‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 85 sur 191 · BAU.LIS DE DOURDAN · texte numérisé non relu

BAU.LIS DE DOURDAN

t329 — Nicolas le Camus (exerçait en).

i363 -r- Guillaume Langloy s,

1367 — Jean Noël.

1378 — Jean Sainse.

1395 — Jean Davy — qui fut aussi bailli d'Étampes et chancelier du

duc d'Orléans.

£400 — Martin Gouge.

1402 •*- Jumain le Febure.

1430 — Girard le Coq, 1439 — Jean Desma\is — qui fut aussi bailli d'Étampes et gouverneur

de toute la contrée.

1463 — Philippe Guérin — grand pannetier de France et seigneur du

Bréau Sannapes.

dans le procès-verbal des Coutumes, chap. VJIJ^ et la convocation du bon et de Varrière-ban, hïtt par le bailli de Dourdan, le 24 avril 1697, à Toccasion de la guerre d'Espagne. Pièce justificative XVIJI.

1. Mémoire envoyé le 16 février 1740 par le subdélégué a l'intendance.

2. b^ntre autres : Guillaume de l'Hôpital Sainte-Mesme (1699) ; — marquis de Chevrier (1741)$ — comte de l'Hôpital (1773} ; Cahouet de Neufvy (1783); etc.

Jean le Moyne, Jean CoigneU Gervais Chalas.

Jean Belin.

Simon le Doyen.

A ntoine Daubours.

Tristan le Charron.

Girard le Charron

— dernier bailli de robe longue.

BAILLIS D*ÉPéB :

Hurault — seigneur de

Vauluisant.

Anne de V Hôpital Sainte-

Mesme.

Nicolas de Bautru.

Anne de l'Hôpital Sainte-

Mesme, Guillaume François de

l'Hôpital.

Antoine Ru^é, marquis

d'Effiat.

Jean François Regnard

— le poète.

Michel Jacques Léuy.

Vacance indiquée sur les

titres par ces mots : à

cause du décès de M. le

Bailli.

1 789 — De Broglie de Revel —

prince du Saint-Empire.

Gouvernement de la ville et du château. — A côté du bailli nous devons placer un autre personnage*, uniquement militaire cette fois, qui tantôt ne fait qu*un avec le bailli, tantôt est distinct de lui. De tout temps, il 7 a eu quelqu'un chargé de la garde du château sous le nom de capitaine, et ce capitaine, étendant son titre, prit le plus souvent le nom de gouverneur de la ville et du château. Bien que ce titre ait toujours été conféré à des personnes de distinction, le bailli d*épée et le corps du bailliage ont toujours prétendu précéder, lors des cérémonies publiques^ ces capitaines du château.

Nos lecteurs n'ont point oublié Jean.Desma^is^ le bailli vendu aux Anglais, qui prit en 1428 le titre de gouverneur et capitaine de Dourdan; — te malheureux capitaine Jehan de Gapaume livré aux Anglais par les

lieutenants-généraux au bailuage :

— Pierre Voudon.

— Julien Guyot^songtndre.

— Richard le Boistel.

— Pierre Vedye — petit-

neveu du précédent.

— Pierre Vedye — officier

au régiment de Provence, fils du précédent.

— François Henri Roger^^

gendre du précédent.

— Pierre Vedye Roger —

fils du précédent.

l58 CHAPITRE XIV.

siens en 1442 ; — Louis de Vendôme, prince de Chabanais^ qui céda sa capitainerie, en 1 522, au sieur de Montgommery, seigneur de Lorges ;— le comte de Choisy qui rendit la ville aux Huguenots en 1567 (i) ; — Louis^é l'Hôpital Fiïr^^qui se retira en 1 589 par scrupulede conscience devant Henri IV ; — le fameux capitaine Jacques nommé par la Ligue et héros malheureux du glorieux siège de iSgi ; — Monsieur de Garantières qui fut chargé de pacifier le pays; — Monsieur du Marais le. bon gouverneur de 1616; — Monsieur de Buy qui remplaçait son père; — Monsieur de Montba^oh^ le chevalier d*honneur de Marie de Médicis; — Nicolas de Bautru^ comte de Nogent, l'ami de Louis XIH.

