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LE MARCHÉ AUX GRAINS. 3o3
héréditaire fut adjugé à Dourdan^ par les commissaires généraux, à Daniel Débats, moyennant 682 livres, avec droit de percevoir 2 sols par septier de froment et i sol par septier d'autres grains. Mais ici un conflit s'éleva. La fabrique de l'église Saint-Germain possédait déjà de temps immémorial, comme on sait, un droit d'un sol par septier. C'était son revenu le plus net; les marguilliers s'émurent, et finalement rachetèrent pour 1000 livres^ du sieûr Débats, son office et ses droits. Louis XIII, par lettres patentes datées de Fontainebleau, mai 1634, confirma l'ancien droit de Téglise et y unit et incorpora le nouveau. C'était donc 2 sols par septier de froment, méteil et seigle, i sol par septier d'orge et d'avoine que le vendeur devait payer pour le mesurage. Ajoutons-y I sol par septier pour \tplaqage qui revenait au duc d'Orléans, seigneur de Dourdan, et qui se percevait en général parla même personne.
Les minois^ ou mesures, dont le nombre primitif de 4 fut porté à 1 3 en 1687, et plus tard à 14, étaient soigneusement jaugés et on se rappelle que l'étalon en cuivre rouge était déposé sous clef, dans l'armoire de la sacristie, avec les objets précieux.
La possession du droit de mesurage fut plus d'une fois pour l'église la cause de contestations et de procédures. Nous avons vu ailleurs l'effroi causé aux fabriciens par les prétentions du sieur Félix, fermier du domaine en 1731, la panique des habitants assemblés, les sentences du bailliage, les adjudications entravées, les requêtes au duc d'Orléans, voyages à Paris, arrêts contradictoires du conseil, et finalement la justice rendue à la paroisse (i).
La perception de ce droit s'adjugeait aux enchères pour deux années, et pour six à partir de 1 764. Après sentence d'autorisation, rendue au bailliage, la publication se faisait le jour du marché par un huissier à cheval, assisté du trompette, dans toutes les rues et carrefours, puis était affichée à la porte de l'auditoire et au poteau servant de pilori sur le marché à Tavoine. Huit jours d'avance, les curés des paroisses Saint- Germain et Saint-Pierre, et des paroisses voisines, la lisaient au prône de la messe paroissiale. L'adjudication se faisait le samedi, à l'issue de l'audience du bailliage, en l'auditoire royal, après lecture et affichage du cahier des charges en dedans et au dehors, au plus offrant et dernier enchérisseur, à l'extinction de trois feux. Moyennant ce bail, l'adjudicataire avait, de par le roi, le droit, qui nous semble aujourd'hui exorbitant et antiéconomique, de percevoir la taxe du mesurage « sur tous a les grains et farines vendus soit au marché, soit sur montres, dans les a rues ou maisons de la ville, faubourg et banlieue, sans que sous au- « cun prétexte les marchands, laboureurs et fermiers, puissent se refuser a à l'acquit desdits droits. »
i . Chapitre XVI.
Les charges imposées à Tadjudicataire étaient nombreuses, beaucoup avaient trait à Tentretien du culte, de Péglise et de ses abords, et nous len avons parlé ailleurs. Il devait, en outre, tenir décemment le cimetière, payer comptant, avec le prix de son bail, 40 livres à F Hôtel-Dieu et 200 livres par an pour le pavage devant l'église ou dans le marché (convention de nov. 1748). Une obligation qui, de tout temps, lui avait été imposée et qui avait été, de tout, temps aussi, une source de procès avec les marguilliers, était l'entretien «des chemins et avenues de h ^ille et marché de Dourdan. x> Si le lecteur, que ce genre d'études intéresserait, voulait se donner la peine de jeter un coup d'oeil sur le tableau suivit des principaux prix d'adjudication du droit de mesurage que nous avons patiemment extrait d'une liasse de baux, faits pendant deux siècles par Téglise, il aurait une assez juste idée du mouvement de notre marché :
Années
j 5 9 5 . ( i sol par septier) 1 8 1 écus.
1600 56 écus,
, 3o sols tournois.
j6io. , , 6i2liv. t.
1645. (2 s. par septier) i,363 ï655. . . . , i,5i2
1660. . 4 . ; ïi925
iiS99 5,268
Années
709 2,5ooliv.t
> A première vue, on est frappé de la progression continue et de Fîmûiense développement qui s'opère pendant tout le xvii* siècle et s^anrétc juste au xviii*. Très-faible au commencement du règne de Henri IV, après tousles malheurs de la Ligue,presquestationnaire sous Louis XIII, k.mouvement s est décuplé à la fin de la première partie du règne de Louis XIV. C'est l'apogée du marché de Dourdan.
