Voir le chapitre Industrie et commerce
3. Sœur Marie Boulard, qui avait remplacé sœur Catherine Chevreau, et qui mourut à quatre-vingts ans (22 mars 17 17}^ supérieure de l'hospice de Dourdan, n'a pas cessé d'être en vénération dans la famille de saint Vincent de Paul. Son éloge, fait publiquement Tannée de sa mort dans une conférence de M. Mourguet, directeur des sœurs de la Charité, est encore une des lectures édifiantes de la communauté. Chargée d*abord d'une difficile mission en Pologne, de Versailles elle vint à Dourdan. Ses vertus furent révélées après sa mort par ses sœurs. Son influence dans l'organisation de l'Hôtel-Dieu et auprès des grands personnages qui s'en occupaient, fut immense. «Vous
consolé et assisté le vieillard dans sa maladie, fut la confidente de ses généreuses intentions pour les pauvres. Par acte du 1 3 juin 1 693, M. de Passart donna à T Hôtel-Dieu le sixième de la valeur de sa charge de contrôleur des décimes de rarchevéché de Bordeaux^ deux lots de terre à Ognes et à Roissy et sa terre de la Ville-Neuve ( i ).
Ce ne fut pas tout : pensant ne pèuvoir bien mourir qu'à Thospicede Dourdan, il s'y fit préparer une chambre et transporter au milieu des pauvres malades qu'il protégeait. Là, durant les dernières années de sa vie^ il se plut à étudier tous les besoins de l'établissement. Des maisons enclavées dans les bâtiments de droite en gênaient le développement^ il les acheta et les réunit à F Hôtel-Dieu. Une foule d'objets manquaient pour le service, il les procura de ses deniers. Enfin, par acte du 7 mars 1696, il créa dix nouveaux lits pour les malades (2). Ces bienfaits donnaient assurément quelque droit à M. de Passart de dicter des conditions et de s'inquiéter de l'administration de l'Hôtel-Dîeu ; il le fit avec une grande modestie et une grande sagesse, sous forme de vœu, dans le testament qu il déposa entre les mains de Dom François Thomas, le prieur de Louye. Le 28 août 1696, ce riche et bienfaisant seigneur s'éteignit sous le toit des pauvres et fut inhume dans la chapelle (3).
Les instructions de M. de Passart servirent de point de départ aux réfoimes administratives de l' Hôtel-Dieu. Le plus grand abus était Texistehce d'une sœur bénéficiaire qui absorbait sans fruit une partie des revenus. Un concordat, conclu, sous l'influence de M. de Lamoignon, entre Monseigneur de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, grand aumônier de France, et Monseigneur Paul de Godet des Marais, évéque de Chartres, supprima à toujours le titre d'administratrice dont se démit, le 18 août. 1698, sœur Michelle Duchange, alors titulaire {4).
Les biens et revenus, définitivement joints et incorporés à l' Hôtel-Dieu, furent dès lors régis par sept administrateurs, savoir : les deux curés, le lieutenant-général du bailliage et le procureur du roi, de droit ; plus trois bourgeois de la ville, dont un économe, élus par les habitants tous les
avez un trésor dans cette bonne fille, disait M. de Passart aux administrateurs» qui venaient le remercier de sa riche dotation ; c'est à elle que vous devez tout ce que
j'ai fait. >*
1 . Un retrait , prévu par son testament, fut malheureusement exercé & Tégard de cette dernière terre, moyennant une rente de 800 livres. Il n'en faut pas moins reconnaître que la valeur des dons de M. de Passart, à cette époque, s'élevait à plus de 40,000 livres.
,3. A la charge de recevoir et soigner, outre les malades curables de Dourdan, ceux des paroisses de Saint-Escobille, des Granges et de Sainte-Mesme.
3. Une pierre élevée en son honneur par les administrateurs se voit encore dans la chapelle d'aujourd'hui.
4. Confirmé le 3o août 1699, à Saint-Cloud, par le duc d'Orléans, comte de Dourdan, ce concordat fut approuvé en 1700 par le roi, suivant lettres patentes enregistrées au parlement le 3i juillet.
