Se décomposant ainsi
Places et marché 6,000 fr.
Mesurage et pesage. ... 3 10
2. Une appréciation en chiffres de la vente sur montre est, on le conçoit, trèfr4iffi>
LB UKKCai AUX ORAINS. 3t5
plus comme elle effrayait nos pères. Ce n'est plus pour nous une manœuvre séditieusej c'est la marche pacifique d'un rouage nouveau, et ce changement de forme dans le mouvement ne sauiïit compromettre ni l'influence, ni la renommée d'un marché.
Dourdan, plus qu'aucune autre ville, par sa position relativement à la capitale et aux centres de culture, a et aura toujours une place marquée et privilégiée. Sans cesser d'y vendre en nature, on y vendra de plus en plus sur montre, parce que l'on veut vivre vite, parce ce que l'on produit, parce que l'on négocie, parce que l'on consomme chaque jour davantage. Si nous avons la prétention d'être bon prophÈte, c'est que la foi que nous avons dans l'avenir de notre pays égale l'amour que nous lui portons.
cile A faire, et supposerait la connaissance exacte de toute* les transactions des meunien, grainetiers, etc. Toutefois, si nous nous en rapportons aux renseignements que nous avons recueillis, elle pourrait £lre évalua à une moyenne de plus de 6,000 sacs de tous grains par marchi. Que l'on multiplie ce chiffre par celui des it marchés de l'année.
B point de départ de toute industrie de Thomme, c'est un besoin de la vie; son premier élément, c*est un produit naturel et local, ^importance du besoin^ la proportion et la qualité du produit déterminent la valeur de cette industrie, et en même temps la valeur du commerce qui n'est que la répartition, par réchange, du produit selon le besoin. A ce double point de vue, la première industrie, le vrai commerce de la contrée qui nous occupe , c^estle grain avec lequel on fait le pain. Dourdan, comme entrepôt, comme marché de grains, vient de nous fournir un chapitre -, nous ne reviendrons plus sur ce sujet.
' Parmi les autres industries vraiment locales qui nous apparaissent à Dourdan dès le principe, il en est quelques-unes que nous avons eu occasion de citer, mais qui, malheureusement, n*ont pas d'histoire. Les /flir/er5 sont ceux de ces anciens artisans dont les produits se sont le mieux conservés, et se retrouvent à l'état de débris dans la terre d*où ils sont sortis. Nous avons dit ailleurs (i) le grand nombre de fours qui, à répoque romaine^ existaient à Dourdan, et nous avons décrit quelquesunes des poteries découvertes au milieu ou aux environs de ces fours. L'argile « plastique^ » cette première couche du terrain tertiaire, ce sédiment qui s'est déposé et moulé dans les ondulations de la vaste assise
!i. Voivchapitro,!*'.
INDUSTRIE ET COMMERCE. iïj
de la craie, se trouve à Dourdan sur une'ass^z grande échelle. Les relèvements considérables delà craie autour de la viUe ont fait à ce dépôt un lit qui atteint jusqu'à quinze mètres de profondeur, et, en certains endroits^ offre une exploitation assez facile. La matière^ comme toujours, a provoqué la fabrication. Cette fabrication paraît avoir eu plusieurs degrés de perfection, à en juger par les fragments qu'on peut étudier. On n a pas, il est vrai, de preuves suffisantes pour attribuer à coup sûr aux fabriques de Dourdan ces poteries élégantes et brillantes dites a samiennes, v dont quelques restes sont mêlés à ceux de vases plus communs; mais des débris de poteries rouges, au grain fin et solide, de poteries noires minces et dures^ de poteries grises plus grossières, de grandes tuiles rougeâtres dont le poids et la dimension donnent lieu de penser qu'elles ont été faites sur les lieux, indiquent l'emploi de plusieurs espèces de terre et de plusieurs manières de traiter Targile. Dans les diverses couches de glaise qu'on rencontre, dominent en effet plusieurs éléments^ pyrite de fer^ gypse en petits cristaux^ sables plus ou moins siliceux. En général^ c'est la dureté qui caractérise les fragments qu'on possède^ et ils paraissent n'avoir nullement souffert de leur long séjour dans le sol. La variété, la simplicité et en méttie temps la netteté des moulures, dénotent une fabrication intelligente et soignée.