En prenant pour base seulement le nombre de septiers représenté par le prix payé par l'adjudicataire, évidemment beaucoup tropbaspuisqu il faudrait pouvoir tenir compte de son bénéfice, de l'exemption pour le>
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grains des privilégiés^ de la différence de taxe pour les menus grains, etc., c'est une somme tout à fait minima de 52^68o septiers (ou 79,025 hectol.) qui, à raison de la taxe maximum de deux sols le septier^ passait par les minots des mesureurs de Dourdan dans une seule année^ en 1699. On sent là le résultat des réformes commerciales de Colbert^ de la création des routes, et surtout de l'accroissement effrayant de la consommation de Paris dont Dourdan n*est pas loin.
Peu à peu Dourdan perd son avantage. La facilité des communications tourne à son détriment. Les grains affluent de toutes parts et de trèsloin vers la capitale^ et Dourdan commence à s'apercevoir pour la pre* mière fois qu'il n'est pas sur une grande route, quand les cultivateurs^ las de ses mauvais chemins, se détournent et vont ailleurs. Pour la fabrique de Saint-Germain qui s'endormait dans la quiétude d'un revenu toujours croissant, pour la ville tout entière qui se laissait bercer par le rêve d'une prospérité indéfiniment progressive, le réveil fut terrible; de grands sacrifices furent tentés ; mais il était trop tard. Toute la France demandait à partager le bénéfice. Les beaux jours de privilège et comme de monopole des marchés voisins du centre étaient passés. Les efforts que fit alors Dourdan n'en sont pas moins intéressants à étudier, car ils sont une preuve de plus qu*à l'initiative née d'un intérêt particulier sont dus presque tous les perfectionnements et les progrès.
Dès lyoSj voyant tomber de 1^200 livres le bail du mesurage^ Téglise réclame de son fermier l'entretien du chemin des Granges et des issues de la ville. En 1708^ les habitants assemblés, consternés de voir le chiffre * baisser de 2,3oo livres, s'interrogent l'un l'autre et s'avouent que le mauvais état de leurs chemins engage chaque jour les cultivateurs à prendre la direction d'Étampes, de Rambouillet et de Montlhéry. D'une commune voix iJs votent l'entreprise directe par la fabrique de la réparation des routes^ avec une taxe sur le fermier, et décident immédiatement de paver en pier rôtis les chemins, avenues et entrées de la ville les plus mauvais, notamment le chemin qui vient de Beauce en passant par la Villeneuve (i). Aussi, de 1713 à 1723, le taux du fermage remonte et le
I. Déjà, ca janvier 1694, il avait été procédé devant le bailli de Dourdan à Tadjudication de la réfection du chemin de Beauce vers la Villeneuve, sur 624 toises carrées, à. la charge d'ôter les boues, remplir les trous, faire un lit de pierres et caillotage d'une épaisseur d'un pied et demi, entre deux bordures, formant une chaussée éle7ée de pouces, recouverte d'une tomberée de sable par toise. La route avait 2 toises de large, et le travail revenait à Sj sols la toise caTréc,^ Archives de Véglise,
Bien que les droits de péage, ne fussent pas très-multi plies dans les environs, il y
en avait encore plusieurs à la fin du xvii^ siècle, pour arriver â Dourdan du côté de
Chartres et de la haute Beauce: péage aux ponts de bois de Saint-Martin et deSainte-
Mesme, dû au comte de Sainte-Mesme; — passage à Ablis, dû a Mme Poncet (4 den.
par cheval chargé de marchandises, et 10 dcn. par charge de grains et de vin); —
À Boinville, au sieur de Villeneuve;— à Attainville, au sieur Le Boistel; — à Authon,
au duc de Vendôme; — à Garantières, au comte de Sainte-Mesme. — Mémoires de
r Intendance j 1698.
3o6 CHAPITRE XXllU
marché de Dourdan retrouve^ bien qu'incomplètement, son ancienne vogue.
