‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 56 sur 191 · Arpajon · texte numérisé non relu

Arpajon

dan à Chollard le capitaine Saint-Étienne pour l'admonester de faire bon service au roi et de donner entrée dans sa place à M. de Guise et à Tar* mée. En même temps il expédiait à Étampes un gentilhomme vers M. de Guise pour lui donner avis de cette situation hasardeuse et rengager à venir, le lendemain matin vendredi^ d'Étampes à Dourdan avec ses troupes, lui promettant pour Theure de midi la réponse de Saint- Etienne, et lui faisant entrevoir la possibilité d'une marche immédiate sur Tennemi. Le lendemain, à Fheure dite, le duc de Guise faisait son entrée à Dourdan, entouré de ses officiers^ avec deux mille cinq cents arquebusiers^ cinq cents corselets et mille à douze cents chevaux, sans aucun bagage, pas même le sien. Saint-É tienne n'était pas arrivé. Le duc de Guise prit son repas^ les soldats restèrent sous les armes jusqu*à une heure. Prévoyant un plus long retard, on s'occupa de loger les troupes ; la cavalerie fut envoyée dans les fermes et villages les plus proches, rinfanterie installéedans les maisons des faubourgs. Saint-Étienne n'arriva qu'à huit heures du soir, ayant eu grand' peine à traverser les lignes des reitres. Il répondait de Chollard : mais la soirée était trop avancée pour rien tenter ce jour-là. On fit partir sur-le*champ deux gentilshommes du pays, MM. de Bue et le Bays, pour annoncer à Chollard la marche du lendemain.

Le samedi soir le rendez-vous était donné à toutes les compagnies, cavaliers et fantassins^ à une ferme ou censé à mi-chemin de Dourdan à Auneau^ appelée la censé de Villère, au-dessus de Corbreuse, au milieu de la plaine, devant un orme qui pprtait encore en 16241e nom d'Orme du rendez-vous. Chacun s'y trouva à point et «délibéra de bien faire. » L'infanterie^ quoiqu'il fît très-froid, se dépouilla; les piquiers mirent leurs chemises sur leurs corselets et les arquebusiers sur leurs pourpoints. Une mauvaise nouvelle dérangea tout. Un paysan vint dire que son compagnon, porteur d'une lettre pour Chollard^ avait été arrêté et que les reitres avertis montaient à cheval.

Le duc de Guise, contrarié, renvoya l'infanterie à Dourdan, et disposant sa cavalerie en trois embuscades (i), dépécha en avant le sieur de Vins, avec soixante chevaux, pour reconnaître le chemin d'Auneau. Celui-ci se trouva face à face au point du jour avec quatre cents reitres et, se repliant, les entraîna dans une des embuscades. L'ennemi perdit dans cette rencontre une compagnie de ses hommes d'élite et ses plus nobles officiers.

On était au dimanche, les soldats étaient las et les chevaux harassés. On laissa les reitres enterrer leurs morts, et tout le monde revint se reposer à Dourdan. Le duc de Guise assista aux offices et le reste du

I. M. deLaChastre avec trois cents lances dans la ferme, le duc de Guise avec six cents au Bréau-Sans-Nappe, et M. d'Elbœuf avec deux cents chevaux à mille pas delà.

jour se passa en conseil dé guerre. Le château de Dourdan vit ce soir*là réunie dans ses murs une noble et brillante assemblée, la fleur de la jeunesse française et toute cette cour de gentilshommes catholiques serrés autour du duc de Guise comme autour d'un drapeau. Nous savons leurs noms et nous pouvons d*ici décrire les groupes animés qu'ils formaient autour du chef illustre dont ils partageaient ou combattaient alors les audacieux projets.

Nous reconnaissons d'abord aux côtés du duc de Guise, qui ne cesse de rinterroger, notre concitoyen Jehan de Lescomay. Le duc Ta vu souvent chez la reine-mère et est fort heureux de le retrouver ici pour prendre sur la topographie du pays les renseignements d'un habitant intelligent de la contrée. De Lescornay connaît les environs d'Auneau aussi bien que ceux de Dourdan, puisqu'il a sa maison du Mont dans la paroisse d'Aunay. Avec eux est Claude de la Chastre , maréchal général de camp, et Valter ego du duc.

Parmi les plus ardents sont les jeunes officiers de la cavalerie légère, ces coureurs toujours les premiers à Taction : M. de Vins, leur commandant, réputé le plus avisé des capitaines; le comte de Chaligny, le chevalier d*Aumale, et le seigneur de Conflans^ messieurs de Randan et de Boisdauiphin, chefs de deux compagnies d'élite, et le sieur de FontenilleSy qui vient de sa garnison de Cambrai ; monseigneur d'Elbeuf, qui mène Tavant-garde; M. de Tieuges, commandant la compagnie de monseigneur de Mayenne; M. du Monestier, commandant celle de monseigneur de Nemours; et Henry Monsieur, fils aîné de monseigneur de Mayenne; qui tous trois suivent la cornette de monseigneur d'Elbœuf.

