Archives de Seine-et-Oise et de TÉglise
7. On peut constater en effet que Ménilgrand a été autrefois un village très-peuple.
PROMENADE DANS LES'DEtfX CAIfTONS DE DOURDAN. 36'i
Sermaise et au delâj la route est bordée sur la droite de frais ombrages sxkU vant le cours de l'Orge, de bois triUrécageux, de prés humides ou tourbeux. Sermaîse, un peu caché quoique tout près de la route, est un village aux maisons peu nombreuses groupées autour d'une église qu'entoure un cimetièredontle terrain mal nivelé accuse un bouleversement du sol. Efil effet Sermaise a failli être détruit plusieurs fois par les inondations. Oaa delà peine à croire aux colères de la paisible et modeste rivièred'Orge^et pourtant, sans parler de débordements anciens dont des alluvions ter moignent, le village a été submergé le 4 juin 1 780. A six heures* du( scûfi après un violent orage^ TOrge subitement gonflé a ruiné one.lpaniieldes maisons et englouti [plusieurs personnes. De braves gens> dont an a conservé les noms et qui furent en ce temps-là récompensés, Blot \st Beaumont^ sauvèrent à eux deux dix-sept personnes. La vallée se trduva comblée de i mètre 40, l'église enterrée et le sol végétal reicouvert-de bancs de ravine qui sont encore sur plusieurs ]>oinrts un obstacle\ària culture. Une seconde inondation a eu lieu en 1829.
La seigneurie de Sermaise s'est transmise pendant plusieurs siècles dans la famille d'Hémery (i). Au xvii« siècle^ elle passa dans les mains des Lamoignon et entra dans la composition de leur marquisat de Bâviile qui absorba tout le territoire circonvoisin. Anne d'Autriche démembra en faveur de Guillaume de Lamoignon la paroisse de Sermaise du bailliage de Dourdan.
Ce qui donnait à la seigneurie de Sermaise son importance, c'étaient les fiefs qui en dépendaient ou qui l'avoisinaient, réunis^ pour la plupart, dans la même main^ aujourd'hui fermes ou écarts qui constitueni la commune de Sermaise :
Mondétour ou plutôt Maudétour, mauvais détour, à cause de sa situation escarpée et de ses mauvais chemins (2).
par la présence de fondations nombreuses et de pierres qui se rencontrent dans les prés plus bas que le hameau actuel .
Fief du Bouchet, ûef de la Chaise, assis en la paroisse de Roinville, etc. — Ban de 1697.
1. Aveu de Gilles d'Hémery, seigneur de Sermaise, 1402.— Autres aveux de 1487- 1497, etc., etc— Fonds Roger,
Il y a, dans Téglise de Sermaise, les pierres tumulaires de trois personnages dont un portait le nom de baron deSergmès, fondateur ou au moins restaurateur de l'église. Cette pierre, qui était placée au pied de Tautel de Sainte-Anne, s'était assez bien conservée. Mais, il y a environ quinze ans, on a imaginé de l'enlever, de la couper et de la placer dans un endroit de passage, où elle s'est en partie effacée. La date, au dire des habitants^ était celle de 1 522.
Les d'Hémery, au xvi« siècle, donnèrent dans la Réforme. Louis d'Hémery, seigneur de Sermaise, abjura le 16 juin 1587. N0U.M avons retrouvé l'attestation de Louis Hurault, seigneur de Villeluysant, bailli et gouverneur de Dourdan, et le certificat du curé et du vicaire de Sermaise.
2. Antoine de Lucault, Jacques d'Averton, Adrian BertheTot, pour le fief dtMaw destour, — Coutumes ( 1 5 56).
La ViUeneMe, théâtre de meurtres atroces commis au siècle dernier . parla bande de Renard.
Le Moulin de la Mercerie^ — le Tertre^ — la Borde^ — la Bretonniérc, etc., etc. (i).
Mais principalement :
- Blancbeface on Blanchefouasse et le Mesnil (2)^ seigneuries longtemps héréditaires achetées au xvii* siècle par de Lamoignon et revendues par lui à l' Hôtel-Dieu de Paris.
La Râchée (3)^ dont le moulin à farine était autrefois un moulin à
Mesdemoiselles de Heslin pour les fiefs de Mondétour , la Guernadière, Maugrenoutte, Bellanger, Villeneuve^ etc., assis dans ladite paroisse.— Ban de 1697.— ilrcA. de r Empire, O. 20,436.
Famille Brière de Mondétour, Nicolas, lieutenant-général du bailliage de Basville, 1788.
1. Vente de la Mercerie par Charles de Pavyot, i585, — Acquisition par Jacques d'Hémery pour Soo liv. en 1662, etc. — Voir : Coutumes de Dourdan, i5S6.->Ba*f de 1697. — Archives de THoteUDieu de Farts, etc.
2. Actes de foi et hommage, aveux et dénombrements (1455-1734) fournis par: Jean des Mazis, bailli et gouverneur de Dourdan ;
Pierre des Crosnes, seigneur de Blancheface;
Gilles de Hémery, seigneur de Sargines ; . Catherine des Crosnes, dame de Blancheface, sa veuve;
. François et David de Hémery, écuyer, seigneur de la Râchée, du Mesnil et du ûcf des Crosnes, vulgairement appelé Blanche/ace, et Suzanne des Mazis, sa femme» etc.;
A Louis de Maintenon, écuyer,— Antoine de Vignay, — Jacques Hurault, — Louis ^Hurault, — Pierre-Henry le Maistre, tous seigneurs du Marais, à cause de la mouvance •dudit fief.
' 1662. -^DpB biens saisis sur Jacques de Cisternay, chevalier, seigneur, baron de Blancbeface, du Mesnil, etc., la terre et seigneurie de Blancheface achetée, tant en 6ef qu'en roture, par Guillaume de Lamoignon, pour 52, 800 livres. — Revendue par lui Vannée suivante avec le Mesnil (Sgi arpents) pour45.8oo l.et 100 s. de cens annuel à i*Hôtel-Dieu de Paris.— 1670. Bail des terres et moulin de Blancheface, le Mesnil et la Râchée, pour 2,100 1. annuel. — Les Graviers, au terroir de Blancheface, etc., etc. r* Archives de motel- Dieu de Paris, layettes 89-90.
