Mémoires de Sully
notre voisin, poussait fort le maréchal de Villeroy à négocier un traité entre le duc de Mayenne et Henri IV. Le prudent chancelier de Chevemy, messieurs de Videville et de Fleury consentaient à un pourparler. De Villeroy se mit en route. « Je m'acheminay, dit-il, à Estampes au « commencement de mai ; nous passâmes jusques à Dourdan que ledit c sieur mareschal tenoit'assiégé. Mon voyage fut du tout inutile, car les « sieurs de Cheverny et de Biron n'avoient aucune charge ny envie € d'accorder ledit commerce. Partant , chacun se tint sur les paroles « générales, avec plus de défiances les uns des autres qu'il n*y en avoit, € ce me semble, de subject. Au moyen de quoy, après nous estre assemc blez deux jours durant, nous nous séparasmes, remettant à consulter « de toutes choses avec ceux qui nous avoient envoyez (i). »
Les négociations n'avançaient pas plus à Dourdan que le siège. L'escalade^ tentée plusieurs fois, avait échoué. Les tours battues par l'artillerie avaient perdu leurs toitures, leurs planchers et leurs voûtes supérieures, mais leur puissante maçonnerie eût résisté longtemps encore aux boulets. Ce qui perdit la place, ce fut le sol sur lequel elle est bâtie^ et un moyen de destruction qui n'était pas prévu par ses antiques constructeurs, la mine par la poudre. Dans la butte sablonneuse qui forfhe le soubassement de la citadelle, l'effet fut décisif, et deux tours^ ébranlées par ce moyen^ rendirent impossible une plus longue défense de l'enceinte. Restait le donjon, isolé au milieu de ses fossés. Comme une béte fauve traquée dans son repaire, le capitaine Jacques s'y enferma. Il eût encore vendu chèrement sa vie, mais une trahison le força à se rendre. On raconte qu'un maçon qui avait travaillé à la casemate qui conduit du donjon dans le milieu de la place d'armes, et, comme une sorte de grand siphon renversé , met en communication l'un avec l'autre en passant sous le fossé, indiqua cette route au maréchal de Biron, et amena ainsi la fin de la lutte. Le capitaine Jacques était forcé de capituler; mais cette capitulation, il la reçut, dit l'histoire^ « aussi advantageuse et honorable que la gentillesse de son courage Tavoit « méritée. ]> Les officiers de l'armée du roi se connaissaient en vaillance ; ils eurent la générosité de ne point humilier de braves Français vaincus, et les articles accordés par le maréchal de Biron au capitaine Jacques en apprendront plus à nos lecteurs que tout ce que nous pourrions en dire. Nous les citons textuellement d'après de Lescornay, qui^ dans son incomplète et laconique narration, les a au moins conservés.
Articles accotdeif par Monseigneur de Biron, mareschal de France^ au capitaine
Jacques, commandant au chasteau de Dourdan,
c Le capitaine Jacques sortira comme il demande^ avec tous ses compagnons, tant de cheval que de pied, avec leurs chevaux, armes et bagage, avec leur Cornette, Dra-
I; Mémoires d'État de Villeroy, p. 173.
lOO CHAPITRE X.
peaux desployezy Tambours battans, la mesche allumée, sans qu'aucun des soldats et autres gens de guerre qui auront esté soubs sa charge puissent estre arrestez en quelque façon que ce soit, présentement, ny recherchez à Tadvenir pour faict de guerre, et pourront les cheh avoir deux charrettes pour emporter les commoditez à eux appartenants et non à autres.
f Pour le respect de l'artillerie, celle du Roy ayant tiré, elle est à celuy qui com> mande à Tartillerie de Sa Majesté.
« Monseigneur le Mareschal fera conduire le capitaine Jacques et ses compagnons en lieu de seureté, par personnes notables.
<c Que si aucuns soldats de la compagnie du capitaine Jacques, tant de cheval que de pied, habitans de ceste ville de Dourdan, le veulent suivre, ne leur sera &it aucun desplaisir.
f Pour le respect du receveur des tailles, sera suivy l'ordonnance que le Roy a faite sur ce, le Roy ne perd point ses tailles.
f Les habitans de ceste ville de Dourdan pourront retourner en leurs maisons et biens, en faisant les submissions et serment de fidélité portez par les ordonnances du Roy, et seront traitez comme subjects de Sa Majesté, et jouiront doresnavant de leurs biens.
