‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 57 sur 191 · De Lescornay, p. i · texte numérisé non relu

De Lescornay, p. i

eux-mêmes s'égaraient, et a pourtant, dit de La Chastre écrivant à la « reine d'Angleterre, jamais ne vis mieulx marcher, ny faire plus grande a advance. »

Nous n'accompagnerons pas cette célèbre expédition au delà du territoire de Dourdan, les détails de la bataille d'Auneau ne rentrant point dans le cadre que nous nous sommes tracé. Nous dirons seulement que les fantassins du duc de Guise, se glissant jusque dans le château par la chaussée de l'étang, tombèrent au point du jour sur les reîtres, au moment oti sonnait le boute-selle, et, les traquant de toutes parts, en firent un affreux carnage. Le baron d'Othna et une vingtaine de cavaliers réussirent seuls à se sauver à la faveur du brouillard. Tout le reste fut fait prisonnier.

Cependant, à Dourdan, l'anxiété était grande; grande fut la joie, quand, sur le soir du mardi, arriva, comme messager de la victoire, le sieur Jehan de Lescornay, qui s'était tenu, pendant Faction, aux côtés du duc de Guise, et qui venait de sa part, en toute hâte, pour faire chanter un Te Deum. L'allégresse éclata partout. Diirant deux jours, on attendit impatiemment les combattants, fort occupés à charger sur des chariots tout le bagage des reîtres et à fouiller les maisons du bourg. On vit alors la plus bizarre des cavalcades et des processions. Grotesquement équipés des dépouilles des étrangers, de fantassins devenus cavaliers, les soldats ligueurs se mirent à retraverser la plaine. Une partie descendit dans la vallée de Dourdan, l'autre partie gagna directement Étampes, où le duc de Guise, après s'être reposé à Dourdan, alla les rejoindre, et termina son brillant fait d'armes en exigeant des Suisses, rassemblés en bataille dans la plaine de Chalô-Saint-Mard, le serment de retourner dans leur pays (i).

Une année s'écoula. C'est avec enthousiasme que les habitants du bailliage de Dourdan jurèrent solennellement l'édit de Chartres, qui donnait tant de puissance aux Guises et à la Ligue ; et c'est avec une profonde stupeur qu'ils apprirent de la bouche de Claude le Camus, leur député du tiers-état, les détails de la mort violente de leur trop puissant et trop ambitieux seigneur le duc de Guise, assassiné aux Etats-généraux de Blois par les ordres du monarque jaloux et menacé.

I. Morin, dans «on Histoire du Hurepoix, fait mention d*un officier nommé Anthoine de Carmeneau, marquis de Quaquain, tué à une rencontre près d*Auneau, en compagnie de M. de Vitry, et enterré à Dourdan. Faut-il le regarder comme une victime de cette campagne de 1 587 ?

lEHRt de Guise tombé, son frère, le duc de Mayenne, \ reprit sa place comme chef de la Ligue et rival du roi. ] Henri III, devant un peuple hostile et Paris révolté, I donna la main au roi de Navarre, et tous deux, champions de la même couronne, l'un pourle présent, l'autre I pour Pavenir, partirent de Tours et marcbârent sur Paris. (Juin 1589.)

La ville d'Étampes, fortifiée par la Ligue, était sur le passage des Jeux monarques. Le siège en fut fait et la place, prise d*a5saut et livrée trois jours au pillage, expia cruellement sa résistance, a Les habitans

■ de Dourdan, dit Palma-Cayet, l'historien et le sous-précepteur

■ deHeDr\l\,/urentplu^advise^que ceux d'Estampes et ne receurent

• aucune incommodité, car ils vindrent à l'armée du roi avec la marque

• royale, qui estoit la croix blanche ou l'escharpe blanche (en quoy ils

< employèrent leurs belles serviettes de lin), au contraire de ceux de « l'union, qui portoient des croix de Lorraine ou des escharpes de toutes

< sortes de couleurs (1). » — C'est que pour eux, fidèles vassaux de la couronne, le roi légitime était là. Nous les retrouverons tout à l'heure plus récalcitrants et moins heureux.

La tradition du pays prête au roi de Navarre, en cette circonstance^

t. Palma Ctjet, Chroml. noveiutre.— Collect. Miduud, i» i^rie, t. Xll, p. 14S.

un bon mot aux dépens des Dourdanais. En récompense de leur fidélité et de leur respectueuse démarche, ils s^attendaient à quelque grâce royale. c Combien compte-t-on de Dourdan à Étampes ? aurait demandé Henri. — Quatre lieues, sire. — ^^Eh bien, désormais vous n'en compterez plus que trois, v '

Henri HI, assassiné quelques mois après, pendant le siège de sa capitaie, laissait au roi de Navarre, proclamé Henri IV par Tarmée, des droits incontestables, mais loin d'être incontestés. La question de religion surgissait plus grave que jamais. L*hérésie du prétendant entravait tout; pour les uns c'était un prétexte de parti, pour beaucoup c'était une répulsion native et un scrupule de vieille foi catholique et française. Henri, avant de se décider à abjurer, dut entreprendre pied à pied la conquête du royaume que la naissance lui donnait. On vit alors de fidèles serviteurs du trône, partagés entre leurs convictions royalistes et religieuses, s'éloigner, quoique à regret, de Théritier légitime, et Ton vit aussi des villes, attachées aux croyances de leurs ancêtres, fermées depuis un siècle à toutes les tentatives de la réforme et inquiètes d'obéir à un prince calviniste, préférer les hasards d*une dangereuse résistance et compromettre tout un passé de fidélité monarchique. De ce nombre fut Dourdan, de ce nombre aussi fut son gouverneur.