La vigilance se ralentit en raison de la prospérité, et en 1 729 un déficit éggi au premier reparaît. Cette fois le duc d'Orléans, seigneur de Dourdan^ propriétaire du droit de placage et d'une foule de redevances du commerce, s'en inquiète pour son compte et contribue, en 1732, d'une somme de 5oo livres, à l'édification d'un pont de pierre à la porte d'Étampes, au nivellement et au repavage du faubourg. — C'est d'après son désir qu'on entreprit, en avril 1 734, la construction du grand chemin réunissant Dourdan à Saint-Chéron, dans la direction de Paris. Ce travail se faisait par corvée. Les habitants de Dourdan et des environs donnaient deux jours par semaine. Les laboureurs et ceux qui avaient des chevaux étaient chargés des arrivages de sable, de pavés et de terre. Vers 1739, le roi libéra les habitants de leurs corvéeis à cause de la misère des temps, et l'entrepreneur fut obligé de prendre des gens de journée, pour achever le chemin, qui s'arrêta à RoinviUe en 1741. Cène fut qu'en 1755 qu'on le termina jusqu'à Dourdan, encore n'était-ce qu'en pierrotis et non en pavé.
De septembre 1750 à 1753, toute la corvée se porta sur le chemin des Granges. C'était le point décisif. Du village des Granges, où se croisaient le chemin d'Étampes et celui de la Beauce, le trajet jusqu'à Dourdan était devenu littéralement impraticable. Au sortir de Dourdan, la route, passant au pied de la chapelle Saint-Laurent, suivait le long des bois une pente abrupte, vulgairement appelée la Testée des Granges, et rejoignait le haut du village. Profondément raviné par les eaux qui descendaient de la plaine et charriaient les sables, le chemin était devenu comme le lit d'un torrent et des précipices s'y étaient creusés au point d'engloutir hommes et chevaux, comme le malheureux Jérémie Michau, dont on parlait alors avec pitié, qui, en revenant de Dourdan à la brune, avait *été brisé avec tout son attelage. La direction de la route fut tota-lement changée; côtoyant le bas de la butte des Jalots, elle s'éleva doucement à mi-côte et atteignit les Granges à l'autre extrémité, c'est-à-dire à la sortie du village, au point de jonction de la route d'Étampes (i). Comme précisément, à la même époque, celle-ci avait été améliorée et raccourcie par les soins du seigneur de la Forêt, qui avait fait adoucir la montagne de la Forét-le-Roy, et comme en même temps la route d'Authon au-dessus des Granges avait été refaite par corvée, les abords de Dourdan se trouvaient libres dans toutes les directions et les arrivages parfaitement facilités. C'est à M. Védye, lieutenant général et sub»^ délégué, à son intelligent et actif dévouement, à son influence auprès de l'intendance, que la ville dut ces importantes améliorations.
La place même du marché fut aussi l'objet d'une restauration com^
I. Cest ce qu'on appelle aujourd'hui Tancien chemin des Granges, encore usîlé pour le service des terres et passant au-dessus du cimetière des Granit.
LE MÀRCHé AUX GRAINS. 3oy
plète, car on ne voulait rien négliger pour attirer les chaîlands. Ctit& place n'avait jamais été pavée et son nivellement laissait beaucoup à dé^ sirer. En juin 1747, on entreprit, en face du portail de Téglise et le long des fossés du château, des terrassements qui baissèrent le sol et ame^ nôrent la découverte d'un cimetière \t d'anciennes substructions. P&b ordonnance du 12 avril, l'intendant avait commandé à tous les habitanti et journaliers sujets à corvée de voiturer les grès et le sable nécessaireè* pour établir une bande pavée de la rue de Chartres au portail de l'église; C'est devant ce portail qu'on fit descendre le marché à l'avoine, teniP JQsque-là au coin des halles et embarrassant pour la circulation. Arrêtés^ faute d^argent, les travaux continuèrent en 175 1^ et la placé, qu'on afP pelait la place d'Armes ou le Martrqy^ fut pavée dans toute som étendue. • >
Nous le répétons, il était trop tard. En dépit des efforts tentés, lei marché de Dourdan ne put regagner alors ce qu'il avait perdu. En 1750V il était tombé plus bas que jamais. Par suite d'oscillations, il remonta un> peu vers Tannée 1770, mais pour peu de temps. Il dut se contenter^ d*une moyenne qui lui assurait encore une place importante parmi les marchés de la Beauce^ mais qui valait à peine la moitié de celle qû'iP avait connue. Aux causes locales étaient venues se joindre des causes! générales de perturbation. Parmi celles-ci, nous signalerons le manqua de sécurité pour le commerce pendant une série d'années calamiteuses, et[ surtout la transition douloureuse et violente qui s'opérait entre des siècles^ de privilège et de protection et l'ère nouvelle de la liberté des échanges.-.