Pendant des siècles, cette industrie constitua, au profit du domaine, une sorte de monopole qui pourrait bien être le secret de sa décadence. On se souvient que « les fours aux pottiers » sont au nombre des accessoires et « appartenances de la prévosté de Dourdan^ » donnés par Philippe le Bel à Louis d'Évreux. De Lescornay a vu aux comptes du domaine les droits du roi sur a chacun des fours à cuire pots, » et nous avons cité le compte de 1646 par Jacques de la Loy, où la a tuillerie de Dourdan » figure comme un des articles de recette. Potelet ou a le Potelet, » comme on l'appelait^ à la porte de Dourdan, était une des terres souvent revendiquées par le domaine, et c'est là que paraît avoir été au moyen âge le centre de la fabrication. Lorsque Dourdan fut donné par Louis XIV au duc d'Orléans, le commissaire au terrier de i6j6, Pierre Lallemant de Lestrée, rendit une sentence qui en fournit la preuve. Rappelant l'ordonnance par laquelle il avait enjoint « à toutes « personnes qui prétendaient jouir des droits de fours à chaux, tuillerie, a briqueterie et poterie^ tant au voisinage des forêts que dans toute (f l'estendtie du comté de Dourdan » de rapporter leurs titres, a avec « défenses de bastir et establir de nouveaux fours et de continuer l'usage cr de ceux qui y estoient jusqu'à ce qu'autrement il en soit ordonné^ à a peine de cinq cens livres d'amande, d Lallemant de Lestrée confirme dans ses droits^ par jugement du 16 mars i683, Pierre Arnaud de Junquières, seigneur de la terre € de Potteletp^ qui justifie c de la possession « immémoriale en laquelle ont esté ses autheurs d'avoir en ladite terre a une tuillerie et four bastis et establis de tout temps, qui se trouvent
3l8 CHAPITRE XXIV.
fl
a d*unecommoditétrès-notablenon-seulementauxhabitantsde Dourdati, c mais à toute la province, suivant déclaration de Tannée iSgg, etc. > (i). Défense est faite en même temps à toute personne de bâtir aucun four à demi-lieue de la forêt.
Nous n'avons pas connaissance que des fours appartenant au moyenâge aient été trouvés sur le territoire de la ville. Tous ceux qu'on y a rencontrés, du moins récemment, datent de Tépoque romaine. Aucun débris vraiment intéressant de l'époque barbare ou des époques postérieures n'a été conservé, et, à en juger par Tabandon complet de cette industrie qui h*a plus un seul four à Dourdan, la décadence du métier rémonte loin. C'était déjà un souvenir presque légendaire qui expliquaitj il y a plus de deux siècles, les trois pots d'or sur champ (T^ur des armoiries de la ville de Dourdan.
C'est un souvenir plus légendaire encore qui s'attache aux mines de fer de Dourdan. Un fait incontestable, c'est que le minerai de fer a été exploité dans la localité. Des lits épais de scories se retrouvent sur plusieurs points de la ville et aux abords de la forêt. Nous en avons trouvé un échantillon à deux mètres de profondeur dans la terre de l'ancien étang. Le Minerai, le chantier des Minières j le clos du moine des Fourneaux, attestent par leurs noms, autour de la ville, cette ancienne fobri* cation. Le terrain d'argile plastique offre, en effet, le minerai de fer sous forme de rognons assez riches, et il n'est pas rare d'en rencontrer dans le pays, à la surface du sol.^Toutefois, il est à croire qu'à un instant donné les résultats obtenus n'ont pas paru suffisants et que les forgerons primitifs de Dourdan ont peu à peu disparu lorsque les communications plus faciles ont permis aux habitants de la vallée de se procurer ailleurs avec avantage le fer dont ils avaient besoin. Il n'existe à Dourdan aucun titre constatant cette exploitation, comme il en existe pour les forges ou a moulins à fer, » relativement récents, des territoires voisins de Longvilliers, Bandeville; Forges, etc.
