André du Chesne
PROMENADE DANS LES DEUX CANTONS DE DOURDAN. SqS
vouloir nier. Ses habitants, qu'on plaint quelquefois, tiennent à leur sol et n'échangeraient pas volontiers, pour Tenceinte étouffée des villes, leur libre et lumineux horizon, immense comme la mer, leur air vif et
nourrissant, leur terre féconde qui donne à ceux qui la touchent ce caractère à la fois doux, tenace et robuste qui a bien sa valeur.
De distance en distance, un clocher dont l'isolement grandit les proportions , émerge aux confins du ciel. Il révèle un centre habité mais semble reculer devant le marcheur, car les champs à perte de vue et les routes aux courbes immenses produisent de vrais mirages. Il est rare que quelques bouquets d'arbres et quelques remises n'apparaissent pas à l'horizon, et dans la contrée que nous parcourons ils sont encore assez fréquents. La paroisse de Saint-Escobille nous offre même un bois célèbre au siècle dernier pour avoir servi de repaire aux brigands de la bande d*Orgères. La ferme de Saint-Escobille est le plus beau spécimen peut-être de toute la région comme aménagement agricole, perfectionnement de culture, élève de bestiaux, choix de races et de procédés. Il y avait là encore, au commencement du siècle, un superbe château où habitait le riche intendant des finances sous Louis XVI, M. de Laborde. Le château et la terre de Saint-Escobille avaient été, avant lui, sous Louis XIV, la propriété du chevalier de Passart, le bienfaiteur de l'Hôtel-Dieu de Dourdan; Le Venier de la Grossetière, issu d'Antoine Le Venier, doge de Venise au xiv* siècle, avait acheté, au xvi*, la seigneurie de Saint-Escobille de Gabriel de la Vallée. Les hameaux d'Aubray-j Paponviile et le Bréau-Dame-Marie, en dépendaient. Quant à Guillervilie, il appartenait à l'abbaye de Morigny. — De vastes carrières, oQ nos pères ont puisé pendant des siècles le calcaire de Beauce, forment à Saint-Escobille comme des catacombes oii la tradition place le rendezvous des premiers chrétiens.
Plus au sud encore est la paroisse de Mérobert, qui touche à un territoire accidenté et au vallon de Châlo-Saint-Mard. Mérobert, du bailliage d'Étampes, avait anciennement pour seigneurs les de la Vallée, et reconnaissait, au XVII* siècle, messire Jean de Sève, président en la Cour des Aydes, avec droit de justice mouvante en plein fief de celui de Malicorne assis à Boutervilliers.
AuTHON-LA- Plaine est placé au point de jonction des grandes routes qui amenaient jadis et amènent encore vers le Hurepoix et Dourdan les produits de la haute Beauce. La tour basse de sa vieille église est comme une sorte de borne milliaire. Une portion de la paroisse, du côté d'Etampes, était tenue en censive du roi, qui avait droit de péage, et elle répondait devant le prévôt d'Etampes. L'autre portion , avec le Grand et le Petit Plessis, le Grand et le Petit Sainville^ appartenait, comme Sonchamp, à l'abbé de Saint-Benoît sur Loire, avec tous les droits de justice et le titre de bailliage et châtellenie. La grande abbaye avait toujours cherché à s'affranchir de toute juridiction et de toute servitude,
396 APPENDICE n.
et le représentant deTabbé^ révérend issime cardinal de Chàtillon, sut si bien protester contre les prétentions des bailliages d^Orléans, Dourdan et Étampes, lofs de la rédaction des coutumes, sous Henri II , qu'il obtint un renvoi à la Cour du Parlement^ en dépit des lettres patentes de i532^ qui avaient bien réellement réuni au domaine de la châtelleoie de Dourdan Authon et le Plessis-Saint-Benoît.
Le Grand et le Petit Guignard^ les Payiilons, Hérouville^ étaient autant de fiefs qui fournissaient des surnoms à leurs seigneurs. Les bois du Plessis offraient une chasse d'autant plus estimée que les bois sont rares en Beauce* Napoléon y vint chasser le loup^ le 24 août 1806. Hé^ rouv il le ou Éroumlle^ dont M. Levavasseur était seigneur au siècle dernier et oQ M. Bazouin s'est fait aujourd'hui une solitaire et artistique demeure^ a servi sans doute de station romaine au temps où une voie coupait de ce côté le pays des Carnutes. Des monnaies, des armes, des fragments, boucles et mors de bronze , statuette d'argent , débris enfouis dans un sol remué et dans un humus noirâtre, ont été recueillis et tont conservés avec soin.
