DOURDAN SOUS LES COMTES D EVREUX
nommait des députés pour la représenter à ces Etats généraux, et nous y trouvons avec intérêt quelques anciens noms. Jehan Aubert, prévoust de Dourdan^ et Giles de Braules, garde du scel de la prévôté, font connaître le rappel de Jehan dou Chaste!^ bourgeois de Dourdan, clerc^ récemment désigné pour se rendre à Tours, et la nomination faite, en son lieu et place, « de Tasentement et de lacort des bourgois de Dour- « dan et de tout le commun, pour la chastellerie de Dourdan, de Jehan « le Roy et Robert Ermesant, bourgois de Dourdan, lais, et Monnin a Lade, sergent d'ice leu,» qui devront éire à Tours, «à trois semaines « de Pasques, là où le Roy nostre syre sera, à oir le commandement « nostre père le Pape et le Roy nostre seigneur. » Donné à Dourdan, « le lundi devant la seint Jaques et seint Phelipe, » Tan i3o8 (i).
En même temps, un grand scandale éclatait à la cour de France (i 3 14). Les chroniqueurs du siècle le racontent, la honte au front. Ck>mme Dourdan est une des pnncipales scènes de ce drame historique, nous le retracerons ici , uniquenient d'après les anciens textes et les auteurs contemporains.
Sur les marches du trône, où ils devaient tour à tour monter, se voyaient alors, grands et beaux comme leur père Philippe le Bel, trois jeunes et vaillants princes, Louis le H u tin roi de Navarre, Philippe le Long comte de Poitiers, et Charles le Bel. Tous trois avaient épousé de jeunes et charmantes princesses dont la beauté attirait tous les regards. Louis, l'aîné, s'était uni à la fille du duc de Bourgogne, Marguerite, qu'il avait faite reine de Navarre ; Philippe avait épousé la première fille du comte de Bourgogne, Jeanne ; et Charles avait obtenu la seconde. Blanche, une toute jeune enfant.
Transportées loin de leur famille, dans une cour galante; assez peu surveillées par leurs très-jeunes époux, les trois belles-sœurs couraient grand risque. La pétulante Marguerite ( regina juuencula ) se lia d*étroite amitié avec la petite princesse Blanche, et toutes deux passaient ensemble de joyeuses journées en compagnie des gentils chevaliers de leur suite. Jeanne, plus sage et plus sérieuse, se tenait un peu à Técart. Sans être tout à iait de la même cour, elle voyait bien dans la conduite de ses sœurs certaines apparences qui lui déplaisaient; mais elle fermait les yeux, p*ar crainte du scandale et par amour de la paix (2). Les choses allèrent de telle sorte qu'un certain jour Marguerite et Blanche, con-
t* Arch., j. 41 5| 5è— Fragment de sceau sur queue de parchemin ; au dos est écrit : Villa de Dotdano ; une fleur de lis, au contre-scel : croix cantonnée de quatre alérions.
2. Nos lecteurs nous sauront peut-être gré de mettre en regafd de notre récit la version naïve et peu connue que nous tirons de la Chronique rimée attribuée à Oeffiroi de Paris, conteur du temps, espèce de récitatif ou complainte populaire :
La fille au conte (Blanche), si avait Une suer (Jeanne) qui riens ne savait
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vaincues d'adultère avec deux jeunes chevaliers, furent saisies par ordre de leurs époux furieux, honteusement répudiées, couvertes de haillons^ jetées dans une barque et transportées sur la Seine jusqu'aux Andelys, où une étroite prison les attendait au château Gaillard pour le reste de leur triste vie. La pauvre reine Marguerite, enfermée seule dans le haut d'une tour où elle avait froid, pleurait nuit et jour sa faute et le déshonneur qui en rejaillissait sur les reines de France. Ceux qui pouvaient la voir se retiraient le cœur brisé (i).
Quant aux deux chevaliers séducteurs, Philippe et Gaultier de Launay {de Alneto)^ regardés comme d'infâmes traîtres à leurs seigneurs; convaincus d'avoir, depuis trois années, abusé de l'âge et de l'inexpérience des jeunes princesses, ils furent jugés à Pontoise et expièrent leur crime dans d'horribles supplices, écorchés vivants sur la place- publique, mutilés, écartelés, décapités et pendus. Les époux outragés poursuivirent à outrance de leur vengeance féroce les complices présumés. Tous subirent la torture. Beaucoup de noblps et de vilains furent noyés ou tués en secret.
Jeanne même n'échappa pas au soupçon. Le vieux roi , outragé dans sa fierté, voulait aller jusqu'au bout de son déshonneur et n'épargnait personne. Il fit prendre aussi sa troisième bru pour la juger. Jeanne cria bien haut qu'elle était innocente, demanda à se justifier et obtint du roi qu'il fût fait à son égard une sévère enquête (2). Mais il
De la Royne (Marguerite), et de ta luer,
Car cl n^estait pas de leur cuer,
N^au segré conseil apelée ;
Si vit èle, mainte jomée,
Maint semblant qui li desplaisait.
Mes de ce pas parler n^osait,
Por la honte de son lignage.
Et por corrous et por damage
Eschiver : car qui le tout taist
De toux a pais, yers nul n*a plaist.
Mes il n*e8t nul feu tanz fumée :
Lors est la chose ainsi alée ;
Le ftt fut ataint et prouvé .