‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 129 sur 191 · LE MARCHÉ AUX GRAINS · texte numérisé non relu

LE MARCHÉ AUX GRAINS

u jour où un centre de population se forma à la place qu'occupe Dourdan, c'est-à-dire au seuil d'un immense territoire spécialement préparé par la nature pour la culture des céréales, à proximité de la capitale, et comme sur les confins de la production et de la consommation, cette ville dut être évidemment un des rendez-vous des laboureurs, un des entrepôts de leurs produits, La première vallée qui se creusait au-dessous de la vaste plaine était un sîlo tout ouvert aux flots de grains qui s'amassaient sur les plateaux. De là, le moindre chemin le long du moindre cours d'eau les conduisait de vallée en vallée jusqu'à Paris, la grande ville toujours affamée. C'est ce qui devait arriver pour la vallée de l'Orge, et pour Dourdan qui la commande, assis sur le mince ruisseau dont le nom est emprunté au grain même qu'on lui fait moudre.

Ce rôle de magasin à blé et de grenier d'abondance que Dourdan partageait avec Étampes et Chartres revient souvent, comme on a pu le voir, dans la suite de cette histoire. C'est le secret de l'importance qui s'attache à Dourdan à presque toutes les époques, c'est aussi celui de presque tous ses malheurs. Chaque fois que des factions rivales se disputèrent la possession de la capitale ou de ses abords, leur premier intérêt, comme leur premier soin, fut d'assurer ou d'enlever à Paris le pain qui le faisait vivre, aux troupes en campagne la ration qui leur permettait

de combattre. Que ce soient Bourguignons ou Armagnacs , Anglais ou Français, royalistes ou ligueurs, armées du roi ou de la Fronde, Dourdanne manque jamais d'être pris et repris comme entrepôt agricole, comme a pierre au laict de la capitale, d comme centre d'approvisionnement a d'où les Parisiens ont de tout temps soulé tirer une partie de a leur nourriture. »

A l'époque où nous sommes parvenus, c'est-à-dire à celle qui préparc le régime moderne et qu'il est intéressant d'étudier dans ses détails, le marché de Dourdan nous apparaît plein de mouvement et de vie, mais sous le coup de terribles menaces de perturbation et de décadence. Des vices locaux dans l'entretien des communications, des concurrences occasionnées par de nouveaux marchés, une suite <de disettes dues aux rigueurs du ciel ou aux fautes des hommes, des troubles apportés par l'esprit nouveau et de nouvelles lois dans les antiques traditions de la routine et du monopole, des orages nés des premiers souffles d'une envahissante liberté, donnent une physionomie agitée, souvent douloureuse, à des transactions qui, malgré leur caractère pacifique, ont, de tout temps, emprunté quelque chose d'inquiet aux exigences de l'appétit humain et aux impatiences de la faim.

Si nous consultons les documents laissés par l'intendance, cette administration tout à la fois centrale et locale, et nous ne parlons pas seulement ici des mémoires généraux des intendants, mais de la correspondance quotidienne et permanente de la subdélégation de Dourdan avec les intendants d'Orléans, nous voyons que le marché de Dourdan est toujours, à la fin du xvii* siècle, avec Saint-Arnoult et Rochefort, le seul marché d'uneélection qui embrassait soixante-sept paroisses presque toutes uniquement agricoles.jBien qu'il faille tenir compte de l'intérêt qu'un certain nombre de ces paroisses situées aux limites de la circonscription avaient à fréquenter les marchés d'Étampes et de Janville pour des raisons de voisinage, ou même celui d'Orléans pour quelques avantages de circonstance et de spéculation, c'est à Dourdan, chef-lieu de l'élection, centre fiscal et judiciaire, siège de l'administration et de la police, plus tard de la gabelle, que les cultivateurs et laboureurs, en même temps que les marchands et commissionnaires, trouvaient à la fois le plus d'avantage^ d'occasion, de garantie et de commodité à se rendre. C'est donc à Dourdan que la plus grande partie des grains produits par l'élection aboutissait pour se répartir suivant les besoins de la région ou trouver un débouché extérieur.

Nous avons recherché quelle pouvait être durant la période que nous étudions la moyenne de la production, de la consommation et de l'exportation de cette élection, et voici les renseignements que nous avons trouvés à ce sujet :

Blé. — L'élection contient environ 100,000 arpents de terres labourables, dont un tiers chaque année se repose, un tiers est ensemencé cd

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grains mars et un tiers en blé, soit, pour le blé 33,333 arpents qui produisent, année commune, chacun 5 septiers mesure de Dourdan (ou 7 hectol, 5o, pesant environ i,i5o livres), ce qui fait i66,665 septiers {249,998 hectol.).

Il faut prélever sur ces 1 66,665 septiers:

I» La semence: 3 minots par arpent; soit, à 4 minots par septier^ 25,000 septiers (37,5 00 hectol.).

2» La nourriture de 24,000 personnes environ. Cette nourriture peut être évaluée pour une année à 3 septiers par individu, donnant, à raison de 180 livres de pain par septier, 540 livres, ou une livre et demie par jour. Mais ces 3 septiers par individu ne doivent être portés qu'à 2 1/2 en blé, l'orge entrant en général pour i 1/2 dans la fabrication du pain. Soit, pour 24,000 personnes, 60,000 septiers (90,000 hectol.).