3. La Rdchée relevait du fief de Graville ou Gravelle, assis à Authon-en-Beauce. Nous avons trouvé des hommages de noble homme Gilles d'Hémery, seigneur de Blanchefouasse, pour 4e fief du moulin de la Rdchée, à Nicolas Vigneron, grenetier de Paris, seigneur de Launay et Saint-Michel-sur-Orge, à cause de sa terre et seigneurie de Gravelle — 1497.
' De son fils aîné, François de Hémery, à Anne Lucas, dame de Sainte-Mesme et de Gravelle. — i52o.
Acquisition d'un moulin à fouler le drap et terres à la Rdchée^ par le même (15C4- 157 1) — de l'emplacement du moulin de la Rfichéeet autres terres par sa veuve Bai^ be de Vielchâtel {ib'jb), de plusieurs personnes et notamment de Jean Guegoées (ancienne forme du nom local deGuenée). Autres actes de la même famille, i586 à 1667. — Fonds Roger, Des biens saisis sur Jacques de Cisternay (1662), achat, par THôtel-Dieu de Paris, du moulin de la Rdchée et de ses dépendances pour 11,000 1. et des bois dépen* dants de la seigneurie du Marais pour 4,400 U — Remise par le comte de rHospital Ste-Mesme des droits seigneuriaux pour la Râchée mouvant du fief de GraveUe pour 2,200 U^ Afi:h. de V Hôtel-Dieu de Paris. Layettes H^^ y liasses ^fii^<^bis^
fouter le drap et dont la fontaine est célèbre par la constancede sa source qui fait tourner jour et nuit une des meules du moulin, par la limpidité de ses eaux qui passent pour minérales^ par la fraîcheur et le pittoresque de son site que les lavoirs modernes ont, hélasl bien dépoétisé, par le souvenir de Lamoignon qui en faisait une de ses excursions favorites, par ks vers de fioileau qui Ta chantée sous le nom de a Polycrène » et par Tambitieuse inscription :
LAMONIANA FORTVNA HUNC
FONTEM INVENIT QUI PERENNEM
AQVAM PERENNrrATI
DEDIT DAT DABFT.
Ici^ nous nous éloignons un peu du cours de l'Orge^ et, laissant le chemin de fer s'arrêter au bas du versant et continuer à mi-côte sa route vers Paris, nous nous élevons sur la gauche pour gagner Saint-Chéron. Toutefois, avant de quitter le fond de la vallée, signalons le hameau de SainUEvrouli qui mérite l'attention de l'antiquaire par sa station romaine et son ancien prieuré (i), et les fiefs de la Petite-Beauce, Mirgaudon, etc.
La montée de Saint-Chéron est rapide. A mesure qu'on s'élève, la vue embrasse un panorama justement renommé. La vallée s*est élargie, le paysage a pris un aspect grandiose. Des pentes sauvages, des crêtes élevées se dressent en face, au-dessus du vallon verdoyant, et, au bout d'un immense défilé, l'horizon s'ouvre et l'œil se perd dans d'harmonieux lointains. Dominant Saint-Chéron de leur double sommet, les buttes Saint-Nicolas avec leur sombre panache d'arbres verts, sont les géants de la contrée. Leur vigoureuse silhouette se découvre de fort loin et, dans tous les points de vue des environs, tranche sur les lignes indécises et les moites ondulations des coteaux voisins. Aussi Saint-Chéron s'appelle-t-il Saint-Chéron- Montcouronne ou mont-couronné et se distîngue-t-il ainsi de ses homonymes de la Beauce, Saint-Chéron-lès-Chartres, Saînt-Chéron-du-Chemin, en revendiquant un privilège presque unique dans la région, cel^ui de posséder une montagne.
Donnons-nous le plaisir d'admirer ici unede ces échappées de grande et belle nature que nous retrouverons rarement dans notre pérégrination à travers les fertiles vallons du Hurepoix ou les plaines sans limites de la Beauce. Sans doute la nature est belle partout : ceux qui l'aiment le savent bien ; les pittoresques horizons ne sauraient faire mépriser les charmes des horizons prochains ni même ceux des horizons déserts : mais on est toujours heureux de rencontrer ces tableaux complets où détails, plans et perspectives ont été, pour ainsi dire, savamment ménagés. Ainsi pensent les touristes et les peintres qui viennent exprès de Paris
(i) Voir archives de Seine-et-Oise, Clain^antaine et SURémy de» Landes.
visiter la vallée de Saînt-Chéron. Un grand connaisseur, le fameux Cicéri, qui avait vu et créé tant de beaux paysages, avait fixé là sa tente et, pendant de longues années, habita une demeure qu'il décora de ses propres mains. A son exemple, des artistes, des littérateurs ont tour à tour échelonné leurs ermitages sur le versant. Oublions donc, fX)ur son site, les souvenirs historiques ou archéologiques de Saint-Chéron. Aussi bien, nos lecteurs sont peut-être déjà fatigués de mouvances seigneuriales et de cadastres féodaux, et Bâville les attire, car l'ombre des Lamoignon, comme celle des buttes de Montcouronne, plane encore sur toute la vallée.
De réglise de Saint-Chéron, oîi Bourdaloue a prêché et fait le catéchisme aux enfants du village que mademoiselle de Lamoignon trouvait bien ignorants et faisait asseoir à ses côtés, il faut encore monter pour redescendre ensuite, avant d'arriver à Bâville qui est situé entre deux vallées, et dont la principale entrée regarde Saint-Maurice. Au milieu d*un parc immense aux ombrages séculaires, le grand château de grès et de brique du temps de Louis XIII, subsiste comme un royal monument de Tantique magistrature française, avec son corps principal flanqué de deux ailes en retour dont Tune est détruite , sa chapelle, ses vastes communs, ses larges et solitaires allées qui ont gardé les noms d^hôtes illustres, ses longues charmilles, ses hautes futaies et cet aspect austère et un peu triste que donne toujours aux lieux le souvenir des grandes familles éteintes et des gloires disparues.
