‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 67 sur 191 · I. De Lescornay, p · texte numérisé non relu

I. De Lescornay, p

* 2. Tué plus tard au passage du Rhîn, Nicolas de Bautru, comte de Nogent, était un brave soldat, frère du joyeux compère devenu académicien pour ses bons mots. 3. Registres des échevins de Chartres, 5 septembre 1626.

Il8 CHAPITRE XI.

Une des plus mémorables journées du règne de Louis XIII, ou si l'on veut de son illustre et puissant ministre^ le cardinal de Richelieu, c*est la prise de la Rochelle, ce dernier retranchement des calvinistes en France (3o octobre 1628). Louis, après avoir fait son entrée triomphale dans la ville et reçu tous les honneurs de la victoire, résolut de rentrer à Paris, oîi l'appelait l'enthousiasme public. Il franchit rapidement Touest de la France, salué par les acclamations des populations, et l'histoire rapporte que Dourdan est la première ville où il s'arrêta (i). Le lundi 27 novembre, tous les habitants se portèrent au devant du monarque, et les modestes fêtes qu'ils lui offrirent furent les prémices des réjouissances splendides que préparait la capitale. Toute la noblesse de la contrée s'empressa de venir déposer aux pieds du prince ses félicitations et ses hommages, et l'église ouvrit ses portes à la royale assemblée pour le chant d'un Te Deum solennel. Louis XIII séjourna à Dourdan, s'y reposa des fatigues du siège au milieu des habitants qu'il aimait, et y attendit que les apprêts de la réception magnifique que Paris voulait lui faire fussent terminés. Ce n'est que le i5 décembre qu'il regagna sa capitale, par Versailles et Saint-Germain, laissant à Dourdan, comme souvenir de son passage, un nouveau bienfait : la remise générale de l'arriéré de l'impôt, en considération de la misère du temps.

Louis XI II ne manqua jamais de s'arrêtera Dourdan quand le cours de ses voyages le ramenait dans cette direction. C'était pour lui une étape favorite. C'est ainsi que, revenant de Montauban, en novembre i632, il couche, le 19, à Dourdan, et arrive à Versailles le lendemain, à deux heures de l'après-midi; qu'en t633, venant exprès de Versailles et passant par Rochefort, il couche le 3 janvier à Dourdan, pour ne rentrer à Versailles que le 10; qu'en 1637, parti d'Orléans, il arrive à Dourdan le 9 février et y reste jusqu'au 1 3. Louis se rappela le bon air et le salubre climat de Dourdan 3 il se souvint peut-être aussi de l'exemple de Marie d'Espagne, femme de Charles d'Étampes, que de Lescomay lui citait dans sa préface, quand il envoya sa femme, la reine Anne d'Autriche , se remettre à Dourdan, après la naissance de Philippe d'Orléans, frère unique de Louis XIV (1640). C'est à l'église Saint-Germain de Dourdan que la reine vint faire ses relevailles. Elle donna à cette occasion, à la fabrique, un très-bel ornement complet et une bannière de velours cramoisi brodé d'or. Louis XI 11 voulut être parrain d'une des cloches.

La vieille reine mère, Marie de Médicis, l'usufruitière de Dourdan, vivait encore et continuait à toucher les revenus des domaine et châtcllenie. Sur ces revenus, dont elle ne bénéficiait guère, et qui étaient déjà presque tous consacrés à l'acquit des charges, elle avait constitué deux rentes pieuses. Elle avait donné aux doyen et chanoines de l'église Notre-

i,' Invent, de Jean de Serres, t. II, p. 542, \n-fo\» — Itinéraire des Rois de France^ à la suite des pièces justificatives pour servir à l'histoire de France, t. ler.

DOURDAN SOUS LOUIS XIII ET ANNE d'aUTRICHE. II9

Dame de Chartres 36o livres, à prendre chaque année sur Dourdan, pour a Tentretenement du luminaire nuict et jour dans une lampe d'or estant a dans le cœur de ladicte esglise (i). b Elle avait^ en outre, concédé a aux a religieuses bénédictines du premier ordre du Calvaire, fondé au fau- « bourg Saint-Germain-dez-Prez-lez-Paris, la somme de i,ooo livres, a à prendre chacun an , pour partie de leur dotation , sur la recette de a I^ourdan, suivant contracts de juin 1627 et janvier i63o, confirmés « par lettres patentes du roy. »

En 1642^ Marie de Médicis meurt, et quelques mois après^ en mai 1643, son fils, le roi Louis XIII^ la suit dans le tombeau. Louis XIV, enfant, devenu roi, engage Dourdan à la nouvelle reine mère, Anne d'Autriche, par déclaration du 12 octobre 1643, pour assiette et assignat de ses deniers dotaux (2).