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trois ans. L'hôpital restait sous la direction de Tévéque de Chartres^ et les sœurs de charité^ chargées du service des malades et des pauvres^ ne devaient plus en rien s immiscer dans le temporel ( i ).
M. Le Camus^ âgé de soixante-douze ans, mourut, comme M. de Passart^ au service des pauvres^ le 1 5 août 1 699^ et fut aussi inhumé dans la chapelle où ses enfants lui firent dresser un monument qui existe encore. Après lui, les comptes de 1* Hôtel-Dieu sont rendus à Tévéque dans la forme prescrite pour les comptes de fabriques et la Grande-Duchesse ne les signe plus. Peu à peu^ on sent son influence moins présente. La lettre écrite en son nom^ de Picpus, par Philbert, en 1707, porte quelques traces d'exigence et de bizarrerie. Le 1 1 juin 1709^ le bureau des administrateurs
I . Quelques détails de ce régime nous paraissent devoir être conservés au point de vue de Thistoire administrative :
Les administrateurs se réunissent tous les vendredis, à deux heures, La présidence de ces séances est l*objet d'un conflit et d*un long procès. Rédamée par les curés, elle est attribuée, par arrêt du parlement du 22 août lySo, au lieutenant-général. Les délibérations, enregistrées, portent sur les affaires du dedans et du dehors, et la supérieure apporte ses livres, dont le compte se règle sur le bureau.
Les comptes de l'économe se rendent également au bureau, après les trois ans d'exercice.
Lorsqu'il y a des difficultés sur ces comptes, elles sont jugées par le lieutenant-général, sur les conclusions du procureur du roi.
Dans les assemblées où il s'agit de proposer des procès ou autres affaires judiciaires, ces deux officiers n'opinent pas.
Outre Péconome, un des administrateurs est chargé à tour de rôle, chaque semaine, de YÎsiter les malades et de recevoir les plaintes contre l'administration des sœurs.
Il lie se fait dans le bureau c aucun repas ny aucune dépense aux dépens des pau- « vres, et l'économe n'a pour toutes les peines qu'il s'est données pendant ses trois « années que six livres de bougie. >
On reçoit trois sortes de malades: ceux des dix liti de M. de Passart, les pauvres passants jusqu'à un certain nombre, les pauvres des charités des deux paroisses qui paient pour eux 6 sols par jour. On ne met, en général, pas plus de deux malades dans chaque lit.
On ne reçoit ni femmes grosses, ni incurables, ni maladies contagieuses. Le chirurgien fait trois visites par jour, et, outre ses appointements, il est exempté Je toute imposition. Les sieurs Petit et Boudet le jeune réclament une augmentation en 1697, à cause du nouveau service Passart. On leur alloue 3o livres par an (E. 4}. — 3o décembre 1762, les appointements du sieur Richard sont portés à 120 livres, à cause du grand nombre de malades occasionnés par les fréquents passages de troupes à Saint-Arnoult. pour la guerre, et eu égard à la misère des temps.
Le chapelain, qui a le titre de vicaire de Saint-Germain, assiste et enterre les malades, mais les droits et privilèges du curé sont soigneusement sauvegardés par des lettres de l'évcque de Chartres des 3o novembre 1703 et 20 décembre 1708.
Les sœurs, d'abord réduites à trois, sont portées à quatre; dès 1759 on en compte cinq, plus une servante et un valet. Avant 1696, sous M. Antoine Lebrun, curé, les marguilliers de Saint-Germain, par acte authentique, leur avaient accordé un banc gratuit « dans la nef, entre la grande arcade, à main droite en entrant, * en considération de leurs bons services,* et pour le bon exemple et instructions qu'elles donnent « par leur modestie, piété et dévotions . »
afErme encore par un acte de délibération la reconnaissance des Dourdanais. Un service solennel en est le dernier hommage lorsque la princesse meurt. Par son testament, elle avait légué une somme de 3jOOo livres à r Hôtel-Dieu, mais ce testament, annulé par le parlement, n'est pas exécuté. C'est sans doute pour remplir les intentions méconnues de la mère, que le fils, Gaston de Médicis, grand duc de Toscane, fait don à l'hospice, en 1 724, de pareille somme de 3,ooo livres ( i ). Du reste la maison d'Orléans demeure fidèle à l'œuvre qu elle protège et les ducs d'Orléans paient chaque année, sur leur cassette, jusqu*en 1 793, une « gratification > de 5oo livres à l' Hôtel-Dieu de Dourdan.