De Bautru avait obtenu du comte de Montbazon ce titre de gouverneur à la condition que la charge reviendrait après lui aux Montbazon. La condition fut remplie: par provision royale. du 26 septembre 1661, Louis dtRohsin^ prince de Guéménée y duc de Montbazon, pair et grand veneur de France, fut nommé capitaine et gouverneur de Dourdan et prêta son serment; mais satisfait du titre il « donna au sieur Jean de Lescor- « nay^ écuyer, seigneur de Fortin (2), conseiller, maistre d'hostel ordi- « naire du Roy, commissaire ordinaire de ses guerres et capitaine de ses « chasses et plaisirs dans l'étendue du présidial de Saint-Pierre-Ie-Mou- « tier, à cause de sa fidélité et ,de ses services, la lieutenance es dites capitai- « nerie et gouvernement de la ville, chasteau et comté de Dourdan, pour « l'y représenter et agir comme s'il était présent, vacquer à la garde, déa fense et tuition desdits ville, chasteau et comté, et pour avoir plus de <K moyens de s'en bien acquitter, tous les fruits, profits, émoluments, ga- « ges, droits, prérogatives, privilèges y attachés (3). »

Les comptes de l'ordinaire pour Tannée 1646 nous apprennent qu'en fait de profits. Monsieur de Bautru avait, comme gouverneur, une gratification de 25 livres et 3o cordes de bois de la forêt. Le prince de Guéménée prend soin de se réserver le bois. Nous ignorons quel pouvait être le grand bénéfice du sieur de Lescornay. Le logement dans le château, presque abandonné alors, n'avait guère de quoi le séduire ; désirant tou*^ tefois en prendre possession, il eut soin de demander au bailli un procèsverbal de l'état des lieux, « pour ne répondre que de ce qui s'y sera trouvé. » L'état des meubles ne fut pas long à faire. Monsieur de Bautru avait emporté jusqu'au dernier.

Les baillis qui se succédèrent à Dourdan aux xvn* et xvim siècles revendiquèrent en général cetitred'honneur. Les l' Hôpital Sainte-Mesme, le marquis d'Effiat^ s'intitulent gouverneur de la ville, château et comté de Dourdan; — Regnard^ le poète, porte le nom de capitaine du château; *— Michel Lévy^ fils de Jacques, le grand bailli, a celui de gouverneur

t. Girard le Charron, biiiUi de Dourdan» prend aussi le titre àtgQntvemeurtn iSt^.

2 4 Le frère de Thistorien.

t . Archiyes de U mairie. — Fonds Roger.

JURIDICTIONS. — ADMINISTRATION. iSç

et capitaine du château ; — le duc d'Orléans prend lui-même le titre de seigneur et gouverneur de Dourdan ; — le comte de Verteillac^ grand sénéchal et gouverneur du Périgord^ est dit gouverneur de la ville et château de Dourdan; — ^leduc de Tresmeesi désigné de la même façon et prime tous les officiers du bailliage sur les almanachs royaux ( 1 778- 1 786); — le comte de VerteillaCy le fils, se contente à la même époque d'être qualifié capitaine et concierge du château (1773). Ce n'était pas la première fois que de nobles personnages acceptaient cette fonction : «Soubs a chacun des capitaines, dit de Lescornay, il y auoit encore un concierge c qui auoit la charge de la porte et des prisons qui estoient dans le achasteau, aucuns desquels se trouuent qualifiez gentils-hommes et » escuyers. » Le compte de 1646 nous apprend que Jacques de Lescornay était « propriétaire de l'office de concierge du château 1» et la somme de 100 livres lui est allouée à ce titre.

On peut voir à la bibliothèque de l'Arsenal, à Paris, sur une charmante aquarelle ou lavis qui fait partie du curieux album de paysages exécutés dans nos environs par le marquis d'Argenson, chancelier du duc d'Orléans, une fidèle représentation de la belle maison dite du Parterre construite à Dourdan par Michel Lévy, acquise et habitée depuis 1738 par la famille de MM.de Verteillac, gouverneurs de Dourdan.

Dans un coin du dessin, le marquis d'Argenson a écrit de sa main : Gouvernement de Dourdan^ avec la date 1753.