« Pour les droicts et revenus de Madame de Nemours, sera renvoyé au Roy, qui y fera tousiours ce qu'il luy semblera estre à faire pour sa bonne parente.
f Le capitaine Jacques sortira du chasteau de Dourdan avec les gens de guerre qui y sont, et remettra la place en l'obéissance du Roy lundi prochain au matin. Cependal^t il ne fera travailler en aucune façon aux fortifications de ladite place, et pour seureté de cela baillera hostages à Monseigneur le Mareschal.
f Faict au Camp de Dourdan, levendredy lydemay iSgi. Ainsi signé, BIRON. Et plus bas ; Par Monseigneur le Mareschal, Julibn. Et scellé du cachet dudit sieur (i). »
En vertu de ce traité^ le lundi 20 mai, au matin^ le capitaine Jacques sortit fièrement du château, avec tous les honneurs de la guerre, à la tête des bataillons décimés de sa garnison. Escorté jusqu'à upe certaine distance par de nobles officiers de l'armée royale (2) et des gentilshommes royalistes du pays, il reprit ses otages^ et, se repliant en bon ordre vers Paris, alla mettre son épée et celle de ses braves gens au service des chefs de la Ligue, toujours maîtres de la capitale. Nos lecteurs nous permettront de suivre un instant à Paris la garnison de Dourdan, pour voir de près comment on Fy reçut.
Paris, encore une fois affamé, apprit, le lundi 20 mai, la prise de Dourdan par le roi et s'en émut, au dire des historiens du temps. Les chefs savaient gré au capitaine Jacques de sa belle défense, mais le peuple, que rinquiétude et la faim rendaient injuste, se croyait trahi. Voici une
1 . On voit, d*après les dates, que de L^cornay a singulièrement exagéré la longueur du siège, quand il la porte à six semaines. L'histoire nous apprend que Henri IV quitta Chartres le lundi 22 avril, et que le maréchal de Biron y resta au moins jusqu'au 24, pour asseoir la taille sur les habitants et désarmer la milice. Il ne dut être devant Dourdan que le 26. Du 26 avril au 17 mai, il put y avoir 21 jours de siège. Cest déjà, de la part d'une ville comme Dourdan, en fece d'un pareil ennemi, une résistance qui peut passer pour héroïque.
2. Entre autres, M. de Sainte- G>]ombe, maréchal des logis de la compagnie Je M. de Chfltillon.
DOURDilN SOUS HENRI IV. 10 1
scàne curieuse que raconte à ce sujet P. de TEstoile dans son vivant journal: « Le mardi 21 mai, le conseiller Maschaut, nouveau capitaine c du quartier Saint-Eustace, à Paris, donna deux soufflets en plaine c procession à la femme d'un esguilletier, demourante près la Croix du « Tirouer, et l'envoya prisonnière, comme hérétique et politique, pour « ce qu elle parloit contre les voleurs et les larrons, et se moquant des sol-
< dats du capitaine Jacques, qui revenoient de Dourdan, avoit dit qu^ils a ne sçavoient faire autre chose que manger et piller le bonhôme, et a rendre les villes à l'ennemi au lieu de les deffendre ; qu'elle eust voulu « que tous les larrons qui leur ressembloient et qui estoient à Paris, qui la « faisoient mourir de faim avec tant d'autre pauvre peuple, eussent esté a pendus. — A la charge que leBéamoisydust entrer dès demain, disoita elle, je fournirois de bon cœur les cordes qu*il faudroit pour les estran- « gler. — Parole de femme, à la vérité indiscrète, mais de laquelle le
< ventre, qui n'a point d*aureilles (comme Ton dit), crioit, et laquelle « estoit assez commune à Paris en la bouche de beaucoup de pauvres a femmes de sa qualité. Aussi fust-elle relaschée dès le jour mesme, à la d charge qu'elle seroit plus sage une autre fois et ne parleront plus de « pendre les Larrons devant Maschaut, attendu l'intérêt qu'on voyoit « qu'il y prétendoit (i). »
Henri IV, comme les Parisiens, comprenait toute l'importance de la prise de Dourdan, et le 1 1 juin il écrivait au duc de Saxe, prince et électeur de l'empire : « Pendant que je faisois le dict voyage à Châteaua Thierry, j'avois laissé mon armée soubs la conduicte de mon cousin « le mareschal de Biron, qui l'employa à l'expurgation des chasteaux de « Auneau et Dourdan^ entre Chartres et Paris, ce dernier très-fort^ « par le moyen desquels ladicte ville souloit tirer de grands rafraischis- « semens de vivres, et depuis la prinse d"iceulx elle demturQ du tout « privée des commoditez de la Beaulce, qui luy fournissoit une partie « de sa pourriture (2). »
Si nous rentrons maintenant dans Dourdan, nous y verrons tous les ravages et tous les troubles que la guerre apporte avec elle : les habitants dispersés, le château déshonoré, l'église encore une fois pillée et endommagée. Le château, devenu, hélas ! inutile, fut fermé, et on ne s'occupa guère d'effacer la trace des blessures qu'il avait reçues. Six ans plus tard, nous le retrouverons dans l'état lamentable où l'avait mis le siège, et nous aurons à décrire alors tous ses désastres. Quant à l'église, il est probable que Dourdan fit, dès la même année iSgi, de grands efforts pour réparer les dégâts du capitaine Jacques, exagérés, selon nous, par de Lescornay, car nous lisons cette inscription intéressante et fort
