‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 55 sur 191 · P. Bas. Fleureau, p · texte numérisé non relu

P. Bas. Fleureau, p

2. Nous avons vu aussi un certificat de cette permission du i3 février 1573. Ctê pièces font aujourd'hui partie du fonds Roger.

Quelques mots, si le lecteur le veut bien, sur les de Lescornay, qui paraissent, à cette époque, jouir à Dourdan de beaucoup de considération et d'influence. Dans une histoire locale, le souvenir des familles importantes du pays trouve naturellement sa place.

Noble homme Toussaincts de Lescornay, marié à noble femme Jehanne de Malicorne, figure au nombre des écuyers et des officiers de la reine Anne de Bretagne. Leur fils, Michel de Lescornay, attaché comme écuyer et sommelier de panneterie bouche, à mesdames la Dauphine et Marguerite de France, est qualifié natif et demeurant à Dourdan, dans son contrat de mariage avec Pasquette Léomont^ fille d'honorable homme Mathurin Léomont, sieur du Mont (paroisse d'Aunay) et bourgeois d'Orléans. A ce contrat (i3 juin i338) sont assistants et consentants, du côté du mari', son cousin honorable et sage personne maître Giles Lucas, procureur du roi en tous les sièges royaux de Dourdan; du côté de la femme, ses frères, maître Guy Léomont, avocat, licencié èslois, et Laurent Léomont, marchand, tous deux demeurant à Dourdan, avec son beau-frère, maître Jehan Triffouiliet, procureur fiscal audit lieu, dont une rue de Dourdan porte encore aujourd'hui le nom.

Par lettres du 9 août 1 543, Michel de Lescornay est exempté de tout subside pour la clôture et fortification de Dourdan^ et tout ce qui avait été exigé de lui à cet égard lui est restitué. Nommé sommelier de panneterie de la reine Catherine de Médicis en 1 558, c'est Michel que nous avons vu élire pour représenter le tiers-état de Dourdan aux États de i56o. C*est certainement à sa plume intelligente et hardie qu'on doit le cahier des doléances.

Son fils Jehan de Lescornay, sieur du Mont, président en l'élection de Dourdan^ reprend, dès i557, la survivance de Toffice de sommelier ordinaire de panneterie de la reine Catherine, et nous avons eu entre les mains bon nombre de certificats revêtus de la masculine signature de l'altière régente , nécessités sans doute par les exigences et les défiances des partis dans ces temps de factions, et attestant que le porteur fait partie des « officiers domestiques et commensaux de la reine, actuellec ment servant aux gages de 60 écus par an. » C'est lui qui obtient de la duchesse de Nemours la faveur qu'on vient de voir; nous le retrouverons bientôt à deux époques mémorables de nos annales.

Dourdan reçut alors pour bailli et gouverneur un très-vaillant gentilhomme dont la famille tenait un des premiers rangs dans la contrée, Louis Hurault, chevalier de Tordre,* sieur de Ville- Luysant ou Vauluisant, neveu par sa mère Marie Hurault, et cousin par son père Jacques Hurault, sieur de Saint-Denis, du fameux chancelier Philippe Hurault, comte de Chevemy, lieutenant général de la province, (i) Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de l'une des anciennes com-

I. Mémoires de Ctoyemy.— Collection Michaud, t" séricy t. X, p. 484-497.

pagnies italiennes pour le service de Sa Majesté, il devait aider Joyeuse abattre Henri IV au commencement de Tannée iSSy, et plein d'une ardeur toute chevaleresque, mettre pied à terre^ prendre une pique et enlever de sa personne une barricade au combat de la Motte Saint-Esloy. Victime d*un attentat mystérieux, il succombait à la fleur de Tâge, en^iSSg, assassiné dans une église au pays du Maine^ laissant une jeune femme et deux petits enfants.

Le gouvernement de Dourdan fut encore confié par le roi à un membre de la famille de THospital. L*aîné^ Jean, comte de Choisy^ gouverneur en 1567, avait alors rendu la ville aux huguenots. Cette fois, ce fut le tour du représentant de la plus jeune branche, Louis Gallucio de THospîtal; marquis de Vitry, fils de François de THospital Vitry. Il avait été gentilhomme du duc d*Alençon^ et sous le règne suivant il devait jouer un rôle important par ses fidèles services et sa haute faveur.

Marchons avec les événements^ et d*abord cherchons, en quelques lignes, à préciser la situation.

François de Guise^ en mourant, avait laissé un fils encore plus ambitieux que lui, Henri^ le Balafré; Charles IX^ en succombant à ses débauches et à ses remords, avait légué à Henri III, son frère, la France plus déchirée que jamais par la guerre civile et religieuse. Henri de Guise crut faire un coup d'État en suscitant^ contre le prétendant calviniste Henri de Navarre^ /a ligue des catholiques dont il espérait devenir le roi ; Henri III crut faire un coup d'adresse en se déclarant le chef de la ligue, pour ôter la première place au duc de Guise. Tous deux se trompèrent.