Corps de ville. — U assemblée des habitans réunie « au son de la cloche, en la manière accoutumée, d devant l'auditoire ou l'église, en présence d'un notaire; l'attroupement en plein air des notables, officiers, bourgeois, marchands, manants, composant comme on disait, a la partie la plus saine » des habitants et donnant leur avis pour les aSaires d'intérêt commun, jouent plus d*une fois un rôle dans la suite de cette histoire, et le soin qu^on mettait à enregistrer les opinants nous a conservé les noms de nos pères à plus d'une époque, avec leurs délibérations pleines de patriotisme et de bon sens. Il y avait toutefois un homme, élu par l'ensemble des habitants, qui était comme le représentant, le chargé d'affaires de ses concitoyens; c'était le syndic. La moindre paroisse rurale qui avait d'ailleurs, elle aussi, son assemblée d'habitants, avait un syndic. Avec les progrès toujours croissants de la centralisation adminis* tratîve, la position du syndic, auxVii«et surtout au xvni» siècle, devint insensiblement fort dépendante. Il est alors beaucoup plus l'homme du gouvernement que celui de la ville, et, bien qu'élu pour la forme, il n'est plus guère que l'agent du subdélégué de l'intendant pour les opé-^ rations de la milice, les travaux de l'État ou l'exécution des lois générales. C'est que l'assemblée des habitants elle-même, bien que convoquée en fait comme* autrefois, a déjà perdu au fond toute son initiative et sa valeur. Nous l'avons constaté une fois de plus en étudiant dans ses détails l'administration de Dourdan sous Louis XIV et ses successeurs.

l62 CHAPITRE XIV.

a abondance. » (i) Telle est, évidemment, Forigine de ces trois pots qui, en 1624, avaient une date immémoriale. Dans une petite note écrite sur Dourdan, au commencement du xviii* siècle, M. Vedye ajoute : « Les « armoiries de la ville sont trois pots d'or en champ d'a\ur^ deux et un. « Quelques-uns ont joint trois fleurs de lis d'or et on les trouve des a deux façons sur des monuments fort anciens. 'On en ignore Torigine; a il y a lieu de penser qu*elles sont venues du grand nombre de fours à a pots qui étoient à Dourdan et aux environs. Il y a en France un ancien a proverbe qui dit, en parlant d'un homme inepte : il est neuf comme a les pots de Dourdan.

Nous avons cherché vainement un de ces monuments anciens portant des armoiries. Elles ont sans doute disparu à la révolution (2). D'après un croquis qui nous a été communiqué, l'ancienne forme adoptée pour la figure des pots de Dourdan aurait été celle d'une sorte de bouteille renflée, à goulot décoré d'une moulure et rappelant un peu les poteries romaines. Il est certain que la représentation ancienne des armoiries de Dourdan différait de celle usitée pendant le xviiie siècle , qui a fait des vieux pots de Dourdan trois élégants vases de fleurs à anses contournées. C'est de cette façon toute moderne que nous les voyons figurés sur le cartouche d'une carte manuscrite de l'élection de Dourdan, datée de 1743, et sur le sceau de la municipalité créée à Dourdan en 1789. Ce sceau, qu'il est rare de trouver intact, est ovale, de vingt-huit millimètres de hauteur : écu d'azur à trois vases de fleurs, à anses, deux et un, sous un chef de gueules à trois fleurs de lis en fasce ; timbré d'une couronne de perles et entouré de branches de laurier. Autour, cqs mots : « Municipalité de Dourdan (3). »

Nous avons retrouvé un dessin colorié, daté de 1790, qui a dû servir de modèle pour l'exécution de ce sceau ou, tout au moins, pour la fixation à cette époque des armoiries de Dourdan. Écu d'azur, pots d'argent, fleurs de lis d'or sur chef de gueules, couronne de perles, tout y est indiqué de la même manière. Au lieu de branches de laurier, ce sont des branches de lis rattachées par un ruban qui porte ces mots : a Liberté, loyauté j franchise. » Au-dessus du ruban on a écrit : « Néant pour le Ruban et la Devise. » Au-dessus de la couronne, on a esquissé au crayon une lance qui paraît soutenir le tout, et porte un nœud sur lequel se lit cette autre devise : « Ils sont de fer ^ » fière allusion aux pots de la fable, qui brisaient ceux qui les heurtaient.

Subdélégation. — Nous avons dit que Dourdan était chef-lieu d'une

2. L'inscription commémorative de l'érection de la chapelle de la Vierge, à r^ise, porte trois pots à anses de forme indécise. Un grès qu'on a enchâssé à Tintérieur d'un jardin, à rentrée de la rue Grouteau, offre trois pots grossièrement sculptés et sans caractère.

3. Arch. de l'Empire, F. 7. 4388.— Décrit dans l'In»entairet n* 5576.— L'écusion de notre frontispice est la reproduction de ce sceau.

