Archives de l'Empire, Xia. 8612, f
4. c ...Par ces présentes, unissons et incorporons les chastellenies» terres et seigneuries de Dourdan et la Ferté-Âlès aux honneurs, privilèges, prérogatives, libertez, franchises, exemptions et prééminences appartenant à duché, sous une seule foy et hommage de nous et de nostre couronne, et sous le ressort immédiat de nostre Cour
72 CHAPITRE Vn.
jouit largement de sa souveraine faveur et de son riche domaine^ mais à la mort de son royal protecteur elle perdit tout (1547). La France oublia la favorite, et Henri II reprit le duché.
Les comptes de l'ordinaire de Dourdan, rendus, pour les années 1540 à 1549, par Louis Tirard (i), receveur ordinaire, nous apprennent que pendant ce temps le roi, comme naguère le seigneur de Gobaches, se réservait toujours, dans la terre des Murs^ près le grand étang, affermée aux d^cendants de Jean Seigneur Charron^ le buisson ou tallopée planté d'épines pour Tébat et la nourriture des conils du rojr notre sire. Peut-être le galant roi vint-il chasser à Dourdan, sur les terres de la belle Anne, lorsque, le 26 février 1 547, il demeura à Rochefort, un mois avant d*aller mourir au château de Rambouillet (2).
Henri II fit ce qu'avaient fait beaucoup de ses prédécesseurs; manquant d'argent, il engagea une partie de son domaine. Ce n'était pas la première fois que Dourdan sortait de cette manière des mains du roi de France. Les besoins étaient pressants ; Henri voulait retirer des mains des Anglais les places qu'ils occupaient encore dans le Nord ; il avait à entretenir une foule de gens de guerre dont les exigences embarrassaient singulièrement le trésor. C'est sur ces entrefaites que Dourdan fut vendu, en 1 549^ à faculté de rachat perpétuel, à François de Lorraine^ duc de Guise, en même temps que les seigneuries de Provins et de Saumur, par les commissaires du roi, a avec les aydes qui en dépendent, n pour la somme de a sept vingt quinze mil quatre cens quatre vingt unze livres a ung solz tournois. » En reconnaissance des services du duc, très-vantés par le roi, « et pour le désir, ajoute le monarque, que nous auons d'auan* « tager notre dit cousin des prérogatives et prééminences qui puissent tt tourner à l'ornement et décoration des choses ainsi par lui acquises, c lui avons octroyé par ces présentes.... pouuoir, puissance et faculté de cr nous nommer et présenter gens idoynes, capables et suffisans aux • bénéfices desdites châtellenies, ressorts et juridictions d'icelles.... ence semble à tous et chascuns les états et offices royaulx ordinaires, et daa vantage aux extraordinaires, des aydes et choses extraordinaires dont il joyt^etc. (3). »
François de Lorraine ayant, « par inadvertance, n négligé de faire publier et enregistrer ces dites lettres, et craignant quelque opposition, en
de Parlement : voulant que tous les vassaux et autres gens, de quelque autorité et condition qu*ils soient, tenons noblement ou roturièrement desdits comté d'Estampes et chastellenies de Dourdan et la Ferté quand ils feront doresnavant leurs hommages et oailieront leurs denombremens et adveus, les fassent et baillent sous le nom et tiltre de duché, et semblablement tous leurs autres actes et reconnoissances. t (Lettrespatentes d'érection, janvier 1 53 6.— Archives de l'Empire. Xia 861 3, fo 9.)
I. Une rue de Dourdan (de la rue de Chartres à la rue Neuve) porte encore aujourd'hui le nom de Tirard,
a. Itinéraire des rois de France.— Pièces fugitives, etc.
3. Lettres patentes du 8 avril 1 5 5o.-* Archives de l'Empire, Xia. 8621, ^ 184.
LES SEIGKBURS BNGAGISTeS DE OOURDAN. j'i
obtient confirmation par lettres nouvelles du 27 juin iSS^ (i).Alainort de Henri lï, le duc de Guise, quia paisiblement joui de son droit, acrainct a et double que cy après on lui voulsist mectre ou donner en cela quel- « que trouble, destourbier ou empeschement au moyen du trespas du ■ roy depuis intervenu. > II demande et obtient les lettres de continuation nécessaires le i5 janvier 1559 (2).