Nous ne voudrions pas ranger dans la même catégorie les vignerons de Dourdan ; et pourtant il faut aussi évoquer le passé pour les retrouver : à la vérité ce passé est plus voisin de nous. On a quelque peine à se figurer aujourd'hui, en faisant le tour de la ville, qu'on est dans un pays de vignes, et l'on cherche ce vignoble de Dourdan dont les vieux titres parlent bien souvent. Il est constant cependant qu'une ceinture de vignes commençait aux faubourgs, s'étageait sur les versants de la vallée, à la place des champs et des prairies artificielles qui les recouvrent maintenant, et couronnait les côtes sablonneuses de Liphard, des Jalots, de Normont, etc. Au siècle dernier, ces vignes existaient encore en partie, et la carte manuscrite de 1743, dont nous donnons le/ac-sifHile, indique parfaitement^ par le trait convenu, cette culture tout autour de
It La miiluu dt ce jugement est aux archives du Loiret^ A. i373i
INDUSTRIE ET COMMERCE. BlÇ
Dourdan.; U paraît que le meilleur cru était celui qui s'étendait sur le versant septentrional et courait depuis la foret jusqu'à Roin ville. « Les « deuxcosteaux^ditde Lescornay^ sont garnis de vignes qui produisent de> « très-bon vin, celles principalement du territoire de Chasteau-Pers (qui, « estoit anciennement nommé Cremaux), pource que le soleil de midy les « regarde directemente et à plomb. » Nous n*avons pas besoin de revenir^ sur les contestations nées, dès la fin du xu* siècle, entre les chanoines de> la paroisse Saint-Germain, les paroissiens et les abbayes voisines, au. sujet des dîmes de vin, qui étaient le plus riche revenu de 1 église (i)»: On connaît le beau cellier construit alors sous le prieuré pour loger lesi tonnes de vin de cuve, pedeprqssi, que les bourgeois de la ville jdevaient: chaque année, à raison de quatre septiers par arpent. Les moines deClai^ . refontaine cultivaient leurs vignes sur la pente des Jalots, dépouillée par; eux de ses bois; les lépreux de Dourdan soignaient les leurs au berceau Saint- Laurent. Les moines de Morigny en avaient pour leur usage au clos Saint-Père et dans leur jardin de Grousteau. Jusque sur la lisière des ^ bois, les vignerons disputaient leur récolte au gibier de la forêt et obte-> naient du duc d'Évreux la permission de veiller la nuit avec des bâtons, j Aussi venait-on des environs faire à Dourdan sa provision de vin, et le , rouage et criage des vins de Dourdan et des Granges-le-Roy figuraient^.i ils au nombre des droits seigneuriaux que nous avons vu céder, affer- > mer ou revendiquer par le domaine. Le vin du territoire de Dourdan se : vendait sur la route d'Étampes à Paris, et les marchands de la capitale ; eux-mêmes s'en faisaient les débitants. Comment cette faveur s'est-elle I perdue? Comment cette culture est-elle tombée au point qu'au siècle ? dernier, en taxant les vignes de l'élection à 3o ou 20 sols de taille l'arpent, comme « très-fautives » et fournissant à grand'peine 5 poinçons, • jauge d'Orléans, par arpent, le cadastre ne daignait pas taxer celles : de Dourdan, a comme étant plus à charge qu'à profit aux vignerons qui . c les tenoient à très-fortes rentes ?» — Le sol avait-il été épuisé par I cette culture séculaire? Les bonnes traditions d'exploitation avaient-elles disparu avec les bons moines qui se les transmettaient jadis? La terre des , pentes, par le lavage incessant des eaux, avait-elle perdu quelques-uns / de ses principes, et le déboisement des côtes avait-il amené le dessèchement -. du sol? Quand les rapports officiels qualifiaient de «mauvaise, » au . xvni* siècle, la qualité des vins de Dourdan, on ne pouvait pas dire que ce fût pure calomnie; par conséquent, ou cette qualité avait singulièrement / dégénéré, ou les vins que savouraient nos vieux aïeux paraissaient moins \ bons à leurs descendants, depuis que la facilité des communications et l'échange des produits leur en avaient fait connaître de meilleurs.
Ce n'était pas seulement au sol que l'industrie locale empruntait ses : éléments. Les dépouilles des troupeaux défrayaient le métier des tan- \
neurs et mégissiers qui avaient leurs établissements sur la rivière et dans la ville basse. Une tradition anciennement constatée rapporte qu'il en existait autrefois un grand nombre à Dourdan. A la fin du règne de Louis XIII, on comptait encore sous la halle « huit étaux de tannerie» qui payaient des droits au domaine (i). Lorsque Tadministration tracassière du xvni* siècle envoya au subdélégué de Dourdan ses règlements sur les tanneurs (1752), il fut prouvé qu'il n'en existait plus un seul dans la ville, et qu'on n'en avait pas vu de mémoire^'homme, bien que le souvenir de cette industrie fût très-vivant dans la localité. On ajoutait qu'à Saint-Arnoult, le métier s'était conservé plus longtemps; qu'en 1720, il y vivait huit tanneurs, et qu'il en restait encore un qui avait eu la malheureuse idée de prendre à ferme, pour peu de chose à la vérité, un droit perceptible sur les tanneries de Dourdan et de Saint-Arnoult, appartenant à la fabrique de Saint-Sauveur^ de Paris. Comme il était le seul du métier, il payait et ne touchait rien (2). Ce qui tuait cette industrie dans la contrée^ c'était le terrible impôt sur les cuirs. Aussi le cahier des doléances du tiers état de Dourdan n'oublie-t-il pas d'en demander la suppression en 1789. — Les mégissiers avaient persisté plus longtemps; on en comptait deux à Dourdan en 1745^ et quatre en 1768, qui payaient, comme artisans, un sol par livre de taille du produit de leur travail sur les peaux^ et, comme commerçants, deux sols par livre du produit de leur vente de laine.