JURIDICTIONS. ADMINISTRATION. l63

élection. L'élection était une circonscription administrative et fiscale qui correspondait à peu près à notre arrondissement moderne et formait une subdivision de la généralité. L'institution des généralités remonte à François I*'. La France était divisée en trente-deux généralités administrées par les Intendants.

L'élection de Dourdan, située, partie dans le Hurepoix^ du gouvernement de l'Ile-de-France, partie dans la Beauce, du gouvernement de l'Orléanais» appartenait au diocèse de Chartres et à la généralité d'Orléans. Bornée par les élections de Paris^ d^Étampes, de Pithivierset de Chartres^ elle avait, prétendaient nos pères, a la forme d'une raquette de paulme^ » s* étendant vers Paris, se rétrécissant vers Orléans. Elle contenait soixante-sept paroisses, faisant ensemble environ six mille feux taillables, qu*on pouvait évaluer à 24,000 habitants (lySS) (i).

Voici l'appréciation tout à la fois topographique et morale qui était faite de l'élection de Dourdan par un de ses administrateurs au milieu du xviii* siècle : •

c La partie de cette âection qui est située dans le Hurepoix est coupée « de montagnes et vallées qui renferment des terres à froments et seigles, a plantées d'art)res fruitiers, de vignes et de bois. Les habitants de cette

< partie, à Texception des laboureurs et artisans, sont, ou occupés aux a travaux de la terre et vignes, ou bûcherons ; mais généralement, ils « sont tous d'assez mauvais caractère, méchants, brouillons, braconniers « et de mauvaise foi.

a La partie qui est dans la Beauce ne contient que des terres à grains

< de différentes qualités et quelque peu de bois, dont la plus grande par- « tic est nouvellement plantée. Les habitants, en général, sont laborieux € mais peu industrieux, étant naturellement attachés aux anciens usages a qu^ils ont reçus de leurs pères pour la culture des terres, la nourriture € des bestiaux et les autres ouvrages de la campagne. Les hommes sont « occupés aux travaux de la terre et quelques-uns aux apprêts des ou- « vrages de bonneterie de laine au tricot, qui fait l'occupation du plus « grand nombre des femmes qui travaillent, partie pour les marchands € de Dourdan, dans les paroisses qui en sont voisines, partie pour diffé- «c rents marchands de ce commerce qui y sont répandus. Ils sont géné- € ralementdoux, bons, paisibles et tranquilles.

« L'élection de Dourdan est une de celles du royaume qui, dans son « peu d'étendue, renferme le plus de haute noblesse, et dans ses soixante- « sept paroisses elle contient plus de trente châteaux possédés depuis le € prince jusqu'au simple gentilhomme (2). t>

t. D'après un mémoire manuscrit de la bibliothèque de rAnenal, Télection de Dourlian ne se composait, en 169^ que de 65 paroisses et de 3,6 1 3 feux.— Voir pièce jus^-

tiâcative XiX.

2. Nous avons constaté, pour l'élection de Dourdan, dans Mrmorio/manuscrit (généralité d'Orléans), rédigé en janvier 1702, en exécution de Tédit de novembre 1696, les

L'intendant^ sorte de préfet, avait dans chaque élection un subdilégué qui le représentait «t faisait en quelque façon les fonctions du sous-préfet actuel. Le subdélégué^ qui se choisissait une personne de confiance pour lui servir de greffier^ avait un rôle important. Il appartenait au pays, il connaissait la population et ses besoins ; il pouvait en être Tînterprète auprès de l'intendant, haut personnage étranger à la contrée et trop souvent à ses intérêts. Dourdan eut heureusement pour subdélégués^ pendant les difficiles années du xviii* siècle, des hommes consciencieux et dévoués. MM. Charles-Jouan, Boucher, Vedye,Henri Roger, eumulèrentla plupart du temps avec l'administration dubailliage cette mission délicate. Nous avons été à même de voir le zèle et Tordre qu'apportaient ces deux derniers fonctionnaires dans leurs relations avec Tautorite supérieure. Leur famille a conservé d'énormes registres oïl, jour par jour, pendant cinquante ans , les laborieux subdélégués transcrivaient, en regard de leurs réponses, les nombreuses pièces de leur correspondance avec messieurs de Bou ville (1723), de Baussan (1739), Pajot (1740), de Barantin (1747), de Cypierre (1760), intendants d'Orléans (i).