L'année 1 556, sous ce nouveau seigneur, fut consacrée pour Dourdan à un acte sérieux et pacifique, qui occupera dans le chapitre suivant la place qu'il mérite; nous voulons parler de la rédaction des coutumes, véritable bienfait du roi Henri H. Cette opération importante et délicate, cette fixation des droits et des usages, ne pouvait se faire sans l'intervention et la participation de tous les ordres de la société, et c'est pour nous, en même temps qu'un repos après et avant tant d'orages, un curieux spectacle, une précieuse occasion de faire connaissance avec tous les personnages qui, â des titres divers, prétendaient avoir alors sur notre contrée des droits de propriété ou des traditions de censive, de patronage et de suzeraineté.
I. Archive» de l'EinpirB, Xii, 86ai, f i85, I. Idem, 86ï3, (• 100.
[OMMB toutes les coutumes des autres villes du royaume, cornposéed^usages successivement établis, la coutume de Dourdan n'avait pas encore été rédigée. Un édit de Charles VIII, en 1453, avait, il est vrai^ ordonné cette rédaction; mais un siècle s'était écoulé, et faute d'un texte certain, « les subjectz étoient tumbez « en grandes involutions de procès, confusion^ diiiicultez et despences « de faire preuves. »
Frappé de ce désordre, Henri II nomma une commission chargée de se transporter partout où besoin serait, dans les diverses provinces et seigneuries ressortissant par appel en la Cour du parlement, et le 28 décembre de Tan i556, Dourdan vit arriver dans ses murs le président Christofie de Thou (père du fameux historien) et les deux conseillers du roi Barthélémy Paye et Jacques Viole, venant d'Étampes, où ils avaient achevé leur tâche. Dès le 19 octobre^ le bailli de Dourdan, Tristand le Charron, avait reçu ordre des commissaires royaux de convoquer à jour fixe « tous et chacuns les prélatz^ abbez, chapitres^ collèges et personnes a ecclésiastiques^ ducz^ comtes, barons^ chastellains et seigneurs justiciers^ a les officiers du roy, advocatz, procureurs, bourgeois, les manans et haa bitans^et gens du tiers estât des villes^ villaiges et lieux enclavez au dea dans dudict bailliaige et ancien ressort d'iceluy, pour veoir procéder à a la rédaction desdictes coustumes, icelles accorder, mettre et rédiger par a escript^ lire et publier^ pour dorénavant estre gardées et observées par
LES COUTUMES DE DOURDAN. j5
a loy. » Le bailli s'était hâté de faire faire cette assignation par le premier sergent royal du bailliage, et, bon gré, mal gré, « sous peine de prinse a et saisie de leurs biens, » tous les ayants cause^ dûment mis en demeure^ étaient réunis le mardi 29 décembre, a heure de sept heures, attendant c huict heures du matin, » dans la salle du Plaidoyer ou auditoire qui s'ouvrait dans l'ancienne halle de Dourdan.
Maître Pierre Rousselet^ greffier du bailliage, ayant donné lecture des ordonnances royales, appela les trois états.
D'abord, VÉtat d'Église :
Par leurs procureurs comparurent :
Révérend Père en Dieu, messire Charles Guillart, évêque de Chartres, représenté par Jehan Peronnel, vice-gérant du grand archidiacre de Chartres en son siège de Dourdan.
Le révérendissime cardinal de Chastillon, pour les droits qu'il prétend, à cause de son abbaye de Saint- Benoît-sur- Loire, à Sonchamp, Authon, le Plessis-Saint-Benoît et Sainville.
Messire Eustache du Bellay, évéque de Paris, à cause des prieurés de Louye et de Saint- Amoul, dont il est prieur.
Maître Jacques de Monthelon, grand archidiacre de Chartres.
Les religieux, abbé et couvent de Saint-Chéron-lès-Chartres, pour leurs droits de censive.
Les religieux, abbé et couvent de Clairefontaine, pour le fief des Jalots et autres droits.
Les religieux, abbé et couvent de Morigny-lès-Estampes, pour leur droit de censive.
Les doyen, chanoines et chapitre de l'Église de Paris, pour leurs droits au village de Corbreuse, Outrevilliers, la Grange- Paris, Aizainville et environs.
Les religieuses, abbesse et couvent de Longchamp, pour censive et autres droits.
Les religieuses, abbesse et couvent de Villiers-lès-Estampes , pour dîmes inféodées et autres droits.