Les ouvrages en laine ont été, pendant des siècles^ le métier du pays; aussi les fouleurs, teinturiers, appréteurs^ étaient-ils autrefois en grand nombre à Dourdan. Les rues« Haute et Basse- Foulerie» ont perpétué ce souvenir. On comptait encore en 1745 huit fouleurs et six teinturiers, et on se plaignait de la décadence. C'est que, depuis longtemps, les ouvrages en laine avaient fait place à une industrie plus relevée^ celle des ouvrages en soie. Vers i56o, raconte de Lescornay, dont nous citerons textuellement ici le naïf récit « un officier deL'Escurie, que Monsieur de Guyse, seigneur usufruictier auoit estably au chasteau, voyant un jeune garçon trauailler habilement à faire des bonnets de laine et jugeant son esprit assez éueillé pour comprendre chose nôuuelle^ il luy fit naistre l'enuie de faire un bas (duquel les points n'estoient autres que ceux du bonnet), et pour luy ouurir le chemin luy en donna un vieil de soy sur lequel il pourroit s'instruire et prendre patron. Geste entreprise réussit si heureusement que ce nouuel apprenty rendit un bas d*estame fait en perfection, et fut capable d'en enseigner la méthode à ses compagnons bonnetiers (desquels y auoit grand nombre en ceste ville*, pource que lors on n'usoit point encores de chapeaux, ains seulement de bonnets). A leur exemple tous ceux de la ville s'y appliquèrent, et enfin furent imi-
t. Compte de Jacques de la Loy^ 1646. — Arch. de VEmp, Q. i5t4. 2. Rapports à Tintendance.
INDUSTKlfi ET COMMERCE. ^21
tes par les viUages circonuoisins, Toire par tous ceux de laBeaulce, )ù^ ques k huict ou neuf lieues loing. Quelques années après, les ouuriei's de la TÎHe^ plus subtils que les autres, s'adonnèrent aux bas de soye (eh la façon desquels ils ne cèdent en rien à Milan) et laissèrent la laine adx Beaulcerons, les ouurages desquels toutesfois les marchands de Dourdan vont achepter sur les lieux pour (après les auoir apprestez) les vendre â ceux de Paris (i). » On comptait alors sous la halle sept a étaux de bonneterie » qui servaient à la vente des bonnets, bas^ mitons en tricot de laine.
La fabrication des bas de soie et de laine à l'aiguille subit, vers lé
milieu du xvn^ siècle, une révolution complète par llntroduction d^ métiers en France. Les ouvriers de Dourdan furent des premiers â s*eh procurer, 6t Dourdan devint une véritable ville de manufacture. Le trî*cot à la main, beaucoup plus long à &ire, fut dès lors laissé auk femmes et aux vieillards. Louis XIV ayant, par lettres patentes dp fiévrier 1672, érigé en « maîtrise» la manufacture des bas de soie et autres ouvrages au métier, les fabricants de Dourdan se conformèrent aux statuts attachés sous le contre-scel desdites lettres et se réduisîreiÀ en a»^» de communauté (2). L'arrêt du conseil du 3o mars 1700, où la ville de Dourdan est nommée « immédiatement après celle de Paris, \ donna une nouvelle force à la manufacture de Dourdan, à laquelle 1^ bonté renommée de ses produits assurait une vogue toujours croissante'. Les t maîtres, » au nombre de trente, faisaient vivre tout le pays, Suivant les rapports du temps, et cette communauté, dansr ses jours de splendeur, tenait le premier rang parmi les corporations de Dourdan. Elle avait sa fête solennelle à la Saint-Louis et elle faisait faire â ses frais des services c lors des principaux événements qui intéressent le Roy et la famille royale. » Jamais elle ne se trouvait en déficit lors de la reddition de ses comptes devant le lieutenant général de police, et elle payait fidèlement tous les droits de confirmation, réunion d*ofiices, etc., inventés par le fisc. Les charges d'ins[>ecteurs, contrôleurs, etc., y étaient exercées gratuitement par les gardes*jurés de la communauté. Les fils dé maîtres n'avaient rien à payer pour leur réception, si ce n'est une cinquantaine de livres pour un repas offert aux gardes-jurés et 1 1 livres en7 viron de droits accessoires. Quant aux étrangers, il leur fallait, pour être admis, acheter des lettres de maîtrise qui n'étaient plus taxées verâ la fin qu'à 25o livres. Les brevets d*apprentissage valaient environ 1 35 livres.
Malheureusement, cette prospérité ne devait être que passagère, et moins d*un demi-siècle plus tard, la concurrence des puissantes manufactures de Picardie, les troubles apportés par la guerre avaient singu-