Dans le long dépouillement de cette correspondance, qui nous a fourni plus d'un renseignement local intéressant, nous avons touché du doigt et vu fonctionner en détail ce rouage si important de la subdélégation, rouage inventé par l'ancien régime quand il s'agit de créer la machine moderne de la centralisation administrative, rouage souvent décrit d'une manière générale, mais trop rarement étudié à fond.

Sans prétendre en aucune façon à cette étude, nous dirons que le subdélégué de Dourdan nous apparaît tout à la fois : comme agent actif et exécutif du gouvernement, donneur d'avis et commissaire enquêteur du contrôleur général, confident intime de l'intendant.

a Agent actif» de l'État : c'est lui qui, tenant sous sa main le syndic et le collecteur, veille à l'exécution de toutes les lois générales, édits journaliers, règlements spéciaux. Uimpôt l'occupe chaque année pendant plusieurs mois. Il doit se trouver dans la paroisse de son élection que l'intendant a choisie pour y faire le a département. » ConfecrtioUides rôles, choix et élection des collecteurs, plaintes des contribuables, réclamations des privilégiés, il fait, il entend, il transmet tout. A Dourdan c'est souvent Toccasion de luttes violentes, de cabales passionnées contre le subdélégué, en dépit du zèle avec lequel il prend les intérêts de la ville

noms de 40 familles déclarant des armoiries anciennes et de 61 familles en achetant de nouveUes, plus les communautés. C'était pour le fisc un produit de 1,370 livres. — J3/M. impériale f mss.

I. Ces registres, restés dans nos mains à la mort de M. Faix Roger, d*Étampes, qui nous les arait confiés, ont été. Tan dernier, à notre prière, offerts par sa yeuve à la mairie de Dourdan où ils seront déposés.

JURIDICTIONS. — ADMINISTRATION. l65

quand il s'agit d'obtenir « modération » delà taille^ et de Tinfluence efficace que lui donne alors son honorable caractère.

La levée de la milice est une opération délicate qui oSre toujours au subdélégué plus ou moins 4e difficultés. A Dourdan il y a beaucoup de jeunes gens privilégiés, c'est-à-dire exempts. En vertu des ordonnances royales du 3o octobre et du 20 décembre 1742, tout le fardeau retombe sur les petits marchands , artisans, hommes de travail et leurs enfonts. En 1743, Dourdan qui renferme 55o feux fait comparaître au tirage 33 jeunes gens et doit fournir 5 miliciens sur les 90 qu*on demande pour Télection. En 1 747, on compte 70 garçons au-dessus de 1 6 ans ; 5o sont admis à tirer au sort et trois miliciens sont fournis. En 1 762, le roi qui veut entretenir le pied de guerre complet, sans aggraver les charges de la milice, demande aux villes des recrues prises sur les mendiants et vagabonds. Il faut voir comme le sieur du Rocher, entrepreneur du recrutement, est secondé à Dourdan par les jeunes gens de la ville qui conduiseht euxmêmes à Orléans les pauvres diables engagés bon gré mal gré qu*il s'agit de faire agréer par l'intendant, sous peine de partir à leur place. Transport des miliciens, congé des miliciens, miliciens réfractaires ou déserteurs, circulaires, arrêts, ordonnances à ce sujet remplissent les car^ tons du subdélégué. Sans compter les transports d*effets militaires par corvée auxquels les habitants se prêtent toujours de très-mauvaise grâce, les passages de troupes ou de prisonniers de guerre très-fréquents alors et qui demandent beaucoup de précautions pour l'approvisionnement et la garde de l'étape; témoin le séjour de 2 ,400 Hollandais à Saint-Arnould , le 20 mars 1746 : au lieu de voler et de brûler comme ailleurs , ils sont enchantés de leur réception et du subdélégué de Dourdan et les officiers votent des remercîments pour n'avoir payé que deux livres 1 5 sols par repas.

Les chemins sont aussi une matière à mémoires et à déplacements. Études, plans, devis, passent sous les yeux du subdélégué; les ponts et chaussées sont un corps puissant qu'il faut ménager au moins autant que la gent corvéable qu'on ne ménage pas toujours et qui se plaint souvent et, vers la fin du siècle, s'insurge quelquefois. Griefs des conducteurs contre la corvée, de la corvée contre les conducteurs, de l'administration contre l'entrepreneur, de l'entrepreneur contre l'ingénieur, tout est transmis le plus souvent par les subdélégués. C'est une justice à rendre à ceux de Dourdan et princfpalement à M. Vedye, qu'ils ont beaucoup fait ou obtenu pour les routes qui environnent Dourdan et dont nous reparlerons ailleurs.