I. Journal de P. de F Étoile.'— CoWect, Michaut, 2* série, t. I, p. 5i 2s Lettres missives de Henri IV, t. III, p. 394.
peu connue gravée sur une bande de fer servant de penture à la grande porte (i):
Prions Diev de Bon (un cœur) qvtl novs donne sa payx Et Paradis a la fin. Faict iSgi ps. [une fleur de lys).
Les offices^ en tout cas, ne furent pas longtemps interrompus. Les archives de Téglise, qui subsistent presque complètes à dater de Tannée iSgi^nous donnent sur la reprise du culte une indication fort précise. Dans son compte pour 1 591,1e marguillier de la Vierge insère cette note : « Nota. Que depuis le dimanche, jour de Kasimodo, vingt et « ungième jour d*apuril audit an^ ledit rendant n'auroit rien receu, à « cause que Tarmée de monsieur le mareschal de Biron estoit en ceste a ville de Dourdan, qui seroit venu exprès assiéger lechasteau de ceste a dicte ville, où estoit le capitayne Jacques^ lors tenant le party de « l'union^ que jusques au premier jour de juing lors ensuyvant (2). >
Les habitants, en vertu de la capitulation, purent rentrer dans leurs maisons et dans leurs biens en faisant le serment de fidélité exigé par l'ordonnance royale^ mais ils furent bien longtemps avant de se relever de ce cruel assaut qui devait heureusement être un des derniers. Les cultivateurs appauvris retrouvaient leurs terres dévastées et pourtant il fallait payer l'impôt : « le roi ne perd point ses tailles. » Pour traiter cette question, et d*autres encore, l'administration municipale de Dourdan envoya comme messager maître Pierre Gonnot, à Mantes, où était Henri IV, et, n'ayant pas d'argent, emprunta à la fabrique de Téglise^ au susdit gager du bassin de Notre-Dame j les fonds nécessaires pour les frais du voyage (3).
M. de Garantières avait été donné à Dourdan pour gouverneur. La tranquillité se rétablissait^ mais les propriétaires qui avaient participé à
1. Cette inscription, avec son curieux rébus, sous laquelle les habitants de Dourdan passent chaque jour sans la lire^ forme deux lignes de 3o centimètres de longueur.
2. Archives de l'Église, ^Comf>te rendu par devant Pierre Boudon, lieutenant généc rai en Télection, et Tristand Fanon et Jacques Fougerange élus, par honneste per- « sonne LéonATdPe\sLu\t,mtLrchand, gager du bassin Nostre-DametpouT iSqi et iSga.v — € Le dimanche vingt et ungième jour d*apuril, le jour de Kasimodo, receu unze sols n neuf deniers tornois... Item, le samedy, le dimanche et jour de la Pentecoste, le c premier, deulx, troys et quatriesme jour de juing audit an, receu trente-cinq sols <E cinq deniers tornois. :»
3. « Baillé à Me François Gonnot, demeurant audict Dourdan, la somme de 17 escus « 52 sols tornoys pour sa peyne et vacations d'avoiresté à Mentes ;70ur /«flairer « de la ville dudict Dourdan, du consentement des habitans de cette dicte ville , «c comme il appert par acte donné de M. le bailly de Dourdan. — i5 sols à Jehan « Dépars, greffier du bailliage, pour ledit acte de consentement. — 2 escus 1/2 pour c dix journées d'un homme et son cheval, qui feu baillé audict Gonnot pour aller à c Mentes pour les affaires de la ville. »— Comptes de M« Pelault, Archives de t Église.