C'était en effet une belle famille que cette maison des Lamoignon aux mœurs simples et dignes, oti les vertus filiales se transmettaient avec les talents et les charges, où la charité s'exerçait aussi noblement que l'hospitalité. Il n'y avait point de château à Bâville du temps oti Charles de Lamoignon y mourait en laissant vingt enfants à Charlotte de Besançon (1572}. Là, grandissaient les vingt enfants, avec ceux que la fille aînée avait eus de Jean de BuUion. Devenu surintendant des finances et président à mortier, Claude de BuUion se rappelait gaiement qu'on le promenait à Bâville sur un âne avec son jeune oncle. Chrétien de Lamoignon, et qu'en les mettant chacun dans un panier, on plaçait un pain du côté de Lamoignon parce qu'il était plus léger. Ce n^était pas dans un château que Chrétien recevait sous Henri IV et sous Louis XIII tous ses illustres amis : « Bâville n'était qu'une petite chaumière, nous « apprend son fils Guillaume. On n'y venait pas pour voir une belle a maison ni un beau parc, car il n'y avait rien de plus petit ni de plus « simple que l'un et l'autre. On n'avait que deux ou trois chambres à u donner aux étrangers. Dans la plus grande on mettait quatre lits qui tt servaient à autant de personnes en ce temps-là que quatre grands ap- <i partements pourraient le faire présentement. Quelquefois les invités a couchaient en carrosse; tous se trouvaient bien reçus et partaient avec « regrets. »
Et quand^ après avoir recueilli la riche succession de M. des Landes,, son beau-père^ Chrétien voulut laisser à son fils un état de maison digne de la haute position de la famille, il commença par doubler ses aumônes avant d'augmenter son luxe. Une sage entente et une prudente économie présidèrent à la construction du beau château de Bâ ville. Son fils nous assure qu'il ne coûta que 45^000 livres et il ajoute : « On n'en ferait pas tant aujourd'hui pour le double. » Il s'agirait maintenant de millions. On aime à se figurer le premier président Guillaume parlant avec attendrissement du temps 011 il' vivait à Bâville avec ses sœurs^ prés de son père^ a ne se souvenant pas de lui avoir jamais désobéi ou déplu, « ou même d'avoir manqué de lui plaire, en ce qui pouvait dépendre de a lui. » On aime à se. représenter cette grande école de respect et ce sé- )0ur d'élite où, après avoir vu recevoir avec vénération le vertueux Jérôme Bignon^ Guillaume accueillait à son tour Boileau, Racine^ Regnard, et son savant maître le P. Rapin, qui se plaisaient tous à chanter dans leur immortel langage les charmes dé Bâville.
Les Lamoignon du xvnie siècle remplacèrent ceux du xvne. Le nom de Malesherbes est inséparable de celui de ses pères. Bâville connut des heures de tristesse. Aujourd'hui, tout son riche et vaste domaine repose sur la tête de deux orphelins (i).
S'orientant du haut des buttes de Bâville, le lecteur voudra bien traverser à vol d'oiseau la vallée de Saint-Chéron et nous suivre de l'autre côté du versant, à Saint-Sulpice-de-Favières. Nous sommes ici sur l'ancien territoire du a diocèse de Paris, > dans une vallée étroite où court le ruisseau de Souzi, sur un pauvre sol de grès et de sable aux roches immenses qui font suite à celles de Fontainebleau, et s'exploitent de la même manière; à la porte de cette contrée de Torfou, célèbre par ses dangereux défilés et ses brigands armés. Favières, Fabaria^ Faveriœ (des fèves qu'on .y cultivait, dit-on), se résume dans son église qui est un chef-d'œuvre et a mérité d'être appelée « la plus belle église de village de tout le royaume, d Bâtie dans un fond assez resserré, sur l'emplacement d'un ancien pèlerinage, au lieu où saint Sulpice guérissait des malades vers le vi« siècle, elle est éclose au xni% comme la Sainte-Chapelle de Paris, d'une pensée de foi hardie et gracieuse. Sa forme étroite et élancée rappelle l'époque fleurie du style ogival, et son vaisseau percé à l'abside de trois rangs superposés de baies à double ogive trilobée, serait complet, sans ses verrières murées en partie, sa voûte écroulée au xviii* siècle et refaite en bardeaux, sa tour aux contreforts fieuronnés privée de clocher. Au pied de cette tour, s'avance l'ancienne chapelle des miracles, d'un style ogival primitif, que l'abbé Lebœuf voyait pleine de béquilles au xvni* siècle. A l'occident, la façade de l'édifice, datant de la moitié du XIV* siècle, s'offre avec ses trois portes aux fines sculptures, son tympan
(t) Enfants de M. deSauIty.
feuillage^ son grand pignon à jour malheureusement détruit vers le haut. A l'intérieur, régnent une nef principale et deux nefs latérales se terminant carrément à la hauteur du sanctuaire et comptant six travées. Les cinq travées de l'abside percées de leurs grandes verrières illuminent le chœur. De sveltes piliers s'élancent en faisceaux de douze colonnes. Vingt-deux stalles de bois sculpté du xiv« et xv* siècle portent des sujets variés et des figures en prière. Une porte architecturale, d'admirables vitraul presque détruits , quelques épitaphes des seigneurs de Saint- PoL un charmant sonnet de Gilles du Couldrier à sa fille de dix-neuf ans (1604), attirent et captivent l'œil de l'antiquaire. L'édifice est classé parmi les monuments historiques et il ne manque que de l'argent pour le.réparer comme il le mérite (i).
Avant le xii* siècle, Favières dépendait de la châtellenie de Montlhéry et passa, par usurpation, sous la prévôté d'Étampes. Arraud du Chesnay en était seigneur au xni« siècle, Antoine du Bourg sous François I", Claude Daubray au xvii^ siècle. Englobé dans le marquisat de Bâville, Saint-Sulpice releva des Lamoignon, avec les fiefs de Haryille^ Mauprofit^ etc. Signalons, dans la paroisse, les fithàitsJurodtèreSyA^Escttry. de Taillegrain^ (2) de Guillerville, appartenant aux de Saint- Pol, et particulièrement la belle terre de Segre\ avec son parc renommé, ses belles eaux, ses grottes, ses cascades du siècle dernier, et sa magnifique collection botanique d'aujourd'hui (3),
Saint- YoN et sa montagne offrent un poste célèbre et le plus bel observatoire des environs. Sur le haut d'une butte sablonneuse et escarpée, les possesseurs de la contrée ont eu de tout temps leur forteresse. Quelques vestiges de fossés, les ruines de trois portes connues encore au siècle dernier sous le nom de portes de Paris, de la Folie et de Bourdeaux, la disposition du sol, tout annonce l'emplacement d'un ancien oppidum devenu plus tard celui d'un château féodal. I>'obscures légendes enveloppent les origines du village. L'apôtre martyr'Œonius aurait donné son nom à la montagne qui lui sert de tombeau, désignée aussi par le nom problématique d'Hautefeuille. Sur l'oratoire du saint, le prieuré aurait été bâti au xi* siècle, desservi par des religieux de la Charité-sur- Loire, de l'ordre de Cluny. Une église du xvn« siècle a remplacé l'ancienne. On peut lire dans l'abbé Lebœuf la description de quelques pierres tombales et la liste, depuis le xii* siècle, des seigneurs de Saint- Yon, hommes-liges du roi, relevant de Montlhéry, Cest aux Saint- Yon^ ces terribles bouchers bourguignons, possesseurs du lieu, qu'on
(r) Voir la notice de M. Patrice*Salin. — Paris, Adriea Le Clere i865 in-folio.— M. le baron de Gliilhenny a consacré à ce monument ses patientes et tarantes études.