Puis se présentèrent :
Frère Pierre Prieur, prêtre, prieur-curé de l'église Saint-Germain de Dourdan.
Maître Jacques SouUay, prieur, et frère Jacques Audren, prêtre, curé de l'église Saint-Pierre.
Frère Louis Guérin, prêtre, prieur-curé de l'église Saint- Léonard des Granges-le-Roy.
Frère Antoine de Lyon, commandeur d'Étampes, pour le fief de la Roche.
76 CHAPITRE Vin.
Maître Hiérome du Tertre, officiai du grand archidiacre en son siège à Dourdan.
Maître Jacques Le Maire^ promoteur dudit archidiacre à Dourdan.
Maître Jean Bernard, curé de Sermaize.
Maître Claude de la Montenelle, curé de Corbereuse.
Maître Jean le Meignan, maître et administrateur de l'hôtel-Dieu de
Maître Nicolas Butin, chapelain de la chapelle Saint-Georges, assise à Blancheface.
Après l'État d'Église, VÉtat de noblesse:
En tête, haut et puissant seigneur François de Lorraine, duc de Guise, pair de France, seigneur usufruitier de Dourdan, représenté par M* Pierre Gonnot, son procureur et receveur.
Puis, messire Aloph de l'Hospital, chevalier, seigneur de Saint-Mesme, le Jallier, Denisy, Corpeaux, Roullon, Semonds, les Jourriats, Grousteau, Chenevelle et Vauloseil. Il était là en personne , pour défendre les intérêts de ses nombreux et riches domaines, assisté de ses deux avocats.
Messire Jehan le Clerc, chevalier, seigneur de Beauvais.
Noble homme maître Adrian du Drac, conseiller du roi au parlement;
Noble homme maître Jacques H urault, conseiller du roi en son grand conseil, seigneur du Marais^ le Val-Saint -Germain, Chasteaupars, les Mignères et Grillon.
François de Hémery, écuyer, seigneur de Blancheface, la Bretonnière et le Mesnil.
Jean de Grante, écuyer, seigneur du Coulombier, Malassis et Beaurepaire.
Jean de Boulhard, seigneur du Grand-Platel, et Grateloup.
Noble homme maître Pierre Chevalier, conseiller du roi et maître ordinaire en sa chambre des comptes, seigneur du Tertre.
Damoiselle Isabeau de Buserolles, tutrice des enfants de Jean du Guéregnard, seigneurs de Bellanger.
Maître Jacques Boudet, avocat au parlement, seigneur de TEschanson.
Maître Jacques Bougon, seigneur de Hautes-Mignères.
Antoine de Lucault, Jacques d* A verton, Adrian Berthelot, pour le fief de Maudestour.
La veuve de Jean de Pouy, pour ses filles, dames de Bandeville, assis à Corbreuse.
François Simonneau, seigneur de Pinceloup, assis en la paroisse de Sonchamp.
Thomas Brémant, écuyer, pour le fief et moulin de Grandville, assis en la paroisse du Val-Saint-Germain.
Noël Bouter, seigneur du Bois-Poignant.
Claude des Mazis, écuyer, seigneur de Drouville et de Marchais en partie.
Jacques de Morinville^ écuyer, seigneur de Chantinonville. Tristand de Longueil, seigneur de Bichetelle,
Après la noblesse^ et avant le tiers état^ comme une sorte d'ordre intermédiaire, le corps des officiers du roi à Dourdan :
Le bailli^ Tristand le Charron.
Le prévôt, Etienne Hervé.
Deux élus, Hugues Poussepin et François Legendre.
Le commis à Texercice de la justice des forêts, Pierre Boudet.
Le greffier des insinuations, Florent Gouyn.
Le fermier du tabellioné, Hannibal Périer.
Le notaire royal, Denis Fanon.
Un avocat, Guy Léomont.
Les procureurs Guillaume Fanon, Adam Charles, Jean le Camus, Marin Deschamps, Etienne le Doux, Jacques Yvon.
L'appréciateur juré, Jean le Mareschal.
Les sergents royaux Pierre Gueau, Philippe Trousse, Denis Belhomme, Jacques Hourry, Louis et Etienne Chanteau, Jacques Boudon, Jacques Dugué.
Les sergents verdiers de la forêt, Gilles Liger et Jean de Blèves.
Les sergents royaux en l'élection, Julian et Denis Boutet.
Le maître-maçon juré pour le roi au bailliage, Pierre Leroy.