la résistance étaient toujours plus ou moins en butt«^ à la défiance du parti nouveau^ Doiirdan s'était signalé comme ville catholique et éminemment rebelle au gouvernement d*un prince hérétique. Même après l'abjuration de Henri IV (juillet iSgS), ce fut une défaveur et un souvenir difficile à faire effacer. Beaucoup de gentilshommes du pays qui avaient été de trèszélés ligueurs durent prendre des lettres éP abolition; entre autres le lieutenant général du bailliage, le sieur Boudon, qui avait soutenu de tout son pouvoir le capitaine Jacques (i). Bien entendu^ au contraire, ceux qui s étaient abstenus par prudence, ceux surtout qui avaient manifesté des opinions favorables au prétendant^ ne manquèrent pas de s*en faire un mérite et de demander des attestations et des certificats de leur bonne conduite.
Au premier rang, nous trouvons Jehan de Lescornay, sieur du Mont. Dès 1592, comme la guerre civile n'est pas finie et que les représailles de la Ligue sont encore à craindre, il obtient, en considération c de sa « fidélité et bons services, i> que tous ses biens, sa maison de Dourdan, celle du Gravier près Dourdan, celle du Mont à Aunay, soient mis sous la sauvegarde du roi, avec promesse de n'être inquiété par aucun logement de troupes ni subside de guerre. Aussi Jehan de Lescornay est- il conservé comme président en l'élection de Dourdan, et, pour qu'il ne reste aucun soupçon sur son passé, un certificat en bonne forme lui est délivré le 28 janvier iSgi par M. de Sainte-Colombe, maréchal des logis de M. de Sourdis. Cet officier, qui a pris part au siège de DoAirdan, atteste que ledit de Lescornay a est et a toujours esté bon serviteur du roi ; > que lui-même l'a vu réfugié, lors du siège, dans le château de Brétencourt, appartenant à M. le chancelier Huraut de Cheverny ; qu'il a même entendu dire au capitaine Jacques, alors qu'il le conduisait en lieu sûr, après sa reddition, que <c si de Lescornay tomboit jamais entre ses mains, « il le cbastiroit bien pour ce que de Lescornay luy avoit touiours esté <r contraire et que c'estoit ung vray royaliste (2). »
Ce n'était pas un mince privilège alors d'être exempté des subsides de guerre et des logements de troupes. Pour les habitants, cet impôt était une lourde charge, et, durant les années i SgS et 1 596, une de leurs grandes préoccupations paraît avoir été de faire alléger à tout prix le fardeau. Présents à leur gouverneur, M. de Gar antières ; présents en argent ou en nature aux officiers' de régiments ; messages à Paris pour obtenir la protection de M"^ de Nemours, qui s'intéresse toujours à Dourdan, rien n'est négligé; et comme la caisse municipale est à séc et que M. le premier margulllier Hector le Febure est en même temps receveur des tailles en
1. M. P.-V. Roger, lieutenant général au xviiie siècle, dit, dans une note qu'il a laissée, avoir vu ces lettres d'abolition.
2. Nous avons eu entre les mains les originaux de ces deux pièces, signées l'une Heniy, l'autre Saincte-Coulombe , et conservées parmi les papiers de famille de M. Roger.
Télection, c'est toujours la caisse de la fabrique qui fournit l'argent, avec promesse de remboursement par les collecteurs Jehan Dureau et Isaac Berger^ qui en somme semblent avoir assez fidèlement payé. Les détails de ce compte sont curieux (i). On y voit que Dourdan^ même en iSgô, avait encore des jours d'inquiétude' et d'alerte, pendant lesquels il fallait faire le guet aux clochers et se mettre sur ses gardes. Ce qu*il y avait
I. « Sommes livrées à M» Pierre Guyot, syndic des habitans, par ordonnance de n M. le lieutenant :
<r Pour un présent faict à un capitaine logé avec ses troupes à Corbereuse, 2 escus.
c Pour ledict Guyot avoir esté à Paris à la poursuite d*un officier de la ville,
10 escus.
<c Pour un message à M de Garantières pour Padvertir que la compaignie de M. le <ic connestable vouloit venir loger à Dourdan.
a: Pour un présent de 9 escus fait par les habîtans à M. de Garantières, pour avoir ce a: empesché par un voyage à Paris.
c Pour un présent de 2 escus aux gendarmes de M. le connestable logez à Saint- «c Arnoul.
«c Pour ung poinson de vin, ung mouton et'aultres vivres donnés à des gendarmes a logez aux faulxbourgs de la ville, 7 escus.
