conserver et d'entretenir dans toute son intégrité l'antique demeure sur laquelle près de sept siècles déjà ont passé et sur laquelle des siècles peuvent passer encore.

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