‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 131 sur 191 · I. Mémoire à l'Intendance, du 24 septembre · texte numérisé non relu

I. Mémoire à l'Intendance, du 24 septembre

LE MARCHÉ AUX GRAINS. Sop

suit à Dourdan^ on le méconnaît à Auneau. Il y a d'ailleurs^ dans la loi', des contradictions et des lacunes qui achèvent de bouleverser rentende<* ment du plus dévoué des administrateurs. En vertu de Tarticle 6, les grains et farines ne doivent être vendus que sur les halles et marchés, mais on a oublié la sanction; en vertu de l'article 9^ le roi défend à tout officier de justice de mettre opposition à la libre circulation des grains sous quelque prétexte que ce soit. A côté de cela^ il y a encore des règles spéciales pour Tapprovisionnement de la capitale. Ce sont, conclut le subdélégué^ « autant d^obstacles que notre faible intelligence ne nous « permet pas de surmonter. 1»

Viennent Tarrét du conseil du 1 3 septembre et les lettres patentes dû 2 novembre 1774, proclamant et encourageant le libre commerce des grains : la crise éclate. Au lieu d'user de la liberté, tout le monde en a peur, si bien que le samedi 6 mai 1775, le marché de Dourdan est presque vide. Midi est sonné, et il n'y a sur la place que 144 septiers de grains. Le peuple des campagnes, auquel il faut du pain pour la semaine, mécontent d'un si faible approvisionnement , se jette avec violence sur les sacs et les emporte malgré la maréchaussée. La muti* nerie croît avec le désordre; les paysans se portent dans plusieurs maisons de la ville servant de serres à grains à quelques propriétaires et laboureurs, et pillent sans payer ou en ne payant que 1 5 livres le sac. Jusqu'à neuf heures du soir^ Témeute se prolonge. Les principaux habitants^ réunis au château^ se consultent avec anxiété. On a vu, tout le jour, un petit homme habillé de rouge, que nul ne connaît, allant et venant, soufBant la discorde^ se disant porteur d'ordres du roi, proclamant le pain à bon marché et menaçant d'arrêter les sergents. Il a disparu sur le soir.' Toute la nuit on demeure sur pied^ et, faute de mieux, les gardes de la forêt sont astreints à relever, pour les patrouilles, les gendarmes harassés.

Le lendemain, les esprits sont calmés, mais abattus. Les boulangers viennent en corps au bailliage déclarer qu'ils ne peuvent pas cuire faute de farine. Les marguilliers de Saint-Germain sont consternés : le marché est perdu ; la confiance manquant, les laboureurs n'y viendront plus. Courriers sur courriers sont expédiés à Orléans, au siège de la généralité; on réclame des troupes permanentes, on demande de taxer le prix du grain^ de faire approvisionner de force le marché, etc. M. de Cypierre, l'intendant, arrive. On apprend de sa bouche qu'il a sur les bras tous les marchés de son département. Les troupes sont occupées aux émeutes d'Arpajon et de Malesherbes. Il promet néanmoins des soldats, fait une enquête rapide et court ailleurs.

Le 11^ on reçoit l'avis que *deux compagnies de carabiniers, l'une d'Arpajon, J'autre d'Étampes, feront jonction à Dourdan le samedi suivant^ mais ne pourront rester.

Le i3 mai, jour du marché, au matin, quarante-huit carabiniers se

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rencontrent sur la place. On tremble pour la journée; mais la tranquillité règne, bien qu'il y ait en vente moitié moins de grains que rannée précédente à pareille époque. Trente carabiniers couchent cette nutt-là dans la ville. Des troupes permanentes, c'est le rêve et l'espoir des habitants de Dourdan^ et l'autorité supérieure est sollicitée pour cela à grands cris. Le samedi 20 mai, la place est calme. Il y a 5a6 septiecs sur le marché. Néanmoins, le blé renchérit de 3o à 40 sols. Le ag, dans 'la matinée, arrive enfin la garnison permanente^ composée de six offi- ^ciers, gentilshommes du plus haut rang, de deux fourriers^ deux maréchaux des logis et trente et un dragons du régiment de Lorraine» détachés pbur surveiller les marchés de Dourdan et de Saint-Amoult, et les moulins de la vallée. On les caserne dans deux maisons vides, les officien '^Installent chez les principaux habitants, et Dourdan s'aperçoit que la Sécurité s'^ac^hète par des dépenses et des ennuis.

Nous nous sommes un peu étendu sur ce récit parce qu'il nous 'deinble bien caractériser une période dont l'étude offre un réel intérêt. Le marché de Dourdan ne connut plus, Dieu merci, d'aussi mauvais ^ours jusqu'en avril 1789, époque oti la rébellion trouva dans la misère ^t dans la fermentation générale une nouvelle occasion de se produire (i). -Quoi qu'il en soit, une révolution immense était commencée. Pratiquement, il fout le dire, le gouvernement était encore effrayé de sa propre autlace et vacillait dans l'application de ses principes, en face des malaises

'bien réels nés d'une transition évidemment douloureuse. C'est ainsi que les mutins et les pillards de Dourdan, sauf quelques condamnations de la courprévôtale, furent peu inquiétés ou facilement admis à l'amnistie. C'est ainsi encore que des fermiers et des laboureurs ayant refusé au nom des édits de payer les droits de mesuragedans les greniers particuliers, se Virent poursuivis à la requête du duc d'Orléans et condamnés, après un

X. Nous citons la lettre que Fintendant écrivait alors au subdéiégué de Dourdan, d'Orléans le 20 avril 1789 :

«*Je viens d*étre informé, Monsieur, des mouvemens qu'il y a eu à Dourdan au « marché de samedy dernier, et des inquiétudes très-graves que donnoient pour le ff marché de samedy prochain la pénurie de la denrée, la disposition des esprits et f l'exemple de ce qui s'est passé à Montlhéry. Je viens d'écrire à Angerville, pour ff savoir s'il ne seroit pas possible de faire passer des .grains à votre marché; si les ff ressources manquent, je vous ferai expédier des farines d'Orléans. Le prévôt général ff se rendra samedy à Dourdan avec 24 hommes de sa troupe» et comme cette mainfl forte pourroit n'être pas suffisante et être exposée, comme à Montlhéry, à des danff gers et même à des accidents, elle sera protégée par 5o hommes du régiment Colondff Général-Dragons, qui arriveront à Dourdan vendredy. Ce qui s'est pasaé en 1773 ff doit nous rendre attentifs et précautionneux. Je suis avec attachement, Monsieur, ff votre très -humble et très-obéissant serviteur., D* Chkvilly. »

Nous croyons savoir que les dragons, campés à Liphard, n'eurent pas besoin de descendre dans la ville. . .

On voit combien, même alors, en dépit de Turgot et de Louis XVi, la liberté était malassise et avait besoin d'auxiliaires factices.

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