(2) Archives de Seine-ct-Oise. E. 8.
(3) Consulter les charmants dessins du marquis d'Argenson à la bibliothèque de l'Arsenal.
PROMENADE DANS LES DEUX CANTONS DE DOURDAN. Î6y
attribue la démolition de la forteresse. Au xvi" siècle, Tamiral de Graville est seigneur de Saint- Yon; au xyii^j la baronnie de Saint- Yen s'unit au marquisat de Bâville et Guillaume de Lamoignon y joint des droits seigneuriaux, de justice et autres^ avec les fiefs de Moret, de la Madeleine, etc. (i). L'antique léproserie de la Madeleine était au bas de la côte avec son cimetière.
Situé au pied de la montagne de Saint- Yon qui Tabrite du sud-ouest, et au bout de la plaine qui commence à Arpajon, Boissv-sous-Saint-Yon s*élève sur un terram uni entouré jadis de quelques vignes. Connu, dès la fin du xie siècle, par les titres de Longpont, sous le nom de Buxiacum (de BuxuSj buis, ou Boscus, bois), le pays appartenait alors aux chevaliers de Vaugrigneuse; divers seigneurs y eurent des droits aux siècles suivants. Aux xv« et xvie, les de Montagu, les Graville, les Balsac d'Entragues rattachèrent cette terre à Marcoussis, et^ en i635^ haute et puis* santé dame Marie-Charlotte de Balsac, maîtresse et se disant dame de Bassompierre et maréchalle de France , se disait aussi « dame dudit Boissy. ]» Peu aprës^ Guillaume de Lamoignon enclavait Boissy avec Saint-Yon dans son grand marquisat et obtenait par lettres patentes des foires et marchés. Ancien oratoire du titre de Saint^Thomas deCantorbéry, l*église, bâtie vers le commencement du xvi« siècle, reçut au xviu* divers embellissements de Tabbé Penneti, secrétaire du grand duc de Toscane en France. Nous sommes toujours en plein diocèse de Paris, dans le doyenné de Montlhéry, et assez loin de Dourdan. Églies^ village voisin, généralement nommé en même temps que Boissy, appartient aujourd'hui à un autre canton.
Nous retrouvons la vallée de TOrge et le chemin de fer. Deux villages se regardent : à droite, Breux ; à gauche, Breuillet. Breux était encore une seigneurie dépendant du marquisat de Bâville avec les fiefs des Granges f du moulin et du grand étang de Breux ^ et le fief de Rimoron^ appartenant aux dames de Saint-Cyr. Breuillet^ seigneurie unie au même marquisat et mouvant du roi à cause du Châtelet de Paris, comprenait les fiefs du Colombier^ de Guisserqy, des Hautes (relevant de Bruyères-le-Châtel), des soixante-dix arpents (relevant de Marcoussis) ( i ), de la Boissière et de Guillot-Belioche, (relevant des dames de Saint-Cyr à cause de Chevreuse). Le chemin de fer s'arrête au Bout-du-Monde. De la côte qui le domine^ une vue superbe complète celle de Saipt*Chéron. Derrière cette côte^ qui s'avance comme un promontoire à la jonction de deux valléesj court une autre rivière, la Rémarde.
Remontons cet affluent de TOrge, qui serpente au milieu des plus vertes prairies et des plus frais bocages^ et fait tourner de nombreux moulins. Voici le Colombier^ ancien lieu seigneurial» la Folleville, Ar-
^i) Archives de Seine-etOîse» E» 3, 5*
denelle, et sur le versant , en face de Bâville que nous laissons sur la "gauche :
^- Saint-Maurice dont le château est démoli. Au xv» siècle, Jean de "Saînt-Germaîn possédait la seigneurie de Saint-Maurice; auxvi*, c'était 'la famille de Bastemont ; au xvii* et au xyiii© celle du président Pecquot. ^Aujourd'hui un noviciat de religieux s'est installé dans ce paisible •'séjour.
' ' tJne route charmante nous amène sur le territoire du Val-Saint-Ger- ^AiNj et les grands arbres qui s'offrent à nous révèlent tout d'abord ur\e « jfrropriété prîncièrc : c'est le Marais. Si Ton veut bien jouir du coup-d œil y^erisemble, il faut tourner autour du parc et entrer par le bas. Une pièce 'd'eau immense, canal digne de Versailles, reflète la ligne de grands krbrés, le rideau de peupliers et les haies taillées qui la bordent. Encadré 'dans le fond, le château au blanc péristyle, aux ailes symétriques, mire Maris Teau, d'où il paraît sortir, ses colonnes, ses balcons et son profil ^orixontal, que la renaissance Louis XVI emprunta aux villas italiennes.
'""Avançons, car outre les magnifiques appartements de l'intérieur, le visiteur a un parc splendide à admirer. Entre le château et le canal, à la 4klacâ de la route qui naguère encore les séparait, un étincelant tapis de -fleurs s'étend devant la cour d'honneur aux fossés remplis d'eau. A 'gauche, le colombier féodal s'élève à l'entrée d'une avenue d'arbres sé- ^çulaires. A droite, un immense parterre dominé par les futaies du parc i«t des gazons sans limites éblouit et charme le regard par les lignes régulières et harmonieuses de mille plantes aux vives couleurs. Lorsque, en août et septembre, toutes ces fleurs s'épanouissent à la fois et embaument le parc, et qu'à travers les nombreuses serres entr'ouvertes les plantes rares des tropiques rivalisent avec elles de vie et de parfum, nous nesa- ;xoQs rien de plus luxueux, de plus gracieux en même temps. ' ■ M. le marquis de la Ferté, qui possède ce beau domaine, aime l'horticulture et la pratique en vrai grand seigneur.