« Il y en eut quelques-uns, dit Péréfixe, le sage narrateur des faits et c gestes du grand Henri, qui refusèrent absolument de signer la déda- « ration (de iSSg), entre autres le duc d'Épernon et Louis de VHôpital « Vitry. Ce dernier, inquiété, se disait-il, du scrupule de conscience, se « jeta dans Paris et se donna quelque temps à la Ligue ; mais auparac vaut il abandonna le gouvernement de Dourdan, que le défunt roi c lui avait donné. » Tirant de cette conduite le motif d'une réflexion générale, Péréfîxe ajoute: a Telle étoit alors la maxime des vrais gens « d'honneur dans les guerres civiles, qu'en quittant un parti, quel qu'il c fût, ils quittaient aussi les places qu'ils en tenaient et les remettaient c à ceux qui les leur avaient confiées (i). »

Si cette conduite est digne de remarque chez quelqu'un, c'est à coup sûr chez l'homme qui devait mettre au service de Henri IV son dévouement célèbre et devenir l'ami de son maître.

Sur ces entrefaites, la Ligue plaça comme gouverneur dans Dourdan le fameux capitaine Jacques Dargiens, Ferrarais d'origine, l'un des plus acharnés ligueurs et des plus audacieux soldats du temps. Siège d'une

I. Les seigneurs de la contrée étaient généralement dé70ués au parti catholique. L'un d'eux, pourtant, le seigneur de Sermaise, Louis de Hémery, nous apparaît comme protestant ; mais pour satisfaire à la volonté du roi Henri III et à la déclaration &ite pour l'exécution de Tédit du mois de juillet i585, touchant la réunion de tous les sujets à l'Église catholique, apostolique et romaine, il abjura le 16 juin i587, et nous avons vu, à ce propos, Tatteatation de Louis Hurault, bailli et gouverneur de Dourdan, et le certificat du curé et du vicaire de Sermaise.

DOURDAN SOUS HENRt IV. 9 5

garnison permanente, centre d'approvisionnement, fortifiée avec soin, la place de Dourdan joue un rôle important dans cette phase si agitée et si curieuse de Fhistoire de la Ligue. Ce n'est certes pas pour son bonheur. Nous laissons à penser le trouble apporté dans une ville par la présence prolongée d*une garnison nombreuse, le logement de soldats turbulents, le contre-coup de toutes les péripéties de la lutte, de toutes les alertes, marches et contre-marches d'un parti; le bouleversement causé dans la culture des campagnes par ces levées incessantes de vivres et de provisions, ces immenses convois de grains soudainement organisés au profit de la capitale affamée, et toutes les exigences d*une armée fourrageant et vivant uniquement sur le pays.

Dès novembre iSSg, les soldats de Dourdan entrent en ligne contre le nouveau roi. Étampes , fortifié par la Ligue et vigoureusement assiégé par Henri, demande du secours à sa voisine et alliée. Dourdan envoie des soldats. Ceux-ci trouvent la ville investie et occupée par les troupes royales. Les habitants, fatigués de tant de vicissitudes, avaient fui, abandonnant dans la vieille forteresse et le donjon de Guinette le jeune comte de Clermont-Lodève, que la Ligue y avait jeté. Tandis que les assiégeants le battaient en brèche, les soldats de Dourdan, s' emparant par un hardi coup de main de la porte Saint-Martin, enlevèrent de rhos^ tellerie des Mores deux seigneurs de Tarmée du roi, les sieurs de Vaugrigneuse et de Montroger. Après la reddition de la place, il fallut qu'Étampes payât au vainqueur la rançon des deux nobles prisonniers (i).

Henri IV, retenu neuf jours devant Étampes, pendant lesquels il logea, dit-on, à Brières-les-Scellés, hésita un instant s'il ne marcherait pas sur Dourdan. Mais il ne se sentait pas en sûreté au milieu de cette contrée, où la Ligue était trop puissante ; il continua sa route vers Orléans. En s'éloignant d' Étampes, il put voir commencer Fécroulement de la vaste citadelle que les habitants avaient demandé au roi, comme un bienfait, la permission de démolir eux-mêmes, pour qu'elle ne fût plus l'occasion de sièges et de malheurs nouveaux. La vieille tour de Guinette, qui domine encore la vallée de sa masse imposante, devait seule rester debout au milieu de ces ruines volontaires. A l'heure oîi Étampes s'annulait ainsi de plein gré par lassitude, Dourdan gardait son château dans toute sa force, mais aussi son avenir gros de menaces et de périlleux hasards.

Le capitaine Jacques avait toujours les yeux fixés sur Paris. De là lui venait le mot d'ordre de son parti. Il suivait de loin avec une anxieuse attention les péripéties de ce siège terrible que le roi poussait vigoureusement contre sa capitale opiniâtrement fermée. Une affreuse famine décimait les assiégés; cinquante mille personnes étaient mortes de faim (août

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