DOURDAN SOUS LOUIS XIII ET ANNE D'AUTRICHE
jEPUis soixante et un ans, le domaine de Dourdan, aliéné par Henri II, était séparé de la couronne. Avant d'en être définitivement détaché pour servir d'apanage à la branche cadette de France, il eut pendant vingt ans la bonne fortune de jouir encore une fois de la faveur royale , et reçut des premières années du xvn' siècle une heureuse impulsion. Louis XIII avait dix ans et était à peine roi, quand il signait l'acte de rachat qui, moyennant i5o,ooo livres, faisait rentrer la terre de Dourdan des mains de Sully (i) d^ns le domaine du trône (161 1). L'année suivante, par lettres patentes, il la donnait, comme partie de l'assignation de ses dot et douaire, à sa mère, la reine régente Marie de Médicis.
Si nous ne trouvions la chose extrêmement fastidieuse, nous pourrions transcrire ici des pages qui nous dispenseraient d'une partie du récit pour le règne où nous entrons. Nous n'aurions qu'à citer textuellement le chapitre tout lyrique que l'historien de Lescornay a écrit à la louange
I. « Sa Majesté, dit Sully dans ses MémoireSf me fit rembourser cent cinquante « mille livres pour la terre de Dourdan. Je destinois cette somme (avec les cent cin- « quante mille livres de la terre de Villebon) pour la dot de ma jeune fille, plus diffi- « cile à placer que son aînée, et qui avoit besoin d'un peu d'avantage pour trouver un « parti sortable, à cause de quelques incommodités. » Mémoires, t. VIII, p. 276. — Louise de Béthune épousa, 29 mai 1620, Alexandre de Lëvis, marquis de Mirepoix, «t paya bien mal la tendresse paternelle.
I I 2 CHAPITRB XI.
de son maître Louis XIII, et auquel il a consacré un bon tiers de son opuscule. Mais le lecteur, je crois, nous saura bon gré de lui faire grâce des plates et emphatiques tirades du trop flatteur écrivain. Certains extraits, pourtant, ne seront point inutiles pour faire connaître quelquesuns des faits noyés dans ces flots d'hyperboles.
Il est convenu que Louis XIII est le soleil de justice qui ne se montre pas de prime abord pour ne pas éblouir Dourdan. Toute une aurore avant-courrière le précède dans cette ville fortunée. Ceci admis, c toutes choses luy semblent venir à souhait. Le sieur du Marais luy est donné pour gouuerneur, mais plustost pour père et protecteur, car il s'intéresse dans sa fortune et s'y monstre si passionné, qu'en toutes occasions il contribue de sa part à l'augmenter. Je ne rapporteray en particulier les tesmoignages qu'il en a rendus; seulement dîray-je que pendant les mouuements de Tannée 1616, encore qu'il iist profession de la Religion prétendue réformée, si est-ce qu'il ne voulut pas que le iour de Noël les chefs de la ville feussent diuertis des prières et de la messe de my-nuict pour faire leurs rondes ordinaires, luy-mesmes en prit le soin et quitta son chasteau pour passer toute la nuict dans les corps de gardes et le long des courtines de la ville : après quoy il ne faut plus demander de preuues de sa bonté et de son affection enuers ce peuple. Au milieu de ces rauissements, Dourdan ressentît vn grand reuers de fortune par la mort de ce bon gouuerneur, et luy eust esté ce mal beaucoup plus cuisant, s'il neust esté adoucy par le genre de ceste mort pleine de gloire et de trophées acquis par sa valeur, et bien-heureuse par l'abjuration qu'il feit de Terreur de sa Religion, et incontinent après du tout osté par la venue de Monsieur de Buy, son successeur, lequel d'autant plus affectionné à ceste ville, qu'il y avoit esté nourry jeune et que son père Tauoit aussi autresfois gouuernée (i), y apporta tout ce que sa qualité et sa naturelle bonté en pouuoient faire espérer. Mais la Royne, en voulant prendre vn soin plus particulier, elle le donna à gouuerner à Monsieur de Montbazon, son cheualier d'honneur, afin qu^estant tousiours près de sa personne, il descouurist plus aisément ses intentions, apprist les inclinations qu'elle auoit pour Taduancement de ce lieu, et que de sa part il apportast tout ce qu'il jugeroit nécessaire pour l'accomplissement de ce dessein : c'est ce qu'il a fait depuis et auec tant de diligence, qu'il Ta rendu beaucoup plus heureux qu'il n'auoit esté longtemps auparauant (2). t
En 1621, Marie de Médicis, se rendant, vers la fin d'octobre, à Chartres pour faire ses dévotions le jour de la Toussaint, passa par Saint- Arnoult. Le corps de ville de Dourdan, prévenu d'avance, se porta à la rencontre et eut Thonneur de saluer sa dame et maîtresse, et de lui offrir
X. Pierre de Mornay, seigneur de Buhy, frère de Duplessis-Mornay. 2. De Lescornay, p. 179-181.