Autour du marquis de Chaussin et du prince de Joinville^ qui ont rhonneur de défendre la cornette blanche^ se serrent bon nombre de capitaines et gentilshommes volontaires, qui tous font paraître un extrême et singulier désir de se bien employer en cette occasion : M. le baron de Senessey, qui marche au centre avec les gendarmes de monseigneur de Guise^ et les comtes deServy et de Montenay.

Plus prudents paraissent messieurs de Luxembourg et de Brissac , auxquels on confie l'arrière-garde ; messieurs de Montcoquier, de Villiers, de Villebouche et de Tholome, gentilshommes expérimentés qui ont la surveillance des marches et des manœuvres. Quant aux officiers d'infanterie, le seigneur de Saint- Paul, le sieur de Ponsenac qui conduit le régiment de Sacromore, messieurs de Birague, de Joannes, de Bue et de Gié, ils sont, malgré leur bravoure personnelle^ préoccupés de leurs hommes qu^il s*agit d'exposer à découvert, avec quatre grandes lieues de retraite à faire à pied en cas d'insuccès. Ils remontrent vivement au duc la témérité de l'entreprise contre un ennemi prévenu et sur ses gardes. Mais le duc croit à son étoile, il a des raisons politiques d'en finir^ il impose sa volonté. Toute la journée du lendemain sera consacrée aux

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préparatifs ; l'affaire sera pour la nuit du lundi au mardi. Sur ce, od annonce ChoUard, qui arrive d'Auneau pour s*entendre de vive voix. Le duc s'enferme avec lui, et ChoUard, quand il se retire, paraît fort content d'un beau présent qu'il vient de recevoir.

Dourdan offrait, le lundi 23 novembre, le spectacle animé d'un camp la veille d'une bataille* Les soldats préparaient tout l'attirail, Dourdan prétait des munitions, et trois milliers de poudre, de cordes, de balleset de mèches étaient disposés pour mettre au milieu des corselets et des piques. Les femmes pétrissaient de la pâte dans toutes les maisons, et vingt-cinq mille pains étaient prêts pour munir au besoin le bourg d*Auneau. On s assurait de guides fidèles, on requérait des échelles, et on fabriquait des pétards pour lancer contre les portes. La nuit arrivait vite dans cette saison avancée; les compagnies se formaient dans les faubourgs, et l'une après l'autre sortaient de la ville pour gagner le rendez-vous. Il était fixé à la sortie des bois de Dourdan, dans la plaine de Corbreuse, et le bruit avait été semé à dessein que l'armée se repliait sur Étampes à cause de la fatigue des troupes et de la difficulté de garder ce logis périlleux. M. de La Chastre était là d'avance qui assignait à chacun son rang.

Cependant, sortant du château avec son état-major de princes, seigneurs et capitaines^ le duc de Guise s'en vint à 1 église de Saint-Germain, où tout le clergé et le peuple étaient agenouillés, a II ouït les Vespres fort a dévotement, faisant veuz et supplications à Dieu, recognoissant que les a victoires sont en sa main, et qu'il est le Dieu des batailles; puis il fit a descendre le Corpus Domini^ et tous les assistans adorèrent le sacré et a précieux corps de Nostre Seigneur Jésus-Christ, eslcvé sur Tautel a dedans un paradis. Il laissa son aulmosnier, pour continuer les prières c toute la nuict avec le clergé et le peuple dudict lieu de Dourdan, et a ordonna que l'on dist trois Messes à minuict comme le jour de a Noël (i). ]> Les chevaux attendaient à la porte de l'église; le duc monta en selle avant sept heures, et partit avec son escorte, a II s'en alla, dit « de Lescornay, assisté de tous ceux de Dourdan capables de porter les fl armes, lesquels naturellement affectionnez à leur seigneur, ne pou- « voient permettre qu'il s'engageast à une si haute entreprise sans estre a de la partie et le seconder de leurs armes, pendant que les autres, trop c vieux ou trop jeunes, avec les femmes, luy prépareroient la victoire par « leurs vœux et prières (2) » .

Il faisait nuit noire dans la grande plaine, car on était « au deffault a de la lune. » Il tombait une pluie froide, et le départ s'organisa avec des peines infinies. Le duc de Guise était inquiet et agité, les officiers d'ordonnance portaient « de grandes marques blanches pour estre reçoit gneus parmy l'obscurité de la nuict. » Les files se perdaient, les guides

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