€ Pour trois pintes de vin données à des soldats des troupes de Mgr le comte de c Soissons, qui passoient près les portes de la ville, 1 5 sols 6 deniers (c*est l'Église qui c les paie).
« A Toussainct Hudicourt, pour avoir faict le guet au clocher pendant l'année iSçô, <K quand il a esté besoing, 6 escus 46 s.
c Pour un présent de 24 escus à M. le gouverneur.
K Pour un ^yage de Paris pour aller prier Mme de Nemours d'obtenir l'exemption « des munitions demandées aux habitans pour les troupes de M. de Nemours , a 2 escus 3o s.
«c Pour trois paires de chausses de soye données à cet effect à trois officiers de ^ M. de Nemours, 16 escus.
<c Du lundy 3 juing, baillé à Jehan le Cerf et GermsiinBéTaTdfenterreurs des pesti- < férés, par commandement de M. le lieutenant, 10 escus.
a Pour un messager que M. de Garantières, estant à Briere, envoya à Dourdan, afin € que l'on se tînt sur ses gardes, 43 sols.
« A un autre messager, pour avoir apporté une sauvegarde de Mme de Nemours, « I escu.
c A un soldat de M . de Nemours, mallade en ceste ville, 3 escus 3G sols.
c Payé aux maistres (de l'auberge) du Loup, pour la despense faicte par le s^ du <E Belloy, commandant en l'armée de M. d'Espernon, 33 escus.
c Pour deux journées de cheval, pour aller à Paris prier MmedeSancyderescrirj « au s*" du Belloy, 3o sols.
c Pris sur les quatre mesureurs de grains de la fabricque, par ordonnance de M. le « lieutenant du 6 oct. iSgô, pour les pauvres et pour païerceulx qui ensépulturoieni € les pauvres, 17 escus 45 sols.
c A deux hommes qui firent le guet au clocher ung jour et une nuict, qui fut le « 27 nov. 1596, 20 sols. » — Compte rendu par Hector le Fébure, principal gager et proviseur de l'esglise Monsieur Sai net-Germain de Dourdan, pour les années iSçS et 1596, signé du président en l'élection, de Lescornay, et du lieutenant général au bailliage, Boudon. '^Archives de V Église, — La recette de ce compte se monte, pour les deux années, à 998 écus, 57 s., 10 den., et la dépense et mise à 939 écus, 22 8., II den.
de plus triste, c'est que la peste, cette compagne inséparable de la guerre, avait envahi la ville et, se joignant à la misère, avait forcé Tautorité à prendre des mesures sévères.
Réveillée par tant de malheurs, la foi de la population se traduisait en aumônes et en dons aux églises. Un tronc pour la réparation de Saint- Germain était en permanence (i); mais^ ce qui afBigeait le plus les habitants de Dourdan^ c'était de ne plus entendre leurs belles sonneries. Le métal de leurs cloches, revendiqué par Tartillerie royale, par suite d'un privilège, avait été emporté et on soupçonnait qu'il était à Chartres. Une touchante souscription s'ouvrit, des quêteurs allèrent de maison en maison : les plus riches donnèrent de l'argent, les autres de menus objets de quincaillerie et de vieilles ferrailles qu'on vendit (2). On fit marché avec un fondeur de Paris, Thomas Mousset, qui se chargea de fabriquer trois cloches. Il établit son atelier sur la place, au pied même des clochers, et malgré la rigueur de Thiver (iSpô), il modela, coula et monta les trois cloches (3).
Le peuple était avide d'entendre la parole de Dieu, et la fabrique avait recommencé à faire venir, suivant l'usage, des prédicateurs de Paris et de la province qu'elle défrayait à l'auberge du Croissant.
Le 29 mai iSqô, en exécution de l'édit de septembre iSqi pour la vente et revente du domaine du roi jusqu'à deux cent mille livres, celui de Dourdan fut vendu à faculté de rachat perpétuel et adjugé par les commissaires royaux au sieur Imbert de Diesbach, gentilhomme bourgeois et conseiller de la ville et canton de Berne, colonel d'un régiment suisse, moyennant la somme de quarante un mille six cent vingt ccus et
1. Hector le Fébure accuse 69 écus pour le produit des quêtes des bassins pour ses deux années, toutes charges de messes, services et autres payées. — Les droits de fosses montent à 52 écus.