La route d' Authon se dirige vers Dourdan en passant par les Granges, mais il reste à visiter la paroisse de Richarvillb, Ricarville ou Richerville , dont messire François de Cugnac ^ chevalier, marquis de Dampierre^ était seigneur sous Louis XIV, et oti^ suivant déclaration donnée au roi en iSSp, il y avait moyenne et basse justice tenue en fief du château d'Étampes, avec droit et usage de chasser et vencr, « à cor et à cry, » laisser courre lévriers et chiens, tendre et bayer à toutes bêtes en la forêt et buisson appelé Montbardon et en tout le chantier de ChenevelleSy sans compter la seigneurie du BréauSaint- Lubin qui touche à la routé, et les trois fiefs de la Margaillerie, mouvant de Marcoussis, donnés en i63i à César de Balsac et possédés en partie ))ar le chevalier de Passart et les dames de Lonchamp.
De Richarville, il est facile de gagner La Forêt-let-Roy, notre plus lointaine étape de ce côté. Tenue en plein fief du château d'Etampes, c'était une baronnie dont les seigneurs, c hauts chastellains, s faisaient exercer toute justice haute, moyenne et basse^ par un bailli et autres 'officiers. Philippe de Beauvais, chevalier, en rendait aveu au roi le i** mars 1400. Plus tard, on trouve le nom du sieur de Paviot^et, sous Loiris XIV^ les enfants de feu messire Charles Leclerc de Fleurigny. M. de Gauville^ baron de La Forét-le-Roy^ était le député de la noblesse de Dourdan aux États généraux de 1789, et nous avons fait faire sa connaissance à nos lecteurs. Depuis la Révolution, le château de La Forêt a été vendu à M. de La Boirre. Acquis un instant par le prince d'Aremberg, il appartient aujourd'hui à M. le baron des Étards.
A la sortie de La Forét^ la route d*Étampes à Dourdan traverse un étroit et profond vallon^ et cette descente rapide, suivie d'une rude montée, a été autrefois un dangereux passage, difficile encore aujourd'hui.
Laissant à droite une plaine qui nous ramènerait, par Plateau et Marchais^ sur la commune de Roinville, nous retrouvons le village des Granges-le-Roy, à une demi-lieue de Dourdan, au sommet de T angle formé par la route d'Étampes et la route de Beauce que nous avions quittée. Il est inutile de revenir ici sur les détails que nous avons eu occasion de donner dans le cours de cette histoire, au sujet d'une des plus anciennes dépendances du domaine de Dourdan ; sur son rôlede grenier ou de granche du roi ; sur ses redevances en nature pour les chasses du seigneur ; sur la fondation de son prieuré contemporain de celui de Saint- Germain de Dourdan. Nous avons vu, en effet, que l'église de Saintr Léonard desGranges-le-Roy fut concédée vers 1 1 5o, par Goslin dû Lèves, aux chanoines augustins de Tabbaye de Saint-Chéron-lès-Chartres« ^t nous trouvons, dés 1 1 70, une transaction entre le prieur et les habitants, pour aie luminaire de la Saint-Barthélemy (1). »
On connaît toutes les difficultés nées au xin* siècle pour la perception de la dîme de vin des Granges dont une partie du territoire était cultivée en vignes, et les procédures du curé Barthélémy Jorri » en 12 17. L'-église de Saint-Léonard^ qui date à la fois du xn«, xiir et xiy« siècle et dont la tour carrée se voit de très-loin, partageait avec celle de Dourdan les offrandes et les legs pieux des propriétaires du pays, et son rev^u s'élevait au xin* siècle à environ 4,000 francs d'aujourd'hui. Le patroa^ saint Léonard, était l'objet du pèlerinage des mères de la contrée qui y portaient leurs enfants « pour les faire parler. » On voit^ dans le chceur et dans le milieu de la nef, des pierres tombales du xiv' et du xv« siècl^^ qui portent les noms de plusieurs laboureurs et agriculteurs de la par roisse^ spécialement des terres de Louye, et attestent d'une manière intéressante le rôle honorable du cultivateur dans la région. \ La plus grande partie de la seigneurie et des droits domaniaux des Granges-le-Roy avait été, comme on Ta dit, engagée par saint Louis /à Jean Bourguiguel et transmise par celui-ci aux t dames de Loncbamp. » Nous avons cité les contrats, cueillerets, terriers, établissant à diverses époques les droits de ces dames sur le territoire et donnant des détails curieux sur l'ancienne consistance du sol (2); leurs arrangements avec M. de Passart,au xvu" sièle; leurs traoiactions avec le duc d'Orléans à la fin du xvin*.
