‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 36 sur 191 · DOURDAN SOUS LES COMTES D^ÉVREUX · texte numérisé non relu

DOURDAN SOUS LES COMTES D^ÉVREUX

fallait enfermer provisoirement la prévenue; Philippe se souvint de Dourdan. C'était un lieu sûr, peu éloigné, une maison royale dont on pouvait faire une prison; la captive s'y trouvait chez son oncle, Louis d'Evreux. Le séquestre était convenable et commode. Louis fit ouvrir son château à la jeune princesse. On Ty conduisit, gardée à vue> et on l'y retint prisonnière. Ordre était donné de ne lui rien refuser; mais, triste et solitaire, la pauvre jeune femme pleurait l'absence de son mari qu'elle aimait, et n'était sans doute pas très-rassurée sur l'issue de cette triste affaire et la sentence de ses sévères juges (i). Une année s'écoula, bien longue pour la captive de Dourdan; la vérité s'était fait jour; Jeanne était reconnue épouse innocente et pure, et, en grande assemblée du parlement de Paris, en présence du comte de Valois, de Louis d'Évreux et d'une foule de nobles seigneurs, un décisif et solennel jugement était rendu en sa faveur. Sa prison s'ouvrit , son mari vint la chercher et la ramena en grande pompe et allégresse à Paris. C'était aux environs de Noël; tous les princes du sang se rendirent à sa rencontre; le roi lui-même vint au-devant d'elle pour lui faire honneur. Ce n'était plus le roi Philippe le Bel; il n'avait pas survécu à ce grand chagrin domestique, et la France était en deuil de lui.

c Qui est qui parle contre moy?

« Je dis que je suis preude fâme,

« Sanx nul crisme et sans nul diflFame ;

c Et se nul le veut contredire,

a Gentil roy, je vous requier, sire,

• Que vous m*oyez en deflPendant.

d Se nul ou nule demandant

« Me vait chose de mauvestié, «

« Mon cuer sens si pur, si haitié

< Que bonement me deffendrai, a Ou tel champion baillerai

< Qui bien saura mon droit deffendre, « S'il vous plest à mon gage prendre. • Li royal Tun Tautre bouta

Et le roi qui bien Tescouta Li a dist : < Dame, nous saron « De ce, et droit vous en feron .

« Mes par devers nous demorrez c Et droit et raison en orrez. »

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