L'aurore du grand siècle fut pleine de troubles et d*orages^ et les guerres de la Fronde^ où des princes turbulents tentaient leur dernière lutte contre un pouvoir bientôt absolu, ramenèrent dans Dourdan les calamités et les misères qu'un demi-siècle de paix lui avait presque fait oublier. La campagne de i65.2, en plaçant le siège des hostilités à la porte de Dourdan, entraîna pour toute la contrée de funestes et douloureuses conséquences. L'armée des Princes^ comme on l'appelait, qui disputait au monarque mineur l'entrée de sa capitale, et que dans une aberration de génie commandait le grand Condé, vint, au mois d'avril, se jeter à demi morte de faim dans Étampes. Toute la région voisine fut infestée de ses fourrageurs et de ceux des bandes espagnoles qui l'accompagnaient, et le pays, déjà tant de fois ruiné en sa qualité de grenier d'abondance, fut durement misa réquisition. Dourdan et son territoire se trouvèrent presque chaque jour visités et rançonnés par les pourvoyeurs de la garnison d'Étampes. <c Le 2 5 avril, Corbreuse fut pillé, écrivait sur « un vieux registre Gilles Lenormand alors curé de cette paroisse, et c tout un chacun prit la fuite à Sainte-Mesme, où Monseigneur Annexe Alexandre, comte dudit lieu, nous reçus deux mois durant. » Ce n'était encore que la moitié du mal. Une armée en appelle une autre^ et

1. Cette magnifique lampe d'or fin ciselé, pesant 23 marcSt avec dôme enrichi de peintures et de dorures, offerte en 1620 par Marie de Médicis, et dont Dourdan payait rhuile, fut volée dans la nuit du 25 juillet 1690 par un mauvais sujet de Chartres, nommé Duhan, tenant à une famille de haute bourgeoisie. Ce vol, qui expita une profonde indignation dans la ville, donna lieu à un procès criminel dont tous les incidents ont été rapportés dans le Magasin pittoresque, année i853, p. 142, 161, lyo.

2. Quoique engagé à Anne d'Autriche, le domaine de Dourdan est néanmoins affermé, au compte du roi, à Denis Favier, pour six années consécutives, de la Saint- Jean 1646 à la Saint-Jean i652, moyennant 5, 600 livres par an.— Compte rendu par Jacques de La Loy, receveur du domaine pour le roy au bailliage de Dourdan, pour l'année courante, de la Saint-Martin d'hiver 1646 à celle de 1647. — Archives de l'Empire^ Q. i5i4. Nous empruntons à ce compte et nous donnons à la pièce justificative XV, la liste des noms et des gages des officiers royaux de Dourdan à cette époque.

les troupes royales, sous les ordres de Turenne et d'Hocquincourt, quittant subitement Châtres-sous-Montlhéry, investirent Étampes, et, pendant un long siège, durent à leur tour vivre sur le pays. Le printemps de cette année i652 fut pour Dourdan plein d'angoisses et de pénibles charges : passages et logements de soldats^ levées de vivres, alertes continuelles. Bien que Tarmée du roi fût dès le principe victorieuse^ les hasards d'une retraite^ la possibilité d'un coup de main sur Dourdan, qui fournissait une grande partie des vivres, furent prévus par Turenne, qui fit envoyer de Corbeil au château de Dourdan une provision de poudre et de munitions, qu'on rangea dans les salles basses des tours.

Quand les deux armées rivales, rappelées ailleurs par leurs chefs, quittèrent presque ensemble la contrée, les traces laissées par leur passage étaient celles d'un orage dans un champ. Tous les titres du temps en font foi. Les comptes de la fabrique de Saint-Germain, pour Tannée 1 652, nous apprennent que l'adjudicataire du droit de mesurage des grains appartenant à TÉglise obtint^ par jugement du bailliage, diminution de son terme de juillet, « à cause de la guerre d'Estampes, v et de son terme d'octobre, « à cause de la stérilité. » Il y eut même un retard assez long dans la nouvelle adjudication, a à cause de l'incommodité laissée par les guerres, » et les marguilliers se plaignent que presque toutes les rentes de Téglise sont réduites, celles de 90 livres à 3o, celles de 67 à 22, etc., « à cause de la diminution faicte par estimation et rapport d'expers en justice pour les ruynes causées par la guerre d'Estampes. » Jusqu'à l'herbe du cimetière, dont le loyer tomba de 7 livres à 3, a à cause du dégast faict par les gens de guerre, d Les débiteurs échappaient aux poursuites, car la justice se rendait difficilement; d'ailleurs, il n'y avait rien à prendre, et, comme disaient les marguilliers, « c'eust « esté mauvais mesnage de faire des fraiz. » {Archives de l'Église.)

Les archives du Loiret ont conservé un procès-verbal par devant M» Léonard Dentart, notaire royal au village voisin des Granges-le-Roy, en date du 20 juillet i653, duquel il résulte que la plupart des terres des Granges-le-Roy et des environs n'ont été ni cultivées, ni ensemencées pendant les années i652-i653, à cause de la guerre, du séjour et du passage des troupes sur ces terres, et des dégâts faits par la garnison d' Étampes. Plusieurs terres sont en friche, et il est décédé dans ladite année plus de la moitié des habitants de ladite paroisse des Granges (i). C'est que, comme une fatale conséquence de la misère, la peste avait envahi toute la région. L'histoire de la peste d'Étampes est une des tristes pages de ce siècle, et la contagion, gagnant de village en village, s'était étendue jusqu'à Dourdan et au delà.

I. Archives départementales du Loiret,-- Comté de Dourdan — Invent, de Vassal, A. 1384.

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