‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 156 sur 191 · I. Voir de Lescornay, p. 24a · texte numérisé non relu

I. Voir de Lescornay, p. 24a

386 APPENDICE n.

représente et rappelle les deux parties distinctes et voisines d*une même paroisse. Bretencourt, Breteucourt, Bertrancourt {Bertoldi, Bertocuria)^ est un gros hameau qui est séparé par un kilomètre environ du village de Saint-Martin. Des souvenirs intéressants^ des ruines fort curieuses et bientôt anéanties ont amené plus d'une fois Tantiquaire sur la plate-forme et le versant abrupte qui dominent le chemin de fer et les maisons.

Il est facile de reconnaître, de prime abord^ la position avantageuse du lieu et l'intérêt évident qu'ont eu^ dans tous les temps, les maîtres de la contrée à posséder et à conserver cette clef de la vallée. Aussi trouvet-on au bord du plateau^ sur plusieurs points^ des vestiges d'établissements de diverses époques. Les Celtes, prétend-on, y ont laissé des traces de leur passage ; des armes et monnaies trouvées sur les collines ^Aigremont et de Montgarrier attestent la présence d'un camp romain. Le château de Bretencourt est un des plus anciens témoins de Tépoque féodale.

Pour tenir en échec le vieux château de Dourdan^ que Hugues le Grand avait laissé à ses descendants couronnés comme un des forts avancés du nouveau domaine royal, Guy, comte de Rochefort-en-Yve- Une, seigneur de Montihéry, vassal encore indompté du trône, fit cons^ truire le château de Bretencourt vers la fin du xi* siècle. Sur Tun descôtés d'une première enceinte circulaire assez étendue, un large fossé détache une seconde enceinte, longue de 5o mètres et large de 3o, qui contient un donjon rectangulaire. Ce donjon, qui est de la même date, de la même forme et de la même dimension que celui de Chevreuse, est un type de la maison-forte, domus lapidea, dérivée de la salle ou aula des nations germaniques. Les murailles, qui atteignent à peine deux mètres d'épaisseur, étaient soutenues par quatorze contre-forts, quatre sur chacun des grands côtés, trois sur les petits. Elles contenaient une salle divisée en plusieurs étages par des planchers que supportaient des murs de refend. Malheureusement ce donjon curieux, vendu pierre à pierre, a été depuis quelque temps presque entièrement démoli et ne sera bientôt plus qu'un souvenir, ainsi que les deux enceintes de l'ancienne fort^ resse.

La châtellenie de Bretencourt, qui embrassait un territoire assez étendu et comprenait Ablis et Auneau en partie, suivit le sort de la seigneurie de Rochefort et passa comme elle e^ux Montfort. Devenue, en 1 1 8 1 , l'apanage de Gui, troisième fils de Simon III, elle passa, par sa petite-fille Eléonore, à la maison de Vendôme, qui la posséda jusqu'à la dernière année du xrv» siècle. Tenue alors par Sanguin, bourgeois de Paris, et son gendre Gilles Malet, vicomte de Corbeil, elle eut à souffrir, comme Dourdan, en 1428, du terrible assaut de rimpitoyable Salisbury. Acquise par les Hurault de Cheverny, elle fut revendue, à la fin du XVI* siècle, à la famille de l'Hospital Sainte-Mesme. C'est au château de

Bretencourtque nous avons vu de Lescornay se retirer^ en bon royaliste^ pendant le siège soutenu à Dourdan contre Henri IV, en iSgi*

On montre encore à Bretencourt la place des fourches patibulaires, le. vieux puits du château avec un chemin souterrain, la place de l'ancienne chapelle Sainte-Madeleine, devenue le rendez-vous d'une fête, et celle de la chapelle Saint-Jacques, près de laquelle se voient de magnifiques^ caves. Dans un terrain proche du château, le sol d*un ancien cimetière: est facile à reconnaître. Au milieu d'une terre noirâtre, on rencontre des débris et parfois de petites lampes ou godets en terre rouge terminés en pointe.

A Saint-Martin, les souvenirs de l'ancien prieuré sont encore vivants (i). Près de Téglise, dont on remarque la belle tour carrée et quel*» ques sculptures intérieures, une maison porte encore le nom àtprieuré^ Chapelle communiquant avec l'église, portail, vieilles murailles, caveaux,, fontaines, font aujourd'hui partie d'une demeure particulière et sont: enclavés dans des jardins. Les célestins d'Éclimont avaient une ferme non loin de là.

Au-dessus de Saint-Martin, les terres de la ferme de La Grosse s'é*tendent sur le plateau, et Ardenay et Haudebout rappellent d'anciens fiefs pour lesquels rendaient aveu les châtelains de Bretencourt.

En suivant la vallée que dominent les pentes abruptes de ^randelU' et oti courent à la fois le chemin de fer et la rivière, on rencontre le Moulin de Ville et des prés tourbeux oti le sol manque souvent sous les pas. Une sorte de chaussée indique même sur la gauche le lit d'un ancien étang (2). La fraîcheur et la verdure du fond de la vallée font ressortir les versants arides couverts de bruyères et les pentes sablonneuses de la forêt. Leur crête semble fermer le vallon, qui tourne pres^ que à angle droit.

A cette seconde porte de la vallée de l'Orge, un très-vieux et très-in-. téressant village, dont nous avons eu souvent l'occasion d'entretenir nos lecteurs, Sainte'-Mesice, commande et occupe le passage. Il est formé d'une longue rue, et îi l'endroit où la route fait un coude brusque à la sortie du village, le château, dominé par l'église, s'appuie au coteau de la forêt et fait face à la prairie.

Nous avons mentionné, en parlant des origines de Dourdan (3), l'existence parfaitement prouvée d'une grande villa gallo-romaine dans cette prairie, près du moulin de Corpeaux. Nous avons raconté la légende du roi Dordanus et celle de sainte Mesme ou Maxima, sa fille, secrètement chrétienne, décapitée par son frère Maximin et donnant son nom au vil-

1 . Voir au sujet de ce prieuré les Archives de Seine-et'Oise.

2. Il paraît^ par d'anciens aveux, qu'il y avait autour de Sainte-Mesme six étangs déjà convertis en prés au xvii* siècle.

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