Enfin le Tiers État:
Représentés par leurs procureurs presque tous gaigers, c'est-à-dire marguilliers des paroisses, comparurent les manans et habitants de : Dourdan;
Sainte-Mesme et Denisi; Les Granges-le-Roi ; Authon et le Plessis-Saint-Benoît ; Sermaize; Corbereuse ; Roinville; Val Saint-Germain ; Chantinonville; Moiretel et Marchais.
A rappel de leurs noms ne répondirent pas plusieurs curés du bailliage, plusieurs seigneurs possesseurs de quelques fiefs ou de quelques droits aux environs, maître François Buron, maître et administrateur de la
maladrerie Saint-Laurent de Dourdan , les manants et habitants de Sonchamp et de Sainville ; défaut fut donné contre eux.
La discussion commença. Plusieurs protestations se produisirent. Avant toutes, celle du procureur du roi, qui s'éleva fort justement contre les titres de fiefs prétendus par certains seigneurs, « à cause que plusieurs a d'eux avoient grandement dilaté leurs fiefs sur la forest de Dourdan, oc de laquelle ils estoient voisins, au grand dommage du roy; tendoient a à s'en estranger, s'advouant d'autres seigneurs loingtains pour ester « la cognoissance de telles usurpations ; et que de ce qu'ils en tenoient « n' avoient baillé adveu ne dénombrement qui fust suffisamment reçeu a et vérifié. » — Triste mais inévitable résultat des fortunes si variables de notre pauvre ville pendant les siècles qui venaient de s'écouler.
Les procureurs du cardinal de Chastillon, à cause de son abbaye de Saint- Benoît-sur-Loire, tentèrent de soustraire Sonchamp, Authon et Sainville à la juridiction et aux coutumes de Dourdan, en invoquant celles d'Orléans, Montfort et Étampes. Mais le procureur du roi leur prouva que c'étaient des usurpations et des abus, et il ajouta, ce qui était très-vrai, que a depuis plus de soixante ans Dourdan avoit été aux « mains des usufruictiers, auxquels le roy l' avoit baillé, et qui n'avoient a eu le soing de faire garder les droicts du roy. d
Autrement graves et inquiétantes furent les prétentions du substitut du procureur d'Etampes, Girard Garnier. Invoquant la réunion de la châtellenie de Dourdan au duché d'Etampes, il dit avec dédain que a ceulx de Dourdan se seraient ingérez de vouloir faire rédiger quelques « prétendues coustumes, et à ce faire appeler les habitans d' Authon, a le Plessis-Saint-Benoist, Congerville et Sainville, de la jurisdiction du « dict bailliage d'Estampes, et déjà appelez comme subjects à ses cousa tûmes. » Il protesta de nullité pour tout ce qui se ferait, et se vanta a de faire cy-après contraindre les habitans de Dourdan à se régler selon « les coustumes d'Estampes. 9
Repoussant vigoureusement l'attaque et traitant le plaidoyer de Garnier a d'impertinent et sans raison, » le procureur du roi représenta l'antique et actuelle possession de Dourdan par la couronne, rappela ses protestations au sujet des villages cités lors des récents débats pour la rédaction des coutumes d'Etampes, oîi personne n'avait jamais eu Pidée d'appeler Dourdan, et bien loin, ajouta-t-il, que Dourdan eût rien à démêler avec Étampes, c'est Étampes qui autrefois ressortissait à Dourdan pour les cas royaux. D'ailleurs, les coutumes de Dourdan avaient toujours été fort différentes de celles d'Etampes, coutumes toutes bretonnes introduites jadis à Étampes par les ducs de Bretagne. Quant aux villages en cause, réunis à la châtellenie de Dourdan par lettres patentes du 2 août 1 532, c'est à Dourdan qu'ils payaient les droits seigneuriaux, c*est au bailliage de Dourdan qu'ils appartenaient.
Calme et impartiale, la commission royale n'en continua pas moins
son œuvre; mais les deux parties furent renvoyées à la cour de parlement le lendemain des Rqys.