^ Le Marais est une dot transmise par les femmes dans de nobles nuisons. Madame la marquise de la Ferté est la fille de M. Mole. L'émioent ministre venait se reposer de ses fatigues d'homme d*Étatau château du 'Marais, qu'il tenait de sa femme, mademoiselle de la Briche ; et madame ^e la Briche, l'aimable châtelaine qui donna, au commencement du Siècle, de si belles fêtes au Marais, appartenait à cette famille Le Maître du Marais qui fit démolir Tancien château et construire à frais immenses l'édifice actuel, par Tarchitecte Neveu, de Versailles, vers 1770.
.^ \Jn plan en relief, conservé dans les archives du Marais^ nous a bit voir ce qu'était l'ancien château. La disposition était la même : pièces •d'eau, canal, douves, grande cour d'honneur, parc ombragé, entouraient ttn manoir seigneurial, mais les sombres assises de grèSj les hauts toits
d'ardoise, les ponts-levis de l'entrée (i) rappelaient un autre âge et l'habitation féodale et sévère d^une importante famille qui^ pendant plus de deux siècles, joua un des premiers rôles dans la contrée, la famille Hurault (2}. Fils de Jacques, trésorier des guerres, vieux Breton très en faveur auprès des rois Louis XI et Louis XII, Jean Hurault était> sous François I«', seigneur de Vueil et du Marais ; ses sœurs avaient épousé les seigneurs de Rochefort et de Limours ; son neveu était ce fameux chancelier et gouverneur Hurault de Cbeverny, qui recherchait tant la faveur des rois et des belles dames; son petit-fils, tué sous la Ligue, laissait une jeune veuve qui devait épouser Sully et lui faire acheter Dourdan, et sa petite fille Jacqueline devenait la femme d'Anne de l'Hospital Sainte-Mesme, le bailli et gouverneur de Dourdan. Intrigues politiques, cours galantes, visites, noces et fêtes princières, on peut deviner ce que dut voirie Marais sous Henri IV, sous Louis XIII, sous la Fronde. Quand la grande demoiselle de Montpensier venait, tout près de là, prendre a ses eaux de ForgeJ^, » elle ne manquait pas de descendre au Marais et de le consigner dans ses Mémoires : « J'allai coucher au
1. c Hôtel seigneurial du Marais consistant en un gros corps de logis flanqué de deux pavillons} une grande cour, dans laquelle on entre par un pont-levis, à rentrée de laquelle sont deux gros pavillons isolés, dans l'un desquels est la chapelle, le tout bflti en graisserie piquée, et couvert d'ardoises, entouré de fossés à fond de cuve remplis cTeau vive avec murs et parapets; —la basse^ourà côté, séparée de la grande cour par les iossés qui entourent le château, mais communiquant à la cour haute par un pont de grès de quatre arches fermé d*uné grille de fer,— colombier, etc. ; grand portail avec deux ponts-Ievis qui se lèvent tous les soirs.
c Derrière le château, fossé avec pont-levis menant au parterre, lequel est clos au midi et au septentrion par un canal revêtu de murailles. — Au bout du parterre, pièce d^eau carrée communiquant audit canal.
€ A droite et au midi du parterre, parc planté en taillis avec plusieurs allées sabléât pour la promenade, avec plusieurs grilles de fer et sauts de loup. — Au-dessus du parc, jardin fruitier; — à l'occident, potager; le tout contenant 3o arpens.
c En face le château, grande pièce d'eau, revêtue de murs tout à Tentour, de 275 toîses de long, 34 toises de large par le bas et 26 parle haut, bordée de deux allées de charmille . > — ii rchives du Marais, Terrier de lyiS.
2. On jugera de l'étendue de la censive du Marais par la simple énumération des
fiefs qui en relevaient : fiefs du Marais et Val-Saint-Germain, comprenant toute la
paroisse dudit lieu; de la cave de Montlhéry et de la Laurière; Bouville, Sainte-Ca-
tlierine; Roinville avec les fiefs de la Bruyère, Cristal, Poignant, Flamant, Malassîs,
Nîlvoisin, Orgesin, Richeville, Châteaupers, Beauvais; les Loges, Levainpont, la
Ohambre-mal- garnie, sis en la paroisse de Saint-Cyr; Berchevilliers, le Buisson, Ar*
deneilesis en la paroisse de Saint-Maurice; le Tertre paroisse deSermaise; U Fontai-
ne-aux-Cossons paroisse de Vaugrigneuse $ Babylone sis en la paroisse d'An gervilliers;
Orouteau, Grillon, sis à Dourdan ; la Motte-Beauroux ; la Barocherie ou Chambardon;
Oravelle) Vaugirard; Rué; Montauban ; Mauny; le Pont-Rué; les Minières.— TVr-
ri^r du Maraii*
i486. Antoine de Vignay, seigneur du Marais)— 1^18. Philippe Després, etc., etc. — La seigneurie du Marais dépendait de la chdtellcnie de Rochefort au comté de Montfort, et mouvait de Marcoussis.
SyO APPENDICE H.