La santé publique tient une grande place dans les rapports de la subdél^ation. Les maladies épidémiques, les soins donnés en ce cas aux malades, les honoraires des médecins, les médicaments et les bouillons fournis par l'État, tout est rigoureusement enregistré. C'est le subdélégué de Dourdan qui donne un certificat de 80 saignées et de 1 5o émé-

l66 CHAPITRE XIV.

tiques administrés pendant les épidémies de Sermaise et de Roinville en 1752 ; c*est lui qui fixe à 12 livres chacun des 67 voyages faits par les chirurgiens de Dourdan aux malades deGuillerval et de Monnervilleen 1 75 5 j et à 5 livres les visites faites à Corbreuse pendant l'épidémie de 1756. Maintes questions lui sont adressées à ce propos^ et rEtat,qui commence à se mêler de tout, envoie au subdélégué, qui est obligé d'en accuser réception^ des recettes médicales à l'usage de ses administrés : annonce d*un nouveau sel remplaçant avantageusement le sel de Glauber;

— formule d'une poudre contre la rage, faite de racine d'églantier arrachée avant la Saint-Jean a du côté du soleil levant » et incorporée dans une omelette ; — méthode de secours aux noyés consistant à les rouler dans un tonneau percé par les deux bouts ; — boîtes «du docteur Helvetins B accordées comme une faveur chaque année et à tour de rôle aux paroisses de l'élection ; — - ce n'est là qu*un échantillon de ce que nous avons sous les yeux. Les maladies des bétes à corne dans la contrée, en 1746 et 1747, les prétendus empoisonnements de bestiaux^ etc., remplissent des centaines de lettres, et l^exprés fait deux fois le chemin de Dourdan à Orléans pour un cheval morveux ou une vache mal enterrée.

Nous ne parlons pas ici des rapports détaillas et quotidiens sur les subsistanceSy les récoltes, les marchés, le prix du blé; nous aurons occasion, en traitant du marché aux grains, de voir à Toeuvre le subdélégué de Dourdan. — Nous omettons aussi ce qui a trait à la charité officielle, se* cours, envois de t\z, etc. Le chapitre de l'hospice contient à ce sujet quelques renseignements. Disons seulement que la misère, affreuse à Dourdan vers la fin du xvra* siècle, trouva dans M. Roger un avocat plein de cœur et, comme on disait alors, de a vraie sensibilité. »

« Donneur d'avis, » commissaire enquêteur, le subdélégué répond aux incessantes questions qui lui sont posées par le ministère, et on ne se figure pas ce qui pouvait passer par la tête d'un contrôleur général , actif et universel comme Tétait par exemple un M. Orry, Les papiers s'égarant facilement dans les bureaux, le même renseignement est souvent deux ou trois fois redemandé. Il faut dire, à toute heure, comment le blé est semé, comment il lève, comment il poussé; — si on fume, si on marne, si on défriche ; — si on plante des mûriers blancs; — si on fait bien le miel , comment on tond la laine, comment on tanne les peaux ; — le procédé employé dans telle industrie, la méthode qu*on pourrait, imaginer pour telle autre ; — la dette de tel corps d'État, quand on a vingt fois certifié qu'il n'y en a chez aucun ; — s'il y a des jeunes gens de bonne mine dans les familles nobles de campagne pour en faire des pages au roi ou à monseigneur; — si les couvents ont de belles chartes pour les archives;

— si l'on a trouvé dans la monnaie de bonnes pièces pour la collection du roi; — si on veut des billets de loterie, etc. Le tout accompagné de tableaux et d'états à remplir, avec instructions multipliées qui finissent par fatiguer la patiente administration de Dourdan et lui arrachent cette