Rejetant tour à tour les prétentions des chanoines du chapitre de Paris, seigneurs de Corbreuse, qui voulaient se rattacher à la prévôté de Paris, les réclamations de Chatignonville, du Val Saint-Germain, du Marais, Bandeville^ Roinville et Villeneuve, qui revendiquaient le ressort de Montfort ou celui de Montlhéry, le procureur fit valoir les droits de Dourdan sur ces villages, qui a avoient voulu se distraire à Tappétie de a leurs seigneurs et esgarer les droicts du roy. d
Personne n'élevant plus la voix^ acte fut donné des protestations, et la rédaction des Coutumes commença. Les trois États prêtèrent serment fl de rapporter, en leurs consciences et loyautez, les coustumes anciennes fl qu'il avoient veu garder audict bailliage, et aussi dire ce qui est subc ject à réformation, correction ou modération^ pour le bien, proufit et c utilité du pays. » Rousselet- donna lecture des cent cinquante-un articles présentés par les officiers royaux comme composant la coutume de Dourdan , et le procès-verbal de la séance nous a conservé les amendements ou additions à bon nombre d'et\tre eux, de Tavis des trois États. Le droit coutumier était devenu droit écrit. En ordonnant que a lesdites cous- « tûmes seroient entretenues, gardées et observées pour loy, » la commission royale y attachait la sanction pénale, et, revêtue du seing et des armes des magistrats qui avaient accompli leur tâche, la Coutume de Dourdan était portée à Paris, à côté des autres coutumes du royaume, dans le grand arsenal juridique d*oti sont sortis les codes de notre législation moderne.
Outre rinsertion qui fut faite de la Coutume de Dourdan dans le Coutumier général, une édition spéciale en fut donnée par Jacques Boudet, avocat au parlement et seigneur du fief de Leschanson, sis à Dourdan^ en un petit volume in-8 de 5 1 pages, sous le titre de Covsivmes dv hailliaige et chastellenie de Dovrdan, à Paris^ a pour Galiot du Pré, c libraire iuré de TVniversité, au premier pillier de la grand salle du c Palais, 1 5 5 9.» L'éditeur dédie son livre à a monseigneur messire Gilles « le Maistre^ premier président en la court de parlement, » et, dans une emphatique préface, il Tassure de la reconnaissance des habitants de Dourdan, qui a sous sa faveur se sentent délivrez des troubles, esquelz « Licurge ancien législateur des Lacédémoniens a quelquefois mis sa « république, pour avoir deffendu de ne rédiger par escrit les coustumes « sous lesquelles il commendoit de vivre. 1»
lE duc de Guise choisit Dourdan pour undes quartiers généraux de sa maison, et c'est là qu'il fit établir ses écuries. Elles furent installées dans le château (i). Le souvenir d'un desof&ciers de cette écurie a été longtemps en grand honneur à Dourdan, à cause d'un fait insignifiant en apparence, qui a été le point de départ d'une industrie précieuse pour la ville et toute la contrée. Cet officier, s'amusant à voir travailler un jeune garçon qui fabriquait des bonnets de laine, suivant l'usage très-répandu dans le pays, fut frappé de son adresse et lui suggéra l'idée de faire un bas. Comme modèle^ il lui donna un de ses vieux bas de soie, et ne fut pas médiocrement surpris quand le jeune homme lui rendit un bas d'estame fait en perfection. L'apprenti devint l'instituteur de ses compagnons, et tous les ouvriers de la ville se mirent à faire des bas. Les villages voisins, dont le tricot de laine était la principale occupation, ne tardèrent pas à suivre leur exemple, et cette fabrication se répandit en Beauce à dix lieues à la ronde. Quelques années
I. Il en existait encore une partie, en 1597, au rez-de-chaussée du bâtiment de droite qui avait vue sur la rue de Chartres et aboutissait à la grosse tour: c Au dessoubx « des chambres haultes sont les écuries garniz de leurs posteaulx, rastellîers et man- € geoires» en longueur de trois espasses, estans lesJicts posteaulx espassiez de cinq € piedz loing Tung de Taultre, partie carrelées de pavé de dix-huit piedz de long et de « six piedz de large, et Taultre partie de soUives couchées estre terre où marchent les « chevaulx ; estans lesdictes escuries de vingt-deux piedz de longueur. • (Archives de TEmpire Q. i5i4,— Procès-verbal de Visitation fait pour M, deSançy,)
DOURDAN SOUS LES GUISES. 8l
après^ les ouvriers de Dourdan, plus habiles que ceux de la campagne, laissèrent à ceux-ci le tricot de laine et s'adonnèrent presque exclusivement aux bas de soie^ dont le produit fut pour eux^ pendant plus de deux siècles^ une véritable fortune.
