PERSONNES ET BIENS D'EGLISE A DOURDAN
AU XIIP SIÈCLE.
ANS répéter ici ce que nous avons pu dire sur ce sujet dans les chapitres précédents, et ce que nous aurons occasion de dire dans les chapitres spéciaux que nous consacrerons plus tard aux deux paroisses de Dourdan, nous croyons utile de préciser Tétat ecclésiastique de Dourdan au xiii® siècle. En énumérant quelquesuns des biens possédés alors par le clergé, nous aurons occasion de faire plus directement connaissance avec certains éléments de la vie locale.
Par suite de la donation de Tévéque Goslin, Téglise Saint-Germain, devenue le prieuré Saint-Germain^ était desservie par des chanoines dont le prieur était spécialement chargé du soin des âmes, /7norcwraft/5. Leco/lateurélaXx, l'abbé de Saint-Chéron-lès-Chartres. C'était lui qui détachait de son couvent les chanoines réguliers qui formaient le clergé de Dourdan. C'était à lui que le roi Philippe-Auguste avait dû s'adresser pour le service de la chapelle Monsieur S, Jehan du château. C'était lui, en un mot, qui conservait sur ses v frères » la haute main, et jouissait^ avec son couvent^ de la plus grande partie des grosses dîmes de Dourdan. Mais outre la suprématie abbatiale, il y avait la suprématie épiscopale et archidiaconale. Dourdan, nous l'avons dit, faisait partie du Grand Archidiaconéy le premier des archidiaconés du diocèse de Chartres et, dans le grand archidiaconé, il appartenait au Doyenné de Rocheforty l'un des six doyennés relevant du grand archidiacre (i). Les archidiacres, dont
I . L'évéché de Chartres, le premier des sufifragants de la métropole sénonaiae, me-
PERSONNES ET BIENS d'ÉGUSE à DOURDàN AU Xllie SIÈCLE. 33
Tinstitution n'est pas antérieure au ix*" siècle, avaient, comme on sait, la charge spéciale de visiter les églises de leur archidiaconé et de veiller à la discipline ecclésiastique. Ils percevaient les revenus des cures vacantes, étaient juges ecclésiastiques de leur district et avaient une cour, un officiai et des sergents. Les paroisses inspectées devaient à Tarchidiacre le droit, généralement converti en argent, de procuratioUy c'est-àdire le gîte et la nourriture pour lui et ses gens. *
L'évéque de Chartres avait sur les paroisses de Dourdan son droit de visite, et Saint-Germain figure en tête de la liste des « procurationes episcopi Carnotensis in majori diaconatu y » extraite d'un pouillé du diocèse de Chartres rédigé dans la seconde moitié du xiii« siècle (i) D'après cette même pièce, le nombre des paroissiens de Saint Germain était alors dç 220. Mais par paroissiens {parochiani) il faut entendre les chefs de famille, et en multipliant ce nombre par une moyenne de quatre têtes, comme pour l'évaluation des habitants psir feux, on obtient un chiffre approximatif de 880 personnes.
L'estimation du revenu de Saint-Germain est de 80 livres (2). C'était de beaucoup la plus riche des paroisses des environs, dont quelques-unes pourtant, comme Saint-Arnoult, Châlo-Saint-Mard, et surtout Sonchamp, étaient alors plus peuplées (3). Par suite de donations ou en
surait près de 200 kil. de long sur 160 de large, et absorbait, en totalité ou en partie, la Beauce, le Saltus du Perche, les Pagi Chartrain, de Dreux, de Madrie, de Pinserais, de Dunois, de Vendôme et de Blois, c'est-à-dire les anciens districts administratifs que l'érudition moderne a groupés sous la rubrique « civitas Carnotensis » du Notifia provinciarum et civitatum Galliœ, et qui se retrouvent assez bien dans la division en archidiaconés.
Le grand archidiaconé renfermait trois cantons du Perche, et s*étendait sur le Chartrain et PÉtampois. Il comprenait dans ses six doyennés (Épernon , Auneau, Rochefort, Brou, Nogent-au-Perche, Courville) 223 églises paroissiales.
Le doyenné de Rochefort, qui représentait une fraction de l'ancien j^a^s Stampensis, renfermait tout l'Étampoischartrain et une partie de la Beauce. Sur les soixantesept paroisses qu'il comprenait, cinquante-et-une appartiennent aujourd'hui au diocèse de Versailles; Dourdan est de ce nombre. — Voyez de Lépinois et Merlet, Cartulaire de N.-D, de Chartres. Itàrod,, p. XLVII, etc.
1. Cité au cartulaire de Saint-'Père de Chartres, publié par M. Guérard, in-40, 1840, tome I. — Tiré d'un manuscrit de la Bibl. Imp. , coté cart. 43, et d*un manuscrit de la bibl. de Chartres, connu sous le nom de livre blanc,
A la suite de la paroisse Saint-Germain, fournissent procuration à Tévéque dans le doyenné de Rochefort : Saint-Pierre de Dourdan ; — l'abbaye de Claire-Fontaine ; — Bonnelle [Bonella) ; — Saint-Arnoult ; — Bretencourt {Bertocuria) ; — Boinville-le- Gaillard {Boenvilla), etc.
2. La livre valait environ 25 fr. à la fin du xii* siècle, et comme le pouvoir de l'argent est de nos jours quatre fois plus faible qu'il ne Tétait alors, la livre valait environ 100 fr. de notre monnaie. (Guérard.)
3. Voici la comparaison avec plusieurs paroisses des environs :
FAXOISSES. PAROltfSIEMS : ESTIMATIONS. COLLATSURS.
Foresta Régis 72 3o livres. Le grand archidiacre.
(La For£t-4e-Roy).
vertu du droit paroissial, Saint-Germain ou, pour mieux dire, le couvent de Saint-Chéron jouissait à cette époque de dîmes assez fructueuses et fort recherchées sur les vignes qui couvraient alors une grande partie du territoire de Dourdan. Ces dîmes furent souvent l'objet de contestations et de procédures qui fourniront dans la suite de ce chapitre plus d'un curieux détail. Comme l'église de Saint-Léonard des Grangesle-Rqy avait été, en même temps que Saint-Germain, donnée à l'abbaye de Saint-Chéron, les droits et les prétentions de l'abbaye s'étendaient aussi sur ce territoire voisin de Dourdan.
Quand les chanoines de Saint-Chéron avaient pris, au xii* siècle, possession de la paroisse de Saint-Germain, ils avaient entrepris la reconstruction de l'église très-probablement sur remplacement d'une église plus ancienne. Des vestiges de constructions de la fin du xiie siècle se retrouvent, en effet, dans le chevet remanié du vaisseau actuel. Mais c'est au XIII* siècle que remontent le plan complet et l'exécution d'ensemble de rédifice, faciles à reconnaître sous les modifications, les restaurations tant de fois nécessitées par les outrages du temps et surtout des hommes. Le prieuré attenait à Féglise et regardait la vallée, c'est-à-dire le plein midi. Le terrain qui en dépendait, augmenté au siècle suivant par la munificence des seigneurs, entourait à peu près Téglise, et s etageait en terrasses au-dessous des contre-forts. Une belle pièce souterraine, que nous décrirons ailleurs, avec voûtes en plein cintre soutenues par des piliers aux massifs chapiteaux* existe encore sous les bâtiments du presbytère. Il est difficile de voir dans cette sorte de crypte^ malgré son aspect imposant et