Un très-ancien fief, dont le nom rappelle ceux des seigneurs de Douir* dan, le fief de Jean et Louis, fils de roy, situé au centre et aux environs du village des Granges, se partageait entre les seigneurs de Sainte-
1. Arc\\iycs d* Eure-et-Loir f fonds de Saint-Chéron, — Voir au même fonds d'autj^s pièces : acquisition par le prieur d'une maison au village des Granges (décembre 1326). — Bail de prés à Dourdan parle prieuré (iSqi). — Prise de possession du prieuré, par Jean Aubert (1408), etc.
2. Voir Chapitre IV, p. 39. *^ Chapitre XIII, p. i3o, 148. ^ Pièce jttsaficative
Mesme et ceux de Marcoussis ( i ). — Au-dessus des Granges, sur la route d'Authon^ la ferme de la Villeneuve était un manoir seigneurial avec chapelle, que le chevalier de Passart quitta au xvii« siècle pour venir mourir à l'Hôtel- Dieu de Dourdan.
L'antique abbaye de Louye appartient à la paroisse des Granges avec sa plaine solitaire au milieu des bois. La chapelle dont la voûte est malheureusement en partie effondrée, subsiste à l'état de ruine. Les bâtiments, reconstruits au xviiie siècle par les dames de Saint- Rémy-des- Landes, quelques parties de l'ancien monastère forment à côté une pittoresque habitation acquise par le grand-père de la propriétaire actuelle M"»* Ventenat, née Gratiot.
Pour rentrer à Dourdan^ il nous eût fallu jadis descendre le chemin raviné de la Testée des Granges. Aujourd'hui la belle route d'Étampes nous fait pénétrer en tournant dans la vallée par la garenne des Granges, A droite sont les pentes àt% Jalots d'où la vue de Dourdan est si belle, à gauche l'emplacement de Vétang de la Muette^ un peu plus loin Normont et à ses pieds Saint-Laurent y la chapelle des lépreux. L'Orge franchie, nous sommes à Dourdan, au faubourg d'Étampes. Nous fermons le circuit, et si nous avons le regret d'avoir marché trop vite, nous gardons Tespoir de laisser au lecteur quelque envie de revoir à loisir un pays plus, varié qu'on ne le suppose^ aussi riche en vieux souvenirs et en nobles demeures qu'en beaux sites et en fécondes moissons.
I . Consistant en 63 septiers; 2 mines de terre, 12 1. de menus cens et un ratiîd de champart. — Enoncé à l'aveu rendu au roi le 20 février 1 574 par François de Balsi^c, seigneur de Marcoussis, relevant de Saint- Yon et mouvant directement de Marcoussis au moyen du partage fait entre César de Balsac de Gié et Marie-Charlotte de Balsac, dame de Dassompicrrc en i63o.'
«Jl^felr
TABLEAU GÉOLOGIQUE DE DOURDAN ET DE SES CANTONS (i).
E canton de Dourdan fait partie du bassin de Paris (2), et son sol, composé de différentes formations appartenant aux terrains tertiaires, repose sur l'assise supérieure du terrain crétacé,
10 — Troublée sans doute par des mouvements qui ont altéré son horizontalité, la craie se relève dans le canton d'une manière remarquable du nord-est au sud-ouest et se montre par des affleurements au fond de la vallée de TOrge et surtout dans celles de la Rémarde et de l'un de ses affluents (la Rabctte). Blanche et peu consistante, cette roche renferme
1. Nous devons ici des remerciements à M. Malbé, conducteur des ponts et chaus' sées à Dourdan, qui a bien voulu prendre une large part à la rédaction de cet appendice. L*étude spéciale qu'il a faite de la localité nous a permis de compléter, sur beaucoupde points, les observations données par M. de Sénarmont, dans sa description du département.