Les paniques, les craintes d'accaparement, de spéculations, et, comme' on disait alors, de c manœuvres, » remplissent toute la première moitié' d*un siècle oti des guerres malheureuses, une politique coupable et des' années rigoureuses font de la famine comme un vivant et mena^nt fan-^' tome. Les populations sont disposées à croire volontiers à des menées* occultes. Dès 1709, année de stérilité complète (i)^ et 1710, année d'af*' freuse cherté, des plaintes s'élèvent à Dourdansur ce que les officiers^ ^ ecclésiastiques^ nobles, exempts du droit de mesurage, se partagent* presque tous les grains des environs et les vendent à leur fantaisie^ soit' en plein marché^ soit sur montre simple. '
En 1739 et 1740, la disette sévit et la mortalité double à Dourdan.' Les murmures et les défiances grandissent de toutes parts et l'adminis'^' tration supérieure s'en montre extrêmement préoccupée. Le subdélégué' de Dourdan est obligé d'adresser tous les quinze jours un état au contrôleur général. Il reçoit de l'intendance lettres sur lettres. Le blé est à
I. Cette année-là la foire Saint-Laurent fut nulle à Dourdan. L'hospice ne put adjuger ses droits aur le placage, essayage, etc.^ des grains* et bestiaux. Un honnête ménage fut chargé de faire la perception. L*bomme et la femme, à eux deux, rapport tèrent 6 livret.— ylrcftipes de V hospice.
3o8 CHAPITRE XXIIl.
peine levé qu'il doit fournir un mémoire détaillé sur l'apparence des récoltes. Les prix viennent-ils à hausser un samedi y un long questionnaire lui est envoyé sur les pratiques illicites des marchands de Tendroit. o II y a quelques marchands de blé dans Télection, répond-il, mais K trop peu riches pour faire des Magasins importants. Leur talent est « d'acheter dans des marchés pour revendre dans de plus prochains .A de Paris (i). » — a Et les enarrhements faits par les marchands K chez les laboureurs de la campagne ? » demande Tintendance en sep- «tembre 1751. Sur quoi le subdélégué affirme que cela se pratique trèspeu par les marchands de Dourdan, mais en même temps il signale TabUs des commissionnaires d'Orléans qui courent la province et prêtent à gros intérêts des semences et de l'argent aux cultivateurs. . En 1752, des esprits inquiets crient au scandale contre certaines facilités données par le marché d'Auneau qui, se tenant le vendredi, fausse, dit-on, tous les cours de celui de Dourdan. Des achats un peu plus considérables par des laboureurs « sans commission déterminée, » des ventes sur montre dans quelques auberges causent Tindignation et l'effroi ; ce qui n*em pêche pas le marché de Dourdan de faire cette année-là une année passable à cause du concours de différents marchands et fariniersde j^aris^ Versailles, Saint-Germain, mis en campagne par suite de la cherté, et de l'apport inaccoutumé de grains par des laboureurs qui ne venaient pas d'ordinaire.
Ce ne sont là que les préludes d'une crise terrible. Les principes de liberté, essayés par des esprits convaincus mais des mains incertaines , sont sur ces entrefaites à la fois inaugurés et contredits; et durant ce passage indécis et laborieux de l'ancien système au système nouveau, le malaise est à son comble dans les centres commerciaux. Il faut voir à Dourdan l'opposition que trouve la réforme non-seulement auprès de la population, mais chez les magistrats éclairés. L'homme le plus intelligent en même temps que le plus gouvernemental de la ville ne craint pas de déplorer amèrement chacune des lois favorables à la liberté. Il s'élève avec énergie, même en hajut lieu, contre « leur multiplicité versatile. » La déclaration du roi du 25 mai 1763, l'édit de juillet 1764 sont autant démesures qui bouleversent l'âme asensible» du subdélégué et lieutenant général de police de Dourdan, et lui arrachent des plaintes « de ce que son ministère passif le réduit à gémir dans le secret de son « cœur sur les inconvénients qui résultent d'une liberté trop effirenêc « dans la vente et achat d'une denrée de première nécessité. » La a sagesse « du ministère, » qui obtient du roi, en septembre 1770, un arrêt du conseil proscrivant les abus de la libre circulation des grains, donne quelque consolation au représentant de Dourdan, mais il ne tarde pas â gémir encore sur ce que l'exécution de l'arrêt n'est pas générale. On le