De iSyS à iSSy^ il se passa à peine une année sans qu'il y eût une guerre ou un traité. En iSSy, chaque parti fit un effort énergique^ car ledénoûment approchait. La santé du roi était mauvaise, le duc voulut se servir des derniers jours de royauté qui restaient à Henri III pour accabler le futur Henri IV. La ligue redoubla de fureurs; les protestants d'Allemagne envoyèrent une puissante armée au secours de leurs frères de France. Le roi chargea le duc de Guise d'arrêter l'étranger avec quelques soldats, et Joyeuse, son favori, d'arrêter Henri de Navarre. Il comptait que les Allemands le débarrasseraient du Guise, et Joyeuse du Béarnais. Le contraire arriva : Joyeuse fut vaincu et tué à Coutras^ et Guise dispersa les retires à Auneau. Le roi était deux fois battu.

Voilà le drame, voilà la scène ; voyons le rôle qu'y joua Dourdan : son nom est inséparable de celui d' Auneau dans les récits de la fameuse défaite des reîtres (i).

1. Nous avertissons le lecteur que tout ce qui suit est une scrupuleuse analyse des documents contemporains et des narrations des témoins oculaires. ~ Voir, sur ce sujet, les opuscules divers classés à la page 3 16 du premier volume du catalogue de l'histoire de France de la Bibl. Impér. Lb 34, n** 385 et suivants, et particulièrement le « Discours ample et très véritable contenant les plus mémorables fiûtz avenux en

Les reîtres^ forts d'environ six mille chevaux et quatre mille hommes de pied, s'étaient jetés sur la Beauce, pays plat favorable à leurs chevauchées, contrée fertile qui leur fournissait des vivres en abondance.

L*armée du roi, le roi lui-même, étaient venus camper non loin d'eux à Etampes, dès le mois de septembre 1587; mais le duc de Guise les serrait encore de plus près, et choisit Dourdan pour centre de ses opérations. Dourdan était d'ailleurs une place dévouée à sa famille , la seigneurie de sa mère, et les habitants, dès le principe, s*étaient déclarés pour la ligue et signés de la croix de Lorraine. Le jeudi 19 novembre, le sieur de La Chastre ( i), ayant battu le pays et reconnu que les ennemis étaient divisés par colonnes, vint le premier, laissant le duc de Guise à Étampes, sUnstaller à Dourdan avec trois cents lances et six cents arquebusiers à cheval. En arrivant, il apprit que les reîtres se rendaient à Auneau avec leur chef, le baron d'Othna , quittant Authon oti ils avaient logé, et laissant à Orsonville, à deux lieues de Dourdan, sept cornettes des leurs pour les couvrir. Le sieur de La Chastre trouva Dourdan un lieu a très-hasardeux pour en estre les forces ennemies fort c proches et resserrées en pays ouvert et large, » mais en même temps il reconnut que a la ville estoit couverte du costé d'Aulneau de quelques « bois taillis qui approchent iusques au prez de la ville, et y passe un c petit ruisseau que l'on peult saulter, qui coule le long d'une vallée c fort plantée de peupliers, aulnes, saules et autres arbres désirans les « marests, qui se rendent iusques vers d'Olinville et Chastres (2) sous < Montlhéry, » ressource commode pour la retraite des fantassins en cas de besoin. Prenant ses quartiers dans le château et dans la ville, il fit poster dès le soir même, sous les ordres du sieur de Vins, la cavalerie légère et les arquebusiers à cheval, à une lieue et demie en avant sur le chemin d*Auneau. Une première rencontre avec les reîtres décida ceux-ci à déloger d' Orsonville vers minuit.

Cependant, le baron d'Othna s'était présenté devant Auneau, gros bourg, mal clos de murailles, mais défendu par un assez fort château que protège un long étang. Un gascon, le capitaine Chollard, y commandait pour le roi. Les reîtres, reçus à coups d'arquebuse, ne tentèrent rien contre le château, mais se campèrent dans le bourg. Sur ces entrefaites et dans cette même nuit du jeudi 1 9, le s' de La Chastre dépécha de Dour-

€ Tannée mil cinq cens quatre vingt et sept, tant en Tarmée commandée par Monsieur c le duc de Guyse, qu'en celle des buguenctz, conduite par le duc de Bouillon, envoyé • par un gentilhomme François à la Koyne d'Angleterre. ■ (In-8<>de i5o p. Biblioth. Impér. Lb 34, n« 416.) Ce gentilhomme français n'est autre que Cl. de la Chastre, UQ des héros de la campagne.

1. Qaude de La Chastre, gouverneur du Berry, était maréchal de camp dans l'armée du duc de Guise. Il était de l'ancienne famille d'Esbe, baron de La Chastre, qui, jadis, fat pris dans une croisade par les infidèles avec son fils, et fîit obligé^ pour payer sa rançon, de vendre sa baronnie, ce qui appauvrit toute sa race.

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