2. Toutefois, si Ton en excepte la formation des argiles plastiques, on peut dire que les couches de l'étage KocènCf si nombreuses et si développées aux abords de Paris, viennent expirer successivement en deçà ou près de la limite N. E. du canton de Dourdan, vers Breuillet, Breux, etc. A partir de ce point, Pargile plastique et les sables inférieurs séparent seuls, du terrain crétacé, les couches de l'étage Miocène des terrains tertiaires, et encore ce dernier vestige de Tétage Kocène disparnît-il parfois, notamment aux environs de Longvilliers et de Saint-Arnoult, laissant alors les sables de l'étage Miocène directement en contact avec la craie supérieure ou craie de Meu^ don.
^OO APPENOICE III»
des silex noirs. On en tire de la marne et des silex dans un grand nombre de localités : notamment des deux côtés de la vallée de TOrge depuis Sermaise jusq^u'à Saint-Chéron; autour de Rochefort et de Longvilliers oti elle s'élève à lo mètres au moins au-dessus de la vallée; à Saint-Cyr où elle se montre jusqu'à i8 mètres environ au-dessus de la rivière de Rémarde ; à l'entrée des vallons d'Angervilliers et de Vaugrigneuse* — La craie est exclusivement employée dans le canton de Dourdan à l'amendement des terres; c'est un excellent correctif pour les terrains siliceux.
2'— Sur la craie reposent en général V argile plastique et les sables inr férieurs (i). Le passage de la craie à l'argile se fait ordinairement par un poudingue de silex de la craie, lavés mais non roulés, enchâssés et liés par Targile, sorte d'échantillon de la grande assise des « argiles à silex» d'Eure-et-Loir, de Loir-et-Cher, etc.
Le dépôt de « l'argile plastique » parait s'être opéré dans un bassin
limité par les relèvements de la craie ; aussi son épaisseur varie-t-cUe
suivant qu'on s'éloigne ou qu'on s'approche de ces relèvements, jusqu'à
devenir nulle aux points oîi la craie atteint sa plus grande hauteur,
comme dans les communes déjà citées de Longvilliers et de Saint-Ar-
' noult, ainsi que dans le coteau du Tertre, vis à vis Sermaise, tandis que
* sur d'afitres points, notamment à Dourdan, la puissance de cette assise
' atteint et dépasse même parfois 1 5 mètres.
Grise, blanche, jaune, rouge ou lie de vin, l'argile contient de la pyrite et du gypse en petits cristaux. Séparées par des sables , les couches argileuses retiennent les eaux et donnent naissance à des sources abondantes. De nombreuses tuileries exploitent ce t)anc d'argile au moulin de Guédone, à la Bâte, à Angervilliers, à la Fontaine-aux-Cossons, aux Tuileries près Saint-Chéron, et d'anciennes fouilles ont été ouvertes près du hameau de la Poterie, dans le vallon de Clairefôntaine et près du Val- Saint-Germain. Quelques-unes de ces tuileries fournissent maintenant de nombreux <r drains » à l'agriculture, qui puise ainsi, dans l'argik même, les moyens de combattre les effets si nuisibles de sa trop grande imperméabilité.
Le terrain d'argile plastique renferme du minerai de fer qu'on peut trouver presque partout à la surface du sol en rognons assez riches. On retrouve d'anciennes scories et l'on croit voir des trous de sonde tout autour de Dourdan, dans le vallon de Clairefôntaine et aux environs de Rochefort. Le nom de plusieurs localités prouve d'ailleurs surabondamment que ces minerais ont servi autrefois à la fabrication du fer ; il suffit de citer : le champtier des Minières, le Minerai, les Hautes-Minières, près Dourdan ; le hameau du Fourneau, le moulin de la Forge dans la commune de Longvilliers, le village de Forges, etc.
X . Voir sur la carte, à la fin du volume, les coupes géologiques^ figure 1.