Si nous réunissons à ces 60,000 septiers les 25,000 septiers de semence, nous obtenons une consommation de 85,ooo septiers (127,500 hect.) à prélever sur la production totale de 166, 665. Le reste, c'est-àdire 8i,665 septiers (122,497 hect.), forme l'excédant qui doit trouver sur les marchés un débouché extérieur.

Comme nous venons de le dire, une bonne partie de ce blé passe par le marché de Dourdan.

Avoine. — Ce qu'on appelle dans le pays la a charrue » équivaut à 90 arpents ; pour faire valoir une charrue, on compte en moyenne 3 chevaux, soit pour les 1,1 1 1 charrues que contient l'élection 3,333 chevaux. Les 180 minots (67 hectol, 1/2) auxquels d'ordinaire on évalue la nourriture annuelle de chaque cheval donnent un total de 599,940 minots ou 149,985 septiers (224,977 hect. 1/2). Chaque année, 3o,ooo arpents environ sont ensemencés en avoine, et comme le produit de chaque arpent est en moyenne de 20 minots (5 septiers ou 7 hectol. 1/2), la production totale ne dépasse pas 600,000 minots (i5o,ooo septiers ou 225,ooo hect.), c'est-à-dire, équivaut juste à la consommation. Il n'y a donc pas lieu d'exporter de l'avoine en dehors de l'élection, et s'il s'en trouve sur les marchés, elle provient des petits cultivateurs ou des personnes ecclésiastiques qui perçoivent en grains les dîmes ou champarts tant du pays que des environs.

Fixé de temps immémorial au samedi ^ le marché aux grains de Dourdan se tenait chaque semaine entre la halle et le château, devant Téglise, exactement comme aujourd'hui.

La mesure employée sur ce marché, connue sous le nom de mesure de Dourdan^ différait plus ou moins de la mesure adoptée soit à Paris, soit aux environs.

C'était d'abord \emuidSj composé de 12 septiers.

Le septier {i hectol. 1/2), composé de 2 mines ou de 4 minots et pesant environ 23o livres en bon froment.

Le minot, mesure usuelle, formé de 3 boisseaux.

Le boisseau, qui se trouvait être i/i 2 du septier (i).

Les 100 minots qui formaient le muids de Paris faisaient 2 inuids4 minots de Dourdan.

La même mesure était usitée pour le blé et pour l'avoine.

Tous les blés se mesuraient à Dourdan au minot, coupé au rouleau grain sur bords. Le septier ou 1 2 boisseaux de Dourdan ne remplissait que 1 1 boisseaux 1/2 de Paris. Le septier d'avoine de Paris était le double de celui de Dourdan.

La mesure de Saint-Arnoult et de Rochefort, comparée à celle de Dourdan, était moindre de 1/24 pour le blé et l'avoine.

Celle d'Étampes, pour le blé seulement^ était de 1/8 plus forte; on y nommait le septier sac,

A Janville tous les j:rains se vendaient par sac, mines et minots. Le sac faisait 3 mines; les F 2 sacs un muids de Dourdan, plus un minot ou 1/48 (2).

La question du mesurage a toujours joué sur les marchés un rôle important. A Dourdan, plus que partout ailleurs peut-être, elle a eu ses péripéties et son histoire, et elle peut, si on l'étudié dans ses détails, fournir des documents intéressants pour la connaissance du mouvement général du marché de rjotre ville.

L'antique et proverbiale bonne foi de nos pères n'empêchait pas, paraît-il, dès les XV» et xvi" siècles, des abus de confiance très-graves dans la vente des grains. Ajoutons que la royauté à court d'argent, voyant un moyen de battre monnaie, saisit l'occasion de créer les offices de mesureurs^ dans un édit daté de janvier iSâg.

Charles IX rappelle que, par différentes ordonnances, l'intégrité du mesurage des grains a été quelque temps sauvegardée, mais il ajoute : a Depuis que les troubles et guerres civilles qui ont eu cours et puluUé oc en ce dit royaume et qui n'ont apporté avec soi que tous changemens, « la justice étant anéantie et méprisée entre les marchands tant forains « qu'étrangers, fréquentans les foires et marchés de notre dit royaume a et au lieu de ce beau titre et honneur de fidélité qui reluisoit entre « eux, étant possédez d'une avarice et ambition, ne tâchant qu'à troma per et décevoir notre pauvre peuple, vendant leur bled à fausses me- « sures contre et au préjudice desdites ordonnances, pour à quoi pour- « voir et couper chemin auxdits abus et malversations, sçavoir faisons..., « avons créé et créons... (3). »

Un nouvel arrêt fiscal de 1620, portant attribution cT hérédité de l'office de mesureur, vint en compléter le monopole. L'oflSce de mesureur

1. Il y avait une espèce de boisseau de convention à 1 5 au septier, employé par la aubergistes pour faire des bénéfices sur la pratique.

2. Ajoutons que la livre était de 16 onces comme à Paris, et que le poinçon, mesure des liquides^ qui contenait à Paris 240 pintes^ n*en contenait que 160 à Dourdan.

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