Le xviii* siècle suivit l'exemple du xvii*, et une foule de donateurs, de leur vivant ou après leur mort, laissèrent des biens ou des rentes à l'hospice régénéré. Une grande table de marbre, récemment inaugurée dans la chapelle actuelle par les soins des administrateurs, rappelle les noms et les bienfaits qui, pour la plupart, n'imposaient d'autres charges que des messes et des prières. Nous y renvoyons ceux qui aiment à s'inspirer des souvenirs du bien et nous nous contenterons, après avoir cité quelques noms, comme ceux des époux Thévard, familles de Lescornay, Duchesne, Guerton, Guyot, Grugeon, Lenoir, Le Camus, veuves Hervé, Delbée, Jufifraut, demoiselles Bigé, etc., de donner une mention spéciale à un généreux testateur, Jean-Louis Poussepin, ancien officier de la reine, lieutenant de l'élection de Dourdain. Par une disposition du 1 8 novembre 1 786, il légua à THôtel-Dieu tous ses biens dont la valeur peut être estimée à 80,000 livres, et c'est à peine si les formalités nécessaires pour la régularisation de ce legs important étaient terminées quand éclata la révolution (2).
C'est l'administration du xv!!!** siècle qui a doté la ville de Dourdan de l'édifice hospitalier que nous possédons et admirons aujourd'hui.
Vers 1 760, préoccupés du mauvais état des anciennes constructions et de leur insuffisance pour les nouveaux services, encouragés par l'état prospère des finances de l'établissement, les habitants furent d'avis d'en réédifier au moins une partie. L'étude fut confiée à des hommes habiles ; plusieurs projets et devis furent présentés et la reconstruction totale fut résolue. L'architecte Petit, chargé de l'exécution, sut concilier l'économie
1 . On lit dans un ancien inventaire : «S.A. R. Mgr Jean Gaston de Médicis, grand « duc de Toscane, adonné àPHôtel-Dieu de Dourdan, par les mains de M'* Jacques- « Antoine Penneti , son secrétaire substitué en France, la somme de 3,ooo livres* « pour être employée en fonds d'héritage ou rente, pour l'exécution et entretien de a la fondation faite par ledit seigneur grand-duc de Toscane par reconnaissance à la « mémoire de S. A. R. madame Marguerite > Louise d^Orléans %a mère, par acte « du 7 novembre 1724. » — Archives de T Empire, O. 2025o.
2. Dans les neuf années, de 1764 à i 762, les revenus de l'hospice sont, en moyenne, de 6,5oo livres et les dépenses de 6,000 livres. De 1786 à 1792, c'est-à-dire après le legs de M. Poussepin, ils s'élèvent à 14,000 livres environ, qui représentent peut-ctrc 23,000 francs d'aujourd'hui.
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et les convenances spéciales avec l'harmonie de l'ensemble et la dignité de Taspecc. Les façades simples mais correctes, les larges escaliers intérieurs, le portail solide et sévère de l'entrée^ la décoration du fond de la chapelle et de l'autel, semblent plutôt inspirés de l'époque de Louis XIV que de celle de Louis XV, et bien des villes de dix mille âmes envieraient à Dourdan la grande et belle tournure de son Hôtel-Dieu (i).