2. « Recette en argent, 112 escus. — Vente de 227 livres de quincaillerie, à 2 sols « la livre, 7 escus.— Don des parrains et marraines le jour de la bénédiction, 22 escus m 1 3 S . » — Compte de le Fébure,
3. < Du 28 janvier i5q6, pour despence faicte à V Autruche par Thomas Mousset, c fondeur, venu pour faire le marché, 5o sols. — ^Journées de maçon, à 6 sols;— de fonr dcur, à 5 sols. — Un tombereau de terre, 6 sols. — Fagots pour faire chauffer Peau à « destremper le mortier, à cause du froid. — Suif à 6 sols 6 d. la livre. — Chandelle à c 7 sols la livre, pour travailler le soir. — 3 livres de cire pour faire l'escripture sur « la cloche, i escu.— Pesée du métal, i escu. — Pour 5o livres d'étain sonnant, 3 escus. « — Pour 1700 livres pesant de métail, à 7 escus les 100 livres, achetées à Paris. — < Plus, pour 80 livres fournies par le fondeur. — A Thomas Mousset, pour Taccort « faict avec lui pour la fonte de 2 cloches, 20 escus. — Voyage du marguillier qui a c essaie de retirer le métail des cloches de la ville, que Ton disoit estre à Chartres. — « Pour le bafroy du clocher, 17 escus.— Pour la despence occasionnée par la refonte « d'une des cloches cassée par Marin le Maire, qui fut condamné à paler 20 escus « pour la faire refondre. > Le total de la dépense portée à ce compte pour ledit article, ce monte à environ 212 écus. — Compte d'Hector le Fébure,
cinquante sols, mais presque aussitôt^ le 1 2 janvier 1 597, ce gentilhomme fit un contrat au profit de Nicolas de Harlajr de Sancy-y par lequel il déclarait « que ce auroit esté ledict sieur de Sancy qui auroit païé et « fourny le prix de ladicte terre (i)^ » et que, par conséquent^ c'était lui le véritable acquéreur.
'Nous trouvons, dans cette substitution, la trace d'un de ces marchés que le célèbre surintendant faisait alors avec les Suisses. Il avait su^ pendant deux règnes, les retenir au service de la France, et exerçait sur eux la plus complète influence.
Il est curieux de savoir au juste en quoi consistait alors la seigneurie de Dourdan. Nous le lisons dans le procès- verbal de mise en possession du i3 mars 1597:
« La terre et seigneurie de Dourdan, domaine et revenus d'icelle, ses appartenances et deppendances consistant en chastel, maisons, manoirs, bailliage, prevosté, justice, seigneurie, cens, rentes, exploicts, admendes, sceaulx, escriptures, minage, mesuragc, droits de hallage, estaulx, foires, prez, pasturages, herbages, estancs, rachapts, reliefs, profficts des fiefs, lots, ventes, saisines et amendes, ventes ordinaires de bois taillis, garennes, pessons, pannages, admendes et confiscation, eaulx et forests, et aultres reuenus en deniers et grains tant muables qu'immuables; nomination des officiers ordinaires, fors et excepté de ceulx des forests, à la charge que la justice sera rendue tant soubs le nom de Sa Majesté, que soubs celuy de l'acquéreur par engagement, auquel toultefois les proffîcts et esmoUumens d'icelle justice appartiendront, et sans aucune chose réservée et retenue, fors les bois de haulte fustaie, offices extraordinaires et ceulx cy-devant vendus et engagés à faculté de rachapt, à la charge de paler les .charges, gaiges, fiefs et aumosnes, ventes et aultres redcbuances » (2).
Ce procès-verbal de mise en possession^ qui est en même temps celui de Visitation^ nous donne de précieux détails sur l'état du château de Dourdan, en 1597; il nous le montre tel que deHarlay de Sancy Ta trouvé^ six ans après le terrible siège dont toutes les traces subsistaient encore et n'ont jamais pu être effacées.
Pierre Boudon, le lieutenant général du bailliage, accompagné du procureur du roi et de maître Claude Gonnet, procureur de M. de Sancy, assisté de Jehan Le Roy et Louis Gerbin, c maistres massons , » et de Michel du Brun et Jehan Granvau, « maistres charpentiers, » dûment assermentés, se présente, le i3 mars, devant le château^ pour « faire la Visitation de Testât des lieulx. »
Le résultat est lamentable. Le bâtiment de la grange, à droite en entrant, n'est plus qu'un bastion comblé de terre, pour amortir le choc des boulets de l'attaque. Les divers « corps d*hostel » qui environnent la cour sont criblés par les boulets^ et les toitures rompues^ les charpentes brisées sont pendantes ou effondrées. Les tours de Tenceinte sont