ce Marais chez madame des Marais, où il y avait beaucoup de monde du a pays ; elle me reçut, à son ordinaire, avec beaucoup de joie et de magni- <c ficence. ix (i) On lisait encore avant la Révolution, sur l'écorce d'un orme séculaire, à l'entrée du château : « La main du grand Sully me tt planta dans ces lieux, i»
7 César Hurault vendît le Marais à Pierre Henry Le Maître, le 19 mars
L'avenue du château nous conduit au Val-Saint-Germain^ le chef-lien de la commune, qu'on appelle aussi Sainte-Julienne car nous sommes ici en plein pèlerinage, et Timage de la sainte dans sa chaudière se voit aux enseignes du village. Sur une petite place, une très-vieille église, au clocher nouveau, ouvre son porche de charpente au passant. Descendons dans cette nef humide et sombre, aux massifs et primitifs piliers, à laquelle les siècles suivants ont ajouté un chœur élancé et des ornements d^ tous les âges. Le long des murs, sous les arceaux, sont rangées, comme en procession, des files de torches enrubannées de formes bizarres, avec des inscriptions et des dates. Ce sont les « souches » offertes par les villes, les villages, les églises, les fidèles venus en pèlerinage au Val. Elles sont en marbre, en bois, en métal, travaillées comme des chefs-d'œuvre de maîtrise ou grossièrement taillées. Il y a des noms de grandes villes, il y a des hommages venus de loin. C'est qu'en effet le pèlerinage de Sainte-Julienne était — on peut dire est encore — le plus célèbre de la région. Suivant Surius et Baillet , la relique de sainte J ulienne de Nicomédie en Afrique fut apportée de Constantinople, après la prise de cette ville par les Latins en i2o3. D'après une pieuse tradition, un gentilhomme breton qui faisait partie de la croisade et qui avait obtenu le précieux chef de la sainte avec l'intention de l'emporter dans son pays, ^assa, chemin faisant, par le Val-Saint-Germain. Retenu dans ce lieu par une grave maladie, il fit vœu, s'il recouvrait la santé, d'élever au Val une église en l'honneur de sainte Julienne et d'y déposer sa relique. ' t^endant des siècles, cinq à six mille pèlerins, dit-on, se donnaient rendezvous chaque année, principalement dans la semaine de la Pentecôte, de plus de trente lieues à la ronde (2). Des paroisses de Paris y venaient avec leur clergé, et les églises des environs, celle de Dourdan en tête, arrivaient de toutes parts en procession. La foi s'est singulièrement attiédie, on n'accourt plus de si loin à Sainte-Julienne; pourtant on peut voir encore à l'époque des pèlerinages quelques cortèges villa-
i Mém. collect. Michaud. m« série, t. IV, p. 220.
2. La confrérie de la Charité de Meulan venait chaque année de plus de 70 kil. - Hi3t. de Meulan f in-*8, 18681 par Em. Réaux, p. 427.
Nous avons retrouvé à l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas de Paris le cérénoonial Ju ^p^erinageà Sainte-Julienne, les comptes des carrosses et des repas du clergé, et plusieurs centaines de noms de la paroisse inscrits sur les registres de la confrérie Je èainte-Julienne.
PROMENADE DANS LES DEUX CANTONS DE DOURDAN. Sjl
geois venir avec leurs bannières d'au delà de Dourdan, et s'y reposer en chantant à la chapelle de T Hôtel-Dieu ; des charrettes pleines de vieillards cheminer par les routes, et une sorte de foire, moitié religieuse moitié profane, dresser ses tentes autour de l'église.
Saluons, en passant^ la dernière maison qu'on rencontre en sortant du village, aux contrevents verts, à la grille blanche^ avec son jardin taillé dans les prés. C'est Termitage du vieux poëte académicien Viennet qui a atteint et chanté là ses quatre-vingts ans et qui, durant de nombreuses années, maire du Val-Saint-Germain, a voulu s'y faire porter encore une fois l'an passé et s'y est éteint, visité à sa dernière heure par tous les grands personnages des environs qui sont venus rendre un dernier hom^ mage à Taimable patriarche de la vallée.
Laissant sur la droite le moulin de Levimpont et traversant le hameau du Pont'Rué, nous apercevons à mi-côte la commune de Saint-Cyr do* minée par son clocher. A l'entrée du village une ferme, avec des tourelleç aux angles, ressemble à une demeure fortifiée; là en effet était l'hôtel seigneurial du fief de la Tour de Saint-Çyr^ bâti en 1 5 60 à la place d'une vieille tour, auprès de l'église construite elle-même en 1 540 sur l'emplacement de l'enclos du fief. Admirons dans l'église, nouvellement restaurée avec beaucoup de goût et parfaitement entretenue, les colonnettes s'épanouissant en forme de palmiers qui séparent la nef de l'unique basrcôté et les voûtes armoriées. Saint-Cyr par lui même est restreint, mais le hameau de Bandeville lui fait immédiatement suite. Traversant la route de Limours qui monte entre les deux et que nous reprendrons tout à l'heure, visitons Bandeville. Ceux qui l'ont vu il y a plusieurs années auraient peine à reconnaître son chemin boueux et ses chaumières dans cette longue rue à chaussée solide, bordée de trottoirs et de maisons neuves qui respirent l'aisance. C'est qu'au bout de cette rue est le château dont l'heureuse influence est loin d'être étrangère à tout ce qui se fait d'utile dans le pays. Encore une belle propriété, une noble demeure, centre depuis le xvi* siècle d'un très-vaste domaine territorial. Cette fois, la grande façade de brique et les hautes cheminées nous reportent au temps de Louis XIII; un perron s'ouvre en face de la grille, un autre regarde le parc où des pièces d'eau superposées montent avec le terrain et s'encadrent dans de magnifiques ombrages habités par des troupeaux de daims.
Jadis existait là une simple maison seigneuriale avec un colombier et quelques jardins. Sept fiefs et plusieurs arrière-fiefs formaient sa mouvance et elle relevait elle-même de la grosse tour de Montlhéry. L'ancienne famille de Simon de Bandeville l'habitait au xiiie et au xiv* siècle, les du Belloy et les de Balu se la transmettaient au* xv"; Thomas Rappouôl Tachetait en i53o. Ce Thomas Rappoûel, notaire et secrétaire du roi et de sa chambre, surintendant de ses finances, comme l'indiquait une tombe placée dans la chapelle à côté du chœur dans l'église de Saint-Cyr, parait
Sji '" APPENDICE m
àWîr été un homoié ifès en faveur à la cour de François I". Il arrondit singulièrement son domaine par Facquisition d'un grand nombre de liefs voisins (i). C*est lui qui commença à agrandir les bâtiments de PhÔtel seigneurial, fit enclore de murs la pièce de bois appelée la Touffe, Eiijourd'hui le parc du château, et rebâtir Téglise paroissiale doSaint-Cyn ^' La 'famille de Thomas Rappoûel, famille de robe, recueillit ce riche héritage. Adrien Dudrac, conseiller au parlement sous Henri II, Jean Dudrac et son gendre Thierry Sevin ou Servin, président au parlement, ajoutèrent encore à ^importance de la seigneurie (2). Thierry et son fils Jean ont fait bâtir le château tel qu'il est aujourd'hui. Jean, seigneur de S-andevilIe^ aimait les chasses fastueuses^ au moins autant que la magistrature^ et quand il arrivait aux rendez-vous du prince de Guéménée dans la forêt de Dourdan, on admirait en souriant, dit le malicieux marquis de Châtre^ son justaucorps chamarré d'oret son chapeau à plumes flottantes. Des embarras de fortune forcèrent ses enfants à vendre (3) la seignéurre en 1676, à François Bazin, maître des requêtes. Le nouveau s^gneur, désireux d'augmenter encore l'étendue de son domaine, acquit ia "terre de Léngvilliers et la moitié de celle du Plessis-Marly, et en 1 682, obtint dé Louis XIV des lettres-patentes qui érigeaient en marquisat la téi^e de BandeviUe. Vendue en 1704 à Pierre Doublet de Croûy, elk apparent à son fils aîné messire Pierre François Doublet, président au ffeirteiiientj puis à son second fils Michel Doublet, baron de Beauiche, ibtriie de fiefs considérables acquis près de Dourdan des comtes de Sainte-Mesme (4). Les Cy pierre de Chevilly, les Roslin d'Ivry, alliés aux i>oublet, se succédèren à Bandeville durant les dernières années du iviiï^ siècle, et cédèrent le 10 décembre 1806 à James Alexandre, comte aè Pourtalès. Son fils, M. le comte Robert de Pourtalès, est aujourd'hui propriétaire de Bandeville.