réponse de mauvaise humeur : que depuis le temps qu*on demande des tableaux^ on commence à savoir les faire. Quand les gazettes deviennent à la mode et que le gouvernement veut y mettre la main et intéresser ses abonnés, c'est au subdélégué qu'on demande les faits divers et les petites nouvelles^ et, comme il n'arrive en général à Dourdan rien de bien extraordinaire, le subdélégué a le regret de n'avoir rien à envoyer, et c'est avec plaisir qu'il saisit l'occasion d'une histoire de chasse ou d'une aventure de sa fermière^ comme nos lecteurs ont pu en voir .Toutefois, à mesure que le siècle marche et que la fermentation s'opère, le langage des subdélégués change de ton. D'avertisseurs passifs et respectueux ils deviennent parfois des conseillers sévères ou même des censeurs indépendants. Ils ne dissimulent pas certains dangers, ils ne cachent pas certaines inquiétudes, ils ne reculent pas devant certains mots. Le terme de c Républicain > est déjà sous leur plume bien avant que le trône se croie menacé. Pour nous, la transformation est très-sensible.

«Confident de l'intendant,» le subdélégué est son correspondant intime et, en général, à Dourdan, son ami. A quelques rares exceptions près, le subdélégué de Dourdan supprime le Monseigneur quand il écrit. C'est chez lui que l'intendant descend et loge quand il vient^ et cette modeste hospitalité est vingt fois par an l'occasion d'offres, d'excuses, de remerciments sans nombre. Il y a souvent échange de lettres confidentielles. Si la Dauphine passe par Étampes en 1745, le subdélégué a sa conduite diplomatique tracée ; si le prince Edouard Stuart vient coucher huit jours à Rochefort, chez le prince de Montauban, en octobre 1747, et revient souvent chasser incognito pendant l'hiver, l'intendant écrit au subdélégué qui lui demande ses instructions : « Allez faire votre cour et, sans le faire paraître, faites comprendre que je suis bien aise d'être agréable. » Le subdélégué ne se fait pas faute d'esquisser, au besoin, devant r intendant, le portrait de ses collègues ou de ses concitoyens : « le curé est une tête, le lieutenant un ancien dissipateur; » les bourgeois sont « un • tas d'écrivailleurs, » toujours prêts à faire des mémoires contre l'administration; la population elle-même est c très-ingrate, ce qui n'empêche pas d'avoir pour elle des entrailles de père. » L'intendant accueille avec bénignité les justifications que le subdélégué se croit obligé de rédiger en face de ses détracteurs, et lui offre des consolation» philosophiques. Quand il «y a moyen d'accorder quelque cent livres de gratification à son subdélégué, ou quelque modération de sa taxe, l'intendant ne le néglige pas. Aussi, il reçoit des épîtres de bonne année, ou, s'il perd sa femme, des lettres de condoléance fort touchantes, et le subdélégué a maintes complaisances que l'intendant accepte ou provoque volontiers. C'est au subdélégué qu'il s'adresse pour avoir un bon pâté ou de belles écrevisses pour la fête de sa fille, ou un panier de gibier pour un confrère; à lui qu'il demande de la graine d'oeillets, « pour lesquels le pays est, dit-on, fort bon. » C'est lui qu'il prie de chercher une maison de campagne

l68 CHAPITRE XIV,

pour un ami, ou de faire faire ses bas de soie au métier par les ouvriers de Dourdan. a Ils sont chers, mais ils sont si bons ; ie vous en envoie six a paires au lieu de trois; madame l'intendante grondera. » — a Mille a grâces. Je vous ferai passer la somme par monsieur un tel, à moins a que vous n*aimiez mieux venir à Orléans, que )e vous la gagne au pia quet. B Charmants rapports, comme Ton voit; curieuse étude de mœurs qui amusera peut être le lecteur, si elle ne l'instruit pas.

Élection. — C'était, à proprement parler, le tribunal où les élus rendaient leur justice et où se jugeaient en première instance les différends sur les tailles et les impôts^ à l'exception des gabelles et des domaines du roi. Quand le roi avait^ dans son conseil, arrêté le chiffre de la taille et de ses accessoires^ réparti la somme totale entre les généralités , fixé le moins imposé, et fait connaître à chaque intendant la quote-part de sa province, l'intendant répartissait entre les élections, les élus entre les paroisses, et dans la paroisse, des collecteurs nommés à tour de rôle étaient tenus de percevoir, à leurs risques et périls, la somme portée au brevet.

En 1 5 57, à la demande du duc de Guise, l'élection de Dourdan fut augmentée d'un bureau de recette et un office de receveur fut créé par lettres patentes. Jusque là les collecteurs des paroisses portaient leurs deniers au bureau de Chartres. L'élection de Dourdan ne dépendait pourtant aucunement de celle de Chartres, car elle recevait ses mandements particuliers pour les tailles , faisait ses départements et jugeait tout comme celle de Chartres. Son administration se composait d'un président, un lieutenant, deux élus, un procureur du roi, deux receveurs des tailles^ un greffier en chef et deux huissiers audienciers (i).