A peine inauguré, le nouvel hospice vit affluer dans ses murs la population souffrante pour laquelle il était fait, car jamais peut-être la misère ne fut plus grande à Dourdan que dans les dernières années de l'ancien régime. Tout ce qui concerne le paupérisme et la charité trouve naturellement sa place dans ce chapitre : nous n'oublierons pas de mentionner, à côté de l'Hôtel-Dieu de Dourdan, les confréries charitables de ses paroisses et l'organisation des secours au profit des indigents.
Les confréries de charité, les Charités^ comme on les appelait, instî-r tuées vers 1618 par saint Vincent de Paul, se répandirent rapidement dans le diocèse de Chartres. Le 29 juin i663, maître Louis Rivet, prêtre de la Mission, en vertu de pouvoirs conférés par Mgr de Neuville, et du consentement des habitants, fonda une charité dans chacune des deux paroisses Saint-Germain et Saint-Pierre de Dourdan c pour honorer le « Seigneur Jésus-Christ et sa sainte Mère et pour assister les pauvres « corporellement et spirituellement. » Les règlements de ces charités, qui sont le point de départ de notre bureau de bienfaisance, se résument ainsi : La compagnie se compose de femmes et filles autorisées parleurs maris ou leurs parents. Elle a pour supérieur perpétuel le curé, et se nomme tous les deux ans, le lundi de la Pentecôte, une dame présidente, et deux assistantes dont Tune tient les comptes et l'autre le garde-
I. Posée en mai 1767, la première pierre reçut ceue inscription: c Du règne de « Louis XV le bien-aimé. Tan 1767, cet hôpital a été reconstruit sous Padministra- « tîon de MM. Roger, président et lieutenant général du bailliage; — Crochart, avocat tf et procureur du roy;— Desouches , prieur-curé de Saint-Germain; — Delafoy, « curé de Saint-Pierre, administrateurs-nés; — Curé, lieutenant des eaux et forêts; m ScnéchaUy écuyer, contrôleur des guerres, administrateurs électifs : —et sous Téco- « nomat du sieur Méhudin, et la direction et inspection du sieur Petit. »
Un nouvel alignement avait été donné. Isolé de trois côtés, l'hospice s'ouvrit comme jadis au midi, presque en face des halles; mais le grand corps de logis, au lieu de s*élever sur la rue, fut reporté sur perron au fond de la cour et distribué en vestibule, escalier, cuisine, parloir, réfectoire, pharmacie, salle de conseil, avec infirmerie, dortoir et lingerie au premier étage. A main droite, une grande aile contenant, au rczdc-chaussée et au premier, deux salles de malades avec dépendances, se termina par la chapelle, dont la sacristie forme, avec un pavillon parallèle, l'entrée de la cour. L'aile de gauche, sur l'emplacement de laquelle s'élevaient une grange et des habitations enclavées, fut ajournée. Derrière, au nord du corps principal, le jardin demeura bordé au levant par des bâtiments de service, et sur la rue Neuve par l'ancienne maison et le petit jardin du chapelain.
La dépense, retrouvée sur un compte, monte, pour ce qui concerne le grand bâtiment, du xer mai 1767 au ler février 1769, à 29,122 livres. (E. 7. 2.)
meuble et le linge qu*elle lave et raccommode ; elle se choisit en outre« un « homme plein d'esprit et de prudence et d'une piété reconnue » pour être le procureur de la charité. Les associées servent chacune à leur tour les pauvres malades reçus par la présidente, leur portent chez eux leur boire et manger tout apprêté, quêtent à tour de rôle dans Téglise ou par les maisons les dimanches et fêtes. Chaque pauvre malade reçoit^ pour chaque repas^ a autant de pain qu'il pourra suffisamment manger, cinq « onces de veau ou de mouton^ un potage, et demi-septier de vin mesure d de Paris ; aux jours maigres, au lieu de viande, une coupled*œu£s et un a peu de beurre ; aux plus malades, des bouillons et des œufs frais et une V. garde à ceux qui seront en extrémité. » La compagnie assiste en corps à Tenterrement de ses pauvres et fait dire une messe pour leur âme. La confrérie a son autel, et, le troisième dimanche de chaque mois, sa messe et sa procession.