^' Morcelée en partie à la révolution, la grande terre, des Doublet de Cboûy se reforme peu à peu. Les fiefs importants d'autrefois, représentés pkr des fermes modernes, se rattachent de nouveau l'un après Tautre au Gâteau de Bandeville et de vastes exploitations rurales fleurissent sous sbn influence. Longeons quelques instants la grille du château et nous l'errdns à quel point le maître du domaine aime et protège la terre et sa Culture. Presque dans le parc, une ferme modèle qu'il fait exploiter sous
^1^' L&fief de Béchereau qui touche à celui de Bandeville ; celui de Fùucillon; celui
des Fourneaux dit le bois de l'Église; de laBdte; du Colombier ou du Bourg-'JÇ^uf;
de la Tour-St-Cyr, St- Cyr de Briis, Foisnard, château Guillebaut, la Chaise, Sz-Vm
de Guette» et fa moitié du bois des Minières* — Archives de BandeviUe.
' -'±J Leâ fiefs'de Bistelk; Morsang, avec ses arrière-fiefs de BoiS'Fiquy, le Rosay,
99*tç^6%ouir4i} le Gué de-Machery^ Cherfosse^Vatoûan, etc.
. ^. 3 «, Moyennant la somme de 122,000 livres.
'4! Roûiïlon, Cens-Boursier^ Pierre de Sonchamp^ Semonti Lyphmdf le fitaûsteàu,\'i3<^.*^Vùïtehap.'XÙL
PROMENADE DANS LfiS DEUX GANTONS DE DOURDAN. 373
ses yeux réunit des spécimens de races, procédés, in$t£iiine|n$s agricole; perfectionnés. Un beau moulin^ qui était très^ancienneroent une fonderie de minerai de fer^ s'élève en face du château. Les terres de la vallée som soumises à des essais de toutes sortes ; le Plessisj où nous reviendrons, q son institut agricole, la Bâte a ses tuileries mécaniques^ et le promeneur intelligent se plaît à retrouver aux portes de notre Beauce des goût§ qui rappellent la noble vie anglaise, I
Repassant par Saint-Cyr et gravissant la route de Lîmours, on gagiTf fa commune d'ANOERviLLiERS. Deux généralités, celle de Paris et celle d'Orléans se partageaient autrefois son territoire. L'église date du xivf siècle. A la place du château moderne de M. de Pérignyï, s*élevait encorf au commencement du siècle, le vieux château dont Le Nôtre avait desn siné le parc et dont les étangs s'alimentaient par des aqueducs squter^ rains passant sous le village. . r^
La terre d' Angervilliers, jadis relevant d* AunainviUe en Beauce^ 4ppan^ tenait à Elisabeth d'Angervilliers et à Etienne Boutardau xiv«,siècIe,r-« aux Sanguin, etc., pendant lexv«. Donnée, en i535,par le cardinal de Meudon à la dame de Pisseleu, duchesse d'Étampes, qui possédait auss) Dourdan et habitait le château de Limours^ elle passa à son neveu Charles de Barbançon. Au xvii* siècle, acquise par le président de Thouf cédée à Jacques Bouhier de Beauregard^ considérablement augmentée par son petit-fils Edouard Ollier de Nointel, vendue à la famille Baûin qui l'occupa pendant une grande partie du xvni' siècle, elle eut pouç derniers possesseurs les Rolland, les de Bouville et les Julien. ,^
Le sol, sur plusieurs points ingrat pour la culture des céréales, midip assez favorable pour celle du châtaignier, a été de tout temps fouillé, e| on a cherché à utiliser ses éléments divers. Les rognons ou minerai^ di; fer qu'on rencontre assez abondamment dans les sables argileux ont ét4 jadis Tobjet d*une exploitation depuis longtemps abandonnée, ef npus trouvons, entre autres, la mention d'une usine à fer sur le cheipin d' Ap^ gervilliers au Marais, appartenant au seigneur du Marais en 1488. L'^Cr gile^ propre à la cuisson^ a toujours attiré sur les lieux des tuileries doa| certains hameaux portent encore le nom et dont les produits sont ^timés. Les pentes sableuses ont été affectées autrefois à la culture du raisin et il est question de vente de vignes a aux montagnes d'Angervillîers, » dans des contrats de 1484. Le sable lui-mémè, par son grain régulief, par son JLavage parfait, est recherché et exploité pour les ciments. La main de rhomme, toujours industrieuse et active, arrache à la terre ses entrailles quand elle n*y trouve pas des sucs nourriciers.