La mort du roi Henri II accrut démesurément la puissance du duc de Guise. La couronne retombait sur la tête de trois enfants. C'était un orage de près d'un demi-siècle qui commençait pour la France. Cathe* rine de Médicis, femme aux passions violentes^ régente aux intrigues ténébreuses^ tenait les rênes du gouvernement. Elle les confia aux Guises, qui, déjouant les complots de la faction rivale, devinrent bientôt euxmêmes d'inquiétants prétendants. Nous ferons, en passant, une mention spéciale des fameux États-généraux de i56o, où la ville de Dourdaneut à sefEiire représenter comme les autres. Le 12 novembre 1 5 60, par une lettre datée d'Orléans, le jeune roi François II fait savoir à son amé et féal le bailli de Dourdan que, changeant la résolution qu'il lui avait fait antérieurement connaître, de rassembler, le 10 décembre, les Etats-généraux à Meaux , il venait de décider que ces Etats se rassembleraient à Orléans, ville plus commode et mieux approvisionnée pour ce grand concours. Dourdan possède la lettre originale de cette convocation (i), qui porte la longue et mince signature du pauvre roi de seize ans. Ce n'est pas lui qui devait présider les orageux débats auxquels il invitait. Vingt-cinq jours plus tard, le 5 décembre^ il mourait après quelques mois de règne, et on voyait paraître aux Etats d'Orléans, tenus du i3 décembre au 3i janvier^ Charles IX^ son frère, un roi de dix ans. Or, à Dourdan, le 5 décembre, à l'heure même où expirait François, se réunissaient^ en vertu delà missive royale, les trois états du bailliage. Comme représentants étaient élus : pour Tétat d'Église, discrète personne messire Robert Donde, vicaire de la paroisse Saint- Germain; pour l'état de noblesse, OUivier Dugueregnard; et pour le tiers-état, noble personne Michel de Lescornay, sommelier-bouche de la reine-mère et bourgeois de Dourdan, tous trois chargés de présenter au roi les doléances dudit bailliage.
Nous avons été frappé en lisant, dans le manuscrit conservé par la famille de l'auteur, le cahier des doléances du tiers-état de Dourdan, du ton énergique, indépendant, et quelquefois acerbe, qui règne dans les réclamations et les remontrances adressées à la couronne. Le lecteur trouvera à la fin de ce livre plusieurs extraits que nous en avons faits (2). On sent, on entend, dans les plaintes contre le clergé, un souffle et un écho de la réforme, et dans l'exposé des griefs contre les nobles, les gens
1. Elle ikit partie des papiers provenant du don récent de la famille de M. Roger d'Étampes.
2. Pièce justificative XIV. — Ce manuscrit sur parchemin, expédition du temps signée par le greffier Rousselet, est également la propriété de la ville. Il avait été conservé par la famille Roger, qui était alliée aux de Lescornay.
de guerre et de justice, dans ce soupir douloureux d'un peuple las d'être foulé, comme le bruit avant-coureur des doléances terribles des États de 1789.
La guerre civile et religieuse avait éclaté, et ses fureurs ensanglantaient Paris et les environs. Pour contenir les calvinistes rebelles et conserver la capitale sous Tobéissance du roi, tout notre pays, transformé en place de guerre, en arsenal, en grenier de réserve^ fut regardé comme une sorte de boulevard contre les ennemis. En novembre i562, cependant, les reîtres de d'Andelot, cavaliers mercenaires à la solde des calvinistes, devenus maîtres^ par un coup de main, de la ville d^Étampes et de la nôtre, séjournèrent six semaines dans nos parages et commirent toutes sortes d'excès et de profanations; mais le duc de Guise, après la mémorable bataille de Dreux, revenant avec une armée victorieuse, dispersa devant lui cette horde étrangère.
Quelques mois après (i563)^ l'infatigable champion des catholiques périssait de la main d'un assassin, et sa veuve, Anne d'Esté^ duchesse de Guise, héritait de ses droits sur Dourdan. A la faveur de la paix d'Amboise^ la noble usufruitière put jouir tranquillement de son domaine pendant cinq années. Dès le 3 mai i563, elle obtint du roi des lettres patentes (i) qui renouvelaient en sa faveur Tautorisation, octroyée jadis à son époux, de nommer aux offices de la châtellenie de Dourdan, et le nom de Dame de Dourdan lui est donné dans tous les titres de cette époque.