Les commencements des charités de Dourdan furent bien modestes. Celle de Saint- Pierre, par exemple, qui se choisit pour premier procureur Jacques Deslandres, pour première présidente M"' Jacques Deslandres^ et pour trésorière M"* Claude Poussepin, recueillit dans sa première quête générale 33 livres 12 sols. M* Rivet donna un fonds de i5o livres, et en six années la dépense monta à 692 livres 10 sols 6 deniers^ mais la recette n'avait atteint que 478 liv. 4 sols (i). Peu à peu des donations vinrent enrichir la caisse des pauvres. Celle de Saint-Germain demeura toujours la mieux garnie. Les revenus d'une ferme, don d'un pieux ecclésiastique, les rentes sur divers particuliers, 600 lierres environ du produit des quêtes, lui composèrent un fonds annuel d'environ 2,000 livres. Avec ces modiques ressources, les dames de Dourdan s'évertuaient à faire le plus de bien possible aux pauvres malades en les soignant à domicile, ou^ en payant pour eux des journées à THôtcl- Dieu.
A côté des malades, il y avait les valides pauvres dont le nombre écrasait la ville de Dourdan durant certaines années de disette ou de cherté si fréquentes au xviii« siècle. La population se saignait alors pour soutenir ses indigents. Pendant l'hiver de 1741, à l'aide d'un prélèvement volontaire fait par les commerçants sur leurs gains^ et par plusieurs particuliers sur leurs revenus^ et d'une taxe sur les propriétaires à raison de 4 deniers par mois des deux tiers de leur revenu, on obtient une somme mensuelle de 900 livres, y compris la part du duc d'Orléans pour 35o livres. On achète avec cela du blé de méteil dont on ne tire qu'un minot de son au septier, et dont on fait un pain nourrissant qui se cuit au four de 1 Hôtel-Dieu, et se distri bue le dimanche par deux personnes des charités. A U fin de l'hiver, 236 personnes et 177 enfants, dans les deux paroisses, rc-
I. L*hospîce conserve un journal des actes de la chanté de Saint-Pierre qui embrasse plus d'un siècle.
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çoivcnt par mois jusqu'à 5,727 livres de pain. Il y a aussi, dans les grandes misères^ des distributions de riz de la part du roi. En 1739, Ter lection de Dourdan en reçoit 4,000 livres que Tévêque est chargé de distribuer aux paroisses. Saint-Germain en obtient 25o, et Saint-Pierre i5o. En 1752, sur 6,000 pour l'élection, 25o paroissiens de Saint-Germain et 40 paroissiens de Saint- Pierre se partagent 435 livres de riz, soit une livre et demie par personne. C'était un faible secours dont les intendances faisaient pourtant assez d'étalage dans des circulaires sur le mode de distribution, de conservation, de cuisson, etc.
Quand le travail manque complètement et que Tagitation est à craindre, des ateliers de charité s'ouvrent pour les malheureux ouvriers dont la corvée devient au moins un gagne-pain. En février 1773, les journaliers de Dourdan et des environs sont épuisés de misère, et le subdélégué se fait leur chaleureux avocat auprès de l'autorité supérieure: a J'insiste de nouveau, vous suppliant d'accorder au moins un millier a d*écus pour soutenir les bras chancelants de ces malheureux corvéa- <r blés, réduits dans la plus cruelle indigence ; ce secours alimentaire c devient indispensable et un atelier de charité ranimera leur courage a abattu, car la misère des temps les réduit aujourd'hui dans l'impuis- « sance absolue de travailler gratuitement. Que votre cœur compatissant ti ne laisse pas dessécher ces herbes précieuses de l'Etat, puisque leur suc « nourrissant, économisé avec sagesse, en alimente le corps I d Le subdélégué, malgré sa bonne volonté, n'obtient pas grand'chose, et on ne lira peut-être pas sans intérêt la lettre qu'il écrivait, avec une certaine hardiesse, le 5 mai suivant. C'est un vivant tableau de Dourdan à cette époque :
c Je ne puis fermer plus longtemps les oreilles au cri général des personnes charitables de Dourdan, qui, depuis quelques mois, se sont épuisées pour secourir quantité de chefs de ménage et pauvres veuves affligées d'une maladie qui paroit se déclarer épidémique. Aujourd'hui que les secours sont épuisés, que la misère est presque à son comble, qu*il est mort depuis trois mois ou environ, 34 grands corps dans la seule paroisse de Saint-Germain, qu'il y a encore jusqu'à trois et quatre malades dans plusieurs ménages sans ressource, je ne puis qu'intéresser la bonté de votre cœur, pour du moins leur faire procurer les remèdes et assistance de chirurgiens, étant dans l'impuissance de frayer à toutes ces dépenses.