N'oublions pas les a collecteurs,» Les collecteurs n'étaient pas des officiers, des fonctionnaires proprement dits, c'étaient des habitants, des citoyens comme les autres, choisis d'office et à tour de rôle, et qui étaient, • à beaucoup d'égards, fort à plaindre. Pris parmi les individus honorables et solvables de la paroisse ou de la ville, ils avaient la mission délicate de la répartition et de la perception de la taille. On comprend, à premier^ vue, le difficile, l'odieux même du rôle, les susceptibilités^ les rancunes, les accusations de partialité, les ennuis sans nombre que suscitait au pauvre collecteur un mandat qui faisait de lui un honune puissant, il est vrai ^ mais presque toujours suspect et

I. Nous mentionnerons spécialement, parmi les fonctionnaires de cette juridiction: 1578. Jehan de Lescornay, président en l'élection de Dourdan. — i588. Denis Pefchot, contrôleur. — 1 5 90. Antoine de Chavannes, président. — 1627. Claude de Lescomay, idem. — i652. Pierre Vedye, lieutenant particulier. — 1670. Claude Ckaih vreux, président. — 17 18. L01115 Guyot, sieur des Pavillons et de Potelet, idem. — 1757. FrançoiS'Henri Roger, idem. (Achète 4,000 livres sa charge des héritiers de Louis Guyot.)— 1772. Antoine^David Aubry, idem.— 1790. Gabriel-Jacques Chardon^ idem.

fort souvent ruiné. Quand le tableau des collecteurs était fait par le syndic et les collecteurs en charge^ il était affiché à la porte de Téglise Saint- Germain et la cloche convoquait les habitants, « L*approbation ou Tacte de refus s étaient déposés au greffe de l'élection avant le i*' octobre de chaque année et, sur réquisitoire du procureur du roi, il était procédé à la c condamnation s des collecteurs.

La généralité d'Orléans était toujours plus chargée que les autres comme impôt; on savait que les laboureurs tiraient du numéraire de la vente de leurs grains pour Paris, et on s'arrangeait de façon à le leur fsiire rendre. La ville de; Dourdan n'avait pas les ressources de la culture, tous les malheurs passés avaient apauvri ses habitants, et son commerce de bas, un instant très-florissant^ tombait chaque jour en décadence; elle avait souvent bien de la peine à payer la taille et surtout ses accessoires et tous les impars qui s'y ajoutaient. Nous avons vu, sous Louis XIII, de Lescornay apitoyer M. de Bautru sur a la somme excès- « sive à laquelle la ville de Dourdan était taxée par le conseil pour la a taille^ à cause de quoy elle se dépeuploit de jour à autre, d et lui montrer c par les rooUes des tailles que de huit cents qui y estoient compris « il y en a voit 450 si misérables qu'ils n^estoient taxez chacun qu'à un a double, un sol, deuxsols, et ainsi en montant jusqu'à vingt sols, et que a toutes leurs taxes ensemble ne reuenoient qu*à huit vingts livres^ qui « faisoient que la ville n'en estoit gueres soulagée et qu'en effect toute la tf taille n'estoit payée que par un petit nombre qui ne pouuoit plus suba sister. » Le collecteur reçut 200 livres de la générosité du roi en l'acquit de ces pauvres gens.

Le règne de Louis XIV, avec son faste et ses guerres, fut loin d'alléger le fardeau, et Dourdan, qui avait peine à suffire à la taille, en maudissait les accessoires motivés par de coûteuses campagnes : « Ustensiles, super plément de fourrage, habillement, état-major de milice, etc. » Cependant, le chiffre devait toujours grossir ; en 1 698^ l'élection de Dourdan tout entière avait dû payer 82^802 livres de taille (i); juste cinquante ans après, en 1748, elle en payait 142,532. Ce qui rendait la taille plus odieuse et plus lourde, c'était l'inégalité, l'arbitraire complet de sa répartition. En 1782, le subdélégué de Dourdan recevait du contrôleur général et de l'intendant des lettres qui signalaient cet abus d*une manière sanglante et invitaient à y porter remède (2), M. Vedye, qui entrait alors

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