‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 62 sur 191 · Archives de l'Empire Q, i5i · texte numérisé non relu

Archives de l'Empire Q, i5i

découronnées ou fendues. Il ne reste qu*un pan de la chapelle; et ledonon lui-même a son faîte écorché et sa casemate forcée.

Du restç, pour ne pas interrompre notre récit, nous ne suivrons point nos experts dans cet examen des lieux. Nous y reviendrons avec eux, aans le chapitre ^ue nous consacrons spécialement à la description du château. Nous les accompagnerons rapidement dans leurs autres visites aux divers endroits dépendant du domaine de Dourdan.

Aux halles, la charpenterie, qui est fort belle, est demeurée « bonne et vallable. » Il y a bien cinq ou six poutres « couppées de coups de canon^ mais qui néantmoings ne laissent de porter leurs charges. » La couverture a plus souffert et se trouve percée en plusieurs endroits. Quelques marches et gardes-fous manquent au grand escalier de grès qui conduit « en l'audithoire du siège roïal, > mais la chambre du barreau a été remise à neuf, enduite et recarrelée, et bien « garnie de bancs^ chaizes et perches d*appuy des procureurs et bureau, o La justice s'y rend, mais la chambre du conseil est à refaire. Sous la halle^ le commerce a repris sa place, mais faiblement encore. La grande allée du milieu est seule garnie d'étaux de boucherie et divers métiers, mais les trois autres allées sont vides, et on n'y voit que huit places occupées en partie par des poissonniers.

DuMoullin du Roy, où nous ne les accompagnerons pas, monsieur le lieutenant général et ses assesseurs se rendent au grand estangy situé à Touestdela ville, près du Petit Huis. « Vuide d'eau tant qu'à présent et en prairie^ » le grand étang ne nous apparaît que comme un bassin à sec, avec « sa chaussée et contrescarpe faicte de gresserie picquée, de la « longueur de quatre-vingtz six thoises et de neuf à dix piedz de haulc teur , » sa bonde, au milieu de la chaussée, « faicte en vouste de grès- « série picquée, de largeur de trois pieds et de haulteur de neuf toises, » et à la queue dudit étang, le gril et le glacis de pierres de taille <£ par « où renversent les eaux, »

A l'estang de la Muette , sur le chemin des Granges, il n'y a plus qu'une simple chaussée de terre et une « bonde en charpenterie.» Quant à / 'estang de Gauldrée^ sa chaussée est coupée ; il est <c empesché, comme « à vuide et de nulle valleur (i). »

Mis en possession de Dourdan, de Harlay de Sancy paraît s'être plu à y venir. Dans les heures de loisir de sa vie agitée d'homme d'État^ dans ses jours de lutte avec la belle et puissante Gabrielle, il aima à s'y

I. Archives de l'Empire Q, 1314. — Cette visite demande trois jours aux experts, et Pierre Boudon alloue < à chascun d*eulx, pour chascun trois journées, la somme de < deulx escus deulx tiers^ et au clerc qui a escript ledict procès-verbal ung escu sol.; c à quoy sera ledict sieur de Sancy ou son recepveur. constrainct par toultes voies c deubes et raisonnables. » La minute reste au greffe de Doucdan, où sont enregistrés tous les contrats et autres titres d'engagement. — 12 mars iSgg, un jugement reçoit le dépôt dudit procès-verbal.

lOS CHAPITRE X.

récréer et à y dépenser de Targent. Le grand surintendant ne pouvait se contenter des antiques logis délabrés du château. Le plus agréable de tous, celui qui regarde le midi et jouit de la vue de la vallée^ étant hors de service, il le fit raser. A la place il éleva un grand bâtiment appuyé d*un côté à la terrasse qui regarde Téglise, de l'autre à la tour du couchant. La tour qui existe au milieu de ce côté dé Tenceinte fut comprise dans la nouvelle construction et son haut toit d*ardoise en devint le centre.

Là ne devaient point se borner les projets d'embellissement de Nicolas de Sancy. Chacun des vieux bâtiments du château aurait à son tour fait place à de nouvelles constructions ; mais la disgrâce du ministre arrêta tout, et ses grandioses desseins furent repris, avec infiniment plus d'économie, par son illustre et prudent successeur.

Maximilien de Béthune, duc de Sully ^ remplaça de Harlay de Sancy dans la faveur du roi Henri IV et dans le poste de surintendant des finances. Il le remplaça aussi dans la jouissance de la terre de Dourdan. oc La terre de Dourdan que j'achetai de Sancy, qui la tenait des Suisses, a dit Sully dans ses Mémoires, me coûta, outre l'argent que me devoit ce Sancy, cent mille livres d'argent déboursé (i). » Il est très-probable que c'est à l'instigation de sa femme que Sully fit ce marché. Sully venait en effet d'épouser, en 1592, Rachel deCochefilet, veuve de François Hurault, sieur de Châteaupers et du Marais, et cette dame qui avait dans le pays ses habitudes et ses intérêts fut sans doute heureuse d'y revenir. Des alliances de famille augmentèrent Tà-propos de ce voisinage. Rachel de Cochefilet maria sa fille, Mlle Du Marais, avec M. de la Boulaye, et Sully fit épouser Marguerite de Béthune, sa fille, à Henri II duc de Rohan, de la famille des seigneurs de Rochefort.

Pendant une douzaine d'années, Dourdan demeura entse les mains de l'intelligent ministre, aussi habile à régir ses propres affaires qu'à administrer la fortune publique. C'était ce qui pouvait arriver de plus heureux à ce domaine, depuis longtemps livré à Tincurie de maîtres passagers et à tous les désordres d'une gestion troublée par la guerre et l'occupation violente de deux partis rivaux.

Sous la sage tutelle de ce riche seigneur, et déchargée, grâce à son influence, du fardeau de l'impôt (2)^ la ville répara ses ruines; le pays pacifié travailla à effacer la trace de ses désastres. L'église restaurée reprit peu à peu, au centre de la ville, sa noble et fière attitude et le timbre

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