Avec l'année 1 567^ les hostilités recommençaient. Dourdan^ place importante, paraît avoir été, dès les premiers mois, l'objet de l'attention et des préoccupations du roi. Il existe aux archives (2) une curieuse lettre de Charles IX, du 17 juin^ par laquelle il notifie au parlement son désir de retirer la terre et seigneurie de Dourdan et ses appartenances, engagéesy dit-il, au duc de Guise pour 22,000 livres, avec les impositions et aides de tous le siège de Dourdan, Rochefort et Authon, vendus pour 27,300 livres. Il avoue qu'il n'a pas, pour ce retrait, l'argent nécessaire dans ses finances et ordonne qu'une vente de bois soit faite dans sa foret de Dourdan, jusqu'à concurrence de 5o,ooo livres. Mais ses adversaires le cernaient de trop près ; le prince de Condé et l'amiral de Châtillon marchaient sur Paris. Avant de racheter la ville, on songea à la défendre. Ua brave général et un des seigneurs de nos voisins, Claude de la Mothe Bonnelle, chargé par le roi du commandement du pays et spécialement de la forteresse d'Etampes, ne manqua pas de donner des ordres pour la fortification et l'approvisionnement du château et de la place de Dourdan.
A Dourdan, comme à Étampes, ses efforts devaient être inutiles et un
I. Archives de l'Empire Xia, 8625, f* 39, a. Archives de l'Empire Xia, 1621, f» 387.
même désastre devait bouleverser les deux malheureuses cités (oct. i Sôy). Écoutons un instant le langage naïvement philosophique de notre vieil historien de Lescornay :
« Dourdan jusqu'en l'an 1567 s'estoit peu dire heureux, tant pour « Thonneur qu'il auoit eu de tout temps d'estre fréquenté et aymé des c rois^ princes et autres grands seigneurs, que pour l'augmentation qu'il a en auoit receu, si la prise du chasteau que feirent les sieurs de Monta gommery et visdame de Chartres, chefs de ceux de la religion préten- « due réformée, ne l'eussent difforme et mis à sac : l'insolence de ces Re- « ligionaires ne se contenta pas de piller et ruyner la ville, mais encores c porta leurs mains sacrilèges jusques dans l'Église d'où ils rauirenties « précieux ornements qui y estoient en grande quantité, avec Tor et Tarfl gent et autres richesses esquelles estoient enchâssez plusieurs ossaincts « et reliques qui furent impieusement jettez à l'abandon : ils n'oubliéff rent pas mesme l'estofTe des Orgues qui y estoient aussi belles qu'en « aucun autre lieu de France. En ceste rencontre Dourdan expérimenta c à ses despens que les choses du monde ne sont gouuernées que par vic cissitudes, et que les plus grandes prosperitez ne seruent que de but « aux malheurs qui les abattent à la fin les réduisant comme au premier « poinct de leur naissance : car en bien peu de iours il se veit despoûillé c de tout ce que les siècles passez et la libéralité de ses seigneurs y auoient c apporté de richesse et d'ornement (i).»
Montgommery, fils du seigneur de Lx)rges, autrefois usufruitier de Dourdan sous François I^, ne ménagea pas la ville que son père avait possédée. Brave mais cruel, poussé par une sorte de fatalité qui s'attachait à sa famille, meurtrier involontaire de Henri II dans un tournois, pour^ suivi par la haine de Catherine, malheureux puis coupable^ renégat et rebelle, il devait payer sur l'échafaud le sang qu'il avait versé.
La ville, ruinée pendant le siège opiniâtre qu'elle soutint, le fut plus encore peut-être après le siège. Rendue à discrétion au vidame de Char^ très par Jean de l'Hospital, comte de Choisy, qui y commandait et qui depuis suivit le parti des huguenots, elle dut subir les horreurs du pillage. Comme toutes les guerres de religion, la guerrede 1 56y eut à Dourdan un caractère de violence féroce et de persécution fanatique. Le sac des églises, la profanation des reliques étaient œuvres pies pour ces farouches et zélés calvinistes, et Montgommery passait pour Tun des plus ardents (2). La paroisse Saint-Germain possédait depuis longtemps, comme un précieux trésor, plusieurs ossements de la tête de saint Etienne martyr, renfermés dans un chef de vermeil. Les soldats s'emparèrent du riche reliquaire et jetèrent les reliques dans les fossés du château. Une