Traversons, ou plutôt côtoyons des bois qui s'étendent sur le plateau, et dont la lisière nous conduira, en tournant, sur la commune de Bon- NFXLES. Voici, adossé à ces bois, le domaine de Bissy^ dont le château nouvell0mentresl!auré,les belles pièces d'eau, le grand parc, constituaient un fief considérable pour lequel messire d'Orsay, président, au grao^
374 APPENDICE n.
conseil, rendait aveu en i588 au seigneur de Bonnelles(i). Bonnelles appartenait, au xvie siècle, à la famille de La Villeneuve. Au xvii* siècle, M. de Bullion en était seigneur, et le fameux surintendant des finances y vint souvent avec une cour nombreuse. Au xvni* siècle, François-Emmanuel de Crussol, doc d'Uzès, réunit à ses grands domaines ceux de Bonnelles, de Bullion, des Bordes et autres lieux. M. le duc d*(Jzès est encore aujourd'hui le propriétaire de Bonnelles. Après avoir traversé le village, dont l'église, bientôt reconstruite, est presque enclavée dans le parc, on passe devant la grille du château. Ne cherchons pas ici un antique manoir. La féodalité a disparu. Un château qui date de 1849 a remplacé Tancien. Édifice monumental où la pierre, la meulière, la brique se mêlent harmonieusement, le château de Bonnelles est une des plus riches demeures modernes. Haut vestibule, dont l'armure à chenal d'un noble ancêtre garde l'entrée, salons immenses reliés par une serre magnifique à une salle à manger princière qui occupe tout le pavillon de droite : un grand luxe et un grand goût ont tout ordonné. Le parc, un peu découvert, laisse l'œil se reposer sur une vaste prairie oîi serpente un cours d'eau ; la campagne continue indéfiniment le paysage, et des bouquets d'arbres semés au loin encadrent des échappées sur les environs dont le château devient à son tour le point de vue.
Un peu au delà de Bonnelles est Bullion, Tancien Bualone, qui faisait, au vii^ siècle, de ce côté, la limite extrême du a Pagus Stampensis>(2}. On rappelait 'Boolun, ^oolon (3) au moyen âge et jusqu'en 1618 on disait encore Boullon. Le nom de Bullion date du surintendant. La seigneurie de Bullion relevait de Magny-Lessart, près Chcvreuse. On lui connaît des maîtres dès le xii* siècle. Au xv« et au xvi* siècle, elle était possédée par la famille de la Motte. Cest en 161 1 qu'elle fut vendue à Claude de Bullion, seigneur de Bonnelles, etc., l'un des plus habiles ministres du grand siècle. Anne de Bullion, en épousant le duc d'Uzès, lui apporta la terre de Bonnelles (4).
Autour de Bullion plusieurs écarts méritent l'attention : la ferme des CarneauXy ancien manoir seigneurial, a conservé quelques constructions du xv« siècle. Au hameau de Moûtiers^ jadis paroisse et prieuré de bénédictins, dépendant de Saint-Arnoult, une grande chapelle dédiée â
1 . Voir les iircft. de Sein$'et'OUe,J&* y^b^yS'j.^Bissy appartient •ujourd*hui à M. DesfoQtaines.
2. Testament de Bertram,évêque du Mans, 61 5, — GuéTSLTdtpolyptique,
3. Bail de 1347, ^^^^^ noble homme Thibault de Brottvilte et nobit dame Agnès de Soysoy. ^Arch, de Seine-et-Oise^ K* 742.
4. Voir TsTeu et dénombrement posant foi et hommage de It terre de BouUcm^ rendu par Jean delà Mode, écuyer au seigneur de Magny-Lessart. — Les déclarations censuelles au profit de dame François de la Mothe, ve de Fr. de Vendosmois, sgr de Bulliorif 1601 ; — au profit de Claude Bullion sgr de Brouvilte, Bullion, Ronqueax, Lonch6ne, etc., 1616-1670. '^Ibidem, E. 743-747.
PROMENADE DANS LES DEUX CANTONS DE DOURDAN. 3j5
.sainte Anne et sainte Scariberge, qui date de l'époque romane, était l'objet d'un pèlerinage fréquenté; elle appartient à la fabrique de Bullioh et vient d'être réparée. Lonchêne a eu ses seigneurs et sa chapelle. Le château et la ferme de Ronqueux^ après avoir appartenu au général DIgeon et au comte d' Aramont, sont aujourd'hui la propriété de Thono*rable M. d'Hendecourt.
Ronqueux nous mène près du territoire de la commune de la Celle- XES-BoRDEs^et nous rentrons dans Tancien diocèse de Paris. Le village de la Celle est situé dans une petite vallée dominée au nord par la plaine et bordée jadis par des vignes. Le voisinage de la forêt de Rambouillet ou d'Yveline lui a fait donner le nom de Cella jEqualina (i)] la proximité de Cernay-la-Ville, celui de Cella ad Sarnetum ; les vieux souvenirs de saint Germain lui ont valu le surnom de Cella Sancti Germani (2). Peut-être donnée à saint Germain lui-même par Childebert^ cette terre appartenait à l'abbaye Saint-Germain, et il est constant que, du temps même de Charlemagne, il y avait deux paroisses et deux églises dans la commune, celle de la Celle et celle des Bordes. L* église des Bordes n'existe plus. Les seigneurs de la Celle étaient les de Harville. Le premier paraît être Claude de Harville, également seigneur de Palaiseau (i58o). Le château de brique et de grès a été récemment vendu à la maison de Bonnelles ; quant à l'église, elle a été dévastée à la Révolution. — Parmi les seigneurs des Bordes, on cite Alexandre des Bordes, parent de L'illustre Guy de Lévis, et Philippe des Bordçs (i 326), dont la femme est inhumée dans l'église de la Celle. L'ancien château-fort des Bordes, qui appartenait, avant la Révolution, aux maîtres de Bonnelles, a passé entre les mains du représentant Calés, de la bande noire, de M. Bar, du comte de Wall. Le propriétaire actuel, M. Flury, a fait élever au milieu du parc un nouveau château ; mais il reste de l'ancien la porte principale, flanquée de deux tours, et des bâtiments convertis en communs.
Rapprochons-nous de Dourdan, en traversant les bois de' la Celle qui touchent à ceux de Rochefort. Sur la route de Bonnelles à Rochefort, le vieux pont du Bourg-neuf serysiil à traverser le fond de la prairie, et, non loin de là, dans la ferme de la Cense^ on montrç la chambre cie Henri IV et de la belle Gabrielle. Pour avoir une juste idée de Rochefort, ce n'est point par le haut qu'il faudrait l'aborder. C'est d'en bas et d'un peu loin qu'il convient de voir l'abrupte colline faite exprès pour servir de base à une citadelle. Rochefort-en-Yveline est une des capitales de la féodalité, c'est la féodalité vivante. Ce n'est pas un village, c'est une ville seigneuriale. Les ruines qui couronnent sa tête, les maisons aux grandes portes armoriées qu'on rencontre dans ses rues montueuses,