« Cette petite ville en général est médiocrement aisée : les charges de toutes espèces que les besoins de l'État font supporter à ses habitants, et qu'ils sont obligés d'acquitter, diminuent d'autant les petites ressources économiques qu'ils employoient avec zèle au soulagement des malheureux. L'imposition arbitraire des vingtièmes^ sans égard à des réparations accablantes; les reconstructions des presbytères^ nefs d'églises, entretien du pavé,défaut intermédiaire de locations, pertes de loyers, di-
minuent de plus d'un cinquième les revenus des propriétaires des maisons (ce point défait peut être prouvé année commune). Les charges extraordinaires^ non-valeurs^ etc., découragent le plus grand nombre. La continuation des dons gratuits, huit sols pour livre sur les droits d'entrée et autres qui y sont assujétis leur laissent à peine le nécessaire pour subvenir à leurs besoins les plus privilégiés et ceux de leur famille. Ces charges multipliées et aggravantes ne leur permettent plus de suivre les impressions delà charité qui les anime^ et le menu peuple afSigé de maladies ne peut plus subsister sans les secours du gouvernement. J'attends vos ordres pour les leur faire procurer, et cette vertu d'humanité qui vous caractérise est le seul espoir qui leur reste dans l'état actuel des choses (i). »
A cette déchirante supplique, Tintendant répliquait, cinq jours après, par un message de deux lignes, où il autorisait la distribution de secours et de remèdes aux malades, en recommandant « l'économie^ » et communiquait, pour toute réponse de l'autorité supérieure, un ordre du contrôleur général aux habitants de Dourdan, d'avoir à solder la somme de 4,195 livres, reliquat sur leurs anciens dons gratuits. Ce qui était triste, ce n'était pas de voir le pays manquer du secours de l'État, mais c'était de songer qu'on avait tout fait pour le mettre dans la nécessité et l'habitude d'y compter.
Nous ne quitterons pas l' Hôtel-Dieu de Dourdan sans dire un mot de ses destinées actuelles (2). La révolution ne sut pas Tépargner. La chapelle, qui avait déjà servi de salle d'assemblée le 16 mars 1789, pour la séance générale des trois ordres du bailliage^ à la veille des États, fut convertie, l'an II de la république, en lieu ordinaire des séances de la a Société populaire de Dourdan. » La tribune qui communiquait avec la salle des malades fut murée. Le nom de a Maison d'humanité 1 remplaça, au-dessus de la porte d'entrée, le titre d'Hôtel-Dieu, et, par une mesure de haute convenance, la maison du chapelain, d'où avaient été expulsés tour à tour le digne abbé Charpentier et son remplaçant assermenté, servit de logement aux filles du district qui venaient faire leurs couches et à la sage-femme qui les gardait.
Le patrimoine de la maison,, fruit des bienfaits de plusieurs siècles, ne fut pas respecté ; 2,358 francs de rente sur le grand-livre, déjà réduitsà 786 fr. comme tiers-consolidé, 814 francs de rentes et de redevances sur des princes, des seigneurs ou des particuliers émigrés ou condamnés, furent confisqués et anéantis; des rentes sur l'Hôtel de Ville de Paris, des actions de la compagnie des Indes furent supprimées et perdues: 34 arpents 90 perches de terre, rapportant 814 francs en 1790, furent se-